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Dialogues de Platon

Platon : extraits sur l’immortalité

Traductions diverses

mardi 18 novembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

A la naissance de Vénus, il y eut chez les dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
un grand festin où se trouvait entre autres Poros (l’Abondance richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
), fils fils
filho
de Métis (la Prudence phronesis
prudence
prudência
sabedoria prática
circunvisão
φρόνησις
). Après le repas, Pénia (la Pauvreté pauvreté
ptocheia
pauvre
pauvres
) s’en vint mendier quelques restes et se tint auprès de la porte porte
porta
puerta
gate
door
. En ce moment, Poros, enivré de nectar amrita
amrit
nectar
ambroisie
boisson
néctar
ambrosia
bebida
jus
élixir
elixir
(car on ne faisait pas encore usage du vin), sortit de la salle et entra dans le jardin de Jupiter, où le sommeil sommeil
sleep
état de sommeil
estado de sono
sleep state
ne tarda pas à fermer ses yeux appesantis. Alors, Pénia, poussée par son état de pénurie, imagina d’avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
un enfant de Poros. Elle alla donc se coucher auprès de lui, et devint mère mère
mãe
mother
madre
de l’Amour amour
eros
éros
amor
love
. C’est pourquoi l’Amour devint le compagnon et le serviteur de Vénus, ayant été conçu le jour même où elle naquit ; outre que de sa nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
il aime la beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
, et que Vénus est belle. Et maintenant comme fils de Poros et de Pénia, voici quel fut son partage : d’abord il est toujours pauvre, et, loin d’être beau et délicat, comme on le pense généralement, il est maigre, malpropre, sans chaussures, sans domicile, sans autre lit que la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
prithvî
, sans couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues ; enfin, comme sa mère, toujours dans le besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
. Mais, d’autre part, selon le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est mâle, hardi, persévérant, chasseur habile, toujours machinant quelque artifice, désireux de savoir Wissen
saber
savoir
et apprenant avec facilité, philosophant sans cesse, enchanteur, magicien, sophiste sophistes
sofistas
sophists
sophiste
sofista
sophist
. De sa nature il n’est ni mortel ni immortel ; mais, dans le même jour, il est florissant et plein de vie Leben
vie
vida
life
zoe
, tant qu’il est dans l’abondance, puis il s’éteint, pour revivre encore par l’effet de la nature paternelle. Tout ce qu’il acquiert lui échappe sans cesse, en sorte qu’il n’est jamais ni riche ni pauvre. Il tient aussi le milieu entre la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
et l’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
ajñāna
ajnana
tamas
 : car aucun dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
 ; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants, aucun d’eux ne philosophe ni ne désire devenir sage ; car l’ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader à ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu’ils possèdent ces qualités : or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu. - Mais, Diotime, qui sont donc ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les sages ni les ignorants ? - Il est évident, même pour un enfant, dit-elle, que ce sont ceux qui tiennent le milieu entre les ignorants et les sages, et l’Amour est de ce nombre Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
. La sagesse est une des plus belles choses du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
 ; or l’Amour aime ce qui est beau ; en sorte qu’il faut conclure que l’Amour est amant de la sagesse, c’est-à-dire philosophe, et, comme tel, il tient le milieu entre le sage et l’ignorant. C’est à sa naissance qu’il le doit : car il est le fils d’un père sage et riche et d’une mère qui n’est ni riche ni sage. Telle est, mon cher Socrate Socrate
Sokrates
Sócrates
Socrates
Socrate (en grec Σωκράτης Sōkrátēs), philosophe de la Grèce antique (Ve siècle av. J.-C.)
, la nature de ce démon. Quant à l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
que tu t’en formais, il n’est pas étonnant qu’elle te fût venue ; car tu croyais, autant que j’ai pu le conjecturer par tes paroles, que l’Amour est ce qui est aimé et non ce qui aime. Voilà, je pense, pourquoi l’Amour te semblait très beau ; car ce qui est aimable est la beauté réelle, la grâce, la perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
et le souverain bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
. Mais ce qui aime est d’une tout autre nature, comme je viens de l’expliquer. - Eh bien, soit, étrangère, tu raisonnes fort bien : mais l’Amour étant tel que tu viens de le dire, de quelle utilité est-il aux hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
 ? - C’est là, Socrate, ce que je vais à présent tâcher de t’apprendre. Nous connaissons la nature et l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
de l’Amour : il est, comme tu le dis, l’amour du beau. Mais si quelqu’un nous demandait : Qu’est-ce que l’amour du beau, Socrate et Diotime ; ou, pour parler plus clairement, celui qui aime le beau, qu’aime-t-il ? A le posséder, répondis-je. - Cette réponse appelle une nouvelle question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
, dit-elle : que lui reviendra-t-il de posséder le beau ? - Je repartis que je n’étais pas en état de répondre immédiatement à cette question. - Mais, reprit-elle, si l’on changeait de terme, et que, mettant le bon à la place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
du beau, on te demandât : Socrate, celui qui aime le bon, qu’aime-t-il ? - A le posséder.- Et que lui reviendra-t-il de le posséder ? - Je trouve cette fois la réponse plus facile : c’est qu’il deviendra heureux. - Car c’est par la possession des bonnes choses que les êtres heureux sont heureux, et il n’est plus besoin de demander pourquoi celui qui veut être heureux veut l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
 : ta réponse me semble satisfaire à tout. - Il est vrai, Diotime. - Mais penses-tu que cet amour et cette volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
icchā
soient communs à tous les hommes, et que tous veuillent toujours avoir ce qui est bon ; ou es-tu d’un autre sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
bhava
 ? - Non, je crois que tous ont cet amour et cette volonté. - Pourquoi donc, Socrate, ne disons-nous pas de tous les hommes qu’ils aiment, puisqu’ils aiment tous et toujours la même chose ; pourquoi le disons-nous des uns et non des autres ? - C’est ce qui m’étonne aussi. - Ne sois pas étonné : nous distinguons une espèce particulière d’amour, et nous l’appelons amour, du nom de tout le genre, tandis que pour les autres espèces nous employons des termes différents. - Un exemple, je te prie ? - En voici un. Tu sais que le mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
poésie a de nombreuses acceptions : il exprime en général la cause causa
cause
aitia
aitía
aition
qui fait passer quoi que ce soit du non-être Nichtsein
non-être
não-ser
non-being
not-being
non-ser
non ser
me on
à l’être, en sorte que toute oeuvre de tout art Kunst
arte
art
est poésie, et que tout artiste, tout ouvrier est poète. - Cela est vrai. - Et cependant tu vois qu’on ne les appelle pas tous poètes ; mais qu’on leur donne d’autres noms, et qu’une seule espèce de poésie prise à part, la musique musique
música
music
mousike
et l’art des vers, a reçu le nom de tout le genre. C’est en effet cette seule espèce qu’on appelle poésie, et ce sont seulement ceux qui la possèdent qu’on appelle poètes. - Cela est encore vrai. - De même l’amour, en général, est le désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
concupiscence
convoitise
de ce qui est bon et nous rend heureux : c’est là le grand et séduisant amour inné dans tous les coeurs. Mais tous ceux qui, dans les diverses directions direction
direção
dirección
directions
direções
direcciones
, tendent à ce but, hommes d’affaires, athlètes, philosophes, on ne dit pas qu’ils aiment, on ne les appelle pas amants ; ceux-là seuls qui se livrent à une certaine espèce d’amour reçoivent le nom de tout le genre : à eux seuls s’appliquent les mots aimer, amour, amants. - Tu me parais avoir raison, lui dis-je. - On a dit, reprit-elle, que chercher la moitié de soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, c’est aimer. Mais moi, je prétends qu’aimer n’est chercher ni la moitié ni le tout Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
de soi-même, quand ni cette moitié ni ce tout ne sont bons : et la preuve, mon ami, c’est que nous consentons à nous laisser couper le bras ou la jambe, quoiqu’ils nous appartiennent, si nous jugeons que ces membres sont attaqués par un mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
incurable. En effet, ce n’est pas ce qui est à nous que nous aimons ; à moins que nous ne regardions comme nôtre et nous appartenant en propre ce qui est bon, et comme étranger ce qui est mauvais : car les hommes n’aiment que le bon. N’est-ce pas ton sentiment ? - Par Jupiter ! je pense comme toi. - Il suffit donc de dire que les hommes aiment le bon ? - Oui. - Mais, quoi ! ne faut-il pas ajouter qu’ils aiment aussi à posséder le bon ? - Il le faut. - Et non seulement à le posséder, mais encore à le posséder toujours ? - Il le faut aussi. - En somme donc l’amour consiste à vouloir posséder toujours le bon. - Il n’y a rien de plus vrai, répondis-je. - Si tel est l’amour en général, quel est l’acte acte
puissance
energeia
dynamis
particulier où la recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
et la poursuite ardente du bon prennent le nom d’amour ? Quel est-il ? Peux-tu me le dire ? - Non, Diotime ; autrement je ne serais pas en admiration devant ta sagesse et ne serais pas venu auprès de toi pour apprendre ces vérités. - Je vais donc te le dire : c’est la production Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
dans la beauté, soit par le corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
, soit par l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
. - Voilà une énigme qui demanderait un devin ; pour moi, je ne la comprends pas. - Je vais parler plus clairement. Tous les hommes, Socrate, sont capables d’engendrer et selon le corps et selon l’âme, et, lorsqu’ils sont parvenus à un certain âge, leur nature demande à produire Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
fazer
fazimento
doer
. Or elle ne peut produire dans la laideur, mais dans la beauté ; l’union déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
de l’homme et de la femme femme
mulher
woman
mujer
feminino
féminin
feminin
fêmea
female
est une production ; et cette production est une oeuvre divine, fécondation et génération génération
geração
generación
generation
gerar
générer
generate
generar
auxquelles l’être mortel doit son immortalité imortalidade
immortalité
immortality
inmortalidad
athanatos
. Mais ces effets ne sauraient s’accomplir dans ce qui est discordant. Or la laideur ne peut s’accorder avec rien de ce qui est divin ; la beauté seule le peut. La beauté est donc, pour la génération, semblable au Destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
destinée
et à Lucine. C’est pourquoi, lorsque l’être fécondant s’approche du beau, plein d’amour et de joie joie
alegria
alegría
happiness
satisfaction
satisfação
satisfacción
contentement
contentamento
contentamiento
euthymia
ananda
ānanda
béatitude
, il se dilate, il engendre, il produit. Au contraire, s’il s’approche du laid, triste et refroidi, il se resserre, se détourne, se contracte et n’engendre pas, mais porte avec douleur douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
son germe fécond. De là, chez l’être fécondant et plein de vigueur pour produire, cette ardente poursuite de la beauté, qui doit le délivrer des douleurs de l’enfantement. Car la beauté, Socrate, n’est pas, comme tu te l’imagines, l’objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
de l’amour. - Quel est donc l’objet de l’amour ? - C’est la génération et la production dans la beauté. - Soit, répondis-je. - Il n’y a pas à en douter, reprit-elle. - Mais pourquoi l’objet de l’amour est-il la génération ? - Parce que c’est la génération qui perpétue la famille des êtres animés et qui lui donne l’immortalité que comporte la nature mortelle. Or, d’après ce dont nous sommes convenus, il est nécessaire de joindre au désir du bon le désir de l’immortalité, puisque l’amour consiste à aimer que le bon nous appartienne toujours. Il s’ensuit donc que l’immortalité est aussi l’objet de l’amour ». Le Banquet - Dacier et Grou

Tels étaient les enseignements que me donnait Diotime dans nos entretiens sur l’amour. Elle me dit un jour : Quelle est, selon toi, Socrate, la cause de ce désir et de cet amour ? N’as-tu pas remarqué dans quel état étrange se trouvent tous les animaux volatiles et terrestres, quand arrive le désir d’engendrer ? comme ils sont tous malades, quelle agitation amoureuse, d’abord pendant l’époque de l’accouplement, puis quand il s’agit de nourrir leur progéniture, comme les plus faibles mêmes sont toujours prêts à combattre contre les plus forts, et à mourir Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
pour elle, comme ils s’imposent la faim ou toute autre privation pour la faire vivre ? A l’égard des hommes, on pourrait croire croyance
croire
crença
crer
belief
believe
que c’est par raison qu’ils agissent ainsi : mais les animaux, d’où leur viennent ces dispositions amoureuses ? saurais-tu le dire ? - Je lui répondis que je l’ignorais. - Espères-tu donc, reprit-elle, devenir jamais savant en amour, si tu ignores une pareille chose ? - Mais, encore une fois, Diotime, c’est pour cela que je suis venu vers toi, sachant que j’ai besoin de leçons. Explique-moi donc ce dont tu me demandais l’explication, et toutes les autres choses qui se rapportent à l’amour. - Eh bien, dit-elle, si tu crois que l’objet naturel de l’amour est celui dont nous sommes convenus plusieurs fois, ma question ne doit pas te troubler ; car, ici comme précédemment, c’est encore la nature mortelle qui cherche à se perpétuer et à se rendre immortelle autant qu’il est possible. Et son seul moyen, c’est la naissance, qui substitue un individu Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
jeune à un individu vieux. En effet, bien que l’on dise d’un individu, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, qu’il vit et qu’il est toujours le même, cependant en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
, il ne reste jamais ni dans le même état ni dans la même enveloppe, mais il meurt et renaît sans cesse dans ses cheveux, dans sa chair chair
sarx
carne
carnal
carnalidade
carnalidad
carnality
charnel
, dans ses os, dans son sang, en un mot dans son corps tout entier ; et non seulement dans son corps, mais encore dans son âme : ses habitudes, ses moeurs, ses opinions, ses désirs, ses plaisirs, ses peines, ses craintes, toutes ses affections ne demeurent jamais les mêmes ; elles naissent et meurent continuellement. Mais ce qu’il y a de plus surprenant, c’est que non seulement nos connaissances naissent et meurent en nous de la même façon (car à cet égard encore nous changeons sans cesse), mais chacune d’elles en particulier passe par les mêmes vicissitudes. En effet, ce qu’on appelle réfléchir se rapporte à une connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
qui s’efface ; car l’oubli est l’extinction Nirvana
Nirvāṇa
extinction
fana
parinirvāna
l’état de délivré
d’une connaissance. Or la réflexion, formant en nous un nouveau souvenir à la place de celui qui s’en va, conserve en nous cette connaissance, si bien que nous croyons que c’est la même. Ainsi se conservent tous les êtres mortels ; ils ne restent pas absolument et toujours les mêmes comme ce qui est divin, mais celui qui s’en va et qui vieillit laisse à sa place un jeune individu semblable à ce qu’il était lui-même. Voilà, Socrate, comment tout ce qui est mortel participe de l’immortalité, et le corps et tout le reste. Quant à l’être immortel, c’est par une autre raison. Ne t’étonne donc plus si tous les êtres animés attachent tant de prix à leurs rejetons ; car c’est du désir de l’immortalité que leur viennent la sollicitude et l’amour qui les animent. - Après qu’elle m’eut parlé de la sorte, je lui dis plein d’admiration : Très bien, ô très sage Diotime ; mais en est-il réellement ainsi ? - Elle, du ton d’un parfait sophiste : N’en doute pas, Socrate : et si tu veux réfléchir à présent à l’ambition des hommes, elle te paraîtra peu conforme à ces principes, à moins que tu ne songes combien les hommes sont possédés du désir de se faire un nom et d’acquérir une gloire Alléluia
Alleluia
Hallelujah
haleluya
ἀλληλούϊα
αλληλούια
Aleluia
louvor
louange
praise
glória
gloire
glory
immortelle dans la postérité, et que c’est ce désir, plus encore que l’amour paternel, qui leur fait braver tous les dangers, sacrifier leur fortune, endurer toutes les fatigues, et donner même leur vie. Penses-tu, en effet, qu’Alceste eût souffert la mort à la place d’Admète, qu’Achille l’eût cherchée pour venger Patrocle, et que votre Codrus s’y fût dévoué pour assurer la royauté à ses enfants, s’ils n’eussent espéré laisser après eux cet immortel souvenir de leur vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
qui vit encore parmi nous ? Il s’en faut bien, poursuivit Diotime. Mais pour cette immortalité de la vertu, pour cette noble gloire, il n’est rien, je crois, que chacun ne fasse avec d’autant plus d’ardeur qu’il est plus vertueux, car tous ont l’amour de ce qui est immortel. Ceux donc qui sont féconds selon le corps aiment les femmes, et se tournent de préférence vers elles, croyant s’assurer, par la procréation des enfants, l’immortalité, la perpétuité de leur nom et le bonheur félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
eudaimonia
, à ce qu’ils s’imaginent, dans la suite des temps. Mais ceux qui sont féconds selon l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
..., car il en est qui sont encore plus féconds d’esprit que de corps, pour les choses qu’il appartient à l’esprit de produire. Or qu’appartient-il à l’esprit de produire ? La sagesse et les autres vertus qui sont nées des poètes et de tous les artistes doués du génie de l’invention. Mais la sagesse la plus haute et la plus belle est celle qui préside au gouvernement polis
cidade
πόλις
pólis
sítio
política
politique
politics
governo
gouvernement
government
gouvernance
governança
des Etats et des familles humaines : on l’appelle prudence et justice dike
dikaiosyne
justice
justiça
justicia
imparcialidade
justo
imparcial
compliance
Δίκη
. Quand donc un mortel divin porte en son âme, dès l’enfance, le germe de ces vertus, et que, parvenu à la maturité de l’âge, il désire produire et engendrer, il va aussi çà et là cherchant la beauté dans laquelle il pourra engendrer, car jamais il ne le pourrait dans la laideur. Dans l’ardeur de produire, il s’attache donc aux beaux corps de préférence aux laids ; et, s’il rencontre dans un beau corps une âme belle, généreuse et bien née, cette réunion lui plaît souverainement. Auprès d’un tel homme, il abonde aussitôt en discours Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
sur la vertu, sur les devoirs et les occupations de l’homme de bien, et il s’applique à l’instruire ; car le contact et le commerce de la beauté lui font engendrer et produire ce dont il portait le germe. Absent ou présent, il pense toujours à son bien-aimé ; et ils nourrissent en commun les fruits de leur union. Aussi le lien et l’affection Affektion
affection
afecção
afección
qui les attachent l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
à l’autre sont-ils bien plus intimes et bien plus forts que ceux de la famille, parce que leurs enfants sont plus beaux et plus imortels. Et il n’est personne qui ne préfère de tels enfants à toute autre postérité, s’il considère et admire les productions qu’Homère, Hésiode et les autres poètes ont laissées d’eux, la renommée et la mémoire mnemosyne
memória
mémoire
memory
immortelle que ces immortels enfants ont acquise à leurs pères ; ou bien encore s’il se rappelle les enfants que Lycurgue a laissés après lui à Lacédémone, et qui sont devenus le salut salut
salvação
salvación
salvation
σωτηρία
σωτηρ
soteria
soter
de cette ville, je dirai presque de la Grèce entière. Solon de même est en honneur parmi vous comme père des lois ; et d’autres grands hommes sont honorés en diverses contrées, soit en Grèce, soit chez les Barbares, parce qu’ils ont produit une foule d’oeuvres admirables et enfiinté toutes sortes de vertus. De tels enfants leur ont valu des temples, mais nulle part les enfants du corps n’en ont valu à personne. Le Banquet - Dacier et Grou

Mais quant à se faire tourner soi-même éternellement, cela n’est guère possible qu’à celui qui dirige tout ce qui se meut, et à celui-là la loi divine interdit de mouvoir tantôt dans tel sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
, tantôt dans un sens opposé. Il résulte de tout cela qu’il ne faut dire ni que le monde se meut lui-même éternellement, ni qu’il reçoit tout entier et toujours de la divinité ces deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
rotations contraires, ni enfin qu’il est mû par deux divinités de volontés opposées. Mais, comme je l’ai dit tout à l’heure, et c’est la seule solution qui reste, tantôt il est dirigé par une cause divine étrangère à lui, recouvre une vie nouvelle et reçoit du démiurge une immortalité nouvelle, et tantôt, laissé à lui-même, il se meut de son propre mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
et il est ainsi abandonné assez longtemps pour marcher à rebours pendant plusieurs myriades de révolutions, parce que sa masse immense et parfaitement équilibrée tourne sur un pivot extrêmement petit [12] . Le Politique

[246] En conséquence, s’il est vrai que ce qui se meut soi-même n’est point autre chose que l’âme, il résulte de cette affirmation que nécessairement l’âme ne peut avoir ni naissance ni fin. Mais j’ai assez parlé de son immortalité. Il faut maintenant traiter de sa nature. Pour montrer ce qu’elle est, il faudrait une science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
absolument divine et une explication très étendue. Mais, pour se figurer ce que peut être cette âme, une science humaine et une explication plus restreinte suffisent. Nous parlerons en suivant ce dernier point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
. Supposons donc que l’âme ressemble aux forces combinées d’un attelage ailé et d’un cocher. Tous les chevaux et les cochers des dieux sont bons et de bonne race lignage
linhagem
lineage
race
raça
caste
casta
 ; ceux des autres êtres sont formés d’un mélange. Chez nous d’abord, le chef de l’attelage dirige deux chevaux ; en outre, si l’un des coursiers est beau, bon et de race excellente, l’autre, par sa nature et par son origine, est le contraire du premier. Nécessairement donc la conduite de notre attelage est difficile et pénible. Mais pour quelle raison, un être vivant est-il donc désigné, tantôt comme mortel, tantôt comme immortel : c’est ce qu’il faut essayer d’expliquer. Tout ce qui est âme prend soin de tout ce qui est sans âme, fait le tour du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
tout entier et se manifeste tantôt sous une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
et tantôt sous une autre. Quand elle est parfaite et ailée, elle parcourt les espaces célestes et gouverne le monde tout entier. Quand elle a perdu ses ailes, elle est emportée jusqu’à ce qu’elle s’attache à quelque chose de solide ; là, elle établit sa demeure, prend un corps terrestre et paraît, par la force qu’elle lui communique, faire que ce corps se meuve de lui-même. Cet ensemble, composé et d’une âme et d’un corps, est appelé être vivant et qualifié de mortel par surnom. Quant au nom d’immortel, il ne peut être défini par aucun raisonnement raisonné ; mais, dans l’impossibilité où nous sommes de voir et de connaître exactement Dieu, nous nous l’imaginons comme un être immortel ayant une âme et possédant un corps, éternellement l’un à l’autre attachés. Toutefois, qu’il en soit de ces choses et qu’on en parle ainsi qu’il plaît à Dieu ! Recherchons, quant à nous, la cause qui fait que l’âme perd ses ailes et les laisse tomber. Elle est telle que voici. La force de l’aile est par nature de pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
élever et conduire ce qui est pesant vers les hauteurs où habite la race des dieux. De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin. Or ce qui est divin, c’est le beau, le sage, le bon et tout ce qui est tel. Ce sont ces qualités qui nourrissent et fortifient le mieux l’appareil ailé de l’âme, tandis que leurs contraires, le mauvais et le laid, le consument et le perdent. Le grand chef, Zeus, s’avance le premier dans le ciel en conduisant son char ailé ; il règle tout, veille sur tout. Derrière lui, s’avance l’armée des dieux et des génies disposée en onze cohortes. Hestia, seule, reste dans le palais des dieux. PHÈDRE


Voir en ligne : Platonisme

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