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ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ?

ENNÉADES I, 1 (53) - extraits sur le corps

Trad. Bréhier

samedi 15 novembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

À quel sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
appartiennent le plaisir plaisir
prazer
pleasure
hedone
kama
kāma
kâma
amour du plaisir
philedonía
et la peine, la crainte Furcht
Furchtbar 
peur
redoutable
temor
medo
fear
miedo
frayeur
crainte
et la confiance, le désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
concupiscence
convoitise
et l’aversion ? Est-ce à l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
 ? Est-ce à l’âme usant du corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
 ? Est-ce à un troisième être composé de l’âme et du corps ? Et cette dernière question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
se dédouble - est-ce au mélange lui-même ? Est-ce à une chose différente résultant du mélange ? Les mêmes questions se posent pour les actions et les opinions qui résultent de ces passions. Pour les réflexions et les opinions, on doit chercher si toutes ou seulement certaines d’entre elles appartiennent au même sujet que les passions. Il nous faut encore considérer la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
des actes de l’intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
et le sujet auquel elles appartiennent ; enfin, il faut voir ce qu’est cette partie de nous-mêmes qui fait cet examen Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
, pose toutes ces questions et les résout. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal Tier
animal
zoon
Tierheit
animalidade
 ? Qu’est-ce que l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
 ? 1

Mais au sujet de l’âme, d’abord, il faut chercher si l’âme est différente de l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
de l’âme. S’il en est ainsi, l’âme est un composé ; et il n’est pas absurde qu’elle reçoive des formes, qu’elle éprouve les passions dont j’ai parlé, au cas où la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
le lui permettra, et en général qu’elle admette des habitudes et des dispositions bonnes ou mauvaises. Mais si l’âme est identique à l’être de l’âme, elle est une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
 ; elle n’admet donc en elle aucun des actes qu’elle est capable de produire Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
en un sujet différent d’elle ; elle a un acte acte
puissance
energeia
dynamis
immanent immanence
imanência
inmanencia
immanent
imanente
inmanente
immanent
et intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
à elle-même ; quel qu’il soit, la raison nous le découvre. En ce cas, il est vrai de dire aussi qu’elle est immortelle ; car un être immortel et incorruptible ne doit pas pâtir ; il fait part de lui-même aux autres êtres ; mais il ne reçoit rien d’eux, sinon des êtres qui lui sont antérieurs, dont il n’est point séparé comme par une coupure et qui lui sont supérieurs. Qu’aurait à craindre un tel être, puisqu’il n’admet en lui rien d’étranger ? Réservons la crainte à l’être capable de pâtir. La confiance, non plus, n’existe pas en lui ; elle est propre aux êtres qui peuvent avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
à craindre. Les désirs non plus ; il en est qui se satisfont en remplissant ou en vidant le corps ; ce n’est point l’âme qui subit ces états de plénitude et ces évacuations. Comment éprouverait-elle le désir de se mêler à autre chose ? Une essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
reste sans mélange. Pourquoi désirerait-elle introduire en elle ce qui n’y est pas ? Autant chercher à n’être pas ce qu’elle est. La souffrance douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
est aussi bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
loin d’elle. Comment et de quoi s’affligerait-elle ? Un être simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
se suffit à lui-même, et il reste tel qu’il est en sa propre essence. Elle n’a pas non plus de plaisir, puisque le bien ne s’ajoute point à elle et ne survient pas en elle ; car elle est toujours ce qu’elle est. Pas de sensation expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
non plus, ni de réflexion, ni d’opinion doxa
opinion
opinião
opinión
Meinung
δόξα
en elle ; car la sensation consiste à recevoir la forme ou les manières d’être d’un corps ; la réflexion et l’opinion reviennent à la sensation. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 2

Considérons maintenant l’âme dans le corps, qu’elle existe d’ailleurs avant lui ou seulement en lui ; d’elle et du corps se forme le tout Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
appelé animal. Si le corps est pour elle comme un instrument dont elle se sert, elle n’est pas contrainte d’accueillir en elle les affections du corps, pas plus que l’artisan ne ressent ce qu’éprouvent ses outils : mais peut-être faut-il qu’elle en ait la sensation, puisqu’il faut qu’elle connaisse, par la sensation, les affections extérieures du corps, pour se servir de lui comme d’un instrument : se servir des yeux, c’est voir. Or, elle peut être atteinte dans sa vision, et par conséquent, subir des peines, des souffrances, et tout ce qui arrive au corps ; elle éprouve aussi des désirs, quand elle cherche à soigner un organe malade. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 3

Mais comment ces passions viendront-elles du corps jusqu’à elle ? Un corps communique ses propriétés à un autre corps ; mais à l’âme ? Ce serait dire qu’un être pâtit de la passion Leidenschaft
passion
paixão
pathos
passión
rāga
rajas
d’un autre. Tant que l’âme est un principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
qui se sert du corps, et le corps un instrument de l’âme, ils restent séparés l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
de l’autre ; et si l’on admet que l’âme est un principe qui se sert du corps, on la sépare. Mais avant qu’on ait atteint cette séparation discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
par la pratique praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
de la philosophie Philosophie
philosophy
filosofia
filosofía
φιλοσοφία
philosophia
, qu’en était-il ? Ils sont mêlés : mais comment ? Ou bien c’est d’une des espèces de mélanges ; ou bien il y a entrelacement réciproque ; ou bien l’âme est comme la forme du corps, et n’est point séparée de lui ; ou bien elle est une forme qui touche le corps, comme le pilote touche son gouvernail ; ou bien une partie de l’âme est séparée du corps et se sert de lui, et une autre partie y est mélangée et passe elle-même au rang d’organe ; la philosophie fait alors retourner cette seconde partie à la première, et elle détourne celle-ci, autant que nos besoins le permettent, du corps dont elle se sert, pour qu’elle ne passe pas tout son temps à s’en servir. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 3

Les voilà donc mêlés. Par cette union déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
, l’élément pire s’améliore, et l’élément le meilleur empire : le corps s’améliore, en prenant part à la vie Leben
vie
vida
life
zoe
 ; l’âme empire en participant de la mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
et de la déraison. Comment une âme, à qui la vie est enlevée, s’adjoindrait-elle le pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de sentir ? Au contraire, en recevant la vie, le corps prend sa part des sensations et des affections qui en dérivent. Donc, il aura le désir : car c’est lui qui jouit de choses qu’il désire. Il éprouvera de la crainte pour lui-même ; car c’est lui qui manquera le plaisir et qui sera détruit. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 4

Recherchons encore le mode d’union de l’âme et du corps. Peut-être n’est-elle pas plus possible que, par exemple, celle d’une ligne et de la couleur couleur
cor
color
blanche, c’est-à-dire de deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
natures différentes. Est-ce un entrelacement ? L’entrelacement ne fait pas la sympathie ; des choses entrelacées peuvent ne rien éprouver les unes des autres ; l’âme, tout en étant répandue à travers le corps, pourrait n’en pas éprouver les passions et être comme la lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
, surtout si on peut la considérer comme entrelacée au milieu qu’elle traverse. L’âme n’éprouvera pas les passions du corps, du fait qu’elle y est entrelacée ; elle sera dans le corps comme la forme est dans la matière matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
. Mais puisqu’elle est une substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
, l’âme sera une forme séparée du corps, et il sera préférable de la considérer comme se servant du corps. Est-elle comme la forme que l’on donne au fer pour fabriquer une hache ? c’est alors la hache, couple du fer et de la forme, qui agit, c’est le fer doué d’une certaine forme ; et il agit selon cette forme. C’est alors plutôt au corps qu’il faudrait attribuer les passions qu’il partage avec l’âme, mais au corps vivant, j’entends le « corps naturel, organisé et possédant la vie en puissance ». (Aristote Aristote Aristote (Ἀριστοτέλης) ) dit bien en effet que s’il est absurde de prétendre que c’est l’âme qui tisse, il est aussi absurde de prétendre que c’est elle qui désire et qui souffre ; c’est bien plutôt l’animal. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 4

Mais qu’est-ce que l’animal ? Le corps vivant, l’ensemble de l’âme et du corps, ou une troisième chose issue des deux premières ? Quoi qu’il en soit, ou bien l’âme doit, en restant impassible, être, pour le corps, la cause causa
cause
aitia
aitía
aition
des passions, ou bien elle doit pâtir avec lui ; et si elle pâtit avec lui, elle éprouve ou bien la même passion que lui, ou bien une passion semblable (par exemple, à un désir de l’animal correspond un acte ou une passion dans la faculté de désirer). ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 5

Nous examinerons plus tard comment pâtit le corps organisé ; cherchons maintenant comment pâtit le composé de l’âme et du corps, et, par exemple, comment il souffre. Est-ce parce qu’il y a telle disposition Befindlichkeit
disposibilité
disposição
encontrar-se
sentimento-de-situação
attunement
disposedness
disposition
entender-de
saṃskāra
samskara
du corps, puis que cette affection Affektion
affection
afecção
afección
s’est transmise aux sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
, enfin que la sensation aboutit à l’âme ? - Mais on ne voit pas encore bien comment naît la sensation. Ensuite, il y a des cas où la peine commence par une opinion ou un jugement énonçant qu’un malheur nous arrive à nous-mêmes ou à quelqu’un de nos proches ; de là, vient la modification anicca
impermanence
impermanência
changement
mudança
change
altération
alteração
modification
modificação
pénible qui s’étend au corps et à l’animal entier. - Mais on ne sait pas si c’est à l’âme ou au composé qu’il faut attribuer cette opinion. De plus, une opinion sur le mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
ne renferme point l’émotion de la peine ; cette opinion peut exister Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
, sans que la peine s’y ajoute du tout ; on peut aussi juger qu’on est méprisé, sans ressentir de colère colère
orge
rancoeur
hostilité
animosité
inimitié
méchanceté
, ou l’on peut penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
à un bien, sans être ému de désir. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 5

En quel sens ces passions sont-elles donc communes à l’âme et au corps ? Est-ce parce que le désir vient de la faculté de désirer, la colère de l’appétit irascible, et, en général, la tendance tendance
tendência
tendency
qualité
qualidade
calidad
quality
attribut
atributo
atribute
guna
gunas
de la faculté des inclinations ? Mais alors, les passions ne sont plus communes à l’âme et au corps ; elles appartiennent à l’âme toute seule. Non, dit-on, au corps aussi ; car il faut un bouillonnement du sang et de la bile et, en général, une certaine disposition du corps pour émouvoir nos désirs, par exemple le désir sexuel. D’un autre côté, la tendance au bien n’est pas une affection commune, mais une affection propre à l’âme, et il en est ainsi de plusieurs autres tendances ; et il y a certains arguments qui ne permettent pas de rapporter toutes les tendances au composé. Enfin, quand un homme ressent les désirs de l’amour amour
eros
éros
amor
love
, c’est bien cet homme qui désire ; mais, en un autre sens, c’est sa faculté de désirer. En quel sens ? Est-ce l’homme qui commence à désirer, et la faculté de désirer suit-elle ? Mais comment l’homme peut-il désirer, si sa faculté de désirer n’est pas en mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
 ? C’est donc elle qui commence ; mais comment commencera-t-elle, si le corps n’a point reçu, au préalable, telle ou telle disposition ? ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 5

Peut-être vaut-il mieux dire que ces facultés, par leur seule présence Anwesenheit
présence
parousia
presença
presence
parusía
, font agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
ceux qui les possèdent ; elles-mêmes, elles restent immobiles et fournissent seulement le pouvoir d’agir à ceux qui les possèdent. S’il en est ainsi, il faut admettre que quand l’animal pâtit, le principe de la vie du composé n’est pas lui-même affecté par des passions ou par des actes, qui n’appartiennent qu’à l’être qui possède la vie ; or ce n’est point l’âme, mais c’est le composé qui possède la vie (ou, du moins, la vie du composé n’est pas celle de l’âme) ; et ce n’est point la faculté sensitive qui sent, mais l’être qui possède cette faculté. - Pourtant, si la sensation, mouvement qui s’opère à travers le corps, aboutit à l’âme, comment se fait-il que l’âme ne sente pas ? - Il y a sensation, grâce à la présence de la faculté sensitive de l’âme. - Qui donc sent ? - Le composé. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 6

C’est que, pour que ce composé existe, l’âme, par le seul fait de sa présence, ne se donne pas elle-même et telle qu’elle est au composé ou à l’un de ses termes ; mais, du corps vivant et d’une sorte d’illumination illumination
enlightenment
iluminação
iluminación
Brahma-vidyā
qu’elle lui donne, elle produit un terme nouveau, qui est la nature de l’animal ; et c’est à cette nature qu’appartiennent les sensations et les autres affections qu’on attribue à l’animal. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 7

Rien n’empêche de donner le nom d’animal à tout cet ensemble qui comprend les parties inférieures et mélangées au corps et, à partir de là, une partie supérieure, qui est l’homme véritable. Les parties inférieures sont, en nous, comme des lions et des bêtes de toutes sortes : l’homme véritable coïncide avec l’âme raisonnable et, quand elle raisonne, c’est nous qui raisonnons, par le fait même que les raisonnements sont des produits de l’activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
de l’âme. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 7

L’âme est faite, dit (Platon Platon
Plato
Platão
Platón
Platon (en grec ancien Πλάτων) (427-348 aC)
), « d’une essence indivisible qui vient d’en haut, et d’une essence qui se divise dans les corps » ; il faut entendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
 : « qui se divise dans les corps », de la manière suivante : elle se distribue dans toute l’étendue d’un corps, selon la grandeur grandeur
grandeza
greatness
de l’animal, si bien que, pour l’univers Univers
Universo
Universe
entier, il y a une âme unique. On peut encore l’entendre Hören 
l’entendre
escutar
escuta
oír
hearing
Hinhören
écoute
écouter
ainsi : on imagine qu’elle est présente aux corps, parce qu’elle les illumine ; elle ne produit pas les animaux, en les composant d’elle-même et d’un corps ; elle reste immobile, et ne donne d’elle que des reflets, qui sont comme les reflets d’un visage en plusieurs miroirs. Son premier reflet reflet
reflexo
reflex
, c’est la sensation qui est dans l’animal composé ; de la sensation viennent toutes les espèces de l’âme ; elles procèdent l’une de l’autre, et aboutissent à l’âme génératrice et végétative, puis à la puissance de produire Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
fazer
fazimento
doer
et d’exécuter une chose différente de soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, sans compter la puissance qui, pour produire, se tourne vers l’oeuvre qu’elle exécute. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 8

Nous distinguons par conséquent des faits communs à l’âme et au corps et des faits propres à l’âme. Les uns sont corporels ou du moins n’existent pas sans le corps ; les autres n’ont pas besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
du corps pour être en acte ; ce sont les faits propres à l’âme ; telle est la pensée discursive. Cette pensée, qui soumet à la critique les images dérivées de la sensation, contemple déjà des idées, et les contemple en les sentant en quelque sorte ; j’entends, du moins, la pensée discursive au sens propre, qui appartient à l’âme véritable. Cette pensée discursive véritable est l’acte de comprendre par l’intelligence ; elle est souvent l’assimilation et le lien des choses extérieures avec nos idées internes. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 9

Pourtant, si l’âme c’est nous, et si nous pâtissons, il s’ensuit que l’âme pâtit, de même qu’elle agit quand nous agissons. - C’est que le mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
nous désigne aussi le composé, tant que surtout nous ne sommes point séparés du corps ; et même l’on dit : nous pâtissons, lorsque notre corps pâtit. Le mot nous peut donc désigner ou bien l’âme avec la bête, ou bien ce qui est au-dessus de la bête. La bête, c’est le corps doué de vie. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 10

Autre est l’homme véritable et pur de toute bestialité ; il possède des vertus intellectuelles, qui résident dans l’âme même qui se sépare du corps ; en notre séjour même, elle peut s’en séparer ; car lorsqu’elle abandonne tout à fait le corps, la vie du corps, qui vient de son illumination par l’âme, s’en va avec l’âme et la suit. Les vertus non intellectuelles, qui viennent de l’habitude et de l’exercice, appartiennent au composé ; les vices vice
vices
vício
vícios
défaut
malice
malícia
kakíai
aussi, ainsi que l’envie Wunsch
envie
querença
desejo
Wünschen
wishing
longing
ânsia
pleonexia
, la jalousie et la pitié. Et l’amitié ? Il est une amitié que ressent le composé, et une autre qui est celle de l’homme intérieur homme intérieur
homme extérieur
endo anthropos
eso anthropos
homem interior
homem exterior
hombre interior
hombre exterior
interior man
exterior man
. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 10

Et les bêtes ? En quel sens ont-elles la vie ? - S’il y a en elles, comme on dit, des âmes humaines qui ont péché péché
pecado
sin
hamartia
ἁμαρτία
égaremente
equívoco
, la partie supérieure et séparée de ces âmes ne vient jamais jusqu’aux bêtes ; elle les assiste, sans leur être présente ; leur conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
atteint seulement le reflet de l’âme qui est uni au corps ; et leur corps reçoit ses qualités de ce reflet de l’âme. Si ce n’est point une âme humaine qui s’est introduite dans les bêtes, leur vie est alors issue de l’illumination du corps par l’âme universelle. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 11

L’âme, dit-on, ne peut pécher. Pourquoi, alors, les châtiments ? Cette thèse est en désaccord avec l’opinion de ceux qui disent que l’âme pèche, qu’elle se corrige, et qu’elle subit des châtiments dans l’Hadès ou dans les corps où elle passe. - Que l’on donne son adhésion à l’opinion qu’on voudra ; peut-être pourrait-on découvrir pourtant un terrain d’accord Wachseinlassen
deixar-acordar
harmonia
harmonie
harmonía
harmony
accord
acordo
concordance
concordância
concórdia
agreement
. La thèse qui admet que l’âme ne peut pécher voit en elle un être absolument simple, tel que l’âme soit identique à l’être de l’âme. La thèse qui admet qu’elle peut pécher ajoute à cette âme et combine avec elle une autre espèce d’âme, sujette à des passions redoutables : l’âme devient alors un composé ; c’est ce composé qui pâtit, dans son ensemble ; et c’est lui qui pèche et qui subit le châtiment ; mais ce n’est pas l’être simple dont nous parlions. C’est du composé que Platon dit : « Nous avons vu l’âme comme on voit Glaucos, le dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
marin ; si l’on veut connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
sa nature, il faut frapper fort pour enlever tout ce qui s’y est ajouté, considérer l’amour qu’elle a de la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
, et voir à quoi elle s’attache et quelles sont ses affinités. » L’âme vivante et agissante est donc différente de l’être qui est puni ; se recueillir et se séparer, ce n’est pas seulement s’isoler du corps, mais de tout ce qui s’est attaché à l’âme. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 12

Quel est enfin le sujet qui fait toutes ces recherches ? Est-ce nous, ou bien notre âme ? - C’est nous, au moyen de l’âme. - Au moyen de l’âme ? En quel sens ? Est-ce par le seul fait de la posséder que ces recherches ont lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
 ? - Non, c’est parce que nous sommes nous-mêmes notre âme. - Ne sera-t-elle pas mue dans ce cas ? - Certes, il faut lui donner un mouvement qui n’est point celui des corps et qui constitue sa vie propre. L’acte d’intelligence est notre acte, parce que l’âme est intelligente et parce que l’acte d’intelligence est sa vie la plus parfaite. Cet acte a lieu, lorsque l’âme pense les objets intelligibles intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
et lorsque l’intelligence agit sur nous ; car l’intelligence est à la fois une partie de nous-mêmes et un être supérieur auquel nous nous élevons. ENNÉADES I, 1 (53) - Qu’est-ce que l’animal ? Qu’est-ce que l’homme ? 13


Voir en ligne : Hyper-Plotin

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