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Boehme - Des trois principes de l’essence divine - Préface

PRÉFACE DE L’AUTEUR AU LECTEUR PIEUX ET CHRÉTIEN.

jeudi 11 octobre 2007, par Murilo Cardoso de Castro

NF-Gallica : Des trois principes de l’essence divine, ou De l’éternel engendrement sans origine / par Jacob Boehme.. ; trad. de l’allemand, sur l’édit. d’Amsterdam, de 1682, par le philosophe inconnu (L.-C. de Saint-Martin)

1. Depuis sa naissance, et pendant toute la durée de sa vie dans ce monde, l’homme ne peut rien entreprendre de plus important et de plus utile pour lui, que de chercher à se bien connaître lui-même : 1. Ce qu’il est ? 2. D’où et par qui ? 3. Pourquoi il a été formé ? ; et 4. Quel est son emploi ? Dans cette sérieuse recherche il trouvera : 1. Comment toutes les choses, qui existent sont provenus de Dieu ; il trouvera : 2. Comment parmi tout ce qui existe, il est la plus noble des créatures ; de-là il trouvera aisément : 3. Quels sont, les plans de Dieu à son égard, puisqu’il l’a établi souverain sur tontes les créatures de ce monde et que, de préférence à elles, il l’a doué de la pensée, de la raison et de l’intelligence, et sur-tout de la parole, afin qu’il puisse discerner tout ce qui se fait entendre, tout ce qui se meut, tout ce qui croît ; juger des propriétés, du cours et de la source de toutes choses ; et les tenir toutes sous sa puissance, en sorte qu’il soit le maître de les lier toutes par sa pensée et sa raison ; de les employer et de les diriger à sa volonté, et comme il lui plaît.

2. Mais Dieu lui a donné encore une bien plus haute et plus grande connoissance, par laquelle il peut voir dans, le cœur de toutes choses, quelle sont les essences, les puissances et propriétés qui leur appartiennent : soit parmi les créatures, dans la terre, les pierres, les arbres, les plantes, dans tout ce qui a du mouvement, ou ce qui n’en a point, ; soit même aussi dans les astres et les élémens, en sorte qu’il connoisse leur essence et leur puissance, et comment c’est dans cette puissance que gît toute sensibilité naturelle, la croissance, la multiplication et toute essence vivante.

3. Outre tous ces avantages, Dieu lui a donné la compréhension, et la plus hante pénétration pour pouvoni reconnoître Dieu pour son créateur ; d’où, comment, et ce qu’est l’homme ; où il est, de quelle source il est provenu et a été créé, et comment il est l’imagé, l’essence, le domaine et le fils du Dieu éternel, incréé et impérissable ; comment il a été créé de l’essence de Dieu , qui a mis en lui son essence et sa propriété ; qui, par son esprit, vit en lui et le régit ; qui par lui, homme , gouverne ; sa création ; qui aussi, le chérit ardemment, comme son propre cœur et son essence en faveur de qui il a créé ce monde avec toutes les créatures, lesquelles pour la plupart ne pourraient vivre selon leur qualification , sans la raison et le gouvernement de l’homme.

4. C’est dans cette haute contemplation que consiste la vraie sagesse divine, et elle n’a ni nombre ni limite ; c’est là qu’on découvre le véritable amour de Dieu pour l’homme, en sorte que l’homme reconnoît ce qu’est Dieu son créateur, ce qu’il exige de lui, et ce qu’il a remis à son pouvoir,et c’est là ce que l’homme peut sonder et rechercher de plus profitable dans ce monde. Car il apprend là à connoître ce qu’il est lui-même , de quelle substance et de quelle essence il est ; ce qui meut ses pensées et son intelligence, et comment il est provenu de l’essence de Dieu. De même qu’une mère engendre un fils de sa propre essence, prend soin de lui, et lui abandonne ses biens et ses propriétés, et l’en rend possesseur ; de même Dieu en agit ainsi avec l’homme qui est aussi son fils. Il l’a créé, il le soigne, et l’a rendu héritier de tous ses biens. Dans cette contemplation, germe la divine connoissance, et l’amour de l’homme pour Dieu, comme celui des enfans envers leurs parens, en sorte que l’homme chérit Dieu son père, puisqu’il reconnoît qu’il est son auteur, dans lequel il vit, se meut et existe, qui le soigne et qui le nourrit. Car c’est ainsi que parle le Christ notre frère qui nous a été engendré du père pour notre salut, et à été envoyé dans ce monde : la vie éternelle consiste à vous connoître, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. (Jean. 17 : 5. )

5. S’il est donc vrai que nous reconnoissions nous-mêmes, que nous avons été créés de l’être de Dieu, comme image, essence et propriété de Dieu, il-est bien juste que nous vivions dans son obéissance, et que nous le suivions, puisqu’il nous conduit comme un père conduit ses enfans. Aussi avons-nous la promesse que si nous le suivons, nous aurons la lumière de l’éternelle vie. ( Jean 8. ) Sans cette considération, nous sommes tous des aveugles, et nous n’avons aucune vraie connoissance de Dieu : mais nous cheminons comme des animaux muets, et nous nous regardons, nous-mêmes, aussi bien que la création de Dieu avec un ébahissement stupide ; nous nous opposons à Dieu et à sa volonté , et nous vivons ainsi dans la rébellion , au préjudice du corps et de l’ame, et des nobles créatures de Dieu. Nous tombons dans ces cruelles et effroyables ténèbres, parce que nous ne voulons point apprendre à nous connoître nous-mêmes ; ce que nous-sommes ; de quelle essence ; ce que nous deviendrons ; si nous sommes éternels, ou périssables avec notre corps ; en outre , si nous devons rendre compte de nos oeuvres et de notre être, puisque nous avons été établis maîtres de toute la création et des créatures. ; que nous les avons toutes en notre puissance, et que nous les gouvernons.

6. Or, puisque nous voyons, savons, et trouvons incontestablement que Dieu demandera compte de toutes nos oeuvres, comment nous nous serons conduits envers ses productions, et que si nous nous éloignons de lui et de ses commandemens, il nous en punit terriblement, comme nous en avons d’effroyables exemples dès ce monde, dans les Juifs, les Payens et les Chrétiens, particulièrement celui du déluge, de Sodome, de Gomorrlie, ainsi que celui de Pharaon et du peuple d’Israël dans le désert et depuis lors continuellement jusqu’à ce jour ; il est donc de la plus haute importance que nous étudions la sagesse ; que nous apprenions à nous connoître nous-mêmes ; quels vices énormes nous portons en nous ; quels loups effroyables sont parmi nous pour s’opposer à Dieu et à sa volonté.

7. Car personne ne peut se disculper sur son ignorance , puisque la volonté de Dieu est écrite dans notre base affective, afin que nous connoissions bien ce que nous devons faire. Toutes les créatures servent aussi à nous en convaincre. En outre, nous avons la loi et les ordonnances de Dieu , en sorte que nous n’avons aucune excuse, si ce n’est notre soporeuse et nonchalante paresse ; aussi serons - nous jugés comme étant des serviteurs negligens et inutiles à la vigne du seigneur.

8. Enfin, il nous est essentiellement nécessaire d’apprendre à nous connoître , puisque le démon demeure près de nous dans ce monde ; qu’il est l’ennemi de Dieu et le nôtre ; qu’il nous égare et nous trompe journellement pour nous séparer de Dieu notre père, comme il y est parvenu avec notre premier père, voulant par-là étendre son règne, et nous priver de notre salut éternel, comme cela est écrit, ( 1. Pierre 5 : v. 8 ) : Notre adversaire le démon tourne autour de nous, comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer.

9. Puisque nous sommés dans un si effroyable danger en ce monde que nous sommes environnés d’ennemis de tous les côtés, et que nous ne pouvons marcher en sûreté dans notre pélerinage, d’autant que nous portons en nous le plus cruel ennemi j que nous le voilons et que nous ne voulons pas apprendre à le connoître, quoiqu’il soit cependant l’hôte le plus pernicieux, et qu’il nous jète dans la colère de Dieu, étant vraiment lui-même la colère de Dieu qui nous plonge dans l’éternel feu colérique, et dans l’éternelle angoisse inextinguible ; il est donc nécessaire que nous apprenions à bien connoître cet ennemi ; ce qu’il est ; qui il est, et pourquoi ils est ; comment il vient en nous ; quel est en nous son droit et sa propriété, ainsi que son entrée et son autorité en nous ; comment il s’associe avec notre propre ennemi qui demeure en nous ; comment ils se favorisent et s’appuient l’un et l’autre ; comment ils sont tous deux ennemis de Dieu et nous épient continuellement pour nous perdre et pour » nous détruire.

10. De plus, il est hautement essentiel de nous envisager, et d’apprendre à nous connoître, par la grande raison que nous savons et que nous voyons que nous devons mourir et périr à cause de notre propre ennemi, qui est à la fois le nôtre et celui de Dieu,et qui demeure en nous, et est vraiment la moitié de l’homme. Et s’il devient assez puissant en nous pour y obtenir la supériorité et le premier rang, il nous livre à tous les démons, dans l’abîme, pour, demeurer avec eux perpétuellement dans les ténèbres, éternelles, et dans des angoisse » et des tourmens qui ne s’appaiseront jamais. En effet, il nous jète dans la maison de solitude, dans l’éternel oubli de tout bien, dans l’opposition à Dieu, de façon que nous combattons éternellement Dieu et toutes les créatures.

11. Nous avons encore une raison plus importante de chercher à nous connoître ; comment nous sommes dans le bien et le mal ; d’autant que nous avons la promesse de l’éternelle vie, que si nous soumettons notre ennemi personnel et le démon, nous devons être enfans de Dieu, et vivre éternellement dans Dieu, dans son royaume, près de lui et dans lui, près des saints anges, dans une joie perpétuelle, dans la lumière, dans la gloire, dans la (bénéficence) dans les bonnes grâces, dans la douceur, sans aucune communication, et sans aucune connoissance du mal. En outre nous avons la promesse, que si nous avons soumis notre propre ennemi, et que nous l’ayons enfoui en terre, nous devons au dernier jugement nous remontrer dans un nouveau corps, dans lequel il n’y aura aucune angoisse ; et vivre éternellement avec Dieu dans un amour parfait, dans la joie, les délices et la sainteté.

12. Nous savons aussi, et nous connoissons que nous avons en nous l’ame raisonnable et immortelle, qui est dans l’amour de Dieu, et que si elle ne succombe pas sous son adversaire, mais que comme un conquérant céleste, elle le renverse sous ses pieds, Dieu et son esprit saint la protégeront, et lui donneront l’intelligence et la puissance pour vaincre tous ses ennemis, qu’ils combattront pour elle, et que lors de sa victoire sur le mal, elle sera glorifiée comme un digne conquérant, et recevra la plus belle couronne céleste, (2 Tim. 4:7, 8. Apoc. 2:10).

13. Or, puisque l’homme sait qu’il est aussi un être mixte, partagé entre le bien et le malf et que l’un et l’autre est sa possession ; qu’il est, cependant, un seul homme qui est bon et mauvais ; et qu’il doit recevoir la récompense de l’un et de l’autre ; que de quelque côté qu’il incline dans cette vie, son ame s’y porte quand il meurt, et qu’au dernier jugement il ressuscitera en force et puissance dans le travail qu’il a fait ici, et y vivra éternellement, et y sera glorifié, et trouvera là sa source et son perpétuel aliment ; il lui est donc essentiellement utile de chercher à se connoître ; pourquoi il est créé ; d’où lui vient l’impulsion du bien et du mal, et ce qu’est, toutefois, le bien et la mal en soi-même ; d’où ils sont mus. Il doit chercher particulièrement, quelle est la source, de tout ce qui est bien et de tout ce qui est mal ; d’où et par où le mal est venu dans le démon, dans l’homme et dans toutes les créatures, puisque le démon a été un saint ange, et que l’homme aussi a été créé bon, et que le faux attract se trouve dans toutes les créatures qui se haïssent, se battent, se tourmentent et sont ennemies les unes des autres ; qu’il y a une semblable opposition dans toutes les créatures, et qu’un même corps est divisé d’avec lui-même. Et cela nous ne le voyons pas seulement parmi les créatures vivantes, mais aussi dans les étoiles, les élémens, la terre, les pierres, les métaux, les feuilles, l’herbe et le bois, où par-tout est le poison et le mal. On trouve, en outre, que cela doit être ainsi ; autrement, il n’y auroit ni vie, ni mouvement, de même qu’il n’y auroit ni couleur , ni vertus, rien de mince, rien d’épais, rien de perceptible, mais tout seroit un rien.

14. Dans cette haute considération, on trouve que le tout est venu de Dieu même , que c’est sa propre essence, qu’il est cela lui-même, et qu’il s’est lui-même produit de lui-même, Le mal agit pour 1a corporisation et pour la mobilité. Le bien, pour l’amour. La force ou l’opposition , pour la joie. Tant que la créature est dans l’amour de Dieu, le colérique ou l’opposition fait ( l’élèvement ) de l’éternelle joie ; mais si la lumière de Dieu s’éteint, il fait l’éternel élèvement de la source angoisseuse, et le feu infernal.

15. Pour éclaircir toutes ces choses, je décrirai ici les trois principes divins, dans lesquels tout sera expliqué ; ce qu’est Dieu ; la nature et les créatures ; ce qu’est l’amour et la douceur de Dieu ; son bouillonnement et sa volonté ; ce qu’est le démon et la colère de Dieu ; bref, ce qu’est la joie et la souffrance ; comment toutes choses ont pris naissance et continuent d’exister. Nous voulons aussi représenter la vraie différence qu’il y a entre les créatures éternelles et celles qui sont périssables ; sur- tout, considérer l’homme et son ame ; ce qu’il est, et comment il est une créature éternelle ; ce qu’est le ciel, dans lequel Dieu, les anges et les hommes saints demeurent ; et ce qu’est l’enfer, dans lequel les démons habitent, et comment toutes choses ont été créées ainsi dans l’origine ; en un mot, ce qu’est l’essence de toutes les essences. Puisque l’amour de Dieu m’a favorisé de ces connoissances, je veux les écrire comme un mémorial et un souvenir pour moi, attendu que nous vivons, dans ce monde, dans un grand danger, entre le ciel et l’enfer, et que nous devons sans cesse combattre le démon. Par ce moyen, si je venois, par ma foiblesse, à tomber sous la colère de Dieu, et que la lumière de mes connoissances me fût retirée, j’aurois de quoi pouvoir me les rappeler, et les ressusciter en moi.

16. Car Dieu voudroit que tous les hommes fussent secourus, et ne veut point la mort du pécheur ; mais qu’il se convertisse, qu’il se tourne vers lui, et qu’il vive éternellement en lui. C’est dans ce dessein qu’il a laissé son cœur, qui est son fils, devenir homme, afin, que nous puissions nous attacher à loi, nous ressusciter en lui, et nous régénérer de nos péchés et de nos fausses volontés.

17. Ainsi, pour l’homme qui, dans ce monde , vit dans cette souffrante et périssable chair, dans un si grand danger, il n’y a rien de plus utile que de se bien connoître lui-même ; et s’il se connoît bien lui-même, il connoît aussi Dieu son créateur, et toutes les créatures ; et en outre combien Dieu est disposé pour lui ; et cette connoissance est la plus délicieuse que j’aie jamais découverte.

18. Mais s’il arrivoit que ces écrits fussent lus, et que, par hasard, le peuple de Sodôme et autres semblables pourceaux se présentassent pour fouiller dans mon jardin de délices, et n’y pussent rien voir, ni comprendre, et n’y épluchassent que des vices et de l’orgueil, et ne se connussent ni eux, ni Dieu, ni encore moins ses enfans ; ce n’est point pour ceux-là que je veux rien écrire ; et je ferme mon livre avec un mur épais et des barres pour ces sauvages génisses du démon, et pour ces idiots qui sont enfoncés jusqu’aux oreilles dans les sépulcres de l’enfer, et ne se connaissent point eux-mêmes, mais font ce que fait le démon, leur professeur, et demeurent enfans de la sévérité colérique de Dieu. Si je désire donc d’écrire avec quelque clarté, c’est pour les enfans de Dieu. Le monde et le démon peuvent tempêter et rugir jusque dans l’abîme : car leur sablier est dressé. Alors chacun récoltera ce qu’il aura semé, et plusieurs seront chauffés par le feu de l’enfer, pour leur orgueil dédaigneux et insensé, quoiqu’ils ne l’aient pas cru en ce monde.

19. En outre, je ne dois pas négliger de mettre ces choses par écrit, parce que Dieu demandera compte des dons de chacun, et comment il les a employés : car il exigera , avec usure, le talent qu’il aura livré, et le donnera à celui qui aura beaucoup gagné. Mais comme je ne peux pas à présent faire plus pour lui, je me laisse gouverner à sa volonté, et je continue d’écrire selon mes connaissances,

20. Quant aux enfans de Dieu, ils apercevront bien ce que sont mes écrits ; car c’est un excellent témoignage ; et l’on en peut voir la preuve dans toutes les créatures ; oui, dans toutes choses, et particulièrement dans l’homme, qui est l’image et la ressemblance de Dieu. Mais cela demeure caché aux enfans de la perversité et est fortement fermé par un sceau. Quoique le démon puisse pressentir le coup, et exciter des tempêtes depuis l’Orient jusq’au Nord ; néanmoins, dans l’arbre colérique, il croit un lys avec une racine, qui va aussi loin que l’arbre s’étend avec ses branches, et qui porte son parfum jusque dans le paradis de Dieu.

21. Un tems plein de merveilles s’avance ; mais il commence dans la nuit : peu d’hommes ici bas le verront à cause de leur sommeil et de leur grande ivresse ; toutefois le soleil brillera pour les enfans au milieu de la nuit. Ainsi je recommande le lecteur au tendre amour de Dieu.

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