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Hindouisme et Bouddhisme

Coomaraswamy : Le Bouddhisme (Introduction)

Ananda Coomaraswamy

lundi 24 novembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Le Bouddhisme semble différer d’autant plus du Brahmanisme, dont il est issu, qu’on l’étudie plus superficiellement ; mais plus on approfondit cette étude, plus il devient difficile de les distinguer l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
de l’autre, ou de dire sous quels rapports, s’il en est aucun, le Bouddhisme n’est pas réellement orthodoxe. La distinction la plus saillante est le fait que la doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
bouddhique a été exposée par un fondateur d’apparence Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
historique, qui aurait vécu et enseigné au VIe Leben
vie
vida
life
zoe
siècle avant Jésus-Christ Jésus-Christ
Jesus Cristo
Jesus Christ
Jesús Cristo
Jesus
Jesús
Cristo
Christ
Ungido
Ointed
. Hors cela, il y a seulement dans le Bouddhisme de larges différences d’accent. Ainsi, l’on tient généralement pour évident qu’il faut quitter le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
si l’on veut suivre la Voie Tao
Dao
la Voie
The Way
et comprendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
la doctrine. L’enseignement s’adresse, soit à des Brâhmanes sur le point le point
ponto
punto
center
centro
de se convertir, soit à la congrégation des Moines Errants (pravrâjaka) déjà entrés dans le Sentier ; certains d’entre eux sont déjà des Arhats parfaits, devenus à leur tour les maîtres d’autres disciples. Il y a également un enseignement éthique pour les laïques, avec commandements et défenses sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire [1], mais rien qui puisse être décrit comme une « réforme sociale » ou une protestation contre le système des castes. La distinction qui est faite à maintes reprises entre le « vrai Brâhmane » et le simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
Brâhmane de naissance est celle qu’affirmaient déjà sans cesse les livres brahmaniques.

Si l’on peut en quelque façon parler du Bouddha Bouddha
Buddha
Buda
boudhisme
buddhism
budismo
comme d’un réformateur, c’est seulement dans le sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
strictement étymologique du terme : ce n’est pas pour établir un nouvel ordre, mais pour restaurer un ordre ancien que le Bouddha est descendu du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
. Mais si son enseignement est « parfait et infaillible [2] », c’est parce qu’il a entièrement pénétré la Loi Éternelle (akâlika dharma dharma
dhamma
) [3]. Il dénonce comme une vile hérésie hérésie
heresia
heresía
heresy
herege
herético
l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
qu’il enseignerait « une sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
qui serait sienne », élabor travail
travaux
tâche
labeur
trabalho
labor
trabajo
tarefa
task
ée par lui [4]. Il n’est pas de véritables sages qui soient venus pour détruire ; ils sont toujours venus pour accomplir la Loi. « J’ai vu, dit le Bouddha, l’Ancienne Voie, la Vieille Route prise par les Tout-Éveillés d’autrefois, et c’est le sentier que je suis [5] » Et, comme il fait d’autre part l’éloge des Brâhmanes d’antan qui se souvenaient de l’Ancienne Voie conduisant à Brahma Brahmā
Brahma
Brama
 [6], on ne peut douter que le Bouddha fasse allusion à « l’étroit sentier ancien qui mène très loin, par lequel les contemplatifs, les connaissants de Brahma montent et sont délivrés » (vimuktâh), mentionné dans des versets qui étaient déjà antiques quand Yâjnavalkya les citait dans la première Upanishad Upanishad
Upanishads
Upanixade
Upanixades
 [7]

Il est expressément déclaré d’autre part que les Brâhmanes d’aujourd’hui - bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
qu’il y ait des exceptions - ont perdu les grâces qui étaient l’apanage de leurs ancêtres purs et sans ego ego
egoísmo
egoism
egoisme
le moi
le mien
« Je »
 [8]. C’est de ce point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
, et en relation Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
avec le fait que le Bouddha est né dans un âge où la caste lignage
linhagem
lineage
race
raça
caste
casta
royale était plus en honneur que la caste sacerdotale, que l’on peut le mieux comprendre la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
de la promulgation des Upanishads et de la doctrine bouddhique à une seule et même époque. Ces deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
de doctrine intimement liés et concordants, tous deux d’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
« sylvestre », ne s’opposent pas l’un à l’autre, mais à un adversaire diable
diabolos
malin
adversaire
diabo
devil
asura
asuras
asouras
commun. Leur intention est manifestement de restituer les vérités d’une antique doctrine. Non que la continuité de la transmission par les lignées érémitiques des forêts se soit jamais interrompue, mais parce que les Brâhmanes des cours et du « monde », occupés d’abord des formes extérieures du rituel, et peut-être trop intéressés à leurs émoluments, étaient alors devenus plutôt « Brâhmanes de naissance » (brahmabandhu) que Brâhmanes dans le sens des Upanishads et du Bouddhisme, à savoir Wissen
saber
savoir
« connaissants de Brahma » (brahmavit). Il y a peu de doute que la doctrine profonde du Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
ait été enseignée jusque-là par transmission magistrale (guruparamparâ) à des disciples qualifiés ; cela est pleinement évident, d’une part dans les Upanishads elles-mêmes [9] (leur nom même signifie « s’asseoir auprès d’un maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
 »), et d’autre part dans le fait que le Bouddha parle souvent de « ne rien garder par devers soi ». Il résulterait nettement de ces conditions que ceux à qui le Bouddha se réfère si souvent comme à l’ « inculte multitude » doivent avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
entretenu ces fausses « théories de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
 » et ces croyances en une réincarnation « personnelle » contre quoi il fulmine inlassablement.

Il se peut aussi que les rois eux-mêmes, dressant leur arrogante puissance acte
puissance
energeia
dynamis
contre l’autorité sacerdotale, aient cessé de choisir leurs ministres brahmanes avec sagesse [10]. De cet état de choses, Indra Indra lui-même, roi des Dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
, « aveuglé par son propre pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
 » et égaré par les Asuras, fournit l’archétype in divinis [11]. D’un autre côté, pour ce qui est de l’ « éveil despertar
éveil
awake
awakening
despiertar
Bodhi
 » de la qualité tendance
tendência
tendency
qualité
qualidade
calidad
quality
attribut
atributo
atribute
guna
gunas
royale en ce qui concerne le Bouddha, nous en avons également le paradigme en Indra ; car, exhorté par le conseiller spirituel à qui il doit allégeance, Indra « se réveille » (buddhwâ châtmânam) [12] et se célèbre lui-même, le Soi éveillé, par des louanges où l’on trouve des mots Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
qu’aurait pu employer le Bouddha : « Jamais, à aucun moment, je ne suis soumis à la Mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
 » (mrityu-mâra) [13]. On ne perdra pas non plus de vue qu’il est plus d’une fois référé à l’Indra védique comme à un Arhat. Et, s’il paraît étrange que la véritable doctrine ait été enseignée par un membre de la caste royale, dans le cas du Bouddha, il y a là un état de fait qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les Upanishads [14]. Krishna Krishna
Kṛṣṇa
Krichna
Yadav
Divinité centrale de l’hindouisme, la divinité suprême à l’origine de toutes les autres ; le huitième avatar (incarnation) de Vishnou.
lui-même, bien qu’il fût un maître spirituel, n’était-il pas aussi de sang royal ? Tout cela revient à dire que, lorsque le sel d’une « église établie » a perdu sa saveur rasa
saveur
sabor
taste
flavor
parfum
perfume
, c’est du dehors que sa vie sera renouvelée plutôt que du dedans.

Les écrits où sont conservées les traditions sur la vie et les enseignements du Bouddha relèvent de deux catégories Kategorien
catégories
categorias
categorías
categories
kategoriai
 : le Petit Véhicule (Hînayâna) et le Grand Véhicule (Mahâyâna). C’est du premier, et dans ses plus anciens textes, que nous nous occuperons principalement. Les livres appartenant au Petit Véhicule sont composés en pali, dialecte littéraire étroitement apparenté au sanscrit. Les écrits palis se placent entre le IIIe siècle environ avant Jésus-Christ et le VIe siècle après Jésus-Christ. Le Canon est formé de ce que l’on appelle les « Trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
Corbeilles » qui désignent respectivement la Règle monastique (Vinaya), le Discours Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
(Sûtra) et la Doctrine Abstraite (Abhidharma). Nous nous occuperons surtout des cinq classes du » Discours », écrit où se trouve conservé ce qui est tenu pour paroles authentiques du Bouddha. D’entre les écrits extra-canoniques, les plus importants parmi les premiers textes sont les Milindapanha et le Visuddhimagga. Le grand livre de Jâtaka, largement composé d’anciens matériaux mythologiques refondus dans une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
populaire, et rapportés comme des récits des naissances précédentes, est relativement tardif, mais fort instructif, à la fois du point de vue bouddhique et comme peinture détaillée de la vie de l’Inde ancienne. Tous ces livres sont pourvus de commentaires élaborés de la façon que nous appellerions aujourd’hui « scolastique ». Nous prendrons ces textes tels qu’ils sont, car nous ne nous fions pas aux corrections de textes des érudits modernes, dont les méthodes critiques relèvent principalement de leur aversion pour les institutions monastiques et de leur opinion doxa
opinion
opinião
opinión
Meinung
δόξα
individuelle sur ce que le Bouddha a dû dire. De fait, il est surprenant qu’un corps de doctrine tel que le Bouddhisme, avec sa marque profondément intemporelle et même antisociale, et, d’après les paroles du Bouddha lui-même, « difficile à comprendre pour vous qui êtes de perspectives différentes, qui avez d’autres capacités de compréhension, d’autres goûts, une autre obédience et une autre formation [15] », ait pu devenir aussi « populaire » dans le milieu occidental actuel. On aurait pu supposer que des esprits modernes eussent trouvé dans le Brahmanisme, qui conçoit la vie comme un tout, une sagesse plus conforme à leur nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
. Il y a lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
seulement de penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
que, si le Bouddhisme a été tant admiré, c’est surtout pour ce qu’il n’est pas. Un spécialiste moderne a fait la remarque suivante : « Le Bouddhisme, dans sa pureté pureté
pureza
purity
clairté
clareza
clearness
primitive, ignorait l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
 ; il niait l’existence de l’âme ; il était moins une religion Religion
religion
religião
religión
qu’un code de morale [16]. » On discerne là un appel au rationalisme d’une part, au sentimentalisme d’autre part. Malheureusement, ces trois propositions sont fausses, au moins dans le sens où elles sont entendues. C’est à un autre Bouddhisme que va notre sympathie et à qui nous pouvons donner notre adhésion ; et c’est le Bouddhisme des textes tels qu’ils sont.

Parmi les textes du Grand Véhicule, composés en sanscrit, il en est peu - si même il y en a - qui soient antérieurs au commencement de l’ère chrétienne. Parmi les plus importants de ces textes sont le Manâvastu, le Lalita Vistara, le Divyâvadâna et le Saddnarma Pundarîka. Les deux grandes formes du Bouddhisme auxquelles nous avons fait allusion sont dites souvent, et d’une manière assez vague, respectivement du Sud point cardinal
points carinales
ponto cardeal
pontos cardeais
cardinal direction
cardinal directions
punto cardinal
puntos cardinales
Nord
Norte
North
Sud
Sul
South
o Este
Leste
East
Ouest
Oeste
West
et du Nord. C’est l’école du Sud qui survit à l’heure actuelle à Ceylan, en Birmanie et au Siam. Originellement les deux écoles florissaient ensemble en Birmanie, au Siam, au Cambodge, à Java et à Bali, côte à côte avec un Hindouisme auquel, souvent, elles s’unissaient. Le Bouddhisme de l’école du Nord gagna le Thibet, la Chine et le Japon, par le moyen de maîtres hindous et de disciples autochtones qui traduisirent les textes sanscrits. A cette époque on ne considérait pas que la simple connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jnāna
jnana
des langues pût suffire à faire de quelqu’un un « traducteur » dans un sens quelque peu valable du mot ; personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
n’eût entrepris de traduire un texte sans l’avoir étudié pendant de longues années aux pieds d’un interprète traditionnel et autorisé de ces enseignements. Encore moins se serait cru qualifié, pour traduire un ouvrage, quiconque n’eût pas ajouté foi
foi
faith
pistis
à ses enseignements. Rares en vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
sont les traductions de livres hindous en langues européennes qui peuvent encore prétendre au degré de perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
que les bouddhistes thibétains et chinois exigeaient d’eux-mêmes [17].

On peut observer que le Brahmanisme, alors qu’il se répandait largement, à une certaine époque, dans la « plus grande Inde » du Sud-Est asiatique, ne traversa jamais les frontières septentrionales de l’Inde proprement dite. Le Brahmanisme n’était pas, comme le Bouddhisme, ce que l’on pourrait appeler une foi missionnaire. La culture hindoue a gagné et influencé profondément l’Extrême-Orient à travers le Bouddhisme, qui tantôt s’est fondu, tantôt est demeuré côte à côte avec le Taoïsme, le Confucianisme et le Shintoïsme. Ce sont les formes contemplatives du Bouddhisme qui ont exercé la plus grande influence. Ce qui avait été Dhyâna dhyana
dhyâna
(pali : jhâna) dans l’Inde est devenu Tcha’n en Chine et Zen au Japon (NA : Voir les divers ouvrages de T. Suzuki Suzuki SUZUKI, Daisetz. Mysticism Christian and Buddhist. London : George Allen & Unwin Ltd, 1957. .). Nous ne pouvons malheureusement décrire ici ces formes du Bouddhisme, mais nous devons affirmer que, bien qu’elles diffèrent grandement du Petit Véhicule par l’accent et par le détail, elles ne représentent rien moins qu’une dégénérescence du Bouddhisme. Les Bouddhismes du Thibet et de l’Extrême Orient sont propres à susciter notre plus profonde sympathie, tant par la profondeur de leurs doctrines darshana
doctrines
points de vue
que par la poignante beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
des lettres et de l’art Kunst
arte
art
au moyen desquels ces enseignements sont dispensés. Il nous faut seulement ajouter que le Bouddhisme est mort dans l’Inde proprement dite vers la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
du XIIe siècle. Shankarâchârya, le plus éminent interprète doctrinal du Vêdânta, a été souvent appelé un « bouddhiste déguisé ». Le terme Vêdânta (« Fin du Vêdâ », dans le sens où le Nouveau Testament évangile
euanggelion
evangelium
gospel
evangelho
nouveau testament
novo testamento
NT
novum testamentum
new testament
peut être appelé « la conclusion et l’accomplissement » de l’Ancien) se rencontre du reste déjà dans les Upanishads ; et le fait est que le Vêdânta et le Bouddhisme ont tant de points communs dès le début que tout exposé de l’un peut s’entendre comme un exposé de l’autre. C’est pourquoi une fusion de l’Hindouisme et du Bouddhisme s’est faite au moyen âge hindou, et c’est pourquoi le Bouddhisme à cessé d’exister comme doctrine distincte dans l’Inde même. Si le Bouddhisme à pu émigrer et survivre ailleurs plutôt que l’Hindouisme, c’est principalement pour la raison suivante : alors que l’Hindouisme s’accomplit à la fois dans la vie active et dans la vie contemplative, c’est la vie de contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contemplación
qui importe d’abord au Bouddhisme, et, pour cette raison, il peut beaucoup plus aisément s’enseigner en tant que Voie d’évasion hors des liens formels de n’importe quel ordre social.


[1Vinaya, 1, 235 et passim ; D. I, 52, 68 f. ; Samyutta Nikâya, III, 208 ; A. 1, 62 (Gradual Sayings, p. 57, où la note 2 de Woodward est complètement erronée). Le Bouddha enseigne qu’il y a « ce qui est à faire » (kiriya) et « ce qui est à ne pas faire » (akiriya) ; ces deux termes ne se réfèrent jamais à « la doctrine du Karma (rétribution) et à son opposée ». Cf. Harvard Journal of Asiatic Studies, IV, 1939, p. 119. Que le But (comme dans la doctrine brahmanique) soit d’être délivré du bien comme du mal (voir notes 54 et 55) est une tout autre question ; faire le bien et éviter le mal est indispensable au Voyageur. L’idée qu’il n’y a pas de devoir (a-kiriya), bien que parfois soutenue, est hérétique : on ne peut échapper à la responsabilité ni par l’argument d’un déterminisme fatal fondé sur l’efficacité causale des actes passés, ni par l’imputation de cette responsabilité à Dieu (issaro), ni par la négation de la causalité ou le postulat du hasard. L’ignorance est la racine de tout mal, et c’est de ce que nous faisons maintenant que dépend le « bonheur » de notre voyage (Angutara Nikâya, I, 173 f). L’homme n’est impuissant que pour autant qu’il voit le Soi dans ce qui n’est pas le Soi ; dans la mesure où il s’affranchit de l’idée « c’est moi », ses actions deviennent bonnes et non mauvaises ; aussi longtemps qu’il s’identifie lui-même avec l’âme-corps (savinnânakâya) ses actions demeurent « ego »-istes.

[2D., III, 135 (tath’êva hoti no annatha) ; Angutara Nikâya, II, 23 ; D., III, 133 ; Sutta Nipâta, 357, yathâ vâdî tathâ kârî (cf. Rig Vêda Samhitâ, IV, 33, 6, satyam uchur nara êva hi chakruh) ; de la Sutta Nipâta, 430, Itivuttaka, 122, tathâvâdin. Dans ce sens, tathâgato peut être appliqué au Bouddha, au Dhamma et au Sangha, Sutta Nipâta, 236-238.

[3Le Dhamma enseigné par le Bouddha, d’une parfaite beauté du commencement à la fin, s’applique à la fois dans le présent (samditthiko) et hors du temps (akâliko).

Cette remarque concerne également le Bouddha, car il s’identifie lui-même avec le Dhamma.) et vérifié lui-même toutes choses dans le ciel et sur la terre [[D., I, 150, sayam abhinnâ sacchikatwâ ; D., III, 135, sabbam... abhisambuddham ; Majjhima Nikâya, I, 171 ; Dhammapada, 353, sabbavidû’ham asmi ; Sutta Nipâta, 558, abhinnêyam abhinnalam... tasmâbuddho’smi ; D., III, 28, etc.

[4Majjhima Nikâya, I, 68 f., le Bouddha « rugit du rugissement du lion » ; ayant décrit ses pouvoirs surnaturels, il ajoute . « Maintenant, si quelqu’un dit de moi, le Pèlerin Gautama, connaissant et voyant ainsi que je l’ai dit, que ma haute science aryenne et ma vision intérieure ne sont pas de nature supra-humaine, que j’enseigne une Loi tirée du raisonnement (takkapariyâhatam) et de l’expérience, et dont l’expression me serait personnelle (sayam-patibhânam), si celui-là ne se rétracte pas, s’il ne se repent pas (chittam pajahati os metanoein) et s’il n’abandonne pas cette pensée, il tombera en enfer ». « Ces vérités profondes (yê dhammâ gambhîrâ) que le Bouddha enseigne sont inaccessibles au raisonnement (atakkâvacharâ) ; il les a vérifiées par la connaissance supérieure qu’il possède » (D., I, 22) ; cf. Katha Upanishad, II, 9 « ce n’est pas par la raison que cette idée peut être saisie » (naishâ tarkêna matir âpanêyâ). Milinda Panho, 217 f., explique que c’est « une ancienne Voie, que l’on avait perdue, que le Bouddha ouvre à nouveau ». Cela se réfère au brahmachariya, à la « marche avec Dieu » (= theo synopadein, Phèdre, 248 C) de Rig Vêda Samhitâ, X, 109, 5 ; Atharva Vêda Samhitâ, des Brâhmanas, des Upanishads et des textes palis.

Le « rugissement du lion » est originellement celui de Brihaspati, Rig Vêda Samhitâ, X, 67, 9, c’est-à-dire d’Agni.

[5Samyutta Nikâya, II, 106, purânam maggam purânanjasam anugacchim.

[6Samyutta Nikâya, IV, 117, tê brâhmanâ purânam saranti... so maggo brahma-pattiyâ. Dans Itivuttaka, 28, 29, ceux qui suivent cette (ancienne) Voie enseignée par les Bouddhas sont appelés Mahâtmâs. Mais, Sutta Nipâta, 284-315, maintenant que les Brâhmanes ont négligé depuis longtemps leur Loi ancienne, le Bouddha la prêche à nouveau.

[7Brihadâranyaka Upanishad, IV, 4, 8, panthâ... purâno... anuivitto mayaiva têna dhîrâ apiyanti brahmavidah swargam lokam ûrdhwam vimuktâh. Comme Mrs. Rhys Davids l’a mis également en évidence, le Bouddha ne critique le Brahmanisme que sur des questions extérieures ; il « tient pour admis » son système intérieur de valeurs spirituelles » (« Relations between Early Buddhism and Brahmanism », Indian Historical Quarterly, X, 1934, p. 282). En ce qui concerne l’opinion courante, selon laquelle le Bouddha serait venu détruire et non accomplir une ancienne Loi, nous avons montré partout la continuité ininterrompue des doctrines brahmanique et bouddhique (cf. note 107, p. 121). La doctrine bouddhique est originale (yoniso manasikâro) sans doute, mais elle n’est assurément pas nouvelle. Le Bouddha ne fut pas un réformateur des institutions sociales, mais d’états d’esprit. Ainsi, pour citer un exemple, c’est l’oubli de la Loi éternelle qui est la cause des luttes de classes et des querelles de famille. Les Quatre Castes sont naturellement « protégées » par leurs lignages, et c’est seulement quand la cupidité domine les hommes qu’on les voit discréditer la doctrine des castes (jâtivâdam niramkatwâ kâmânam vasam upagâmum, Sutta Nipâta, 314, 315).

[8Sutta Nipâta, 284 ff. (cf. Rig Vêda Samhitâ, X, 71, 9) ; D., III, 81, 82 et 94 f ; exceptions Samyutta Nikâya, 11, 13 ; Sutta Nipâta, 1082.

[9Maitri Upanishad, VI, 29 : « Ce très profond mystère... » ; Brihadâranyaka Upanishad, VI, 3, 12 ; Bhagavad Gîtâ, IV, 3 : XVIII, 67. Pourtant les Upanishads étaient alors « publiées » ; et, de même que le Bouddha « ne cache rien », de même on nous dit que « rien n’a été omis dans ce qui fut dit à Satyakâma, homme qui ne peut prouver son lignage, mais qui est appelé brâhmane à cause de la vérité de sa parole ». (Chândogya Upanishad, IV, 4, 9). Il n’y a pas d’autre secret, en sorte que quiconque comprend peut proprement être appelé brâhmane (Shatapatha Brâhmana, XII, 6, 1, 41).

[10Cf. Shatapatha Brâhmana, IV, 1, 5, 4.

[11Brihad Dêvatâ, VII, 54.

[12Brihad Dêvatâ, VII, 57.

[13Rig Vêda Samhitâ, X, 48, 5.

[14Brihadâranyaka Upanishad, VI, 2, 8 ; Chândogya Upanishad, V, 3-11 ; Kaush. Up., IV, 9 (où la situation est appelée « anormale », pratiloma).

[15D., III, 40 ; cf. Samyutta Nikâya, 1, 136 ; D., 1, 12.

[16Winifred Stephens, Legends of Indian Buddhism, 1911, p. 7. M. V. Bhattacharya soutient pareillement que le Bouddha enseignait qu’ « il n’y a pas de Soi ou Atman » (Cultural Heritage of India, p. 259). En 1925, un érudit du Bouddhisme écrivait encore « L’âme... est décrite dans les Upanishads comme une petite créature en forme d’homme... Le Bouddhisme a rejeté toutes les théories de ce genre » (P.T.S., Dictionary, attan). Il serait tout aussi raisonnable de dire que le Christianisme est matérialiste parce qu’il parle d’un « homme intérieur ». Peu de savants s’exprimeraient de la sorte aujourd’hui, mais, quelque ridicules que de semblables énoncés puissent paraître (et ils supposent une ignorance aussi grande de la doctrine chrétienne que de la doctrine brahmanique), ils survivent encore dans toutes les études courantes concernant le Bouddhisme. Naturellement, il est bien vrai que le Bouddha niait l’existence de l’âme ou du « soi » au sens étroit du terme (en accord, pourrait-on dire, avec le commandement denegat seipsum, Marc, VIII, 34), mais ce n’est pas cela que nos écrivains entendent, ni que leurs lecteurs comprennent ; ce qu’ils veulent dire, c’est que le Bouddha niait le Soi Immortel, Sans-naissance et Suprême des Upanishads. Et cela est d’une fausseté flagrante. Car il parle souvent de ce Soi ou Esprit, et nulle part aussi clairement que dans la formule répétée na mê so attâ, « ceci n’est pas mon Soi » dont l’exclusion porte sur le corps et les éléments de la conscience empirique ; vérité à laquelle s’appliquent tout particulièrement ces paroles de Shankara : « Quand nous nions quelque chose d’irréel, c’est par référence à quelque chose de réel » (Br. Sûtra, III, 2, 22). Comme le fait remarquer Mrs. Rhys Davids, « so, cela », est employé dans les Sutras pour donner le maximum de relief au problème de la personnalité (Minor Anthologies, 1, p. 7, note 2. Na mê so attâ n’est pas plus une négation du Soi que le to soma... ouk estin o anthropos ; de Socrate (Axiochus, 365) n’est une négation de « l’Homme ». Nier le Soi n’est pas le fait du Bouddha mais du natthika. Et quant à « ignorer Dieu » (car il est souvent prétendu que le Bouddhisme est « athée »), on pourrait aussi bien arguer que Maître Eckhart ignorait Dieu lorsqu’il disait : « niht, daz, ist gote gelîch, wande beide niht sind » (Pfeiffer, p. 506).

[17Voir Marco Pallis, Peaks and Lamas, 1939, p. 79-81.