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Le Brâhmanisme

L. de Milloué : Les dieux du Brâhmanisme

Conservateur du Musée Guimet

samedi 2 mai 2009

  Sommaire  

 SOURYA

Avec Sourya — qui prend aussi les noms de Savitri ou Savitar, de Pouchan, de Pardjanya et de Mitra, peut-être de simples épithètes, mais cependant représentés souvent dans les textes les plus anciens comme ceux de divinités solaires distinctes de lui — nous nous trouvons en présence de la troisième manifestation et la plus élevée d’Agni, du feu céleste. Il semble que ce Dieu, personnification de l’astre du jour, devrait remplir un rôle prédominant, étant donné surtout le caractère solaire qu’on s’accorde généralement à attribuer à la religion primitive de l’Inde, et cependant il n’occupe qu’un rang tout à fait secondaire. Contrairement à ce que nous constatons pour les autres grandes divinités, on ne dit jamais qu’il soit né ou existant par lui-même. Il est créé ou engendré, placé dans le ciel par les dieux pour éclairer le monde, fils du ciel, fils de Dyôs, d’Aditi (quoiqu’il ne figure pas dans la liste primitive des sept Adityas), des Aurores, d’Indra, d’Agni ou de Soma. Il semble que, chez lui, le caractère, pour ainsi dire matériel, de luminaire ait étouffé la divinité, ainsi qu’on peut le conjecturer par ses dénominations habituelles d’œil du monde, œil du ciel, œil d’Agni, feu sacrificatoire des dieux, ses comparaisons avec un char ou avec une roue circulant dans le ciel. Il paraît, en un mot, beaucoup plus matérialisé que le feu terrestre, Agni lui-même, tout contradictoire que ce fait puisse sembler. Sourya ne laisse pas cependant que de posséder quelques caractères divins : protecteur et âme de tout ce qui existe, choses immobiles ou douées de mouvement, il voit tout, il voit de loin, il connaît les actions des hommes ; monté sur son char rapide il dispense la lumière, règle les jours et les nuits, établit les saisons ; quelquefois même on l’identifie avec le sublime Varouna, ainsi que le montre ce passage d’un hymne du Rig-Véda (R. V. I, 50) : « Les hérauts conduisent vers les hauteurs ce Dieu Sourya, qui connaît tous les êtres, le manifestant à tous les regards. Éclipsées par tes rayons, les étoiles, semblables à des voleurs, se dérobent devant toi, luminaire qui vois tout. Tes rayons, révélant ta présence, sont visibles pour toute l’humanité, brillants comme des flammes. Traversant le ciel, toi qui vois tout, tu as créé la lumière, ô Sourya, et éclairé tout le firmament. Tu te lèves et tu te fais voir en présence des Dieux, des hommes et du ciel tout entier. Avec cet éclat qui t’est propre, ô illuminateur, ô Varouna, tu surveilles la race affairée des hommes. Tu as rempli le ciel, ô Sourya, le large firmament, mesurant les jours, épiant tous les êtres. Sept juments rouges t’emportent dans ton char, ô Sourya clairvoyant, Dieu à la flamboyante chevelure. Le soleil a attelé les sept juments brillantes, filles du char ; avec elles, qui s’attèlent toutes seules, il s’avance. Portant nos regards vers la lumière d’en haut, par delà des ténèbres, nous nous sommes élevés jusqu’au plus sublime des astres, Sourya, Dieu parmi les Dieux. »

Avec Sourya peut se clore la liste des grands dieux védiques, car si, de la multitude de ces divinités sans fonctions réellement essentielles qui ne sont guère que des noms divers donnés, à ce qu’il semble, par pures métaphores et par une sorte de fantasmagorie, à des manifestations variées de forces et de phénomènes entièrement analogues sinon identiques, il s’en dégage encore quelques-unes revêtues d’une apparence de grandeur et de puissance capable de produire quelque illusion, célébrées selon les formules pour ainsi dire banales appliquées indifféremment à tous les dieux, telles que Vâyou, Roudra, les Marouts, les Açvins, Yama, Kâma et Kâla, leur rôle secondaire et l’incertitude de leurs fonctions réelles les classent à un rang presque subalterne.


Voir en ligne : Les Classiques des sciences sociales