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Approches de l’Inde

Aurobindo : LA CLEF DU VÊDA

Trad. F. Berys et R. Allar (révisé par l’auteur)

lundi 3 novembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Ce texte constitue l’importante introduction aux Hymns to the Mystic mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
Fire Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Agni
têjas
tejas
, extraits du Rig Vêda, traduits par Shrî Aurobindo Aurobindo Aurobindo Ghose ou Sri Aurobindo (1872-1950) et parus en 1946 (Shrî Aurobindo Ashram, Pondichéry. Traduit par F. Berys et R. Allar et révisé par l’auteur.

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Dans les temps anciens, le Vêda était vénéré comme un livre de Sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
sacrée, comme un vaste ensemble de poèmes inspirés ; c’était l’œuvre des Rishis, les voyants et les sages qui reçurent en leurs esprits illuminés, plutôt qu’ils ne conçurent mentalement, la Grande Vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
universelle,., éternelle et impersonnelle, qu’ils incorporèrent dans des stances révélées et efficaces : les Mantras d’inspiration inspiration
inspiratio
inspiração
inspiración
et de sources divines et non-humaines. On donnait à ces sages le nom de kavi, qui servit par la suite à désigner n’importe quel poète, mais qui, à l’époque, avait aussi le sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
de « voyant de la vérité ». Le Vêda lui-même les désigne sous le nom de kavayah satyashrutah : « les voyants qui entendent la Vérité », et le Vêda, lui aussi, fut appelé Shruti révélation
revelatio
apocalypse
apocalypsis
ἀποκάλυψις
Shruti
, mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
qui prit ensuite le sens d’ « Écriture révélée ».

Les voyants de l’Upanishad Upanishad
Upanishads
Upanixade
Upanixades
se faisaient la même idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
du Vêda et firent souvent appel à son autorité pour justifier les vérités qu’ils énoncèrent à leur tour ; vérités qui, par la suite, furent aussi considérées comme Shruti, comme Écriture révélée, et incluses dans le canon doctrine
doutrina
canon
cânone
sacré.

Cette tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
fut perpétuée dans les Brahmanas et elle continua à se maintenir en dépit des efforts des commentateurs ritualistes, les Yajnikas, qui expliquaient tout au moyen des rites et des mythes, et malgré la division discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
établie par les Pandits qui distinguaient entre la section des œuvres, Karmakanda, et la section de la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
, ou Jnânakanda, identifiant la première aux hymnes et la seconde aux Upanishads. Cet étouffement de la connaissance par les rites fut sévèrement critiqué dans l’une des Upanishads et dans la Gîtâ, pour lesquelles le Vêda est avant tout le livre de la Connaissance.

La Shruti, qui comprenait le Vêda et les Upanishads, était même pour la connaissance spirituelle, regardée comme l’autorité suprême, infaillible.

Tout ceci n’est-il que légendes et rêveries, tradition sans fondement Grund
Fundament 
fondement
fundamento
Fundamente
fondations
fondation
ādhāra
root
et absurdité ? Ou est-ce le fait que quelques rares idées élevées ont été formulées dans certains hymnes tardifs qui aurait donné naissance à cette théorie ? Les rédacteurs des Upanishads, abusés par leur imagination image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
ou une exégèse fantaisiste, ont-ils glissé dans les Riks un sens qui ne s’y trouvait pas ? Les savants européens de notre époque insistent pour qu’il en soit ainsi et ils en ont persuadé jusqu’aux esprits de l’Inde moderne. A l’appui de cette théorie il y a le fait que les Rishis du Vêda étaient non seulement des voyants mais des chantres et les prêtres du sacrifice sacrifice
sacrifício
sacrificio
vidhema
, que leurs hymnes furent écrits pour être chantés pendant les sacrifices, qu’ils se réfèrent constamment aux rites habituels et semblent demander les objets extérieurs de ces cérémonies : la richesse richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
, la prospérité, la victoire sur les ennemis.

Le grand commentateur, Sâyana, nous donne des Riks une interprétation ritualiste et, quand besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
est, il essaie d’une interprétation mythique ou historique ; il met très rarement en avant un sens plus élevé, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que parfois il le laisse transparaître ou le suggère à titre de variante et comme s’il lui en coûtait de né pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
donner une interprétation ritualiste ou mythique. En tout cas, il ne rejette pas l’autorité spirituelle du Vêda et ne nie pas que les Riks contiennent une vérité supérieure. Cette façon d’envisager le Vêda subsista jusqu’à notre époque et fut popularisée par les érudits occidentaux.

Les savants européens adoptèrent la tradition ritualiste mais rejetèrent les autres interprétations de Sâyana ; ils continuèrent à expliquer à leur manière l’étymologie des mots et à accumuler leurs significations hypothétiques des poèmes védiques auxquels ils donnèrent une nouvelle présentation souvent arbitraire et imaginaire. Ce qu’ils cherchaient surtout dans le Vêda, c’étaient les débuts historiques de l’Inde, sa société, ses institutions, ses coutumes, bref, le tableau d’une civilisation ancienne.

En se basant sur la différence des langues, ils imaginèrent la théorie d’une invasion aryenne venue du Nord point cardinal
points carinales
ponto cardeal
pontos cardeais
cardinal direction
cardinal directions
punto cardinal
puntos cardinales
Nord
Norte
North
Sud
Sul
South
o Este
Leste
East
Ouest
Oeste
West
, et l’invasion d’une Inde dravidienne, dont les Indiens eux-mêmes n’ont conservé ni souvenir, ni tradition et dont il n’existe aucun récit dans leur littérature épique ou classique. Selon cette théorie, la religion Religion
religion
religião
religión
védique se réduisait à un culte des Dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
de la Nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
, encombré de mythes solaires, consacré par des sacrifices et une liturgie liturgie
λειτουργία
leitourgía
liturgy
liturgia
liturgía
sacrificatoire assez primitive, tant sous le rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
des idées que du contenu, et ce sont ces prières barbares qui constitueraient le Vêda tant vanté, tant auréolé, tant glorifié !

Il est certain qu’on commença par adorer les Puissances du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
physique : le Soleil, la Lune Lune
lua
luna
moon
, le Ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
et la Terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
prithvî
, le Vent, la Pluie et la Tempête, etc., les Fleuves sacrés et un certain nombre Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
de Dieux présidant aux œuvres de la Nature.

Ce sont là des traits généraux des anciens cultes en Grèce, à Rome, dans l’Inde et ailleurs. Mais dans tous ces pays, ces dieux assumèrent bientôt une fonction Funktion
fonction
função
function
función
plus élevée, plus psychologique. Pallas Athénê qui a peut-être été à l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
une Déesse de l’Aurore, jaillissant en flammes de la Tête de Zeus, le Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
du Ciel (le Dyaus du Vêda) eut dans la Grèce classique une fonction plus élevée et elle fut identifiée par les Romains à leur Minerve, Déesse du Savoir Wissen
saber
savoir
et de la Sagesse. De même, Saraswatî, une Déesse des fleuves, devint dans l’Inde, la Déesse de la Sagesse, de la connaissance, des arts et des métiers. Toutes les divinités grecques se sont transformées dans un sens analogue : Apollon, le Dieu-Soleil, est devenu le Dieu de la Poésie et de la Prophétie prophétie
profecia
profecía
prophecy
prophète
profeta
prophet
 ; Hephaistos, le Dieu du Feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Agni
têjas
tejas
, devint un forgeron divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
, Dieu du Travail travail
travaux
tâche
labeur
trabalho
labor
trabajo
tarefa
task
. Dans l’Inde, la transformation transformation
transformação
transformación
mutation
mutação
mutación
Wandlung
Überführung
transformateur
transfiguration
transfiguração
transfiguración
s’est arrêtée à mi-chemin Weg
chemin
caminho
way
camino
. Les Dieux védiques remplirent leurs fonctions psychologiques mais sans rien perdre de leurs caractères extérieurs et, pour tout ce qui leur était supérieur, firent place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
à un nouveau Panthéon. Ils durent s’effacer devant les divinités pouraniques qui appartenaient à l’ancien groupe des dieux, mais qui exerçaient des fonctions plus largement cosmiques : Vishnu Viṣṇu
Vishnu
Vichnou
Vishnu
Hari
Vichnouisme
, Rudra, Brahmâ Brahmâ
Brama
— issus du Brihaspati védique, ou Brahmanaspati, — Shiva Shiva
Śiva
le Seigneur
, Lakshmî, Durgâ. Ainsi, dans l’Inde, la métamorphose des dieux fut moins complète ; les divinités anciennes devinrent les divinités inférieures du Panthéon pouranique. Il faut en attribuer la cause causa
cause
aitia
aitía
aition
à la survivance du Rig Vêda dans lequel leur fonction psychologique et leur fonction extérieure coexistent avec une égale importance. Il n’y eut pas de texte ancien similaire pour préserver les traits primitifs des Dieux de la Grèce ou de Rome.

Ce changement anicca
impermanence
impermanência
changement
mudança
change
altération
alteração
modification
modificação
fut évidemment provoqué par le développement culturel de ces peuples qui, progressivement, s’intellectualisèrent et furent moins absorbés/ par la vie Leben
vie
vida
life
zoe
physique à mesure que leur civilisation se raffinait. Ils ressentirent le besoin de découvrir dans leur religion et leurs divinités, des aspects plus délicats et plus subtils en rapport avec leurs idées et leurs goûts plus intellectuels, et de reconnaître une véritable essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
spirituelle ou forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
céleste justifiant l’autorité de leur religion et l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
de leurs divinités. Mais cette disposition Befindlichkeit
disposibilité
disposição
encontrar-se
sentimento-de-situação
attunement
disposedness
disposition
entender-de
saṃskāra
samskara
fut, pour la plus grande part, déterminée et approfondie par les Mystiques, lesquels ont eu une énorme influence sur les civilisations antiques. En vérité, il y eut partout une époque de mystère mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
durant laquelle des hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, qui surpassèrent les autres par leur savoir éminent et une connaissance plus profonde, établirent leurs pratiques praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
, leurs rites significatifs, leurs symboles symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
, leur science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
ésotérique à l’intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
ou en marge d’une religion extérieure et primitive. Cela se fit de différentes manières, selon les pays : la Grèce eut les mystères orphiques et éleusiniens, l’Egypte et la Chaldée eurent leurs prêtres, leur science et leur magie magie
magia
magic
magía
théurgie
teurgia
theurgy
theourgia
θεουργία
occultes, la Perse a eu les Mages, et l’Inde, les Rishis.


Voir en ligne : Shri Aurobindo

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