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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

  Sommaire  

 VAROUNA

Le plus souvent, on attribue le rang suprême parmi les êtres célestes à un autre dieu du ciel, Varouna [25] qui, après avoir très certainement personnifié comme Dyôs le ciel lumineux, est devenu, déjà à l’époque védique, le ciel nocturne constellé d’étoiles. Varouna remplit des fonctions aussi hautes que nombreuses. Il réside dans tous les mondes dont il est le souverain régulateur ; il a créé la nuit, il soutient la terre ; c’est par ses soins que les rivières coulent et vont verser leurs eaux dans l’Océan, sans jamais le remplir ; ses lois et ses ordres sont immuables et inviolables ; sa puissance s’exerce sans restriction sur les destinées des humains dont il connaît tous les actes, les pensées les plus secrètes, qu’il récompense et punit, dont il délie et retient les péchés ; il connaît le vol des oiseaux dans le ciel, la route des poissons dans les eaux, la course du vent, et voit tout ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. « Le grand Être qui règne sur ces mondes les voit comme s’il était tout près. Si quelqu’un pense faire quelque chose en secret, ce Dieu le sait, et voit quiconque se tient debout, marche, se glisse secrètement, se retire dans sa maison ou dans quelque cachette. Ce que complotent deux personnes assises ensemble, en tiers avec elles Varouna le sait. Cette terre est le domaine du roi Varouna et aussi ce vaste ciel dont les extrémités sont si distantes. Les deux océans sont les mamelles de Varouna, et il réside dans ce petit étang. Celui qui fuirait au delà du ciel, ne pourrait pas échapper au roi Varouna. Descendant du ciel, ses messagers traversent le monde ; avec leurs mille yeux, ils regardent sur toute la surface de la terre. Varouna perçoit tout ce qui existe entre le ciel et la terre et au delà. Il compte les clignements d’yeux des hommes. Il tient en ses mains toutes les choses comme le joueur les dés qu’il va jeter. O Varouna, que tes filets enlacent l’homme qui profère des mensonges et qu’ils s’écartent de celui qui dit la vérité » (Atharva-Véda. IV, 16, 2.6). Le respect et l’adoration éclatent en termes d’une grandeur et d’une élévation incomparables dans les hymnes qui lui sont consacrés, et où ses adorateurs lui associent souvent son frère Mitra (l’Ami), une des nombreuses personnifications du soleil, à qui l’on donne le ciel de jour pour empire, mais qui ne participe qu’en faible partie au caractère de justicier de Varouna.

Toutefois, il ne faut pas attacher trop d’importance à cette apparente attribution du rang souverain à Varouna ; car, d’un côté, les hymnes l’attribuent également à d’autres dieux, et de l’autre Indra le lui dispute victorieusement et s’en empare à la suite d’une sorte de traité qui dépossède Varouna de l’empire du ciel et lui laisse celui des eaux, mythe qui prépare le passage de Varouna à la fonction exclusive de dieu de l’océan qui lui sera dévolue dans la mythologie post-védique. Plusieurs hymnes du Rig-Véda renferment d’ailleurs des allusions à la connexion de Varouna avec les eaux, — eaux réelles ou eaux du sacrifice, c’est-à-dire les libations, — notamment les deux passages suivants : — « Vous désirant, vous fils de la force, les Marouts (dieux des éclairs ou des vents) s’avancent à travers le ciel ; Agni sur la terre, Vâta (dieu du vent) dans l’atmosphère, et Varouna sur les eaux, l’océan » (R. V. I, 161, 14). — « Que me protègent les eaux célestes, et celles qui coulent, celles pour lesquelles sont creusés des canaux, et celles qui se produisent spontanément, celles qui vont à l’océan, qui sont brillantes et purifiantes ! Que ces eaux, au milieu desquelles se meut le Dieu Varouna, surveillant la véracité et la fausseté des hommes, qui distillent la douceur et sont brillantes et purifiantes, me protègent ! Que ces eaux dans lesquelles Varouna, Soma et tous les Dieux goûtent le plaisir de la nourriture, dans lesquelles est entré Agni-Vaiçvânara, me protègent ! » [26] — « Mitra et Varouna, vous les deux rois, protecteurs de la grande cérémonie, puissants seigneurs de la mer, venez ici ; envoyez-nous du ciel de la nourriture et de la pluie ! » (R. V. VII, 64, 2).


Voir en ligne : Les Classiques des sciences sociales


[25« celui qui enveloppe, qui enserre ». On le rapproche de l’Ouranos grec avec lequel il a beaucoup de similitude.

[26R. V. VII, 49, 2. Il est à remarquer que le dernier vers de cette citation désigne nettement les eaux — libations.