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La légende de Socrate

Meunier : NAISSANCE ET ÉDUCATION DE SOCRATE

Mario Meunier

samedi 22 novembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Ne sais-tu pas, disait un jour Socrate Socrate
Sokrates
Sócrates
Socrates
Socrate (en grec Σωκράτης Sōkrátēs), philosophe de la Grèce antique (Ve siècle av. J.-C.)
à « l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
de ces jeunes et brillants Athéniens qui, attirés par le charme et le rayonnement Rayonnement
rayonnement
irradiação
irradiación
irradiation
rayons
raios
rays
de sa puissante originalité, venaient apprendre auprès de lui l’art Kunst
arte
art
de voir clair en leur âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
et de se rendre meilleurs, que ce je suis le fils fils
filho
d’une accoucheuse habile et de ce renom, et que mon destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
destinée
est d’accoucher ce les âmes qui se sentent grosses des fruits de ce la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
 ? »

Cette accoucheuse, dont le fils devait sauver le nom de l’oubli, se nommait Phénarète. Austère et digne femme femme
mulher
woman
mujer
feminino
féminin
feminin
fêmea
female
, elle avait épousé un sculpteur, obscur mais honnête, qui répondait au nom de Sophronisque. Ce fut au sein Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
de cet humble humilité
tapeinophrosyne
humble
humiliation
humildade
humilidad
Reconnaître la grandeur du Soi, du "Je Suis".
ménage, dans le dème d’Alopèce, situé près d’Athènes sur la route de Marathon, que Socrate naquit, vers l’an 469, et le jour même, dit-on, de la naissance d’Ar-témis, déesse des accoucheuses.

Issu d’une famille qui n’avait pour vivre que les durs bénéfices que lui procuraient le métier du père et les fonctions plus ou moins bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
rétribuées de la mère mère
mãe
mother
madre
, Socrate se familiarisa de bonne heure avec les privations et la gêne attachées à un ménage laborieux et pauvre pauvreté
ptocheia
pauvre
pauvres
. Nous ne savons rien de son enfance. Peut-être faut-il trouver, dans les paroles que Socrate devait un jour employer pour ramener Lamproclès au respect de sa mère, quelque souvenir de ce que fut pour lui le foyer familial ?

— Où donc, disait Socrate à son fils qui se plaignait du caractère difficile de Xantippe, où donc trouverons-nous des êtres plus comblés de bienfaits que ne le sont les enfants par leurs générateurs ? En leur donnant la vie Leben
vie
vida
life
zoe
, ils leur permettent la jouissance de tous les biens que les Dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
ont départis aux mortels. Mais, pour leur donner l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
et les mettre en état d’en goûter le bonheur félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
eudaimonia
, que de peines, que de soucis il leur en coûte ! Les hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, en effet, ne se marient pas uniquement pour satisfaire aux plaisirs d’Aphrodite, mais pour assurer leur perpétuité. Avant d’entrer en ménage, ils examinent quelles femmes leur donneront de beaux enfants, et c’est à celles-là qu’ils unissent leur destinée. L’époux nourrit l’épouse qui doit le rendre père. Même avant leur naissance, il amasse pour les descendants qu’il attend ce qu’il croit être utile, et il en amasse le plus qu’il peut. La mère, de son côté, porte porte
porta
puerta
gate
door
avec peine le fardeau qui expose sa vie, le nourrit de sa propre substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
et le met au jour avec de cruelles douleurs. Elle allaite ensuite son nouveau-né, se dépense pour lui et lui donne des soins, sans qu’aucun bienfait la rémunère et sans que l’enfant puisse même connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
celle qui lui voue tant de sollicitude. Elle cherche à deviner ce qui convient et ce qui peut faire plaisir plaisir
prazer
pleasure
hedone
kama
kāma
kâma
amour du plaisir
philedonía
au petit être qui ne peut pas encore indiquer ses besoins. Jour et nuit tenèbre
ténèbres
nuit
trevas
escuridão
darkness
noite
night
noche
elle se tourmente pour lui, et cette mère se sacrifie sans prévoir quelle reconnaissance Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
elle recevra de ses peines. Bien plus, dès que l’âge permet aux enfants de s’instruire, les parents leur enseignent ce qu’ils savent, et ce qu’ils croient nécessaire au bonheur de leur vie. Ils leur choisissent des maîtres et ne regrettent ni dépenses, ni soins pour leur donner l’éducation éducation
educação
education
educación
apprentissage
aprendizagem
aprendizado
paideia
la meilleure. Il faut donc aimer, Lamproclès, une mère qui t’aime. Souviens-toi qu’elle a eu soin dans ton jeune âge que rien ne t’ait manqué, qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour te conserver la santé et faire descendre sur toi, par ses a prières, tous les bienfaits qui nous viennent des Dieux. Aime-la ; car, si tu ne peux supporter ta mère, c’est que le bonheur lui même t’est insupportable. »

De son père, Socrate paraît aussi avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
gardé un souvenir non moins reconnaissant. N’y a-t-il pas, en effet, dans les paroles suivantes, comme un écho de ce que fut pour son fils, dans son foyer laborieux, le sculpteur Sophronisque ?

— Les pères, disait Socrate, qui se tourmentent pour laisser de grandes richesses à leurs enfants, sans se mettre en peine de leur apprendre à pratiquer la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
, ressemblent à ceux qui élèvent des chevaux en les gavant de nourriture. Leurs chevaux deviennent fort gras ; mais ils ne sont aptes à rendre aucun service. Aussi, même en lui laissant peu, un père qui s’est appliqué à donner des vertus à son fils lui a beaucoup laissé, car c’est dans l’âme que sont les vraies richesses. Avec une âme riche, on se contente de peu ; mais on trouve toujours que l’on n’a point assez quand on est pauvre d’âme. »

Ainsi donc, malgré l’indigence de ses parents, Socrate dut être, dès son bas âge, le cher objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
de leurs soins. Tout en lui formant un corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
sain, leur sollicitude avisée prépara son âme à pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
un jour se doter par elle-même de la seule richesse richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
qui soit impérissable : la richesse d’une âme en qui s’est éveillée l’heureuse intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
de la vie intérieure. Puis, quand il parvint à l’âge requis, comme le gouvernement polis
cidade
πόλις
pólis
sítio
política
politique
politics
governo
gouvernement
government
gouvernance
governança
exigeait que tous les enfants des citoyens fréquentassent les écoles et reçussent une éducation commune, le fils de Sophronisque fut instruit et formé à la manière dont l’étaient les jeunes Athéniens de son temps. Comme eux, il apprit à lire dans Homère et Hésiode ; il s’initia avec eux à la gymnastique, à la musique musique
música
music
mousike
, à la poésie et aux premiers éléments de la géométrie Geometrie
geometria
géométrie
geometry
. Avec eux, enfin, il fit partie de ces bataillons scolaires qui, organisés par quartiers, se rendaient presque nus chez leurs maîtres, en rangs serrés et en silence silence
silêncio
silencio
discrétion
sobriété
discrição
sobriedade
discretion
sobriety
sobriedad
, même quand la neige tombait à gros flocons. A Athènes, en effet, pour être un homme accompli, il fallait avoir j oint à la discipline de l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
les exercices du gymnase, et s’être appliqué à se former un corps solide et sain autant qu’à rendre son âme belle et forte.

Sa première éducation terminée, ou pendant même qu’elle durait encore, Socrate apprit le métier de son père. Il l’exerça quelque temps et non sans habileté, puisqu’il eut l’honneur de sculpter, dans le siècle de Phidias, un ouvrage public. En effet, c’était à son ciseau, nous dit-on, qu’étaient dues les trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
Grâces vêtues, que l’on voyait taillées sur l’enceinte de l’Acropole, derrière la statue d’Athèna. Socrate néanmoins ne paraît pas s’être adonné longtemps à l’art de la sculpture. Un jour, comme il cherchait à faire revivre en la pierre tous les attraits d’un modèle, une voix divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
et secrète lui dit :

— Comment se fait-il, ô Socrate, que tu te donnes tant de peines pour exécuter dans la pierre la copie mimesis
imitatio
copie
imitation
cópia
copy
imitación
sans âme d’un modèle étranger, et que tu ne songes pas à sculpter ta propre âme et à te rendre sur terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
prithvî
la statue vivante de ce que sont les Dieux ? »

Pour répondre à cet appel impérieux et précis, Socrate depuis ce jour délaissa le marteau et le ciseau du sculpteur. Mais comment fit-il, puisqu’il était sans fortune, dit-on, ou tout au moins sans grande aisance, pour s’assurer ce strict nécessaire à la vie, même méditative ? Suivant les uns, Socrate se contenta du peu que lui procurait son léger patrimoine ; selon les autres, ce fut un de ses disciples, Criton, qui, par ses générosités aussi assidues qu’abondantes, lui permit de vivre, dès sa sortie de l’atelier paternel, sans aucune autre préoccupation que celle de se vouer corps et âme à sa divine vocation, et qui, jusqu’à la fui tragique de son maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
, prit toujours un soin particulier de soulager sa pauvreté et de lui donner du loisir. Ne cherchant désormais qu’à façonner son âme, Socrate se mit à fréquenter Athènes, à rechercher Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
les sages et à les écouter Hören 
l’entendre
escutar
escuta
oír
hearing
Hinhören
écoute
écouter
. Ayant eu l’heur de naître dans le plus beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
siècle de l’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
de sa patrie, et dans une cité qui rayonnait d’une atmosphère intellectuelle et morale incomparable apófase
apofático
apophasis
apophatique
théologie négative
apophatic
anuttara
insurpassable
incomparable
, jamais, dans ce foyer où se donnaient rendez-vous tous les artistes et tous les philosophes, plus noble esprit ne se trouva respirer dans une ambiance plus noble. Sachant ce qu’il voulait et possédant la claire intelligence des moyens qui pouvaient le conduire à son but, le fils de Sophronisque, pour mieux apprendre et comprendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
, non seulement allait se renseigner chez les doctes, mais, poussé par une curiosité ardente de connaître et par un amour amour
eros
éros
amor
love
jaloux de tout ce qui était vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
, il se plaisait encore à interroger les plus simples simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
. Dès le matin, se mettant à l’école de la vie et des réalités permanentes, il se promenait sur la place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
publique. Toute occasion lui était bonne pour arrêter les gens et converser avec eux. Artisans ou marchands, hommes politiques ou sophistes sophistes
sofistas
sophists
sophiste
sofista
sophist
, jeunes garçons ou hommes faits, tous devaient s’attendre à être interrogés et happés par cet enquêteur infatigable et tenace, qui savait se mettre à la portée des esprits les plus humbles. Son humeur Stimmung 
tonalité
humeur
estado-de-ânimo
humor
mood
estado de ánimo
enjouée, sa grâce insinuante, son astuce metis
sagacité
astuce
sagacidade
astúcia
esperteza
clairvoyance
clarividência
smartness
astuteness
cleverness
indiscrète et capricieuse de faune, son ironie insidieuse et mordante retenaient l’attention attention
atenção
atención
vigilance
vigilância
et captivaient tous ceux qui lui prêtaient l’oreille.

Toutefois ce zèle pour la sagesse, que Socrate manifesta dès sa première adolescence, s’il favorisait le perfectionnement de son âme, ne contribuait point à accroître le bien-être et l’aisance d’un modeste foyer. Au lieu de concourir en effet à sortir de la gêne et son père et sa mère, Socrate passait ses journées à errer dans les rues enchevêtrées d’Athènes et à s’y attarder, soit en d’interminables causeries chez les boutiquiers de la ville, soit e>i de longues et immobiles songeries sous l’abri des portiques. Il négligeait le soin de ses affaires domestiques pour s’adonner tout entier à la quête quête
busca
demanda
search
quest
des vertus et en éveiller le goût chez ses concitoyens. Une telle conduite n’était pas pour être agréable à son père. Obligé de travailler pour vivre, Sophronisque exigeait que son fils restât à l’atelier et le secondât. Mais Socrate, suivant aveuglément la voix qui l’inspirait, ne pouvait se résoudre à manier le ciseau.

— J’aime à m’instruire, dis ait-il. Or, si belles qu’elles soient, les œuvres d’art, quand on les interroge, ne vous répondent que par un vénérable silence. Mais les hommes savent parler dans la ville, et j’ai besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
de les entendre. »

Pour mettre fin à ses anxiétés, Sophronisque, un jour, se rendit consulter un oracle.

— Quelle conduite, demanda-t-il au dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, dois dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
-je tenir vis-à-vis de mon fils ? »

— Ne t’inquiète pas de Socrate, répondit l’oracle ; laisse-le faire tout ce que bon lui semble. Ne le violente pas, ne le détourne pas, donne toute liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
à ses inclinations. Prie seulement pour lui les Muses et le grand Zeus, car il possède un guide qui l’emporte sur tous les maîtres les plus sages du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
. »

Ce guide, communément appelé le Génie de Socrate, était une voix mystérieuse et précise qu’il entendait parfois au fond de sa conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
. Ce Génie divin se communiquait à lui par une sorte de langage Sprache
língua
langue
lengua
linguagem
language
langage
lenguaje
intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
, qui pénétrait son âme, l’avertissait comme un signal semeion
signe
miracle
sinal
milagre
signal
miracle
, lui indiquait la vérité, et lui conseillait tantôt de s’abstenir au moment même d’agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
, tantôt d’agir au lieu de s’abstenir. Ce fut cette voix qui le détourna du métier de sculpteur, comme elle devait l’écarter plus tard de la carrière politique. Tant qu’il vécut, en effet, tout l’effort de cet étrange inspiré ne chercha qu’à vérifier dans la vie et qu’à soumettre à l’examen de son intelligence ce que lui dictaient la science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
et la lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
du Génie intérieur qui instruisait son âme, et qui lui prescrivait cette éminente occupation : régénérer les hommes par l’étude du vrai et par la pratique praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
du bien, donner un sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
à la vie, un but à l’existence, et orienter vers ce but notre conduite morale. Cette grandiose et bienfaisante mission apparut toujours à Socrate comme un ordre émanant de la volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
icchā
du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
.

D’autre part, ce Génie tutélaire, qui continuellement assistait, informait et guidait le fils de Sophronisque, le conseillait aussi quand il s’agissait de diriger, d’inspirer et de servir ses amis. Jamais personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
, dit-on, n’avait négligé, sans avoir à s’en repentir, les avertissements qu’il suggérait à Socrate. Un jour, raconte-t-on, le fils de Sophronisque rencontra Criton, son riche et généreux ami, avec un bandeau sur l’œil.

— Qu’as-tu, lui demanda Socrate ?

— En me promenant l’autre jour avec toi, lui répondit Criton, tu sais bien que je me suis un instant écarté du chemin Weg
chemin
caminho
way
camino
. Or, à ce moment, comme je passais sous un arbre, j’ai voulu faire plier une branche ; elle m’a échappé ; et, en se redressant, elle m’a frappé dans l’œil.

— Pourquoi, lui dit alors Socrate, ne m’as-tu pas obéi, quand, averti selon ma coutume par un instinct divin, je t’ai prié de ne point me quitter ? »

Une autre fois, Socrate se trouva être invité à souper en compagnie de Timarque. Or ce Timarque avait projeté de se défaire traîtreusement d’un de ses ennemis, le soir même du jour fixé pour ce repas. Comme ce convive aux noirs desseins sentait l’heure qui le pressait, il se leva de table, et s’excusa de s’absenter en disant qu’il reviendrait sous peu. Socrate, comme tout le monde d’ailleurs, ignorait ce misérable projet. S’adressant à Timarque, il le pria de ne point sortir, et ce malheureux se remit à sa place. Peu après cependant, il se leva de table pour la seconde fois, et redit à Socrate qu’il était forcé de s’en aller un instant. Mais, obéissant à la voix d’un mystérieux pressentiment, le fils de Sophronisque lui conseilla derechef et avec insistance de rester avec lui. Timarque se rassit. Enfin, pour la troisième fois et sans rien dire à Socrate, il se leva, et, sans attirer l’attention de personne, se déroba. Quelques jours après, Timarque fut arrêté et condamné pour meurtre. Comme on le traînait au supplice :

— Je meurs, dit-il tout haut à son frère, pour n’avoir point voulu obéir à Socrate ! ».


Voir en ligne : Platonisme

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