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Introduction à la Philosophie de la Mythologie

Schelling : Philosophie de la Mythologie - ONZIÈME LEÇON

F.-W. Schelling

jeudi 24 décembre 2009

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

La religion Religion
religion
religião
religión
philosophique, telle que nous l’exigeons, n’existe pas. Mais, étant donné que, par !a place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
que nous lui assignons, elle a pour mission de nous rendre intelligibles intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
toutes celles qui l’ont précédée, elle constitue le terme final du processus, depuis le commencement de celui-ci, ce qui revient à dire que sa réalisation ne peut s’effectuer ni aujourd’hui, ni demain, mais qu’elle est ce qui doit se réaliser, à quoi on ne doit jamais renoncer et qui, tout comme la philosophie Philosophie
philosophy
filosofia
filosofía
φιλοσοφία
philosophia
, ne peut être atteint directement et instantanément, mais seulement à la suite d’un développement dont il est impossible de déterminer la durée.

A chaque chose son fils
filho
hijo
son
temps. La religion mythologique a dû être la première, celle qui a précédé les autres. C’est la religion aveugle, parce qu’engendrée par un processus nécessaire, une religion dépourvue de liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
et de spiritualité spiritualité
espiritualidade
espiritualidad
spirituality
. La révélation révélation
revelatio
apocalypse
apocalypsis
ἀποκάλυψις
Shruti
, celle notamment qui est appelée à pénétrer dans le paganisme lui-même (le judaïsme s’est contenté d’exclure le paganisme), donc la dernière et la plus haute révélation, par sa victoire intérieure sur la religion dépourvue de spiritualité, libère la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
et ouvre ainsi le chemin Weg
chemin
caminho
way
camino
à la religion libre, à la religion de l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
qui, par sa nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
même, ne peut être cherchée et trouvée qu’en pleine liberté et se réaliser complètement qu’en tant que religion philosophique.

Il en résulte que la religion philosophique est la religion révélée, historiquement transmise, autrement dit ayant passé par la phase de l’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
. Le processus mythologique atteint dans la conscience grecque sa fin et sa crise ; nous assistons à l’apparition Erscheinung
apparition
manifestação
aparecimento
apariencia
appearance
Erscheinende
aparição
de la première lueur d’une philosophie cherchant à comprendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
la mythologie mythe
mito
myth
mythos
mythologie
mitologia
mythology
mitología
 ; mais la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
, la base sur laquelle reposait la mythologie ne s’en trouva pas supprimée, le résultat du processus demeura dans la conscience, et la libération délivrance
libération
liberação
liberation
liberación
moksha
mokṣa
complète fut reculée dans l’avenir par les mystères mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
eux-mêmes dont Hérodote attribue l’élaboration aux philosophes (sophistais). Dans la religion mythologique, le rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
primitif entre la conscience et Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
s’était transformé en un rapport réel Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
et purement naturel ; par ce côté, il est ressenti comme un rapport nécessaire, mais, d’autre part, comme un rapport provisoire, impliquant l’exigence d’un rapport plus élevé, destiné à le remplacer et à le rendre intelligible à lui-même. Tel est le trait tragique qui traverse toute l’histoire du paganisme. On trouve déjà le sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
anticipé de cette exigence, d’une chose à venir, d’une chose imminente, mais non encore reconnaissable, dans certaines expressions de Platon qu’on peut à la rigueur considérer, pour cette raison, comme des anticipations du christianisme. Socrate, qui avait été accusé d’hostilité colère
orge
rancoeur
hostilité
animosité
inimitié
méchanceté
à l’égard des dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
, reconnaît cependant ceux-ci pour le présent, jusqu’à engager Xénophon, sur le point le point
ponto
punto
center
centro
de prendre une grave décision, à consulter l’oracle de Delphes, et il ordonne à ses élèves d’offrir après sa mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
, comme s’il s’agissait de la guérison d’une maladie, un coq en sacrifice sacrifice
sacrifício
sacrificio
vidhema
à Esculape. Étranger à toutes les anticipations de Platon, Aristote dit, au commencement de sa Métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
, que le philosophe aime, lui aussi, les mythes, à cause causa
cause
aitia
aitía
aition
du merveilleux qu’ils contiennent, et il ne peut s’empêcher de tourner de temps en temps ses regards vers la mythologie ; mais que la mythologie lui apparaisse comme un fait inachevé, incomplet, sans aucune utilité pour la science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
, c’est ce qui ressort du fait que lui, dont l’esprit est largement ouvert à toute donnée de l’expérience expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
, n’a jamais pensé à étendre ses recherches aux faits et phénomènes religieux. De quelle œuvre ne nous aurait-il pas enrichis, s’il s’était consacré, comme il l’a fait pour les différentes constitutions politiques, à l’étude des différentes religions sur lesquelles il aurait pu être renseigné, par l’intermédiaire de son royal élève, aussi bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
qu’il l’a été sur les animaux des régions les plus éloignées [1]. Une fois cependant, au point culminant de sa Métaphysique, il laisse entrevoir son opinion doxa
opinion
opinião
opinión
Meinung
δόξα
sur la mythologie. Si, de tout ce que les très anciens (pampalaioi) nous ont laissé sous la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de mythes (en mythou schemati), on ne tient compte que du fait qu’ils donnent aux premières substances (tas protas ousias) le nom de dieux, et qu’on estime que tout le reste, à savoir Wissen
saber
knowledge
savoir
la représentation des dieux sous la forme humaine ou sous celle d’autres êtres vivants, n’a été ajouté qu’à l’intention de la vulgaire multitude et pour la vie Leben
vie
vida
life
zoe
courante, on doit considérer les mythes comme provenant d’une source divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
, et étant donné que tout art Kunst
arte
art
et toute philosophie ont été, dans la mesure où cela a été chaque fois possible, inventés et oubliés, il est très probable que les idées exprimées dans les mythes soient des survivances (leipsana) de ce genre qui ont été préservées et sont parvenues jusqu’à nous [2]. C’est ainsi qu’il ne pouvait voir dans la mythologie une source de connaissances expérimentales, du moins pas plus que dans les opinions des philosophes qui l’ont précédé et parmi lesquels il range Hésiode (Pour Parménide, I, p. 13, 8), avec cette seule différence qu’il classe celui-ci parmi les philosophes dont la philosophie est à base mythique (mythikos sophizomenous), qui ne mérite pas d’être étudiée de près, et non à base de démonstrations (di apodeixeos legontas) (L. 11, p. 53, 13 et suiv). Nous avons montré, dans la première partie de cette « Introduction », comment les écoles philosophiques postérieures (stoïciens et épicuriens) ont cherché à expliquer la mythologie ; or il ne s’agit pas ici d’explication en général, mais de la question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
de savoir si une philosophie ou une école philosophique a réussi à comprendre la mythologie en tant que religion et dans ce qu’elle a de singulier. En ce qui concerne les néo-platoniciens, il serait facile de citer leurs explications allégoriques de représentations mythologiques comme preuve de la manière rationnelle dont ils les interprétaient. Etant donné cependant qu’ils voulaient, comme nous l’avons dit plus haut, combattre le christianisme avec la même énergie, ils se sont vus pour ainsi dire obligés d’attribuer à la théodicée ancienne un contenu spirituel supérieur, et cela en s’attachant, d’une part, à donner à leur philosophie même l’aspect et la forme d’une mythologie, sans grand gain pour celle-ci, comme lorsque Plotin comparait les principes suprêmes de sa philosophie à Ouranos ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
, Cronos et Zeus ou leur donnait les noms de ces divinités ; en cherchant, d’autre part, à interpréter la mythologie comme une sorte de philosophie, mais (et en cela ils se sont montrés plus catégoriques qu’Aristote) comme une philosophie inconsciente, naturelle (autophyes), ainsi que Julien l’avait d’ailleurs nommée en termes explicites. Elle cessa pour autant d’être à leurs yeux une religion, et c’est pourquoi ceux qui sont venus après Porphyre commencèrent à associer à la philosophie des cérémonies, des sacrifices, des incantations théurgiques et magiques et d’autres procédés semblables. Quant à savoir si les néo-platoniciens en général, obligés, à cause dù christianisme, de proclamer la théodicée traditionnelle comme étant la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
, n’ont pas été amen Amen
Amém
Āmēn
Āmyn
és, par ce fait même et par l’élément extatique de la mythologie, à penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
que c’est seulement dans une philosophie extatique (dépassant la raison) qu’on doit chercher le moyen de comprendre celle-ci (la mythologie) ; quant à savoir également si l’extase en général répond à nos exigences et présente des rapports quelconques avec les problèmes de notre temps, ce sont là des questions auxquelles nous essaierons de répondre par la suite. Mais quel que soit le rapprochement des néoplatoniciens et de la religion philosophique, il n’infirme-en rien notre sentiment que cette religion philosophique constitue l’aboutissement du christianisme, car les néo-platoniciens appartiennent, non plus à l’antiquité pure, mais à l’époque de transition et, tout en se défendant contre le christianisme et tout en s’y opposant, ils n’en ont pas moins déjà subi son influence.

Toutefois, c’est.seulement d’une façon indirecte que le christianisme pose la libre religion. Pour parvenir à celle-ci, la conscience doit être libérée une fois de plus, et, cette fois, de la révélation. La révélation devient, à son tour, la source de connaissances qui sont acceptées, sans que la volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
y participe en quoi que ce soit. En tant que négation du paganisme et en opposition Gegenstand
Gegen-stand
obiectum
opostos
oposicionalidade
opposition
opposites
avec celui-ci, le christianisme agit comme puissance acte
puissance
energeia
dynamis
réelle, incomprise (car si le paganisme a été vaincu, ce n’est pas à l’aide de « discours Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
rationnels, inspirés par la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
humaine ») ayant affaire à un ennemi extérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
et puissant, le christianisme fut obligé, lui aussi, de se comporter pendant un certain temps comme une puissance extérieure et aveugle, et cela dans l’Église, dont l’ancien pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
d’oppression constitue un mystère non encore élucidé, étant donné que, contrairement à ce qu’on pense généralement, cette oppression ne pouvait pas être l’œuvre de l’arbitraire humain. Ce fut un pouvoir que le christianisme avait emprunté au paganisme, pour l’exercer à son tour contre lui. Il vint cependant un temps où, après avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
vaincu définitivement le paganisme, le christianisme adopta à son égard une attitude moins tendue : de principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
de connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
involontaire qu’il était jusqu’alors, il devint lui-même objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
de connaissance volontaire et, pour autant, se plaça sur le même rang que le paganisme. Les signes précurseurs d’un pareil alignement furent l’enthousiasme subit, voire l’amour amour
eros
éros
amor
love
pour cette antiquité classique où la culture chrétienne ne voyait plus rien qui fût en opposition avec elle, puis le grand essor des arts, l’abandon des types transmis par la tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
ecclésiastique en faveur d’une représentation humaine qui avait, de ce fait, des apparences païennes ou profanes, des sujets chrétiens ; ce fut encore l’adoption de rapports plus libres avec le paganisme, l’attitude des grands écrivains du xve et du xvie siècle qui ne faisaient à peu près aucune différence entre le paganisme et le christianisme, puisqu’ils se plaçaient, dans une certaine mesure, au-dessus de l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
et de l’autre, quand, par exemple, des cardinaux de la Sainte Église," parlant au nom du Pape, le qualifiaient de « successeur des dieux immortels sur la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
 » et n’hésitaient pas à qualifier de déesse la Sainte Vierge vierge
virginité
parthenía
parthenos
elle-même [3]. En se comportant avec cette légèreté et cette insouciance, on ne faisait que favoriser la pénétration de plus en plus profonde du paganisme dans le christianisme : formation d’un clergé puissant, doté de nombreux privilèges, sacrifices continus, pénitences, mortifications, exorcismes, service divin affectant des formes extérieures et sans vie, culte des anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
deva
devas
, des martyrs, des saints, tels furent les éléments païens contre lesquels s’élevèrent les précurseurs de la Réforme qui opposèrent à ce christianisme paganisé le christianisme primitif du temps où, opprimé lui-même par le paganisme, il sut se maintenir pur et libre ; et ils lui opposèrent également les déclarations des apôtres entrevoyant la venue d’un règne de parfaite,liberté ou prédisant l’inévitable interrègne constitué par l’anti-christianisme.

L’Église pouvait bien se faire valoir comme une révélation continue, toujours présente ; mais la révélation qui, à la suite de la Réforme, n’est plus pour nous qu’une chose du passé attestée par des documents chrétiens qu’il est permis de considérer comme ayant un caractère fortuit, circonstanciel, a été soumise à une critique qui, passant des documents au contenu, commença par en contester la vérité, pour en, nier finalement la possibilité même. À la faveur d’un progrès incoercible, auquel le christianisme lui-même contribua dans une grande mesure, la conscience, après s’être rendue indépendante de l’Église, dut conquérir la même indépendance à l’égard de la révélation et orienter la pensée vers une connaissance libre et critique. Liberté purement abstraite, dont beaucoup croyaient pouvoir se contenter, mais à laquelle il était impossible de s’arrêter. Un nouveau développement devait suivre. . Or, ce que, de la façon la plus générale et le plus directement, on opposa à la révélation, ce fut la raison. Mais la conscience, soustraite à la révélation, ne put tout d’abord s’orienter que vers la connaissance naturelle, donc tout aussi peu libre, autrement dit vers la raison naturelle qui, selon les paroles de l’apôtre, ne perçoit rien de l’esprit de Dieu, mais reste avec le divin dans des rapports extérieurs et formels, ce qui fait que la conscience tombe seulement sous le joug d’une autre nécessité Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
, d’une autre loi, d’autres présuppositions ; nécessité, loi et présuppositions qui lui sont imposées par son pouvoir cognitif dont elle ne connaît pas elle-même l’étendue [4].

Cependant une science fondée sur des prémisses naturelles n’eut pas_ à attendre, pour se constituer, une rupture avec l’Église. Tant qu’elle ne prétendait pas avoir pénétré, pour le juger, le contenu de la religion révélée et être, en ce sens, une religion philosophique, elle était tolérée, voire même encouragée par l’Église, qui exerçait encore un pouvoir sans restriction. Cette science existait dans la métaphysique scolastique qui avait abouti à une théologie teologia
théologie
teología
theology
θεολογία
naturelle ou rationnelle (il ne pouvait encore être question, à ce moment-là, d’une religion fondée sur la raison), au sens que nous venons d’indiquer.

Pour comprendre la nature de cette métaphysique, on doit savoir qu’elle se rattachait à trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
sources différentes de la connaissance naturelle, indépendantes de la révélation, et à autant d’autorités, à savoir :

1° A l’autorité de l’expérience universelle, de celle qui nous procure la certitude Gewißheit
Gewissheit
certitude
certeza
certainty
certus
de l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
et de la nature des objets sensibles, ainsi que de notre propre existence extérieure et intérieure et de ses déterminations permanentes et variables. (La révélation, en tant qu’expérience particulière, était déjà exclue par la première définition de la science, dont faisait partie la thèse de « deposita revelatione ») ;

2° A l’autorité des principes non acquis par l’expérience qui étaient considérés comme xoival êwoioa comme innés à la conscience, et parmi lesquels la loi de la causalité causalidade
causalité
causalidad
causality
(celle de la cause aussi bien que de l’effet qui lui correspond) était le plus important ;

3° A l’autorité de la raison, en tant que pouvoir de démonstration Beweis
démonstration
prova
proof
et de déduction. On y voyait une source de connaissances particulières, pour autant qu’on croyait qu’à la faveur de déductions par lesquelles ces principes universels, ayant le caractère de la nécessité, étaient appliqués aux données de l’expérience, plus ou moins fortuites ou accidentelles, on pourrait également atteindre les objets extérieurs à toute expérience, par exemple l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
immatérielle de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
humaine, mais qu’on pourrait surtout démontrer de cette manière l’existence de Dieu [5].

Seule en effet Y existence de Dieu, et non celle de la nature, intéressait cette métaphysique, existence qui, par rapport aux données de l’expérience, devait être une existence nécessaire. Ce monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
qui, en tant que donnée de l’expérience, se compose d’existences accidentelles, tout en se montrant, dans l’ensemble et dans les détails, animé de finalité Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
, doit avoir une cause première, voire une cause intelligente et douée de liberté, mais l’existence de cette cause comme telle, indépendamment du monde qu’elle anime, n’est nullement nécessaire. On se vit bien obligé de dire : Ce qui est la cause première de tout ne peut avoir une existence accidentelle, ni être, à son tour, l’effet d’une cause qui lui soit extérieure ; donc, cette cause première existe nécessairement, mais, notons-le bien, à la condition quelle existe ; or, qu’elle existe réellement, cela ne découle nullement de cette argumentation, mais y est sous-entendu, à titre de prémisse. Sa démonstration ne différait donc pas de celles dont on se sert pour démontrer l’existence d’autres objets qui ne sont pas donnés par l’expérience immédiate (par exemple, d’une planète qu’on n’a encore jamais vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
). En soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, Dieu était un simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
objet d’expérience, un pur être individuel, et la conclusion ne servait qu’à remplacer l’expérience réelle, inaccessible à l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
naturel. Même le prestige du célèbre Père de l’Église, saint sainteté
santidade
sainthood
saint
santo
Heiligkeit
holiness
santidad
Anselme, n’avait pas suffi à obtenir un droit d’entrée dans la métaphysique dominante pour l’argument en apparence Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
apodictique qui, partant de l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
de ce que Dieu est, conclut à l’existence même de Dieu, et qui avait été appelé, pour cette raison, argument ontologique. Les grands scolastiques, comme saint Thomas d’Aquin, n’admettaient pas qu’on s’en tînt à des preuves entachées d’expérience et dont ses successeurs (non pas encore Gabriel Biel, mais déjà Occam) disaient qu’elles renferment seulement des probabilités, sans apporter une certitude apodictique. Si, malgré cela, la science syllogistique de la métaphysique a reçu le nom de théologie rationnelle, ce fut parce que l’on considérait comme rationnel, en opposition à la révélation, l’ensemble des connaissances naturelles de l’homme, y compris les connaissances fournies par l’expérience. En tant que source de connaissances particulières, la raison ne pouvait jouer dans la métaphysique qu’un rôle purement formel ou instrumental et, en tant que simple pouvoir de déduction, elle, ne pouvait prétendre, dans la théologie s’appuyant sur l’autorité de la révélation, qu’à une place tout à fait subordonnée. C’est par ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
tamas
qu’on avait reproché à la théologie chrétienne d’avoir assigné ce rang à la raison [6].

C’est ce rôle de la métaphysique médiévale qu’il faut avoir bien saisi, si l’on veut comprendre le passage à l’époque suivante, plus proche des temps modernes. Car, tout comme précédemment de la révélation (du moins au point de vue formel), la conscience devait cette fois être libérée de la connaissance naturelle. Ce n’est pas pour rien, en effet, que nous avons parlé des différentes sources de celle-ci, comme d’autant d’autorités différentes. Le témoignage des sens auquel nous croyons et sur lequel repose la plus grande partie de nos connaissances expérimentales, constitue l’autorité la plus universelle à laquelle chacun se soumet aveuglément et devant laquelle toutes les autres s’effacent. Mais, même aux principes généraux qui déterminent nos jugements, par exemple la loi de causalité, notre infériorité n’obéit presque pas autrement que le corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
à la loi de la pesanteur [7] nous jugeons d’après ce principe, non parce que nous le voulons ou pour des convenances personnelles, mais parce que nous ne pouvons faire autrement. De même les lois des déductions rationnelles exercent sur nous un pouvoir aveugle, un pouvoir dont nous n’avons pas conscience et avant que nous en ayons conscience. Le prestige dont jouissait le syllogisme, non par son emploi, mais à cause des services qu’il pouvait rendre dans la recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
des principes et de » causes, a été attaqué pour la première fois par Bacon qui ne laissa subsister des trois sources de la connaissance que l’expérience sensible, comme la seule justifiée, et qui ne voulait entendre parler d’aucune autre généralité que de celle qui est acquise par induction expérimentale. Mais Descartes priva de matière matière
matéria
matter
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
la déduction métaphysique elle-même, en mettant en doute la réalité des représentations sensibles sur lesquelles Bacon entendait tout bâtir et en refusant de se fier à la validité objective des vérités générales. Tout le tissu artificiel de la métaphysique se trouva ainsi mis en pièces, ce qui ne fit qu’achever la rupture effectuée par la Réforme dans le système des connaissances jusqu’alors en vigueur. La Réforme elle-même, issue plutôt d’une profonde exaltation religieuse et morale qu’animée d’un esprit scientifique, avait laissé la vieille métaphysique intacte et était restée, pour cette raison, inachevée. Un obscur instinct avait poussé le jeune Descartes à intervenir dans la grande lutte combat
agon
lutte
agôn
politique polis
cidade
πόλις
pólis
sítio
política
politique
politics
governo
gouvernement
government
gouvernance
governança
que la Réforme avait eu à soutenir en Allemagne, en se rangeant du côté de ses adversaires, et c’est incontestablement en Allemagne qu’il a trouvé les premières assises de son système philosophique. Tout en protestant sans cesse de son attachement avarice
philargyria
avareza
avarícia
apego
attachment
attachement
à l’Église et en se déclarant prêt à soumettre ses idées à son jugement, il chercha un asile en Hollande qu’il ne quitta que pour se fixer définitivement dans l’extrême Nord point cardinal
points carinales
ponto cardeal
pontos cardeais
cardinal direction
cardinal directions
punto cardinal
puntos cardinales
Nord
Norte
North
Sud
Sul
South
o Este
Leste
East
Ouest
Oeste
West
de l’Europe, auprès de la fille du héros qui a rétabli la cause de la Réforme en Allemagne ; il trouva aussi une chaude amie de sa philosophie en la personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
de l’épouse du malheureux prince contre lequel il avait combattu lui-même à la Montagne-Blanche. C’est à cet esprit, indépendant de la Réforme elle-même, qu’échut la mission de-donner la première impulsion Drang 
appétit
impulsion
impulso
urge
au mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
de libération totale qui se poursuit encore de nos jours.

On entend jusqu’à présent par raison, dans son sens le plus général, la faculté cognitive purement naturelle, dont les fonctions, loin d’être libres, dépendent de certaines prémisses dont elle n’a pas conscience. Lorsqu’elle devient consciente de ces prémisses, sans les comprendre, comme c’est le cas dans les mathématiques, on obtient bien une science, mais dans laquelle la raison ne se sent pas encore tout à fait chez elle, parce que, suivant la remarque de Platon, les prémisses sur lesquelles repose encore cette science, lignes droites et non droites, figures en général, trois sortes d’angles, etc., sont de nature telle que ceux qui cultivent cette science sont incapables d’en rendre compte à eux-mêmes et aux autres. La raison, d’après Platon, réside bien dans ces exercices ou arts (car, pour lui, ce ne sont pas des sciences), mais elle n’y règne pas en souveraine absolue, et elle agit, non directement, mais indirectement ; c’est la raison exerçant son action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
par l’intermédiaire et à travers autre chose, Dianoïa, et si ces exercices ou arts sont bien capables d’attirer vers l’intelligible, vers ce qui n’est accessible qu’à la raison elle-même, c’est en forçant l’âme ou en l’habituant à se servir de la pensée pour arriver à la vérité, sans être à même d’y parvenir par leurs propres moyens richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
. Car, aussi longtemps qu’ils laissent subsister les prémisses, sans s’élever à ce qui n’est plus prémisse, mais principe, ils récent bien de ce qui est (de l’étant), c’est-à-dire de l’intelligible proprement dit. mais sans être capables de le voir, avec des yeux éveillés. Là seulement où le Noûs noûs
Vermeinen
notar
intellect
intelecto
νούς
buddhi
VIDE intelligence
tire directement de lui-même la matière et la forme, sans être attiré par quelque chose qui lui soit extérieur, là seulement naît l’Epistêmê, c’est-à-dire la science proprement dite, parvenant par elle-même à l’intelligible et au principe. C’est elle qui vient immédiatement après le Noûs ; après elle vient la Dianoïa, qui renferme encore le Noûs, mais non plus dans sa pureté pureté
pureza
purity
clairté
clareza
clearness
(dans le Phédon, Platon se sert d’un langage Sprache
língua
langue
lengua
linguagem
language
langage
lenguaje
encore moins précis). Au Noûs s’oppose la simple opinion (doxa), après laquelle viennent la croyance croyance
croire
crença
crer
belief
believe
(pistis
foi
faith
pistis
) et la supposition (eikasia), si bien que la croyance est le contraire de l’Epistêmê, et la supposition le contraire de la Dianoïa (c’est-à-dire du mode de connaissance qui est la source des sciences dites apodictiqués) (De Republica, VII, p. 533 E. et suiv).

Après ces éclaircissements, j’espère me faire comprendre, ’si je dis : La métaphysique, aussi bien l’ancienne que la moderne, que nous ne pouvons qu’avec beaucoup de réserves considérer comme relevant de la Dianoïa, au sens platonicien du mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
, et qui, d’après ce que nous venons de dire (à savoir que ses preuves ne sont que des preuves de probabilité), se rapproche davantage de l’opinion et, par celle-ci, soit de la croyance (confiance dans les données des sens et dans les principes généraux), soit de la supposition, — la métaphysique ancienne et moderne, disons-nous, devait nécessairement provoquer un mouvement de libération des autorités sur lesquelles elle reposait et des nombreuses prémisses (au sens platonicien) obscures ou sous-entendues, et cela pour parvenir à i une science qui soit le produit de la raison même, c’est-à-dire à une connaissance originelle, indépendante, n’ayant besoin de rien en dehors d’elle, se suffisant à elle-même.

Si la religion mythologique était subordonnée à une loi étrangère et extérieure, il est non moins certain que la Réforme a fini par dégénérer en la croyance à la révélation, conçue comme une autorité purement extérieure. Mais elle ne devint pas plus libre, du fait qu’elle s’abandonna à là connaissance naturelle, non éclairée par la conscience, et elle réalisa déjà un progrès considérable, lorsqu’elle affirma également sa liberté à l’égard de celle-ci. Étant donné cependant qu’une fois sa liberté conquise, elle ne pouvait s’attarder dans la jouissance de sa pureté, de sa simplicité et de sa parfaite autonomie Selbständigkeit
autonomie
estar-em-si-mesmo
self-constancy
autonomia
, mais devait devenir à son tour génératrice de science, la science à laquelle elle aboutit ne pouvait plus être une science particulière, comme le sont les mathématiques et, au fond, la métaphysique elle-même ; en tant que produit de la raison, ce ne pouvait être que la science même, la science au sens platonicien du mot, celle qu’il appelle dans celte conjoncture Sophia ; mais en ce qui nous concerne, étant donné que cette science ne nous est pas donnée en même temps que son concept begreifen 
concevoir
conceber
Begriff
conceito
concept
conception
concepção
concepción
, nous pouvons et devons dire qu’à partir de ce moment on commença à chercher la science qui est sagesse ; c’est le mot philosophie qui convient le mieux pour caractériser la première phase après la métaphysique, phase où les autorités sur lesquelles reposait celle-ci commencèrent à psrdre leur prestige, et le premier qui se mit à chercher la science, au sens que nous entendons ici, fut Descartes. Et, dans la mesure où cette recherche implique également l’effort en vue de s’élever au-dessus de ce qui est simple prémisse, pour aboutir à un commencement ayant sa certitude en lui-même, un point de départ susceptible de conduire à la science cherchée, on peut dire que Descartes fut également le premier à chercher ce principe. La vieille métaphysique n’avait aucun centre centre
centro
center
commun, aucun principe d’où tout pût se laisser déduire ; elle ressemblait aux mathématiques par l’incertitude de sa progression et aussi par le lait <i^e. tout en prenant appui sur l’antécédent, elle abondait chaque nouvelle question comme un nouveau commencement.

Il est évident que nous sommes ainsi en présence Anwesenheit
présence
parousia
presença
presence
parusía
d’un nouveau pas vers la réalisation de ce que nous avons appelé plus’ haut la religion philosophie se. Il est probable a priori que la science libérée de tout ce qui n’est que simple présupposition, commençant pour ainsi dire par le commencement (on peut lui appliquer l’expression chrétienne : episteme agothen gennetheisa), — on peut, dis-je, admettre a priori que cette science contribuera mieux et dans une plus gravide mesure à la compréhension du christianisme que celle qui s’en tenait à des déductions tirées de prémisses. Le christianisme exige, lui aussi, un dépassement, non celui de la raison comme telle (car alors toute compréhension deviendrait impossible), mais seulement de la raison naturelle. Le Christ bénit le Père d’avoir « caché ces choses aux sages et aux prudents », et de les avoir « révélées aux simples » (saint Matthieu, XI, 25). Mais qui donc ressemble plus à ces simples que ceux qui ne savent rien, comme Socrate (qui est celui qui ne sait rien) et qui, par conséquent, sont revenus, au point de vue de la connaissance, à la simplicité, à la naïveté primitive ? Et lorsque, dans l’Épître aux Colossiens (I,. 9), l’a ; 0 !re dit : « Nous ne cessons de prier euche
prier
oraison
prière
orar
oração
prece
pray
prayer
oración
Dieu pour vous, çc de demander que vous ayez la pleine connaissance de sa volonté (de Dieu), en toute sagesse et intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
spirituelle », les « sages » et les « prudents » dont parle le Christ ne peuvent être que ceux-là qui ont une sagesse et une prudence phronesis
prudence
prudência
sabedoria prática
circunvisão
φρόνησις
naturelles. Dans leurs éclaircissements, les théologiens chrétiens eux-mêmes distinguent entre raison obscurcie et raison éclairée. Or, pour Platon, le Nous est déjà obscurci dans la simple Dianoïa, car, dit-il, pour les sciences mathématiques, qu’il appelle souvent sciences fondées sur la simple habitude, il doit trouver une définition faisant ressortir qu’elles sont plus obscures que la science, plus éclairées que l’opinion pure et simple, ce qui est justement la Dianoïa ou une matière certes acceptée de confiance, mais intelligible et transparente pour la raison permettant à celle-ci de se manifester directement. Toutes les fois que le Nouveau Testament évangile
euanggelion
evangelium
gospel
evangelho
nouveau testament
novo testamento
NT
novum testamentum
new testament
parle de la raison d’une manière moins favorable, il se sert du mot Dianoïa ; il ne se sert jamais du mot logos logos
λόγος
lógos
, mais parle souvent de logismoi (2e Ep. aux Corinth., X, 5), par quoi il entend les raisonnements qui font également partie de la connaissance naturelle. Mais lorsque saint Paul dit que la paix paix
paz
peace
de Dieu « surpasse toute intelligence » (Ep. aux Philip., IV, 7), même celle qui n’a plus rien d’obscur, qui n’est plus qu’elle-même, ou lorsque le même apôtre proclame que « l’amour du Christ surpasse toute connaissance » (Éphés., III, 19), cela peut signifier qu’il y a quelque chose embrassant le christianisme selon toute sa vérité et qu’il place plus haut que la connaissance vraie, puisqu’il dit : « Le Christ m’a envoyé... pour prêcher prêcher
kérygme
kêrugma
kêrygma
κῆρυγμα
κῆρυξ
l’Évangile, non par la sagesse du discours, afin que la croix croix
cruz
cross
du Christ ne soit pas rendue vaine » (1re Êpître aux Corinth., I, 17). Il est d’ailleurs tout à fait possible que cette science, engendrée par la raison pure, soit la dernière, celle au delà de laquelle aucune autre ne soit concevable. Mais, quoi qu’il en soit, et alors même qu’il y aurait en nous quelque chose qui surpasse la raison, il ne pourra en être question que lorsque la raison aura atteint son but, ou plutôt lorsque la science, en tant que produit de la raison, sera achevée, ce dont nous sommes encore très éloignés. Et c’est justement ce surpassement de la science fondée sur la raison qui sera alors notre tâche la plus urgente. Nous avons devant nous un chemin très long dragon
dragão
dragón
long
nāga
, et je le dis intentionnellement, afin que ceux qui veulent nous suivre s’arment du courage et de l’endurance nécessaires, et que les autres qui ne le veulent pas ou ne le peuvent restent où ils sont. Car, de même que la vie, la science comporte des décisions de paresse lâcheté
faiblesse
pusillanimité
couardise
paresse
bassesse
indignité
pusilanimidade
covardia
indignidade
et des décisions de courage, et dans toute ascension ascensão
ascension
anabasis
un peu pénible les faibles, les hommes manquant de souffle pneuma
πνεῦμα
souffle
sopro
breath
prāna
prana
Vayu
et de courage s’arrêtent, épuisés à mi-chemin.

Nous revenons donc à Descartes qui a donné la première impulsion à cette science fondée sur la raison et qui a cherché à commencer par le commencement, en faisant abstraction de toute prémisse, voire de tout semblant de prémisse. Le chemin qu’il a suivi pour arriver au principe était celui du doute. Mais, étant donné que tout doute suppose déjà quelque chose, et notamment ce dont on doute, il semble que le moyen choisi par Descartes ne soit pas celui qui pouvait conduire à la libération totale. « Je doute, je pense, donc je suis », c’est par ces mots célèbres qu’il commence, croyant ainsi avoir trouvé une certitude que les choses extérieures ne comportent pas. Mais, si je doute de l’existence des choses en dehors de moi, c est qu’elles sont : cette conclusion est tout aussi logique lógica
logique
logic
Logik
tarka-vidyā
nyāya
nyaya
. Comment, en effet, pourrait-on douter d’une chose si elle n’existait pas d’une façon quelconque ? Il résulte donc de la conclusion elle-même, que le » choses dont on doute existent d’une certaine façon ; et le « je suis » implique, lui aussi, que je suis d’une certaine façon, rien de plus ; et non seulement d’une certaine façon, mais d’une façon définie ; il implique même que je suis dans l’acte de penser, mais non en dehors de lui, d’une façon absolue ; non sum (d’une façon inconditionnée), mais : sum res cogitans (je suis une chose qui pense) (en français dans le texte). Au commencement de la philosophie, le doute signifie ou trop ou pas assez, selon le point de vue duquel on l’envisage. Le point de vue juste consiste à repousser, à considérer comme non existant tout ce qui n’est pas posé par la raison elle-même, et aussi longtemps que cela n’a pas été reconnu et compris par la raison. Mais cette attitude vaut aussi bien pour le « je suis » que pour le fait que les choses sont. Ce qui est en effet repoussé, c’est ce qui est douteux non seulement pour moi, mais en soi, et non pas pour toujours, mais jusqu’à ce que son temps soit venu. Or, est douteux en soi ce qui est, sans avoir en même temps le pouvoir-être. A la vérité, ce n’est pas sur ce fait psychologique, pour nous servir de l’expression des encomiastes les plus récents parmi les compatriotes de Descartes, que celui-ci fonde sa philosophie.. Est vrai pour lui l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
exprimé dans le « je suis », et cela n’acquiert pour lui une certitude véritable que de ses rapports avec ce dont l’existence ne repose ni sur l’expérience ni sur le raisonnement (tout cela, déclare-t-il, est sujet au doute), mais sur ce qui est du fait de son être-pensé ; n’est certain que ce qui existe dans la pensée pure, sans que celle-ci sorte d’elle-même, dans la pensée qui, d’après le principe général (le principe dit de la contradiction) ne se rapporte qu’à elle-même. Pour lui, ce certain est Dieu, parce qu’en Dieu on pense l’être absolument parfait, ce qu’il ne serait pas s’il n’existait pas.

On le voit : Descartes considère l’existence de Dieu comme posée dans la pensée pure. Mais il marque son but. puisqu’il intercale un concept intermédiaire (à savoir que l’existence est une perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
), et il aboutit ainsi à une conclusion. Il ne s’agit donc pas de l’objet dont Platon dit qu’il est touché par la raison même [8]. Il semble, en outre, que ce qui intéresse uniquement Descartes dans ce concept, d’un si riche contenu, de l’être absolument parfait, soit le fait que l’existence en découle ; mais que Dieu « renferme en lui tout ce qu’il y a de perfection et de réalité dans les autres êtres », c’est ce qu’il semble oublier, et il ne pense plus au but proprement dit, c’est-à-dire à la science. Si Dieu est un être qui renferme toute la réalité et toute la perfection, il était indispensable de montrer comment, un.monde de limitations et de négations, comme celui que nous offre l’expérience, a pu provenir Geschehen
aventure
provenir
desenlace
acontecer
occurrence
geschehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
avénement
d’un être pareil. Mais Descartes s’interrompt là et, renonçant à ce en vue de quoi il a cherché l’incontestatablement et l’indubitablement existant, qui devait lui permettre de comprendre ce qui existe d’une manière douteuse, il fonde la certitude de l’existence des choses et même celle des vérités éternelles sur une croyance, sur celle notamment que Dieu, étant l’être le plus parfait, est nécessairement aussi celui qui aime le plus la vérité et est, par conséquent, incapable de tromper. Et lorsque, abordant la physique spéciale, il admet comme postulat [9] que Dieu ayant créé la matière l’a dès le début divisée en un nombre Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
aussi grand que possible de parties égales, non rondes, parce qu’elles n’auraient, pas alors constamment rempli l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
, mais d’une forme différente, de grandeur grandeur
grandeza
greatness
moyenne, on ne retrouve plus trace de science, et on a peine à croire qu’on se trouve en présence du même Descartes que celui qui a écrit les premières Méditations.

Il n’en est pas autrement du successeur le plus direct de Descartes, de Malebranche qui, en disant de Dieu qu’il « a tout ce qui est possible » (Médit, métaph., p. 24), aurait dû d’autant plus nous montrer, d’une part, de quelle manière Dieu est en possession de tout ce qui est possible et, d’autre part, comment s’effectue le passage de cette possession de toutes les possibilités à la réalité ; lui surtout, qui a osé dire (et étant donné sa manière de penser bien connue, on peut bien qualifier cette idée d’audacieuse) que la matière, elle aussi, participait à la perfection qui est en Dieu [10], il avait d’autant plus le devoir de démontrer et de préciser cette participation participation
participação
participación
metoche
métochè
. Mais pas plus qu’il ne pense à cela, il ne cherche à expliquer comment ont lieu cette participation (en français dans le texte) et cette imitation mimesis
imitatio
copie
imitation
cópia
copy
imitación
imparfaite de l’essence de Dieu qu’il voit dans les choses.

Malebranche a cependant fait un grand pas en avant, sans s’en douter. Car lorsqu’il déclare, sur les traces de son prédécesseur, que Dieu comprend tout ce qui est perfect:on dans les choses, il s’interrompt pour dire ; il est en un mot l’Être [11]. On doit à l’équité d’admettre qu’il entend « l’Être », non au sens générique, bien qu’il ait l’imprudence de dire aussi que Dieu est la « généralité, l’être en général » (dans une seule occasion il dit : P« être universel »), expression qui lui avait sans doute été suggérée par l’Ens des scolastiques, lequel était pour eux le genus generalissimum, leur a servi de point de départ et qu’ils ont déclaré comme étant ens omnímodo ndeterminatum (l’être indéterminé apeiron
indéterminé
indeterminado
ilimitado
illimité
undetermined
unlimited
sous tous les rapports) : L’influence de l’école précédente se manifeste dans la concordance Wachseinlassen
deixar-acordar
harmonia
harmonie
harmonía
harmony
accord
acordo
concordance
concordância
concórdia
agreement
des termes, comme lorsqu’il parle de l’ « idée vague de l’être en général » qui est inhérente à notre esprit [12], car c’est ainsi que les thomistes parlent de l’ens in genere [13], et c’est à cela encore qu’il faut rattacher le fait qu’i ne connaît que des expressions négatives pour le concept le plus positif : telles que l’être indéterminé, l’être sans restriction. Mais le même Malebranche dit également : Dieu n’est pas tel ou tel Être ; il est bien au-dessus de tout ce qui est, il est bien plutôt tout être [14], selon la traduction latine, adoptée par lui-même : omne ens ou omnia entia.

A la bien comprendre, et dans toute son ampleur, cette proposition que Dieu est l’Être a été le pas le plus important, la plus grande intuition intuition
intuitio
intuitus
intuição
intuición
susceptible de marquer un tournant, puisqu’en l’énonçant on a renoncé à voir en Dieu un simple être particulier, ce dont s’étaient contentées les démonstrations de la métaphysique antérieure. Dieu ne peut pas être un simple être particulier, et Dieu qui ne serait pas l’Être, l’Existant, ne serait pas Dieu ; il n’y a pas de science d’êtres particuliers. Et non seulement au point de vue de la science, mais aussi à celui du sentiment, sa vérité est autre, et les rapports de Dieu avec les choses ne sont possibles que parce qu’il est un être général ; l’Être non au sens abstrait, indéterminé, mais au sens le plus déterminé, l’Être auquel rien ne manque de ce qui constitue l’Être, l’être parfait et achevé, to pantelos on, comme l’appelle Platon (République, V, p. 477 A).

Descartes voulait commencer par l’Être posé dans la pensée pure, c’est-à-dire indépendamment de la science discursive ; mais ce commencement mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
compris l’empêcha de trouver la véritable progression et resta sans conséquence pour la science. Dire que Dieu est ce qui est (au sens que nous venons de préciser) n’équivaut pas à dire : Dieu est ; il s’agit là, comme vous le voyez, d’une proposition non existentielle, mais attributive. Mais cet être-l’Être est également un être, non l’être de Dieu en général, comme Descartes prétendait l’avoir démontré à l’aide de l’argument dit ontologique, mais seulement l’être posé dans la pensée pure ; nous pouvons l’appeler également l’ « Etre de raison pure », ou l’ « Être de Dieu enfermé dans l’Idée », car ce qui est d’une façon absolument générale n’est pas une idée, mais l’Idée tout court, l’Idée même ;-pour autant donc que Dieu est seulement ce qui est, il n’est également que dans l’Idée, éternellement, mais en donnant à ce mot le sens que nous lui attachons, lorsque nous parlons de vérités éternelles existant également dans la pensée pure. Cet « être-l’Existant » est donc également un être, mais non un être en tant qu’une des perfections réunies en Dieu, pourtant un être qui est sa perfection même, car « être-l’Existant » signifie justement : être le parfait, le complet, l’achevé, il ne peut être ici question de preuve, car il s’agit d’un être posé directement par la raison, alors que toute preuve comporte une médiation ; et, surtout, il. ne peut être question d’une preuve de l’existence de Dieu, telle qu’elle avait été entendue jusqu’à présent, c’est-à-dire d’une preuve de l’existence de Dieu en générai ; il n’y a pas de preuve de l’existence de Dieu en général, parce qu’il n’y a pas d’existence de Dieu en général. L’existence de Dieu est directe et précise ; en attribuant à Dieu une existence imprécise et générale, on s’interdit toute progression. C’est pourquoi ni Descartes ni ceux qui l’ont suivi n’ont pu arriver à la science. Il en est autrement, si l’on adopte la manière de voir que nous venons d’esquisser, plutôt que d’exposer d’une façon explicite. Elle rend possible une progression directe de l’existence par laquelle Dieu n’est pas Lui-même, mais n’existe que d’une façon générale, à l’Être où il est lui-même ; du Dieu implicite au Dieu explicite dont on ne peut plus dire qu’il est ce qui existe, mais qu’il est ce qui est, ce qui est l’Existant.

Le dernier résultat de cette recherche est encore très éloigné, et ne peut être énoncé qu’avec beaucoup de réserve. Cependant Dieu et l’Existant doivent être distincts, sinon dans la réalité, du moins dans l’Idée, en tant que sujet et attribut tendance
tendência
tendency
qualité
qualidade
calidad
quality
attribut
atributo
atribute
guna
gunas
. Dieu doit donc être pensé dans son « être-ce-qui-est » comme « ce-qui-est-capable-d’être-pour-soi », comme particulier (koriston au sens aristotélicien du mot). D’une pareille distinction, conceptuelle au début, on ne trouve pas trace chez Descartes, mais on en trouve une, n’aboutissant à rien, vite effacée, chez Malebranche, qui parle de « la substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
divine prise absolument et en tant que relative aux créatures et participable par elles » (Rech. de la V., 1. III, ch. 6) [15].

Traduit dans notre langage à nous, ceci pourrait signifier que les choses participent bien de l’Existant, mais non de ce qui est existant, lequel est absolument imparticipable. Malebranche était bien obligé de faire une distinction quelconque, puisqu’il se croyait en droit de qualifier l’autre successeur de Descartes, Spinoza, pour lequel Dieu n’était que la substance-absolue, de « misérable Spinoza », et son Dieu d’« épouvantable chimère ». Mais cette distinction reste tout à fait stérile et inutilisable pour la compréhension du monde et, lorsqu’il dit de Dieu qu’il est tout ce qui existe et qu’il se demande aussitôt comment cet être-toutes-choses (en un certain sens) s’accorde avec la simplicité absolue de l’essence divine’, il répond : « C’est ce qu’aucun esprit fini ne saurait comprendre » [16].

Comme, cependant, Dieu est tout de même, dans un certain sens, toutes choses, la question devait se poser nécessairement : dans quel sens ? La réponse connue était que nous ne voyons toutes choses qu’en Dieu, ce qui revient à dire qu’elles n’existent pas en dehors de lui.

Spinoza s’est soustrait à toutes les exigences qu’on pouvait avoir pour Descartes et Malebranche ; nous allons essayer de faire comprendre comment et pourquoi, car la chose n’est pas aussi facile que beaucoup se l’imaginent.

Spinoza dit : Dieu est la substance universelle, infinie, tout comme nous disons : Dieu est l’Existant. Si cela ne comportait aucune distinction, il aurait fort bien pu se dispenser d’employer le mot « Dieu ». Il faut donc admettre qu’il avait pensé à une distinction. Mais il rend toute distinction inutile, lorsqu’il dit : Dieu est seulement pour autant qu’il est substance infinie, il n’a pas d’être distinct de son « être-substance », car tel est le sens de la proposition : En Dieu, essence et être ne sont qu’un (« In Deo Essentia et Existentia unum idemque sunt »). Une distinction n’aurait chez lui aucun but. Même à supposer une distinction, Dieu ne serait pour lui pas aptre chose que l’Être éternel _ ou posé par la raison (l’« être-substance-éternelle »). Tout est éternel. De l’éternel, du pur « Être en raison » ne pensent découler que des vérités également éternelles, et les choses ne peuvent pas découler autrement de la nature (de l’essence) de Dieu que la vérité de la nature du triangle, celle notamment d’après laquelle la somme des angles est égale à deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
droits. Enfermé dans l’être éternel, Dieu n’entretient avec les choses que des rapports qui sont ceux de cause essentielle (non réelle) à effets. Mais cette conséquence logique est affirmée, sans être démontrée. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le concept de substance infinie ne comprend aucun contenu obtenu par la pensée pure, et le concept de l’Être le plus parfait s’évanouit, à moins qu’on n’en voie un reste dans l’allusion à un nombre indéterminé d’attributs divins dont l’expérience ne nous révèle que deux : la pensée infinie et l’étendue infinie. Nous assistons ici à une interruption complète du développement purement rationnel (à la plus flagrante metabasis eis allo genos). Ce n’était vraiment pas la peine de s’élever au point de vue de la raison pure, pour ensuite retomber dans l’expérience.

Mais, et c’est un point qu’on aurait tort de négliger, la grande définition que Dieu est l’Être général, définition dont l’initiative revient à Descartes et que Malebranche, qui était d’une piété piété
piedade
piedad
piety
pietas
eleison
miséricorde
misericórdia
mercy
morbide, n’a défendue que faiblement, n’a pu atteindre toute sa portée, acquérir une valeur Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
durable qu’après avoir été érigée par Spinoza en un dogme dévorant qui a fait disparaître dans ses entrailles aussi bien la science que la religion. Tel est en effet le sort des choses humaines.


Voir en ligne : Heidegger et ses références


[1Macrob., Sat., 1, 18 in. : « Aristoteles, qui Theologumena scripsit, Apollinem et Liberum patrem unum eumdemque Deum esse asseverat. » Il est permis de douter de l’exactitude du nom, car Théophraste a écrit, lui aussi, une historia peri theon. Diod., Lib. V, 48.

[2Métaph., XII, 8 (p. 254, 5 et suiv.), édit. Brandis. (Toutes nos autres citations de la Métaphysique sont empruntées à la même édition).

[3Expression bien connue du cardinal Bembi. Voir Lipsii Epist. 37, Centur. Il.

[4Ce fut donc un titre prématuré et présomptueux que celui de libres penseurs (free-thinkers) qu’avaient adopté dans le seul pays où la Réforme avait remporte une victoire complète, ceux qui, après avoir attaqué l’autorité de l’Eglise, s’étaient attaqués à celle des Saintes Écritures et de la révélation elle-même.

[5« Causse certitudinis in philosophia sunt experientia universalis, principia et demonstrationes. — Demonstrativa methodus progreditur ab iis quœ sensui subjecta sunt et a primis notitiis, quœ vocantur principia. — Philosophia docet, dubitandum esse de his, qu » non sunt sensu comporta, nec sunt principia, nec sunt demonstratione eonfirmata. » Ce passage, emprunté à la préface de Mélanchton, aux Loci theologici, montre sur quoi reposait l’édifice de la vieille métaphysique.

[6« Ratio, quatenus faoultatôm ratioeiaandi infert, fidei saltem est ancilla et religionis instrumentum, non principium ». C. M. PIAFFI. Instit. Théol., p. 26.

[7Question : En quoi diffère, sous ce rapport, la loi de la causalité de la connaissance fondée sur la raison pure ?

[8Malebranche s’exprime d’une manière très concise : « L’existence étant une perfection est nécessairement enfermée dans celui qui les a toutes. » Méditations métaphysiques, Paris 1841, p. 57. « Il suffit de penser [à] Dieu, pour savoir qu’il existe. » Passim. Et Platon : ou autos o logos aptetai, (Rép, V, p. 511, B.).

[9Spinoza du moins va même jusqu’à chercher à donner, dans ses Cogitati Metaphysiei, une forme scientifique au Systems de Descartes.

[10Recherche de la Vérité, L. III, ch. 9.

[11Voir Entretien d’un philosophe chrétien avec un philosophe chinois,tout à fait au début. Disons incidemment que, dans ce qui va suivre, nous donnerons à l’Être la même signification que celle du mot français.

[12Rech. de la Vérité, L. III, ch. 8. Voir non seulement le titre, mais aussi le texte.

[13Cf. 3. 4, Rentz : Philosophia ad mentem D. Thomæ Aquin., dès les premiers paragraphes.

[14Rech. de la Vérité, par exemple III,9, extr. Entretiens, l. c.

[15La distinction est empruntée à saint Thomas d’Aquin, qui dit : « Potest cognosci Drus non solum secundum quod est in se, sed etiam secundum quod est participabilis, secundum aliquem modum similitudinis, a creaturis. » Voir ce passage dans Rech. de la Vérité, L. IV, ch. 11. Quant à savoir ce que saint Thomas entend par cette similitude limitation parfaite, de Malebranche), nous n’avons pasà le rechercher ici.

[16C’est une propriété de l’Être infini, d’être un et, en un sens, d’être toutes choses, e’eat-à-dire (d’être) parfaitement simple sans aucune composition de parties, de réalités, et [d’être] imitable et imparfaitement participable en une infinité de manières par différents êtres. C’est ce que tout esprit fini n« saurait comprendre. » Entretien, p. 367.