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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

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 ROUDRA

Roudra , « le Hurleur » ou peut-être mieux encore « le Rouge », est généralement présenté, tant par les Indiens que par les indianistes, comme la personnification de l’orage, de l’ouragan, du cyclone dévastateur, et cette identification correspond bien, en effet, aux nombreux passages des hymnes qui respirent la terreur de la colère du redoutable Roudra. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est là qu’un des côtés de la personnalité de ce dieu : il possède une double nature, tantôt terrible et presque démoniaque, tantôt bienfaisante, et cette dernière a bien au moins autant d’importance que l’autre ; aussi, croyons-nous qu’il ne manque pas de raisons, aussi nombreuses que solides, pour l’assimiler de préférence à un dieu du feu, feu destructeur à la vérité, éclair ou soleil ardent qui dessèche, broie et dévore, mais également feu bienfaisant, générateur et fécondateur indiqué par ses fonctions de guérisseur des maladies des hommes, de multiplicateur et de protecteur spécial des troupeaux. D’un côté, en effet, il est fréquemment assimilé d’une manière explicite à Agni, et, de l’autre, on lui donne pour épouse Priçnî, le nuage dans le sein duquel se forment, d’où naissent les éclairs, ce que le Rig-Véda affirme du reste en lui attribuant la qualification de vache qui caractérise les nuages dont les eaux sont le lait. De plus, Roudra est lui aussi un archer, et sa flèche fait couler les rivières comme la foudre d’Indra fait couler les eaux prisonnières dans les nuages, mythes absolument identiques. Enfin, il est possesseur et gardien de l’amrita ou du soma au même titre que Dyôs, Varouna et Tvachtri. Roudra, encore comme Varouna, est un justicier : sa colère est provoquée par les contraventions aux lois divines et humaines et surtout par la négligence du sacrifice, péchés qui ont les maladies pour châtiment, comme aussi les remèdes infaillibles (l’amrita, le soma) qu’il dispense sont la récompense de l’adorateur pieux et généreux et du pécheur sincèrement repenti. Ce rôle, on en conviendra, n’est guère celui d’une personnification de l’ouragan.


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