Philosophia perennis

Accueil > Le Bouddhisme > Dhyâna - INSTRUCTIONS

Dhyâna pour le débutants (Traité sur la Méditation)

Dhyâna - INSTRUCTIONS

Trad. G. Constant Lounsbery

mercredi 12 novembre 2008, par Murilo Cardoso de Castro

Suite de Conférences données par le Grand Maître Chih-chi des montagnes du Tien-Tai, au temple de Shiu-Ch’an. (Dynastie des Sui 581-618).

« Eviter tout mal, cultiver toute bonté, conserver l’esprit pur ceci est l’enseignement du Bouddha ».

Il est bien des sentiers différents conduisant au Nirvana, mais le plus important pour nous ’est le sentier du Dhyâna. Dhyâna est la pratique du contrôle de l’esprit par laquelle nous arrêtons le cours des pensées et essayons de réaliser l’essence de la Vérité. C’est-à-dire c’est la pratique de « arrêter et réaliser ». Si nous faisons cesser toute pensée discriminative, cela nous préservera de continuer à accumuler l’erreur, alors que la pratique de « réaliser » chassera toutes les illusions. « Arrêter » est le repos de la conscience inférieure, alors que « réaliser » peut être comparé à une bêche en or qui déterre un trésor de richesse transcendantale. Arrêter c’est entrer dans le merveilleux silence et la paix de la potentialité (Dhyâna-samâpatti) [1], alors que réaliser est pénétrer dans les richesses de l’intuition et de l’intelligence transcendantale (matti-prajña). A mesure que l’on avance dans ce sentier on s’enrichit de plus en plus de moyens d’augmentation pour soi-même et. de bienfait pour les autres. Dans le Sutra du « Lotus de la Bonne Loi » il est dit :

« Notre Seigneur le Bouddha demeure à jamais dans la permanence du Mahayana par son atteinte de la réalisation de la Vérité et par ses pouvoirs supernaturels d’intuition et d’intelligence transcendantales. Par ces qualités, il apporte la délivrance à tous les êtres. »

Nous pouvons comparer ces deux pouvoirs (samapatti et prajña) aux roues d’un char, ou aux ailes d’un aigle. Si un disciple n’a que l’une d’elles il tombe dans un état de déséquilibre. Ainsi que dit le Sutra : « Ceux qui pratiquent seulement la bonté et les bénédictions de samapatti et, n’apprennent pas la sagesse, doivent être comptés comme des ignorants, tandis que ceux qui ne pratiquent que la sagesse et n’apprennent pas la bonté et la compassion doivent être comptés comme non équilibrés ». Malgré que les erreurs provenant du manque d’équilibre puisse différer des erreurs de l’ignorance, elles conduisent de même aux vues fausses. Ceci explique clairement que si l’on doit maintenir les deux pouvoirs en équilibre, on doit en même temps être préparé et prêt.

Le Sutra dit : « Comme l’intelligence est plus spécialement développée par les Arahats, la nature réelle des Bouddhas n’est pas perçue par eux [2]. Les Mahasattvas-Bodhisattvas possédant les 10 facteurs permanents d’illumination perçoivent la vraie nature des Bouddhas, mais s’ils ne la perçoivent pas entièrement c’est-parce qu’ils donnent trop d’importance à l’intelligence. Ce sont seulement les Bouddhas et les Tathâ-gatas qui la perçoivent parfaitement parce que leurs pouvoirs de samapatti et de prajña sont également développés.

Donc ne sommes-nous pas exacts en concluant que la pratique de Dhyâna est la véritable porte d’accès à la suprême illumination parfaite ? N’est-ce pas le Noble Sentier que tous ceux qui adoptent la Doctrine du Bouddha doivent suivre ? Dhyâna n’est-il pas l’étoile polaire de toute bonté et de l’Illumination suprême parfaite ?

Si quelqu’un comprend parfaitement ce qui a été dit ici sur le Dhyâna il se rendra compte que le pratiquer n’est pas une tâche aisée. Cependant afin d’aider les débutants à surmonter leur ignorance et leurs empêchements et les guider vers l’illumination nous les aiderons, autant que nous le pourrons, en expliquant la pratique de Dhyâna dans les mots les plus simples, mais, même au mieux, cette pratique sera difficile. Il serait absurde de présenter autrement sa profondeur. Nous l’expliquerons en dix points qui seront comme les degrés menant vers l’Illumination et le Nirvana.

Ceux qui recherchent la Vérité mais sont déjà plus avancés ne doivent pas considérer ce livre avec mépris parce qu’il est écrit simplement pour des débutants. Ils doivent être modestes et prudents à cause des difficultés qu’ils rencontreront eux-mêmes lorsqu’ils viendront à la pratiquer. Il est possible que certains seront capables d’assimiler aisément ces enseignements et, en un clin d’œil, leurs empêchements seront détruits et leur intelligence développée sans limite, ainsi que leur compréhension supra-normale. Mais si l’on ne fait que lire littéralement, sans entrer dans la signification profonde on ne sera pas capable de trouver son chemin vers l’Illumination, la simple lecture sera seulement une perte de temps. Un tel lecteur pourrait être comparé à un homme pauvre qui passe son temps à dénombrer des trésors appartenant à un autre et demeurant toujours aussi pauvre lui-même.

LES DIX POINTS

1. Conditions extérieures.

2. Contrôle des désirs des sens.

3. Abolition des empêchements à la méditation.

4. Règle et détermination.

5. Activités profitables de l’esprit.

6. Pratique juste.

7. Développement et manifestation des bonnes qualités.

8. Mauvaises influences.

9. Guérison du mal.

10. Réalisation de l’Illumination Suprême.

Ces dix points indiquent la pratique correcte de Dhyâna. Il est indispensable, si un suivant du Bouddha désire réussir cette pratique, que les stages soient suivis sans dévier et que leur signification soit pratiquée fidèlement. Si ces dix points sont suivis fidèlement l’esprit deviendra tranquille, les difficultés seront surmontées, les pouvoirs de concentrer l’esprit, d’obtenir la vision intérieure et la compréhension seront développés et, plus tard, l’Illumination Suprême (anuttarasamyaksambodhi) sera obtenue.


[1Dhyâna-samâpatti = accomplissement, indiquant ici les enrichissements potentiels.

[2Arahat = un être perfectionné, saint, l’état de celui qui a atteint le quatrième des Sentiers les plus élevés. Mahasattva-bodhi-sattvas les grands êtres. Le Bodhisattva est un être destiné a devenir un Bouddha. Dans le Mahâyâna les Mahasattvas-Bodhisattvas ont renoncé au Nirvana suprême pour rester dans le monde et aider les êtres à se libérer.