Philosophia Perennis

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Histoire de la Philosophie - La Philosophie Byzantine

Tatakis : L’homme selon Maxime

Maxime le Confesseur

mardi 25 septembre 2007, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Avant de saisir le rythme mystique mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
dans l’univers Univers
Universo
Universe
, Maxime le sentit au dedans de l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
. Ses idées sur l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
constituent, en effet, le point le point
ponto
punto
center
centro
central de sa pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
 ; la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
qu’il lui confère, conduit, d’une part, à une certaine théorie de la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
, à l’intuition intuition
intuitio
intuitus
intuição
intuición
, à l’élévation de l’homme jusqu’à Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, à la déification déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
et même jusqu’aux interprétations allégoriques et mystiques de l’univers et, d’autre part, à l’ascétisme.

L’âme, dit-il, dans le court mais très substantiel traité de l’âme, ne peut être saisie, que par ses effets, non par les sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
, mais par l’intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
. Le doute au sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
de son existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
ne peut être fondé. L’existence du corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
nous engage à établir celle de l’âme. Le corps n’étant mû, ni du dehors, comme les objets inanimés, ni du dedans, de par sa nature, comme le feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Agni
têjas
tejas
, il est nécessairement mû par l’âme, qui lui sert de principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
de vie Leben
vie
vida
life
zoe
. L’âme est une substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
identique à soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, qui peut recevoir alternativement les contraires, sans perdre son identité Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
avec soi. Il est prouvé par la suite que l’âme est incorporelle, puisque sans volume, qu’elle est nourrie par la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
et que ses qualités ne sont pas sensibles ; elle est simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
et, par suite, immortelle, aucun être ne causant sa propre perte. D’ailleurs l’âme étant mue par elle-même ne peut à aucun moment manquer d’être ; être mû par soi-même, qu’est-ce sinon être mû éternellement ? Une autre preuve de l’immortalité imortalidade
immortalité
immortality
inmortalidad
athanatos
de l’âme, vient de ce que ses défauts, comme la haine haine
mîsos
kótos
ódio
hate
par exemple, ne la détruisent pas.

Quant au problème de la connaissance du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
, il admet que les sens nous trompent. La sensation expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
, dit-il, est la partie irrationnelle, qui nous marque à l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
de la bête ; Maxime reproduit sur ce point la thèse stoïcienne ; la sensation n’est qu’un organe de l’âme, dont le rôle est de percevoir tout ce qui impressionne extérieurement les sens. Les choses pourtant sont compréhensibles ; l’intelligence les perçoit et les saisit telles qu’elles sont en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
. Ici Maxime fait penser à une influence de Phédon de Platon Platon
Plato
Platão
Platón
Platon (en grec ancien Πλάτων) (427-348 aC)
. L’intelligence est la partie raisonnable de l’âme, la partie la plus pure et la plus rationnelle destinée à la contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contemplación
des êtres et de ce qui est avant, l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
, alors que l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
est une substance encore informe, qui précède tout mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
. Suivant la tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
philosophique il qualifie l’âme de logistike, epithymetike et thymike, mais ce n’est là qu’un emprunt de vocabulaire ; pour Maxime logos logos
λόγος
lógos
o Verbo
, epithymia désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
concupiscence
convoitise
, thymos thymos
thumos
θυμός
sont des facultés, ou des activités différentes d’un même principe substantiel, l’âme humaine raisonnable. Chacune de ces facultés est, à son tour, un foyer diffusible en multiples activités : ainsi vous serez logikos si votre logos, ou danoia a usé de raisonnements pour l’acquisition d’une connaissance, et noetikos si vous atteignez la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
par l’intuition, ou premier mouvement de l’intelligence. Il oppose souvent le nous à la psyche ; il faut alors entendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
sous le second terme la raison et la sensation, alors que le premier désigne la cime par laquelle l’âme touche pour ainsi dire à Dieu et s’unit à lui d’une manière proprement ineffable, parce que supranaturelle. Il oppose ailleurs la raison à la sensation ; dans cette opposition Gegenstand
Gegen-stand
obiectum
opostos
oposicionalidade
opposition
opposites
,"analogue à celle que Platon fait entre l’âme et le corps, raison désigne la partie intellectuelle et raisonnable de l’homme et sensation sa partie irrationnelle et sensible. Quant à l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
de l’âme, Maxime, rejetant et la préexistence platonicienne et origéniste et l’animation retardée des disciples d’Aristote Aristote Aristote (Ἀριστοτέλης) , se prononce en faveur de la théorie créationiste, qui pose simultanément dans l’être, les éléments constitutifs de la nature humaine, unis substantiellement dès le premier moment de la conception begreifen 
concevoir
conceber
Begriff
conceito
concept
conception
concepção
concepción
. Ces éléments sont : le corps doué de sensibilité et l’âme intelligente. La position simultanée du corps et de l’âme s’accorde avec les théories scientifiques modernes qui se prononcent en faveur de la coexistence initiale des éléments constitutifs de l’homme. L’influence du De Hominis opificio de Grégoire de Nysse en cette question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
est manifeste ; Maxime le suit de près, mais jamais d’une manière servile.

Sa théorie de l’âme offre des éléments suffisants pour une théorie de la connaissance. Il y a deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
sortes de vérités, selon qu’on se sert pour leur acquisition de la raison ou de l’intelligence. Il va de soi que la première sorte est la connaissance humaine, résultat du raisonnement. Mais comment se fait-il qu’il y ait une correspondance entre le monde sensible et le monde intelligible intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
 ? Ce sera à l’allégorie allégorie
allégorique
alegoria
alegórico
allegory
et au symbolisme symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
de répondre. Chacun de ces deux mondes, nous est-il dit, est une allégorie et un symbole de l’autre, pour ceux qui ont des yeux pour voir. Le monde intelligible trouve, d’une manière mystique, sa forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
concrète dans les espèces symboliques du monde sensible. De même le monde sensible entre, par la connaissance, dans l’intelligence, et s’y trouve organisé par les raisons. Ainsi donc le monde sensible exprime par ses types le monde intelligible et dans celui-ci se trouve le premier sous forme de raisonnements. On peut donc saisir par les phénomènes, les non-phénomènes, et, encore plus, on peut, par ceux-ci et par une contemplation spirituelle, saisir les phénomènes. L’allégorie et le symbolisme présupposent, comme nous voyons, une théorie de la connaissance toute rationnelle. La seconde sorte de vérité — peut-elle être encore appelée une connaissance ? — c’est l’intuition, qui unit l’homme à Dieu. Ce n’est même pas une vérité au sens habituel du terme, c’est la vie en Dieu. C’est pourquoi pour y arriver il faut une ascèse ascèse
askesis
askêsis
ascese
ascesis
ascetismo
ascetism
et certaines vertus : l’amour amour
eros
éros
amor
love
, la tempérance sophrosyne
modération
moderação
moderation
moderación
temperantia
tempérance
temperança
comesuração
patientia
patience
paciência
et la prière euche
prier
oraison
prière
orar
oração
prece
pray
prayer
oración
, sans quoi il est impossible à l’âme d’entrer, d’une manière parfaite, en communion avec Dieu. La première vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
adoucit le thymos, la seconde flétrit le désir, quant à la prière, elle sépare l’intelligence de toutes les pensées et la présente toute nue à Dieu. Les pensées sont des conceptions des êtres, soit sensibles, soit intelligibles ; quand l’intelligence s’applique aux choses tourne tout autour des conceptions qui s’en dégagent ; la grâce de la prière l’en détache et la relie à Dieu ; l’intelligence se tournant vers Dieu devient alors divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
 ; mais, notons-le bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
, aucune ascèse privée d’amour ne mène à Dieu. L’amour fait que nous devenons Dieu, grâce à Jésus, qui lui-même devint homme par amour pour l’homme. Pour que l’intelligence se détache de ses conceptions, il faut qu’elle prenne conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
que l’être est supérieur au connaître. C’est seulement alors que l’intelligence peut entrer en familiarité avec Celui qui est cause causa
cause
aitia
aitía
aition
de tout. Les hommes qui réussissent à suivre, pendant leur vie terrestre, une telle éducation éducation
educação
education
educación
apprentissage
aprendizagem
aprendizado
paideia
sainte et divine, auront comme récompense la déification par la grâce divine. Comme il y a deux connaissances, il y a aussi deux degrés de perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
humaine, le connaître et l’être ; le premier est propre à l’homme, le second est propre à Dieu. L’homme peut pourtant arriver par la grâce divine à l’être, mais à condition qu’il efface de son âme tout raisonnement, toute conception, qu’il se purifie ; après quoi il sera inondé d’être. Cette aspiration à l’être en dépassant le connaître, plutôt qu’une méthode d’acquisition de la vérité, est, bien entendu, une ascèse, une perfection de la vie, règle d’une morale et d’une philosophie Philosophie
philosophy
filosofia
filosofía
φιλοσοφία
philosophia
que l’on pourrait appeler, d’un terme moderne, existentielle. Nous ne pouvons pas, en tout cas, en conclure que le connaître ne sert à rien, qu’on le méprisera. Le connaître est le premier degré ; on s’exercera à son école ; on s’y préparera avant d’atteindre à l’intuition et par là à la déification. Le connaître nous révélera les mystères mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
qui se trouvent à la racine des choses, nous donnant par là l’élan pour le surmonter et nous trouver de plain-pied dans l’être. D’ailleurs Maxime, en cela fidèle disciple de Denys, ne semble pas beaucoup insister sur ce primat de l’être sur le connaître ; car, suivant encore Denys, il voit en Dieu la vérité et le bien. Il distingue, d’autre part, dans l’intelligence humaine la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
, la théorie, la connaissance, la connaissance indubitable et, fin de toutes ces qualités, la vérité ; quant à la raison il distingue : la prudence phronesis
prudence
prudência
sabedoria prática
circunvisão
φρόνησις
, l’acte acte
puissance
energeia
dynamis
, la vertu, la foi
foi
faith
pistis
et leur fin, qui est le bien. La fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
donc de l’âme est la vérité et le bien, c’est-à-dire Dieu lui-même. Le mouvement de l’intelligence et de la raison autour de Dieu est éternel, puisqu’il n’y a pas de terme là où il n’y a pas d’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
.

Pour bien saisir le fond de l’anthropologie maximienne il faut remonter à la Bible. Maxime fut très frappé de la résolution de Dieu dans la création Création
Criação
criação
creation
creación
de l’homme : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ressemblance
homoiosis
semelhança
imitação
semblance
similitude
 », et il en fit le centre centre
centro
center
de presque toutes ses méditations. Le « à l’image » désigne principalement l’intelligence et le libre arbitre, plus les dons préternaturels de l’homme, tels l’immortalité et l’impassibilité, le eu einai. Le « à la ressemblance » s’entend de l’ordre moral, de la pratique praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
de la vertu. Il s’ensuit que si tout homme est nécessairement une certaine image de Dieu, celui-là seul est à sa ressemblance qui est bon et sage. Nous avons vu les conséquences que Maxime en tira en ce qui est de l’âme et spécialement de l’intelligence et de la raison. La résolution divine nous engage, de plus, à entendre par nature humaine la nature intègre, telle qu’elle sortit des mains du Créateur et à agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
selon cette nature, c’est-à-dire selon la raison, selon la loi. La nature humaine, ainsi conçue, pose à tout chrétien, comme devoir impérieux, le retour à l’état originel, ou mieux, la réalisation en lui-même de sa propre nature. Ce retour à l’état originel constitue l’objet de l’ascèse maximienne. Ne voit-on pas dans cette doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
du retour une nouvelle réponse au problème fondamental de toute philosophie digne de ce nom, à ce problème socratique du « connais-toi toi-même » ? Tout chrétien est appelé par Maxime à faire la découverte de sa propre nature afin de la réaliser. Et le moyen pour le faire ? Il est dans le pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de chacun ; réduire chaque jour un peu plus le domaine de la partie irrationnelle de son âme.


Voir en ligne : Maxime le Confesseur