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La mystique d’Angelus Silesius

Angelus Silesius - Le milieu et la formation spirituelle

Henri Plard

jeudi 11 octobre 2007

La mystique d’Angelus Silesius
Henri Plard
Aubier, 1943

Peut-être est-il paradoxal de demander le secret d’une époque, d’une âme humaine, à l’œuvre la plus résolument « inactuelle » qui fut jamais. Le Pèlerin chérubinique ignore le monde. Celui qui, maintenant encore, l’ouvre et le lit, ne sait pas le pourquoi de ce silence, si c’est indifférence, manque de courage, ou refus hautain ; mais on ne peut échapper à cette brusque impression d’éloignement du monde ; certes, c’est le vent des sommets, le vent de l’Esprit qui passe à travers ces pages, froid et pur. Angélus Silesius ne connaît pas plus les misères de son temps que celles du nôtre ; il n’a pas l’effort douloureux de Jakob Böhme, qui, homme du commun soumis aux tristesses d’une existence banalement quotidienne, veut les intégrer à sa pensée et trouver quel rapport ont avec Dieu cette guerre, cette famine à Görlitz, et les luttes religieuses, et l’orgueil des pasteurs luthériens ; de tout cela, le Pèlerin chérubinique, né en 1651, quelques années après la guerre de Trente Ans, dans un pays dévasté, ne dit pas un mot. Comment s’en étonner, quand son auteur refuse même d’être Johann Scheffler ? Il se dérobe au lecteur, il lui refuse tout ce qui en lui-même n’a pas valeur d’éternité. Il veut être « le pèlerin chérubinique », l’homme marchant vers Dieu par la connaissance angélique et plus qu’angélique. S’il est Silésien, — « Angélus Silesius » —, on peut dire, sans excès de subtilité, qu’il se sent lié à la Silésie éternelle ; non, spécialement, à la mosaïque de principautés disputées entre les influences locales et le pouvoir impérial qu’elle était au XVIIe siècle, mais à la terra mystica par excellence de l’Allemagne, le pays où l’aventure du héros de Gerhart Hauptmann, « l’idiot en Christ » Emmanuel Quint, est vraisemblable — et vraie — puisqu’à la fin du XVIIe siècle son compatriote Quirinus Kuhlmann s’est pris pour le Christ revenu sur terre et a péri sur le bûcher, à Moscou, pour cette folie. Johann Scheffler est « Silesius » comme Jakob Böhme ou Hauptmann, au-delà du temps.

Pourtant, il serait injuste envers le XVIIe siècle, injuste envers Johann Scheffler, de ne pas reconnaître que les vers du Pèlerin chérubinique témoignent de leur réalité essentielle : ils expriment leur être profond, ils en excluent tout élément contingent et temporel. Il y avait dans le XVIIe siècle allemand une recherche de Dieu éparse, qui, en Silésie plus que partout ailleurs, éclatait soudain en mouvements populaires : visions d’extatiques, rêves d’un royaume de Dieu sur terre, sectes obscures aux doctrines étranges, persécutées par les pouvoirs qui craignaient de voir se reproduire le mouvement anabaptiste du siècle précédent, avec ses revendications sociales et ses conséquences sanglantes. Schwenkfeldiens, calvinistes dissidents, ils s’appuient sur toute une tradition populaire allemande, celle d’une religion intérieure, d’une parole de vie opposée à la lettre sèche et aux œuvres, monnaie dont l’homme paie son salut : ils ne veulent plus vivre en pécheurs, pardonnes mais toujours pécheurs, comme le voulait le luthéranisme orthodoxe ; ils revendiquent dès cette terre ce que saint Paul appelle « la liberté glorieuse des enfants de Dieu ». De telles aspirations ont soutenu la Réforme à ses débuts ; elles se retournent au XVIIe siècle contre un luthéranisme épuisé, une caste de pasteurs nourris de culture scolastique, de théologie aristotélicienne, orgueilleux de leur savoir, hautains avec les fidèles et plats devant les puissances, les marchands du Temple, marchands, non de pigeons, mais d’âmes, dont parle Abraham von Frankenberg.

Ce mouvement, dont les origines sont anciennes dans la religiosité allemande, prend au XVIIe siècle des formes particulières. C’est le siècle des petits centres de culture, d’un caractère volontiers aristocratique, fermés et isolés, poursuivant chacun de leur côté leur effort littéraire propre : sociétés pour la réforme de la langue allemande, groupes de poètes bourgeois. La vie religieuse n’échappe pas à cette forme, qui est celle de la vie spirituelle de l’époque dans son ensemble. Certes, ces cercles sont liés aux mouvements populaires, mais ils ont tendance à perdre ce contact pour n’être plus que des sociétés ésotériques, où des initiés cultivent une sagesse divine, et la cherchent dans mille ouvrages de mystique, d’alchimie, de science secrète. Ce n’est pas toujours orgueil ou pédantisme : les pasteurs veillent sur eux, et travaillent, autant qu’ils le peuvent, à les isoler dans la vie religieuse allemande ; ils soulèvent parfois la population contre eux ; et la position de ces cercles, vis-à-vis des autorités, est singulièrement délicate. Le Pèlerin chérubinique est né dans l’un d’entre eux, dont le centre fut, entre 1630 et 1650 environ, un gentilhomme de vieille noblesse silésienne, Abraham von Frankenberg. Né en 1593, il avait bien connu Böhme, dans les dernières années de sa vie, et s’était fait son éditeur, son biographe et son disciple zélé. C’était un timide, ennemi de la foule, indifférent aux honneurs et aux soucis du monde, instinctivement éloigné de toute religion constituée ; il passait la plus grande partie de sa vie retiré dans son château de Ludwigsdorf, ou en voyage, visitant à l’étranger les sectes d’esprit analogue, faisant imprimer les œuvres de Böhme, éternel étudiant, écrivant peu et annotant beaucoup. Son esprit manquait d’originalité ; il était plutôt un compilateur aux vues un peu étroites, perdu dans des spéculations étranges sur la structure du monde, où des rêveries hermétiques se mêlaient à la science la plus moderne. Mais ces faiblesses ne l’ont pas empêché de se dévouer bravement dans la peste de 1634, où sa science médicale vint en aide aux malades. Surtout, il était de caractère affable, toujours prêt à soutenir les débutants dans la vie spirituelle, à les mettre en rapport, à leur indiquer quelque règle morale ou quelque lecture profitable. Autour de lui, on voit se grouper pendant une vingtaine d’années quelques personnes dont le nom revient sans cesse dans la vie de Johann Scheffler : fonctionnaires des principautés silésiennes, hommes politiques, dans un très petit monde, ou bourgeois cultivés ; professeurs au collège de Breslau, érudits et pleins d’ambition littéraire, qui se préoccupent de renouveler la poésie allemande, mais fréquentent volontiers les « spirituels » silésiens ; médecins que leur profession amène à étudier l’homme et la nature, à chercher, comme le faisait Frankenberg, au-delà des guérisons, les structures métaphysiques qui expliquent l’action des plantes et des sels sur le corps humain. Conversations, lettres, échanges de poèmes et de lectures : c’est toute une fermentation intellectuelle, à la fois religieuse et littéraire, de caractère original. Les pasteurs luthériens suspectent ces amis de Frankenberg ; les catholiques, qui s’infiltrent en Silésie à cette même époque, essaient d’utiliser pour leurs fins cette inquiétude religieuse. Tout ce monde, si loin de nous, si difficile à imaginer, dans son isolement et sa recherche d’un savoir souvent bizarre, vit encore pour nous dans les écrits du cercle qui en traduisent l’esprit : les Sexcenta monodisticha de Czepko, et surtout le Pèlerin chérubinique de Johann Scheffler. Mais Czepko et Schef-fler étaient plus que l’écho d’un conventicule ; ils dépassent infiniment, par la portée de leurs spéculations, les études pédantes, le savoir encyclopédique de leurs amis. Eux s’élèvent jusqu’à ’Dieu, directement ; et, là où Czepko continuait à mener, malgré tout ,1a viet normale d’un fonctionnaire silésien, Scheffler, tempérament ardent, a senti sa pensée comme un engagement de son existence. Il y a eu en lui, non seulement une recherche mystique, mais un effort cruel pour dépasser la mystique et atteindre, dans sa vie, à la perfection de l’humilité. Scheffler n’est pas seulement le dernier mystique allemand, le frère spirituel des médiévaux ; il a lutté avec sa pensée, il a senti profondément ce qu’elle exigeait de lui en ce monde concret, dans la Silésie de 1657. Sa pensée, intemporelle, l’a ramené dans le temps, vers les troubles religieux et la propagande catholique. Il a dépouillé l’indécision pratique et l’isolement religieux du cercle de Frankenberg ; victoire sur lui-même, plus dure que toutes les victoires sur un monde qui ne l’a jamais attiré ; elle semble une défaite, un effondrement, et pourtant, jamais Johann Scheffler n’est plus haut que dans la souffrance solitaire de ses dernières années.

Décadence ou dépassement ? Toute sa destinée est sous le signe de cette question. Était-ce un affaiblissement ou une spiritualisation qui fit de Johann Scheffler le dernier-né d’une forte race bourgeoise ? Dans sa famille maternelle, les Hennemann ou Helmann, on n’a guère souffert, avant lui, des angoisses spirituelles. Ce sont des sénateurs, des dignitaires de Breslau ; son grand-père, Johann Hennemann (1555-1614), médecin de Rodolphe II au Hradschin, fut peut-être alchimiste, mais nous ne connaissons de lui que des travaux purement médicaux sur la peste et la phtisie. Johann Scheffler est bien le descendant de ces Hennemann ; lui aussi a été médecin, sans que nous sachions dans quelle mesure il avait conscience de suivre ainsi une tradition familiale. De son père, Stanislas Scheffler (1562-1637), un vieux soldat des guerres de Pologne, anobli en 1597 et retiré à Breslau en 1610, il n’a tenu sans doute qu’un penchant à la colère qui valut au vieillard une admonition de la municipalité de Breslau. Mais Johann Scheffler était d’origines patriciennes, d’une riche caste de marchands, liés entre eux par les mariages et les amitiés, occupant des charges municipales, orgueilleux de leur situation supérieure. Il souffrira plus tard, dans sa fierté d’homme, des attaques protestantes contre lui, « fils de parents nobles d’origine honorable », comme il le dira. Nous entrevoyons à peine la physionomie d’une mère dont Johann Scheffler dut beaucoup tenir : orpheline à quatorze ans, mariée à vingt-quatre avec un sexagénaire emporté, mère de trois enfants dont l’un deviendra fou, l’autre mourra jeune, elle vécut parmi les deuils familiaux, les colères de son mari, puis les soucis du veuvage — enfants à élever, biens à administrer ; et le registre de l’église qui note son décès en 1639 dit qu’elle mourut : « en la trente-neuvième année de sa pénible vie ». Une telle parole de pitié étonne dans un acte officiel. Sans cloute, comme l’a dit M. Ellinger, fut-elle de santé délicate, nerveuse, usée avant l’âge par une existence sans joie. Sans doute aussi son fils tint-il d’elle une mélancolie qui apparaît dès sa jeunesse. Un mois avant la mort de sa mère, il entrait à l’Elisabethanum, un gymnase que fréquentaient les fils de familles patriciennes. Il fut un enfant grave, passionné pour l’étude, vite habile à manier l’alexandrin allemand, avec cette fougue dans l’amitié qui accompagnera et éclairera toute ;son existence. Sa première passion fut le renouveau de la poésie allemande, idéal des cercles opitziens, incarné dans son professeur et ami Christoph Köler. Il vit comme tous les écoliers allemands d’alors, jouant son rôle dans des représentations scolaires, composant pour fêter Köler ou pleurer un ami des vers hyperboliques, à la mode du temps, où s’étalent naïvement sa maîtrise formelle de la versification opitzienne et son érudition classique. Rien n’annonce encore un trouble religieux quelconque. Ce n’est qu’un enfant très doué, à l’esprit souple, « ad summa quaeque natus », selon la formule de Christoph Köler, mais encore tout intellectuel. Mais il est déjà surnommé « Angélus », sans doute par ses camarades ; il a déjà un éloignement du monde, une tristesse qu’expliquent la mort de ses parents et la maturité précoce de son intelligence. Lorsqu’il commence à Strasbourg, en 1643, le cycle de ses années d’université, c’est une nature délicate, prête à souffrir et à s’enthousiasmer.

Très vite, il se dégage des influences qui avaient agi sur lui auparavant, choisit sa voie, quitte Strasbourg où Köler avait voulu l’aiguiller vers l’étude des sciences politiques, mais où la médecine était mal enseignée, entre à l’université de Leyde en 1644. Il suivait ainsi la coutume des étudiants de son pays. Avant et après Scheffler, bien des Silésiens ont été attirés par la grande université hollandaise, et l’un d’eux nous a laissé dans son autobiographie une vive image de la ville, avec ses nombreuses églises, ses canaux d’où montent les brouillards d’automne, et la campagne hollandaise alentour ; et de la vie universitaire, animée par les rivalités entre professeurs — l’aristotélicien Stuart contre Heereboord, fougueux cartésien — et, moins intellectuelles, les’ rixes entre les élèves. C’est là que Scheffler s’initia à une spéculation philosophique qui devait marquer le Pèlerin chérubinique. Il a alors vingt ans, est passionnément intellectuel, et trouve à Leyde des maîtres illustres, une bibliothèque d’université riche et complète, des cours capables de satisfaire son avidité de savoir. Mais n’est-il encore question que de « libido sciendi » ? C’est, à ce moment, selon son propre témoignage, que s’éveille en Scheffler l’inquiète flamme religieuse de toute son existence. La Hollande était le pays des sectes et de la liberté intellectuelle ; c’est là que Frankenberg vient faire éditer Böhme. Scheffler a certainement connu la secte des Mennonites, anabaptistes apaisés, qui se réunissaient en conventicules, sans pasteurs ni organisation ecclésiastique, pour prier et chanter ensemble, et prêcher selon que l’Esprit les poussait. On ne sait comment exactement leurs doctrines sont parvenues à Scheffler ; mais, comme il se trouvait des Mennonites jusque dans l’Université, comme les livres de Böhme, selon la formule de Scheffler, « couraient le pays » à cette époque, il n’y a rien d’étonnant â ce que Scheffler ait connu, et le mouvement mennonite, et les œuvres du « Philosophus teutonicus ». C’est un moment de crise dans la vie intérieure de Scheffler. Il a déjà parcouru, à vingt et quelques années, le cercle des connaissances humaines, comme un jeune Faust du XVII" siècle. Il connaît la médecine, le droit, la philosophie, et sans doute tout cela n’est pas encore assez pour son esprit trop mobile. Son trouble est, à son origine, tout intellectuel, mais les sciences l’amènent peu à peu aux questions dernières. Toute sa vie, il a gardé le sens de l’essentiel, de l’unité spirituelle à laquelle on ne parvient qu’en dépassant le monde du multiple ; ainsi, dans sa soif de savoir, il cherche alors la vérité une qui contiendrait toutes les autres. Cartésianisme, stoïcisme, doctrines ésotériques ou « théologie vivante » ? Nombreuses sont les voies qui s’ouvrent à Scheffler, sans qu’il ait en lui une certitude religieuse pour le guider sûrement. Ses critiques postérieures contre le luthérianisme prouvent qu’il n’a jamais été un protestant profond ; il ne voit dans le protestantisme qu’un corps de dogmes et une éthique, non une foi. Jusqu’à ces années de Leyde, l’ardeur de sa nature s’était portée vers des activités purement intellectuelles, vers ses études ; maintenant, il ne peut plus rester indifférent aux problèmes religieux qui se posent à lui. Il « s’éveille », pour employer à l’avance le terme piétiste, et se trouve sans certitude, tenté par les opinions les plus diverses, indécis, attiré par la doctrine de l’inspiration directe par l’Esprit, mais inquiété par la fragilité qu’il sent à la base d’une telle position. Cet instable est à la recherche d’une vérité solide. Il formulera plus tard un dilemme dont il prend sans doute conscience alors, en ces années de réflexion : ou une autorité ecclésiastique qui ne se fonde sur rien, ou une liberté spirituelle absolue, celle du Mennonite et de Jakob Böhme. Et comment cette dernière attitude ne l’aurait-elle pas tenté ? D’autres génies religieux de son siècle sont passés par ce même stade. Rembrandt) et Spinoza, eux aussi, ont fréquenté les mêmes conventicules que Johan Scheffler ; mais ils ont trouvé leur vérité intérieure plus vite que le Silésien qui, près de dix années encore, va s’interroger et hésiter, pour aboutir à la soumission sous la discipline de la seule Église universelle. Là où Rembrandt et Spinoza résolvent le dilemme protestant par la conquête d’une vérité si haute, si lumineuse qu’il ne peut y avoir de doute en sa présence, Scheffler cherche, pendant des années, à fonder sa foi dans sa vie et sa pensée ; à Leyde, peut-être connaît-il déjà le catholicisme ; mais il est certain que commence alors la pensée fiévreuse d’où est né le Pèlerin chérubinique, et qui l’amènera enfin, par un dernier dépassement, à se dépouiller de la pensée pour agir dans l’Église.

Pour le moment, il ne jaillit aucune certitude, aucune vie nouvelle de cette crise religieuse. A Padoue où il termine ses études, de 1647 à 1649, il n’est qu’un étudiant parmi les autres, nullement isolé de la vie universitaire, prenant part, à l’intérieur de la « nation germanique » qui groupait les étudiants allemands, à une révolte des « novitii » contre les anciens, passant son doctorat de médecine et de philosophie le 9 juillet 1648, d’une façon si brillante qu’il surpasse même les espoirs qu’avait donnés à ses maîtres une supériorité intellectuelle déjà reconnue. Il a obtenu le grade de docteur « avec les plus hauts honneurs particuliers, ce dont j’ai des témoins qui vivent encore », comme il le rappellera plus tard avec fierté. Pourtant, s’il écrit à la même époque, dans l’album d’un camarade, « Mundum pulcherrimum nihil », n’est-ce pas un signe que toute cette gloire universitaire l’a déjà lassé ? Le jeune docteur qui retourne à Breslau, après six ans d’absence, semble prêt à y prendre sa place parmi le patriciat de la ville. Il a la tristesse d’y voir mourir sa sœur Magdalena, mariée, jeune et de santé fragile à un médecin vieillissant, Tobias Brückner, et qui a sans doute connu la même existence terne et douloureuse que sa mère. Mais c’est son beau-frère qui lui fait obtenir le poste de médecin du duc d’Oels, malgré son extrême jeunesse et son manque de pratique médicale. Ce sont les « honneurs princiers » qui s’ouvrent à lui, mais son ambition n’est pas ordinaire. Il emporte à - Oels un monde de problèmes intérieurs, scruté avec l’ardeur nerveuse et la pénétration intellectuelle des difficultés qui lui est propre. Plus que sa profession, la recherche religieuse va absorber à Oels la riche intelligence qu’ont éveillée ses années d’université. Et pour diriger son caractère hésitant, son esprit souple, il va trouver à Oels son grand ami, Abraham von Frankenberg. Déjà, au cours de sa jeunesse, s’est révélé le trait dominant de sa nature : il comprend admirablement ce qu’il étudie son esprit est d’une vivacité extraordinaire, mais il lui faut, hors de lui, un appui moral, un ami qui le guide, un exemple à suivre. Seul, il s’épuise en spéculations, hésite et reste incertain. Il est intellectuel, mais trop épris de perfection pour se contenter des joies pures de l’esprit. Son amitié avec Frankenberg est le premier pas sur une voie douloureuse qui l’amènera, de la pensée audacieuse et solitaire, à l’humilité de l’action dans les rangs de l’Église militante.