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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

  Sommaire  

 LES ADITYAS

A Varouna est étroitement apparenté le groupe des Adityas dont il est le premier et le chef. Les Adityas sont de grands Dieux lumineux se rattachant tous au mythe solaire, sans en excepter Varouna qui, assez souvent, se substitue au Dieu-Soleil Savitri ou Sourya, mais dont le nombre et les noms varient d’un hymne à l’autre. Le Rig-Véda en mentionne tantôt six : Varouna, Mitra, Aryaman, Bhaga, Dakcha et Amça ; tantôt sept, en adjoignant Savitri aux précédents ; tantôt huit par l’addition de Mârttânda. Mais, même dans ce cas, on n’en compte jamais que sept, Mârttânda, dit-on, ayant été repoussé ou renié par leur mère commune. La Taittirîya-Samhitâ du Yadjour-Véda et le Taittirîya-brâhmana en nomment également huit ; mais substituent Dhâtri, Indra et Vivasvat à Dakcha, Savitri et Mârttânda. Plus tard, les Brâhmanas et les Pourânas porteront leur nombre à douze, sans doute pour les faire présider aux douze mois de l’année. D’après les hymnes védiques, ce sont les plus grands, les plus puissants, les plus bienfaisants et les plus vénérables des Dieux ; mais, à part Varouna, Mitra, Savitri, Indra et Vivasvat qui ont par ailleurs des fonctions déterminées, et Dakcha qui parait remplir le rôle de créateur ou de procréateur des êtres animés, on ne les invoque guère que collectivement pour obtenir leur protection et des faveurs, la plupart du temps matérielles, telles que longue vie, puissance, richesse, nombreuse postérité de fils vaillants, abondance de bétail, etc.

Suivant la donnée généralement fournie par les Védas, les Adityas sont les fils, sans père, d’Aditi, qui les a conçus après avoir mangé les restes du sacrifice qu’elle avait offert aux dieux appelés Sâdhyas ; mais, ensuite, la littérature post-védique les fait naître du mariage d’Aditi avec le sage Richi Kaçyapa, personnage mythique qui personnifie, dit-on, le crépuscule, et dont on fait à l’occasion le père de la plupart des autres dieux. D’un autre côté, le Çatapatha-brâhmana leur donne pour origine douze gouttes d’eau céleste engendrées par Pradjâpati.

Aditi « la libre » ou « l’illimitée, l’infinie », est une déesse fréquemment citée dans les Védas, mais dont, malgré cela, la nature n’a pas encore été déterminée avec précision. On la dit tantôt éternelle, existant par elle-même, tantôt créée, mère, épouse et fille des dieux, mère des hommes et de tous les êtres : « La terre naquit d’Outtânapad, de la terre naquirent les régions ; Dakcha naquit d’Aditi et Aditi de Dakcha. Car Aditi fut créée, elle qui est ta fille, ô Dakcha. Après elle naquirent les Dieux, heureux, ayant en partage l’immortalité... Des huit fils qui étaient nés de son corps, avec sept Aditi approcha des Dieux et rejeta Mârttânda Avec sept fils, Aditi approcha la première génération des Dieux ; elle enfanta ensuite Mârttânda pour la naissance aussi bien que pour la mort » (R. V. X, 72, 4-5, 8-9). — « De quel Dieu, maintenant, duquel de tous les immortels allons-nous invoquer le nom propice ? Qui nous ramènera vers la grande Aditi, afin que je puisse contempler mon père et ma mère ? Invoquons le nom béni d’Agni, le premier des immortels ; il nous ramènera vers la grande Aditi, afin que je puisse contempler mon père et ma mère » (R. V. I, 24, 1). Suivant les cas, elle semble personnifier l’espace infini et lumineux, l’éther, la nature universelle : « Aditi est le ciel, Aditi est l’air ; Aditi est la mère, et le père et le fils ; Aditi est tous les Dieux et les cinq races ; Aditi est tout ce qui est né ; Aditi est tout ce qui naîtra » (R. V. I, 89, 10). Yâska l’identifie avec Prithivî, la terre, avec le couple Dyâvâ-Prithivî, avec Vâtch, déesse de la parole et du sacrifice, elle-même confondue avec Sarasvatî, déesse des eaux ; enfin un passage du Rig-Véda l’assimile aux eaux du sacrifice : « A tous vos noms, ô Dieux, on doit respect, adoration et culte ; vous qui êtes nés d’Aditi, des eaux, vous qui êtes nés de la terre, écoutez mon invocation » (R. V. X, 63, 2), assimilation que corroborent deux autres passages du même Véda (R. V. VI, 52, 9 ; et X. 13, 1), où il est dit que les dieux sont « fils de l’Amrita », c’est-à-dire de la libation de Soma [27].


Voir en ligne : Les Classiques des sciences sociales


[27Cf. P. REGNAUD : Le Rig-Véda et les origines de la mythologie indo-européenne, p. 192.