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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

  Sommaire  

 DYÔS

On a généralement coutume de considérer le ciel, Dyôs [22], comme le plus ancien et, primitivement, le plus important des Dieux védiques, sans doute à cause du titre de « père » (pitar) que lui donnent habituellement les hymnes, et peut-être en raison de sa grande similitude de nom avec le Zeus [23] des Grecs (Zeus pater, Jupiter, Dispater) et de fonctions avec Ouranos, le dieu initial de la mythologie hellénique cependant, la part restreinte d’invocations que lui fait le Rig-Véda ne permet guère de supposer qu’il ait jamais été un dieu suprême comparable à Zeus. Pour expliquer ce fait, quelques auteurs ont émis l’hypothèse que Dyôs, grand dieu primitif de la race indo-européenne, était déjà une divinité vieillie et délaissée à l’époque où furent élaborés les hymnes de ce Véda ; mais aucun indice sérieux n’appuie cette supposition, et il paraît plus probable que nous sommes ici en présence d’un mythe imparfaitement évolué, qu’une cause quelconque a arrêté dans son développement.

Il est rare que Dyôs soit invoqué seul. Presque toujours le Rig-Véda l’associe à Prithivî (« la large, l’étendue »), déesse de la terre, avec laquelle il constitue le groupe créateur Dyâvâ-Prithivî. Père et mère de tous les êtres, Dyôs et Prithivî ont engendré les dieux, les hommes et les animaux, quelquefois aussi les plantes et même tout l’univers ; essentiellement bienveillants, ils dispensent avec libéralité leurs faveurs à leur nombreuse progéniture : — « Dans les cérémonies j’adore avec des offrandes et je chante les louanges de Dyôs et de Prithivî, promoteurs de la justice, grands, énergiques, qui sont les parents des Dieux et qui dispensent, comme les Dieux, les grâces les plus précieuses en récompense de nos offrandes. — Par mes invocations j’adore la pensée du Père bienfaisant pour tous et la force puissante qui est celle de la Mère. Ces parents prolifiques ont engendré toutes les créatures, et par leur grâce ont conféré à leurs rejetons une grande immortalité » (R. V. I, 159, 1). — Peut être aussi constituent-ils le type initial de la famille, car, suivant tine conception à peu près générale chez les peuples primitifs, Dyôs et Prithivî sont unis par les lieus d’un véritable mariage, contracté avec des rites solennels, ainsi que nous le révèle ce passage de l’Aitaréya-brâhmana [24] : — « Jadis, ces deux mondes étaient unis. Plus tard ils se séparèrent.Après leur séparation la pluie cessa de tomber, le soleil cessa de briller. Alors les cinq classes d’êtres ne restèrent point en paix les unes avec les autres. Alors, les Dieux amenèrent la réconciliation de ces deux mondes. Tous deux contractèrent un mariage selon les rites observés par les Dieux » (IV, 17).

Comme celle de tous les autres Dieux, l’origine de Dyôs et de Prithivî est obscure, les récits qui la concernent sont contradictoires ; tantôt il semble qu’ils soient éternels ou apparus spontanément ; tantôt ils sont l’œuvre d’un dieu innommé, du plus habile des dieux : « Au loin étendus, vastes, infatigables, le Père et la Mère protègent tous les êtres. Il était le plus habile des Dieux habiles, celui qui a fait ces deux mondes qui sont bienfaisants pour tous, qui, désirant faire une œuvre excellente, a étendu ces régions et les a consolidées par des supports indestructibles » (R. V. I, 160, 2). D’autres fois c’est Soma (le dieu de la libation), Pouchan, Tvachtri (personnifications du soleil) ou Indra (Dieu de l’éclair et de la pluie) qui les a créés ; ou bien ce dernier les a engendré de son propre corps, les soutient dans ses mains et les étend comme une toison ; ou bien encore un hymne (R. V. X, 90) les fait sortir de la tête et des pieds de Pouroucha (la victime mystique immolée par les Dieux), et un autre les fait naître dans les eaux. D’un autre côté, Prithivî est dite le support ou la demeure de Dyôs qui, en somme, plutôt que le ciel paraît personnifier la lumière par excellence ou le jour et que ses relations de parenté avec Soma, Pouchan, Tvachtri, Indra, Agni (qu’on dit tantôt son frère et tantôt son fils, ou encore sa tête), Mitra et Savitri désignent, comme ayant été primitivement un des éléments ignés du sacrifice, un équivalent d’Agni, d’Indra et de Sourya. On peut aussi invoquer à l’appui de cette hypothèse le fait qu’on lui substitue parfois Pardjanya, divinité assez indécise qui paraît présider au tonnerre, à la pluie, à la procréation, à la fructification, et dont le nom, pris adjectivement, est une épithète assez fréquente d’Indra et de Sourya.


Voir en ligne : Les Classiques des sciences sociales


[22Génitif, Divas.

[23Diôs et Zeus proviennent tous deux de la même racine initiale div.

[24L’un des deux Brâhmanas annexés au Rig-Véda.