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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

  Sommaire  

 SOMA

Bien qu’on le relègue souvent à un rang secondaire, en raison sans doute de son origine naturaliste et matérielle trop apparente sous le voile du mythe, il est impossible de séparer Soma, d’Agni, à cause de leur intime parenté et de la communauté, de leur action dans le sacrifice. De même qu’Agni personnifie le feu matériel et le dieu de cet élément, Soma est à la fois le dieu de la libation et la libation elle-même, le soma. Le soma est en effet un liquide alcoolique, produit par le jus fermenté d’une plante que l’on croit être l’asclepias acida, que l’on versait pour l’activer sur le feu sacré au moment où il naissait, faible étincelle, au point de contact des deux aranîs. Cette liqueur fortifiante et excitante est la boisson chère aux Dieux, à Indra surtout, qui y puisent le courage et la force nécessaires pour remplir leur rôle divin de protecteurs de l’univers et lutter victorieusement contre les démons. Le soma, identique à l’amrita, donne l’immortalité (la vie, l’activité) ; c’est par lui que les dieux ont acquis leur rang sublime et leur puissance ; c’est pour le posséder à leur tour que les Asouras livrent aux dieux de perpétuelles batailles. Bu par les sacrificateurs et les Richis, il leur procure la sainte ivresse qui inspire leurs chants sacrés et, lorsque leur carrière terrestre sera achevée, il leur donnera dans l’autre monde la vie éternelle et un rang quasi divin. D’origine divine, il était jadis jalousement conservé dans le ciel, d’où il fut volé et apporté sur la terre par le faucon Çyéna ou par la Gâyatrî [41], ou encore par l’oiseau Souparna qui l’apporta à Indra.

En tant que Dieu, Soma joue dans la mythologie védique un rôle dont l’importance est indiquée par le fait que tout le neuvième Mandala du Rig-Véda (c’est-à-dire 108 hymnes) lui est consacré, sans compter les nombreux hymnes où il est invoqué en compagnie d’autres dieux. Comme Agni, il est sacrificateur puisqu’il fait naître et nourrit le feu sacré ; il est chantre et poète puisqu’il inspire les chantres ; il est le sacrifice lui-même qui ne saurait exister sans lui. Il est le père et le générateur habile de tous les dieux, même d’Agni ; associé à Agni il a engendré tous les mondes et les créatures ; il assiste Indra et lui donne la victoire dans ses combats contre les éternels ennemis du sacrifice et du monde ; il donne l’immortalité ; il est le prêtre des dieux, le plus sage des Richis, le plus inspiré des poètes. De même qu’Agni, avec qui il est toujours étroitement uni, il a une triple existence : dans le ciel où il est né en tant qu’essence divine du feu, et où il remplit les mêmes fonctions sacrificatoires que dans le monde des hommes ; dans l’atmosphère où son feu liquide pénètre et vivifie les gouttes de la pluie fécondante ; enfin sur la terre comme élément primordial du sacrifice, le feu sacré ne pouvant s’allumer rituellement que grâce à sa collaboration.


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[41Gâyatr, hymne consacré au soleil, considéré comme le plus sacré de tous les hymnes du Rig-Véda. C’est aussi le mètre poétique dans lequel cet hymne est composé.