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Bouddhisme chinois.

Wieger : Bouddhisme chinois. Esquisse historique.

Léon Wieger

mardi 7 octobre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Quoi qu’il en soit des contacts possibles, probables, plus anciens, l’établissement officiel et durable du Bouddhisme en Chine, date de l’an 65 de l’ère chrétienne, l’empereur Ming-ti de la dynastie Heou-Han ayant fait quérir des moines, qu’il établit à la capitale Lao-yang Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
. La traduction des livres bouddhiques commença aussitôt. Jusqu’à la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
de la dynastie, en 220, les traducteurs indiens kouchans partites et touraniens, furent à l’œuvre. Si le résultat littéraire fut assez important, le succès de la propagande paraît avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
été plutôt faible, vu l’opposition Gegenstand
Gegen-stand
obiectum
opostos
oposicionalidade
opposition
opposites
des Lettrés. — Durant la période troublée des Trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
Royaumes, 220 à 280, les traducteurs ne chômèrent pas. Deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
des trois royaumes, Wei et Ou, leur furent hospitaliers. Nous retrouvons, dans l’index du Tripitaka, des Indiens, des Kouchans, des Afghans, des Parthes, des Touraniens, venus en Chine pour propager le Bouddhisme, lequel ne fit toujours que peu de prosélytes, l’opposition étant vive et la protection manquant. — Enfin des protecteurs se trouvèrent, vulgaires, mais puissants. Ce furent les roitelets huns (turcs) du royaume Tchao, établi dans la Chine du nord point cardinal
points carinales
ponto cardeal
pontos cardeais
cardinal direction
cardinal directions
punto cardinal
puntos cardinales
Nord
Norte
North
Sud
Sul
South
o Este
Leste
East
Ouest
Oeste
West
, alors que la dynastie impériale Tsinn était presque totalement refoulée au sud du Fleuve Bleu. p.109 Plus qu’indifférents à l’égard des Lettrés confucianistes, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
servis d’autre part par quelques moines bouddhistes, ces demi-sauvages donnèrent en récompense à ces derniers, en 335, un édit de tolérance, permettant aux Chinois de leurs domaines d’embrasser le Bouddhisme. Les prosélytes vinrent avec la faveur. — Dans les provinces soumises aux Tsinn, l’œuvre de traduction continuait, les moines indiens kouchans afghans parthes et touraniens affluaient, les couvents se multipliaient. Vers cette époque, les moines chinois commencent à paraître Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
dans les catalogues. — Puis un centre centre
centro
center
de Bouddhisme très actif s’ouvrit à Tch’ang-nan dans le royaume de Ts’inn, et un autre dans le royaume de Leang, dans les Nan-chan. Ce dernier royaume, situé à l’extréme Ouest, servit de trait d’union déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
entre la Chine et l’Inde, via Tarim Kotan. La communication Mit-teilung 
Mitteilung
communication
comunicação
comunicación
étant établie, les pèlerinages des moines chinois aux lieux saints du Bouddhisme commencèrent. Fa-hien, parti de Tch’ang-nan en 399, revint en 414. — Bref, l’invasion étrangère, le morcellement de l’empire, et la décadence du Confucianisme qui s’ensuivit, furent on ne peut plus favorables au Bouddhisme, qui ne se serait peut-être jamais répandu comme il fit, si l’empire un avait été aux mains des Lettrés. L’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
officielle confesse que, en 405, dans la moitié septentrionale de la Chine, neuf familles sur dix professaient le Bouddhisme. — Dès 372, le Bouddhisme avait passé de la Chine septentrionale en Corée, et y avait été accepté avec enthousiasme, comme doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
chinoise. — Le bon effet de la division discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
continua, s’accentua même, sous les quatre quatre
quaternité
quaternidade
cuatro
cuaternidad
four
quaternity
fourfoldness
petites dynasties impériales Song, Ts’i, Leang, Tch’enn, qui succédèrent aux Tsinn. Quand les Bouddhistes étaient proscrits quelque part, comme cela arriva en 444 par exemple, dans le royaume tongouse des Yuan-Wei, ils étaient aussitôt bien reçus autre part. D’ailleurs ces épreuves ne duraient guère, et étaient toujours suivies d’une recrudescence de faveur. C’est que le Bouddhisme était aimé du peuple, dont les Lettrés avaient laissé les âmes sans pain douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
. L’histoire officielle avoue, bien à contre-cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
hŗdaya
, que pratiquement, en l’an 500, la Chine entière, nord et sud, était bouddhiste. Ni les Lettrés, ni les gouvernants, ne purent plus rien contre cette force. — Dès le cinquième siècle, les écoles bouddhiques se dessinent. Mieux que cela, la morale bouddhique forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
les consciences et adoucit les mœurs d’un peuple fourbe et cruel. — Au sixième siècle, l’empereur Ou-ti des Leang, fait faire la première collection du Tripitaka chinois (517), puis se fait moine (527). — C’est sur le peuple bouddhiste, que Yang-kien s’appuya, pour restaurer l’unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
de l’empire, et il réussit. Aussi, sous les Soei, le Bouddhisme régna-t-il en maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
. En moins de vingt ans, trois éditions successives du Tripitaka, virent le jour. Il y avait, dit l’histoire officielle, parmi le peuple, mille livres bouddhistes, contre un livre confucianiste. — En 552, le Bouddhisme passa de la Corée au Japon, où il fit fureur. — En Chine, durant le sixième siècle, les trois grandes écoles bouddhiques (IX T en 529, K en 563, P en 597) s’implantèrent solidement. Deux autres écoles (IX O en 660, M en 645) s’y ajoutèrent au septième siècle, durant lequel le grand moraliste Tao Tao
Dao
la Voie
The Way
-suan exerça aussi son active et bienfaisante influence (IX Q). — Au commencement des T’ang, les Lettrés obtinrent (en 626) qu’on appliquât p.110 aux Bouddhistes des mesures de rigueur. Cela ne dura pas. Sous l’impératrice Ou-heou (690), ils furent au comble de la faveur. En l’an 740, dans la seule ville de Tchang-nan, on compta 61 couvents bouddhistes d’hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, et 27 de femmes. Deux éditions du Tripitaka furent faites en 35 ans. — En 768, le moine Amogha, le propagateur du Tantrisme Tantra
tantrisme
tantra
tantrismo
tantrism
(IX S), favori de l’empereur, marchait de pair avec les ministres, et l’engouement pour le Bouddhisme était tel, qu’en une seule séance, à la capitale, on recevait mille novices. — En 845, à l’instigation des Taoïstes, l’empereur Ou-tsoung supprima d’un coup, par édit, 4 600 couvents, et laïcisa 260 500 moines et nonnes. Deux ans plus tard, en 847, sous l’empereur Suan-tsoung, la roue ayant tourné, tous ces dégâts étaient réparés avec usure. Et ainsi de suite, au cours des temps. Le Bouddhisme chinois fit preuve, à travers les siècles, d’une vitalité extraordinaire. C’est qu’il avait pour lui tout le peuple. Rien n’est plus faux, que de croire croyance
croire
crença
crer
belief
believe
, que le peuple chinois ait jamais été confucianiste. La vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
est que les Lettrés, qui méprisèrent toujours le peuple, n’eurent sur lui presque aucune influence. — De là vient que, jusque dans les temps modernes, chaque fondateur de dynastie crut devoir faire les frais d’une nouvelle édition du Tripitaka, pour s’attacher, par cet acte acte
puissance
energeia
dynamis
de dévotion dévotion
devoção
devotion
devoción
adoration
adoração
adoración
bhakti
vraie ou simulée, les moines, et par eux le peuple bouddhiste. Le premier empereur des Song, s’exécuta en 972 ; le fondateur des Yuan, en 1285-1287 ; celui des Ming, en 1368. — Si la dynastie mandchoue des Ts’ing, fut plutôt froide à l’égard des Bouddhistes, parce que, devant sa fortune aux Lettrés, elle dut faire la cour à ceux-ci plus qu’aucune dynastie chinoise n’a jamais fait ; elle ne put tout de même pas se dispenser de faire quelque chose pour la religion Religion
religion
religião
religión
populaire, qui est aussi sa religion de famille. Elle aussi fit son édition du Tripitaka, 1735-1737. — Sans doute, il ne faudrait pas croire, qu’en Chine tout homme du peuple sait réciter son catéchisme bouddhique. Mais, s’il n’en possède pas la lettre, l’homme du peuple chinois en a pris l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
, ce qui est plus. S’il se trouve, dans la Chine actuelle, quelque morale, quelque piété piété
piedade
piedad
piety
pietas
eleison
miséricorde
misericórdia
mercy
 ; quand on va aux sources, c’est toujours d’un fond de Bouddhisme que cela découle. Le Confucianisme n’a jamais produit que des politiciens imbéciles. Pris en masse, les Taoïstes ne sont qu’un ramassis de canailles. Reste le Bouddhisme, pour les âmes de bonne volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
icchā
, lesquelles, sous une forme ou sous une autre, attendent Maitreya le Bouddha Bouddha
Buddha
Buda
boudhisme
buddhism
budismo
futur, et sont souvent amen Amen
Amém
Āmēn
Āmyn
és, par cette attente, dans le bercail du vrai Messie.