Philosophia perennis

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La philosophie éternelle

Chandogya Upanishad (extrait)

Aldous Huxley

dimanche 30 novembre 2008, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait de « La philosophie éternelle », de Aldous Huxley

Lorsque Svetaketu eut douze ans, il fut envoyé auprès d’un maître, avec lequel il étudia jusqu’à ce qu’il eût vingt-quatre ans. Après avoir appris tous les Védas, il revint chez lui, plein d’orgueil, dans la croyance qu’il possédait une instruction achevée, et fort porté à la critique. Son père lui dit :

— Svetaketu, mon enfant, tu es si plein de ton savoir, et si porté à la critique, as-tu demandé cette connaissance grâce à laquelle nous entendons ce qui ne se peut entendre, percevons ce qui ne se peut percevoir, et savons ce qui ne peut être su ?

— Quelle est cette connaissance, monsieur ? demanda Svetaketu.

Son père répondit :

— De même que par la connaissance d’un bloc d’argile on connaît tout ce qui est fait d’argile, la différence n’étant que dans le nom, mais la vérité étant que tout est argile — de même, mon enfant, est cette connaissance, telle que, la possédant, nous connaissons tout.

— Mais assurément, ces maîtres vénérables qui m’ont instruit sont ignorants de cette connaissance ; car s’ils la possédaient, ils m’en auraient fait part. Veuillez donc, monsieur, me la donner, cette connaissance.

— Soit, dit le père... Et il dit :

— Apporte-moi un fruit de l’arbre nyagrodha.

— En voici un, monsieur.

— Brise-le.

— Il est brisé, monsieur.

— Qu’y vois-tu ?

— Quelques graines, monsieur, excessivement petites.

— Brises-en une.

— Elle est brisée, monsieur.

— Qu’y vois-tu ?

— Rien du tout. Le père dit :

— Mon fils, cette essence subtile que tu n’y perçois pas, c’est dans cette essence même que se tient l’être de l’énorme arbre nyagrodha. Dans ce qui est cette essence subtile, tout ce qui existe a son soi. C’est là le Vrai, c’est là le Soi, et toi, Svetaketu, tu es Cela.

— Je vous en prie, monsieur, dites-m’en davantage.

— Soit, mon enfant, répondit le père. Et il dit :

— Mets ce sel dans l’eau et viens me trouver demain matin.

Le fils fit ce qui lui avait été dit. Le lendemain matin, le père dit :

— Apporte-moi le sel que tu as mis dans l’eau.

Le fils le chercha, mais ne put le trouver ; car le sel, bien entendu, s’était dissous. Le père dit :

— Goûte l’eau de la surface du récipient. Comment est-elle ?

— Salée.

— Goûtes-en du milieu. Comment est-elle ?

— Salée.

— Goûtes-en du fond. Comment est-elle ?

— Salée.

Le père dit :

— Jette l’eau, et reviens alors auprès de moi.

Le fils le fit ; mais le sel n’était pas perdu, car le sel existe à jamais.

Alors le père dit :

— De même, ici, dans ce corps qui est tien, mon fils, tu ne perçois pas le Vrai ; mais il y est en réalité. Dans ce qui est l’essence subtile, tout ce qui existe a son soi. C’est là le Vrai, c’est là le Soi, et toi, Svetaketu, tu es Cela.

(Chandogya Upanishad)


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