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Œuvres de Platon

Cousin : Apologie de Socrate

ARGUMENT PHILOSOPHIQUE

dimanche 24 mai 2009

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

L’accusation intentée à Socrate Socrate
Sokrates
Sócrates
Socrates
Socrate (en grec Σωκράτης Sōkrátēs), philosophe de la Grèce antique (Ve siècle av. J.-C.)
, telle quelle existait encore, au second siècle de l’ère chrétienne, à Athènes, dans le temple de Cybèle, au rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
de Phavorinus, cité par Diogène Laërce, reposait sur ces deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
chefs : 1) que Socrate ne croyait pas à la religion Religion
religion
religião
religión
de l’état ; 2) qu’il corrompait la jeunesse , c’est-à-dire, évidemment, qu’il instruisait la jeunesse à ne pas croire croyance
croire
crença
crer
belief
believe
à la religion de l’état.

Or l’Apologie de Socrate ne répond d’une manière satisfaisante ni à l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
ni à l’autre de ces deux chefs d’accusation. Au lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de déclarer qu’il croit à la religion établie, Socrate prouve qu’il n’est pas athée ; au lieu de faire voir qu’il n’instruit pas la jeunesse à douter des dogmes consacrés par la loi, il proteste qu’il lui a toujours enseigné une morale pure. Comme plaidoyer, comme défense régulière, on ne peut nier que l’Apologie de Socrate ne soit très faible.

C’est qu’elle ne pouvait guère ne pas l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
, que l’accusation était fondée, et qu’en effet, dans un ordre de choses dont la base est une religion d’état, on ne peut penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
, comme Socrate, de cette religion, et publier ce qu’on en pense, sans nuire à cette religion, et par conséquent sans troubler l’état, et provoquer, à la longue, une révolution ; et la preuve en est que, deux siècles plus tard, quand cette révolution éclata, ses plus zélés partisans, dans leurs plus violentes attaques contre le paganisme, n’ont fait que répéter les arguments de Socrate dans l’Euthyphron. On peut l’avouer aujourd’hui, Socrate ne s’élève tant comme philosophe que précisément à condition d’être coupable comme citoyen à prendre ce titre et les devoirs qu’il impose dans le sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
étroit et selon l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
de l’antiquité. Lui-même connaissait si bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
sa situation qu’au commencement de l’Apologie il déclare qu’il ne se défend que pour obéir à la loi.

Quel est donc le but direct, l’effet réel Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
de l’Apologie de Socrate ?

C’est de montrer sous son vrai point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
le caractère de Socrate, et d’expliquer le mystère mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
de la singulière destinée qu’il s’était faite a Athènes, en dehors de la vie Leben
vie
vida
life
zoe
commune, ne prenant aucune part aux affaires publiques négligeant les siennes, et n’ayant d’autre occupation que de proposer des questions à tout le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
. L’explication de ce mystère est une mission supérieure dont Socrate se croit chargé. Il croit qu’il est appelé à rendre les hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
meilleurs, à démasquer la fausse sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
, à humilier l’orgueil orgueil
hyperephanía
de l’esprit devant le bon sens et la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
, à ramener la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
humaine de la recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
ambitieuse d’un savoir Wissen
saber
savoir
chimérique et vain, au sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
bhava
de sa faiblesse lâcheté
faiblesse
pusillanimité
couardise
paresse
bassesse
indignité
pusilanimidade
covardia
indignidade
, à l’étude et à la pratique praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
des vérités morales. Telle est la mission que Socrate a reçue : elle domine à ses yeux tous les devoirs et les intérêts ordinaires ; c’est pour elle qu’il a soulevé contre lui tant d’ennemis puissants intéressés au maintien des préjugés qu’il combattait ; c’est elle qui le fait comparaitre devant le tribunal ; et, plutôt que de l’abandonner, il déclare qu’il est prêt à la sceller de son sang.

Il y a plus ; on voit qu’il a reconnu la nécessité Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
de sa mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
. Il dit expressément qu’il ne servirait à rien de l’absoudre, parce qu’il est décidé à mériter de nouveau l’accusation maintenant portée contre lui ; que l’exil même ne peut le sauver, ses principes, qu’il n’abandonnera jamais, et sa mission, qu’il poursuivra partout, devant le mettre toujours et partout dans la situation où il est ; qu’enfin il est inutile de reculer devant la nécessité, qu’il faut que sa destinée s’accomplisse, et que sa mort est venue.

Socrate avait raison : sa mort était forcée, et le résultat inévitable de la lutte combat
agon
lutte
agôn
qu’il avait engagée contre le dogmatisme religieux et la fausse sagesse de son temps. C’est l’esprit de ce temps et non pas Anytus ni l’Aréopage qui a mis en cause causa
cause
aitia
aitía
aition
et condamné Socrate. Anytus, il faut le dire, était un citoyen recommandable ; l’Aréopage un tribunal équitable et modéré ; et, s’il fallait s’étonner de quelque chose, ce serait que Socrate ait été accusé si tard, et qu’il n’ait pas été condamné à une plus forte majorité.


Voir en ligne : Platonisme

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