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Lois X, 895a-896d

Platon : L’âme, « le mouvement capable de se mouvoir lui-même »

Trad. A. Diès

mardi 9 décembre 2008

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

L’Athénien. — Voici une nouvelle question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
à poser, à laquelle, cette fois encore, nous ferons nous-mêmes la réponse. Si toutes choses venaient à se confondre et s’immobiliser, comme la plupart de nos sages osent le prétendre, quel mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
, parmi ceux dont nous avons parlé, devrait forcément naître le premier ? Évidemment, celui qui se meut lui-même. De nul autre avant lui, en effet, ne peut lui venir le branle, puisqu’il n’y avait, avant lui, dans cette masse, aucun branle. Ainsi, principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
universel et premier des mouvements, soit pour ce qui était immobile, soit pour ce qui est mû, le mouvement qui se meut lui-même est, nous l’affirmerons, nécessairement le plus ancien et le plus puissant de tous les changements ; quant à celui qui, mis en branle par autre chose, en meut d’autres à son fils
filho
hijo
son
tour, il n’est que le second.

Clinias. — Rien de plus vrai.

L’Athénien. — Puisque notre discussion Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
en est à ce point, répondons à la question suivante.

Clinias. — Laquelle ?

L’Athénien. — Si nous voyons se manifester ce premier changement anicca
impermanence
impermanência
changement
mudança
change
altération
alteração
modification
modificação
dans une chose faite de terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
, d’eau eau
água
water
hydro
ou de feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Agni
, soit séparés, soit mélangés, quel caractère dirons-nous qu’il y réalise ?

Clinias. — Me demandes-tu si nous dirons que cette chose vit, du moment qu’elle se meut elle-même ?

L’Athénien. — Oui.

Clinias. — Qu’elle vit, sans aucun doute.

L’Athénien. — Eh quoi, pour tout être en qui nous voyons une âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
, n’en est-il pas de même ? Ne devons-nous pas convenir qu’il vit ?

Clinias. — Semblablement.

L’Athénien. — Halte alors, par Zeus ! N’accepteras-tu pas de concevoir begreifen 
concevoir
conceber
Begriff
conceito
concept
conception
concepção
concepción
, à propos de quelque objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
que ce soit, trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
choses ?

Clinias. — Que veux-tu dire ?

L’Athénien. — L’une est l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
 ; l’autre, la définition de l’essence ; la troisième, le nom. D’autre part, au sujet de chaque être, deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
questions peuvent se poser.

Clinias. — Quelles sont ces deux questions ?

L’Athénien. — Tantôt nous présentons le nom et demandons la définition ; tantôt c’est la définition que nous présentons en demandant le nom.

Clinias. — Ce que par là nous voulons dire, n’est-ce pas

quelque chose comme ceci ?

L’Athénien. — Comme quoi ?

Clinias. — Certaines choses, et, entre autres choses, certains nombres Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
, peuvent se diviser en deux : quand c’est le cas d’un nombre, son nom est « pair », et sa définition « un nombre qui se divise en deux parties égales ».

L’Athénien. — Oui, c’est cela que je veux dire. Or n’est-ce pas la même chose que nous exprimons dans l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
et l’autre cas, lorsqu’on nous demande la définition, en donnant le nom ; soit lorsqu’on nous demande le nom, en donnant la définition ? Et, par le nom pair, par la définition « nombre divisible en deux », ne désignons-nous pas la même chose ?

Clinias. — Absolument.

L’Athénien. — De ce qui a pour nom « âme », quelle est donc la définition ? En avons-nous une autre à fournir que celle de tout à l’heure, « le mouvement capable de se mouvoir lui-même » ?

Clinias. — Se mouvoir soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, telle est donc, affirmes-tu, la définition de ce même être qui a pour nom « âme » dans notre parler à tous ?

L’Athénien. — C’est bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
là ce que j’affirme. S’il en est ainsi, regrettons-nous encore quelque insuffisance dans cette preuve, donnée par nous, que l’âme est identique au principe de génération génération
geração
generación
generation
gerar
générer
generate
generar
et de mouvement et, tout aussi bien, de leurs contraires, pour tous les êtres présents, passés ou futurs, alors que nous avons, précisément, découvert en elle la cause causa
cause
aitia
aitía
aition
universelle de tout changement et de tout mouvement ?

Clinias. — Nullement ; nous avons, au contraire, adéquatement démontré que l’âme est le plus ancien de tous les êtres, du moment que nous l’avons démontrée principe de mouvement.

L’Athénien. — N’est-il pas vrai, dès lors, que le mouvement produit du dehors en quelque être que ce soit et qui ne lui confère jamais le pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de se mouvoir soi-même vient au second rang et même à autant de rangs plus bas qu’on pourra se donner fantaisie de compter, vu qu’il est changement dans un corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
réellement privé d’âme ?

Clinias. — C’est exact.

L’Athénien. — Exacte donc aussi et pleinement réelle, absolument et parfaitement vraie serait cette priorité d’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
que nous avons reconnue à l’âme relativement au corps, et cette situation seconde et postérieure du corps, puisque, par nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
, l’âme commande et le corps obéit.

Clinias. — Absolument vrai.

L’Athénien. — Or nous nous rappelons ce dont nous étions convenus précédemment, que, si l’âme était démontrée plus ancienne que le corps, ce qui est de l’âme serait également plus ancien que ce qui est du corps.

Clinias. — Parfaitement.

L’Athénien. — Mœurs, caractères, volontés, raisonnements, opinions vraies, attentions, souvenirs, seraient donc antérieurs à la longueur, largeur, profondeur et force des corps, du fait que l’âme le serait au corps.

Clinias. — Nécessairement.

L’Athénien. — Ne devrons-nous donc pas, en conséquence, nécessairement avouer que l’âme est cause du bien, du mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
, du beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
, du laid, du juste, de l’injuste et de tous les contraires, du moment que nous l’affirmerons cause de tout ?


Voir en ligne : Platonisme