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Bible et Liturgie

Jean Daniélou : Les Sacraments

La théologie biblique des Sacrements et des fêtes s’après les Pères de l’Église

dimanche 15 août 2010

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

La théologie teologia
théologie
teología
theology
θεολογία
définit les sacrements sacrement
sacramento
sacrements
sacramentos
puja
pūjā
pûjâ
comme des signes efficaces. C’est le sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
de l’adage scolastique : « Significando causant ». Mais en fait nos manuels modernes insistent presque exclusivement sur le second terme de cette définition. On étudie l’efficacité des sacrements, mais on s’occupe peu de leur signification. C’est précisément à cet aspect forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
que seront consacrés les chapitres de ce livre. Ils auront pour objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
la signification des rites sacramentels et d’une manière plus générale du culte chrétien. Il ne s’agit pas, dans cette étude, de satisfaire seulement notre curiosité. La question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
importe aussi à la pastorale liturgique. En effet, faute Schuld
dette
faute
dívida
deuda
guilt
debt
culpabilité
d’être compris, les rites des sacrements apparaissent souvent aux fidèles comme artificiels et parfois même choquants. C’est seulement en pénétrant leur signification qu’on leur rendra leur valeur Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
.

Il n’en était pas ainsi dans l’Église ancienne. L’explication des rites sacramentels tenait une place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
importante dans la formation des fidèles. C’est ainsi que la semaine de Pâque, qui suivait le baptême baptême
batismo
baptism
et la communion donnés aux convertis dans la nuit tenèbre
ténèbres
nuit
trevas
escuridão
darkness
noite
night
noche
du Samedi Saint sainteté
santidade
sainthood
saint
santo
Heiligkeit
holiness
santidad
, était consacrée à l’explication des sacrements à ceux qui les avaient reçus. Ethérie, qui a assisté, à la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
du ive siècle, à Jérusalem, aux cérémonies du temps pascal, nous montre l’évêque, dans son dernier sermon de Carême, disant aux catéchumènes : « Pour que vous n’estimiez pas que rien de ce qui se fait est sans signification, lorsque vous avez été baptisés au nom de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, pendant les huit jours de Pâque, après la messe, on vous parlera dans l’église », Par ailleurs, à l’occasion de chaque fête de l’année liturgique, le sens en était commenté dans des sermons.

Notre étude s’appuiera essentiellement sur cet enseignement des premiers siècles chrétiens. Il s’agit donc d’une symbolique du culte chrétien d’après les Pères de l’Église. Nous étudierons successivement la symbolique des trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
principaux sacrements : baptême, confirmation, eucharistie ; puis celle de la semaine et de l’année liturgique. Mais avant d’entrer dans le détail des interprétations patristiques, il nous faut préciser d’abord les principes dont elles s’inspirent. Cette symbolique en effet n’est pas livrée au caprice de chacun. Elle constitue une tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
commune qui remonte à l’âge apostolique. Et ce qui frappe dans cette tradition est son caractère biblique, que nous lisions les catéchèses sacramentaires ou que nous regardions les peintures des catacombes. Les figures des sacrements sont Adam Adam
Adão
Adán
au Paradis Paradis
Paraíso
Paradiso
Paradise
, Noé dans l’Arche Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
, Moïse traversant la Mer Rouge. C’est la signification et l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
de cette symbolique que nous avons d’abord à préciser.


Que les réalités de l’Ancien Testament soient des figures de celles du Nouveau, ceci est un principe de la théologie biblique. Cette science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
des correspondances entre les deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
Testaments s’appelle la typologie. Il est bon d’en rappeler le fondement Grund
Fundament 
fondement
fundamento
Fundamente
fondations
fondation
ādhāra
root
. Son point de départ se trouve dans l’Ancien Testament lui-même. Les Prophètes en effet ont annoncé au peuple d’Israël, au temps de sa captivité, que Dieu accomplirait pour lui dans l’avenir des ouvres analogues, et plus grandes encore, à celles qu’il avait accomplies dans le passé. Ainsi il y aura un nouveau Déluge qui anéantira le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
pécheur et où un reste sera préservé pour inaugurer une humanité Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
nouvelle ; il y aura un nouvel Exode où Dieu libérera par sa puissance acte
puissance
energeia
dynamis
l’humanité captive des idoles ; il y aura un nouveau Paradis où Dieu introduira son peuple libéré. Ceci constitue une première typologie qu’on peut appeler eschatologique, car ces événements à venir sont pour les prophètes ceux de la fin des temps.

Le Nouveau Testament évangile
euanggelion
evangelium
gospel
evangelho
nouveau testament
novo testamento
NT
novum testamentum
new testament
n’a donc pas inventé la typologie. Il a seulement montré qu’elle était accomplie en la personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
de Jésus de Nazareth. En effet, avec Jésus, les événements de la fin, de la plénitude des temps, sont accomplis. Il est le Nouvel Adam avec qui les temps du Paradis futur sont arrivés. En Lui est déjà réalisée la destruction du monde pécheur que figurait le déluge. En Lui est accompli l’Exode véritable, qui libère le peuple de Dieu de la tyrannie du démon. La prédication apostolique a utilisé la typologie comme argument pour établir la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
de son message, en montrant que le Christ Jésus-Christ
Jesus Cristo
Jesus Christ
Jesús Cristo
Jesus
Jesús
Cristo
Christ
Ungido
Ointed
continue et dépasse l’Ancien Testament : « Ces choses sont arrivées en figure (typikos) et ont été écrites pour notre instruction » (I Cor couleur
cor
color
., x, 11). C’est ce que saint Paul Saint Paul
São Paulo
San Pablo
appelle la consolatio Scripturarum (Rom., xv, 4).

Mais les temps eschatologiques ne sont pas seulement ceux de la vie Leben
vie
vida
life
zoe
de Jésus, ils sont aussi ceux de l’Église. Par suite la typologie eschatologique de l’Ancien Testament n’est pas seulement accomplie dans la personne du Christ, mais aussi dans l’Église. Il y a donc une typologie sacramentaire à côté de la typologie christologique. Cette typologie sacramentaire, nous la trouvons déjà dans le Nouveau Testament. "L’Évangile de Jean nous montre dans la manne une figure de l’Eucharistie, la Première aux Corinthiens, dans la traversée de la Mer Rouge, une figure du baptême, la Première Épître de Pierre, dans le déluge, une autre figure du baptême. Par là est signifié que les sacrements continuent au milieu de nous les mirabilia, les grandes ouvres de Dieu, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments : Déluge, Passion Leidenschaft
passion
paixão
pathos
passión
rāga
rajas
, Baptême nous montrent les mêmes mours divines à trois époques de l’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
sainte et sont eux-mêmes ordonnés au Jugement eschatologique.

Ainsi la typologie sacramentaire n’est qu’une forme de la typologie en général, de l’analogie analogia
analogie
analogy
analogía
théologique entre les grands moments de l’Histoire sainte. Mais dans le cas des sacrements, il y a un problème nouveau qui se pose. En effet les sacrements comprennent deux aspects. Il y a d’une part la réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
qui est accomplie. Et cette réalité est dans la continuité des ouvres de Dieu dans les deux Testaments. Mais il y a aussi le signe semeion
signe
miracle
sinal
milagre
signal
miracle
visible, eau eau
água
water
hydro
, pain douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
, huile, baptême, repas, onction, par le moyen duquel opère l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
de Dieu. C’est là, à proprement parler, le signe, le symbole symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
sacramentel. Ce signe, comment faut-il l’interpréter ? A-t-il seulement la signification naturelle de l’élément ou du geste qu’il utilise : l’eau lave, le pain nourrit, l’huile guérit. Ou bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
a-t-il une signification particulière ?

C’est ici que les études récentes sur l’histoire des origines liturgiques vont nous rendre service. Elles ont établi en effet qu’il ne fallait pas chercher l’origine des sacrements chrétiens dans le milieu hellénistique, comme on le faisait volontiers il y a une cinquantaine d’années, mais qu’ils se rattachent directement à la liturgie liturgie
λειτουργία
leitourgía
liturgy
liturgia
liturgía
du judaïsme. Nous avons donc à nous demander ce que signifiaient les signes utilisés dans la liturgie du judaïsme pour les Juifs du temps du Christ et pour le Christ lui-même. Or il est bien clair que l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
des Juifs et celui du Christ étaient entièrement modelés par l’Ancien Testament. Par suite c’est dans la signification pour l’Ancien Testament des différents éléments utilisés par les sacrements que nous avons le plus de chance de trouver ce qu’ils signifiaient pour le Christ et pour les Apôtres. Nous aurons donc là une typologie qui portera non plus seulement sur le contenu des sacrements, mais sur leur forme même et qui nous montrera que c’est à juste titre que nous les voyons figurés par l’Ancien Testament, puisque c’est pour cette raison qu’ils ont été choisis par le Christ.

Donnons de ceci quelques exemples. Nous interprétons généralement le rite du baptême, en y voyant une allusion à l’eau qui lave et purifie. Or tel ne semble pas être le sens le plus important du rite. Deux allusions bibliques nous mettent sur d’autres voies. D’une part l’eau du baptême est l’eau qui détruit, l’eau du jugement. Les eaux sont en effet pour la symbolique juive un symbole de la puissance de la mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
. L’eau du baptême est aussi celle qui engendre la nouvelle créature. Ceci nous renvoie à la symbolique juive des eaux créatrices. Enfin le baptême juif peut avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
déjà contenu une allusion à la traversée de la Mer Rouge. Pour ce qui est de l’Eucharistie, le choix du pain et du vin paraît bien contenir une allusion au sacrifice sacrifice
sacrifício
sacrificio
vidhema
de Melchisédech Melchisédech
Melki-Tsedeq
Melchissedec
Le sacrifice « eucharistique » de Melki-Tsedeq, dans l’Ancien Testament, est regardé comme une préfiguration du sacrifice du Verbe, instituant originellement le sacerdoce chrétien selon la parole des Psaumes qui fut appliquée au Christ. [Vivenza]
 ; le cadre du repas, une allusion aux repas sacrés du judaïsme, figure du festin messianique ; le temps Zeit
le temps
o tempo
the time
el tiempo
chronos
kala
pascal, une allusion au repas pascal, symbole de l’alliance du peuple et de Dieu. On voit ainsi comment les gestes du Christ apparaissent chargés de réminiscences bibliques, qui nous en donnent la vraie signification.

Cette symbolique biblique apparaît donc comme constituant le fond primitif, celui qui nous donne la vraie signification des sacrements dans leur institution originale. Ensuite, en milieu hellénistique, d’autres symboliques se sont greffées sur ce premier fond, empruntées aux coutumes du monde grec. Ainsi l’imposition du signe de la croix croix
cruz
cross
, la sphragis, qui doit être interprétée primitivement dans la ligne de la circoncision juive, a-t-elle été ensuite comparée à la marque dont étaient signées les brebis, les soldats ou les prêtres. La colombe, allusion à l’Esprit de Dieu planant sur les eaux, a été considérée comme symbole de paix paix
paz
peace
shalom
śanti
. Mais ces interprétations n’ont jamais recouvert entièrement le premier fond biblique que nous conservent les Pères. Ainsi leur théologie sacramentaire peut-elle être considérée comme essentiellement biblique.

Cette référence à la Bible a une double valeur. D’une part elle constitue une autorité, qui justifie l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
et la forme des sacrements, en montrant qu’ils ont été déjà préfigurés par l’Ancien Testament et qu’ils sont donc bien l’expression de modes constants de l’action divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
. Et dès lors ils n’apparaissent pas comme des accidents, mais comme l’expression même du dessein de Dieu. Par ailleurs ces références à la Bible nous fournissent les symbolismes dans lesquels ont été d’abord conçus les sacrements. Ils nous en indiquent les diverses significations. Le Nouveau Testament en premier les définit avec des catégories Kategorien
catégories
categorias
categorías
categories
kategoriai
empruntées à l’Ancien Testament. Ainsi la typologie sacramentaire nous introduit à une théologie biblique des sacrements, qui correspond à leur signification originelle et dont la théologie ultérieure poursuivra l’élaboration. La sphragis doit être interprétée dans la ligne de la théologie de l’alliance, le baptême dans celle du jugement et de la libération délivrance
libération
liberação
liberation
liberación
moksha
mokṣa
(= rédemption rédemption
redemptio
redimere
racheter
redemptor
rédempteur
apolutrôsis
apolytrosis
), l’Eucharistie dans celle du repas et du sacrifice.

On voit ainsi ce que signifie notre entreprise. Ce n’est pas la théologie personnelle des Pères qui nous intéresse. Ce qui nous paraît faire la valeur éminente de leur ouvre, c’est qu’à travers eux nous rejoignons la tradition apostolique dont ils sont les témoins et les dépositaires. Leur théologie sacramentaire est une théologie biblique. C’est cette théologie biblique que nous nous efforçons de retrouver. Et cela nous allons le demander aux Pères de l’Église, en tant qu’ils sont les témoins de la foi
foi
faith
pistis
du christianisme primitif. Cette théologie biblique nous apparaît chez eux réfractée à travers la mentalité hellénistique. Mais cette mentalité n’affecte que la présentation. Que le Bon Pasteur des baptistères apparaisse vêtu en Orphée n’empêche pas qu’il soit celui qu’Ezéchiel a annoncé et que Jean nous montre accompli dans le Christ.

Il nous reste à dire quelques mots Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
des principales sources où nous trouvons cette théologie sacramentaire. La période des trois premiers siècles ne nous fournit que des témoignages fragmentaires, mais que leur antiquité rend particulièrement précieux. S’il fallait remonter à la plus ancienne origine des traités consacrés à la symbolique du culte, il faudrait peut-être partir de l’Évangile de saint Jean, s’il est, comme le pense Cullmann, une sorte de catéchèse pascale commentant les mystères mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
du Christ à la fois par leurs préfigurations bibliques1 et par leurs prolongements sacramentels. Mais nous n’avons à parler que des Pères de l’Église. Nous observons d’abord que les anciens rituels liturgiques contiennent souvent des indications théologiques. C’est ainsi que l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
des plus anciens, la Tradition Apostolique, d’Hippolyte de Rome, mentionne les interprétations de l’Eucharistie que l’évêque donnait aux nouveaux baptisés durant la nuit pascale avant de leur faire faire leur première communion.

Mais ces indications ne sont qu’occasionnelles. Plus importantes sont celles que nous trouvons dans des traités explicitement consacrés aux rites du culte. Nous possédons de Tertullien, un petit traité Sur le baptême3. C’est le plus ancien document où soient groupés de façon méthodique les différents aspects de la théologie baptismale. On y trouve une interprétation des figures du baptême dans l’Ancien Testament ; les différents rites sont énumérés avec leur signification. Ce traité, qui sera connu de Didyme l’aveugle, servira de modèle aux ouvrages ultérieurs. On s’étonnera peut-être de ne rien trouver d’équivalent relativement à l’Eucharistie. C’est que la discipline de l’arcane interdisait de révéler ce qui concernait les mystères. L’enseignement sur ce point n’a donc pas pu nous être conservé.

Le domaine peut-être le plus fourni à date ancienne est celui de l’année liturgique, c’est-à-dire essentiellement du temps pascal qui en constituait la principale fête. La date de Pâque avait soulevé des controverses. Ce fut l’occasion pour les auteurs d’écrire à ce sujet. Deux écrits sur la Pâque, d’Origène, ont été retrouvés récemment en Égypte. Malheureusement ils ne sont pas encore publiés. D’autre part la fête de Pâque, qui était aussi celle du baptême, était l’occasion de sermons dont certains nous ont été conservés. C’est ainsi qu’une Homélie sur la Passion, de Méliton de Sardes, a été retrouvée et publiée par Campbell Bonner. C’est un texte capital sur la théologie pascale. De même une homélie, dont la substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
au moins est d’Hippolyte de Rome, a été retrouvée par le P. Charles Martin parmi les spuria de saint Jean Chrysostome.

Mais ce ne sont là que données éparses. Le ive siècle au contraire nous apporte des traités d’ensemble. Avec l’organisation du catéchuménat, l’usage se répand alors de donner aux nouveaux chrétiens une explication des sacrements qu’ils reçoivent. Or nous avons la chance de posséder quelques-unes de ces catéchèses sacramentaires données durant la semaine pascale. Elles seront pour nous la source la plus importante. Ces documents appartiennent d’ailleurs à des lieux et à des temps différents. Les principaux sont les Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem, le De mysteriis et le De sacramentis de saint Ambroise de Milan, les Homélies Catéchétiques de Théodore de Mopsueste et enfin la Hiérarchie ecclésiastique du Pseudo-Denys l’Aréopagite. Nous les étudierons successivement.

Nous possédons sous le nom de Cyrille, évêque de Jérusalem au ive siècle, une collection de vingt-quatre quatre
quaternité
quaternidade
cuatro
cuaternidad
four
quaternity
fourfoldness
sermons adressés aux catéchumènes à Jérusalem1. Celles qui nous intéressent sont d’abord le sermon d’introduction, ou procatéchèse. Il a dû être prononcé le premier dimanche du Carême. Cyrille rappelle d’abord que le baptême exige une conversion résorption
ressorção
conversion
conversão
conversión
strophe
et qu’il doit être reçu avec une intention droite droite
direita
right
. Il donne la signification des exorcismes. Il insiste sur l’importance de l’assiduité aux catéchèses. Il rappelle qu’on n’en doit pas divulguer le contenu aux non-chrétiens. Il donne des indications pratiques praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
sur la manière dont il faut se tenir pendant les moments d’attente : en lisant ou en priant, mais à voix basse, pour ne pas gêner les autres. Il montre enfin quelle grande chose est le baptême et comme il importe de s’y bien préparer. Les deux premières catéchèses portent sur la pénitence pénitence
metánoia
metaméleia
penitência
μετάνοια
μεταμέλεια
et la miséricorde piété
piedade
piedad
piety
pietas
eleison
miséricorde
misericórdia
mercy
de Dieu, La troisième, importante pour nous, donne une doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
générale du baptême. Cyrille explique qu’il comprend deux éléments, l’eau et l’Esprit. Il montre pourquoi l’eau a été choisie. Il explique le sens du baptême de Jean-Baptiste et les raisons pour lesquelles Jésus a été baptisé par lui. Les catéchèses suivantes commentent le Symbole de la foi et contiennent peu d’éléments de théologie sacramentaire.

Viennent enfin les cinq catéchèses mystagogiques. Leur attribution à Cyrille est contestée. Certaines raisons de critique externe donnent à croire croyance
croire
crença
crer
belief
believe
qu’elles sont de Jean de Jérusalem, successeur de Cyrille. Mais ceci n’importe pas pour nous. Elles sont en tous cas un document du IVe siècle. Cyrille s’adresse maintenant aux baptisés. Il leur explique pourquoi il a attendu ce moment pour leur expliquer la signification des rites sacramentels. Il fallait que ceux-ci restent entourés de mystère. Cyrille alors prend les rites les uns après les autres. Les deux premières catéchèses sont consacrées au baptême, la troisième à la confirmation, les deux dernières à l’Eucharistie. On remarquera que, pour chaque sacrement, Cyrille traite d’abord de ses figures dans l’Ancien Testament, puis de la symbolique des rites eux-mêmes, enfin des explications dogmatiques. Ces trois aspects se retrouvent de façon générale dans les autres catéchèses. Et de même aussi la méthode qui consiste à suivre le développement des rites.

Les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem se situaient en Palestine au milieu du ive siècle. Avec le De Mysteriis et le De Sacramentis de saint Ambroise, nous sommes à Milan et dans la dernière partie du siècle. Les deux traités sont des catéchèses mystagogiques, analogues à celles de saint Cyrille. Ils traitent eux aussi des trois sacrements de l’initiation initiation
iniciação
iniciación
. Ces catéchèses ont été tenues durant la Semaine pascale, ainsi qu’en fait foi le début du De Mysteriis : « Le temps nous invite maintenant à parler des sacrements. Si nous avons jugé bon avant le baptême d’en insinuer quelque chose aux non-initiés, c’était plutôt introduction, qu’explication. Nous pensons d’ailleurs que la lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
des sacrements s’est répandue mieux en étant inopinée que si quelque discours Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
l’avait précédée » (i, 2 ; Botte, 108). Nous retrouvons la même idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
que chez Cyrille : les sacrements doivent garder jusqu’au bout leur caractère mystérieux.

La relation Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
des deux ouvrages a posé un problème difficile. Tout le monde est d’accord Wachseinlassen
deixar-acordar
harmonia
harmonie
harmonía
harmony
accord
acordo
concordance
concordância
concórdia
agreement
pour voir dans le De Mysteriis une ouvre de saint Ambroise. En est-il de même pour le De Sacramentis ? Contre l’authenticité, divers arguments ont été apportés : absence d’attribution à Ambroise par les manuscrits, style très inférieur à celui d’Ambroise, différences pour certains rites : la prière euche
prier
oraison
prière
orar
oração
prece
pray
prayer
oración
ad orientent se trouve dans le De Mysteriis, non dans le De Sacramentis ; enfin le De Mysteriis, conformément à la loi de l’arcane, ne divulgue pas les paroles du baptême, de la consécration et du Pater, alors que tout ceci se trouve dans le De Sacramentis. Mais par ailleurs, les ressemblances sont si considérables, que la critique est maintenant unanime à voir dans les deux ouvrages l’ouvre d’Ambroise.

Reste à expliquer les différences. Dom Morin en a donné une explication qui paraît s’imposer. C’est que le De Mysteriis serait une ouvre littéraire destinée par Ambroise à la publication, tandis que le De Sacramentis nous donnerait les notes prises durant la catéchèse par un auditeur. Ceci explique d’abord l’absence d’attribution : il s’agit d’un document conservé pour servir à l’usage ordinaire dans l’Église de Milan. Le style est négligé, parce que nous sommes en présence Anwesenheit
présence
parousia
presença
presence
parusía
de notes qui ont l’allure parlée de l’instruction. La loi de l’arcane n’avait plus de raison d’être observée dès lors qu’il s’agissait de textes à l’usage de l’Église et non destinés à la publication. Enfin la disparition de la prière à l’orient s’explique par le fait que, ce rite étant tombé en désuétude, on l’ait supprimé d’un recueil considéré comme le rituel ordinaire. On peut donc considérer le De Mysteriis comme un abrégé du De Sacramentis à l’usage du public.

Les premiers chapitres traitent du baptême. Ambroise y parle à la fois, à la différence de Cyrille, de la doctrine générale et de la symbolique des rites. Il insiste spécialement sur les figures de l’Ancien Testament. Plusieurs usages particuliers à Milan apparaissent, en particulier celui du lavement des pieds, après le baptême, qu’Ambroise défend contre l’usage romain (De Sacr., ni, 4-7 ; Botte, 73-74). Ce qui concerne la confirmation est assez bref. Les derniers chapitres sont relatifs à l’Eucharistie. Ici encore Ambroise insiste longuement sur les figures, Melchisédech et la manne en particulier. Comme Cyrille il donne un commentaire du Pater. Comme Cyrille encore, il expose avec netteté la réalité de la transsubstantiation. A la fois dogmatiques et mystiques, les deux ouvrages ambrosiens sont du plus haut intérêt pour la théologie du culte chrétien.

Les Homélies catéchétiques, de Théodore de Mopsueste, nous conduisent à Antioche, à peu près à l’époque de saint Ambroise. Mgr Devreesse pense qu’elles ont pu être prononcées en 392. Nous ne les possédons que dans une traduction syriaque, dont la découverte est récente. C’est en 1933 qu’Alfred Mingana en donna une traduction anglaise. Le texte syriaque, accompagné d’une traduction française du R. P. Tonneau, O. P., et d’une introduction de Mgr Devreesse, vient seulement d’être édité.

L’ouvrage commence par dix Homélies qui sont un commentaire du Credo, parallèle aux homélies de Cyrille de Jérusalem. Elles sont un document précieux pour nous faire connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
la théologie de Théodore, ainsi que l’a montré Mgr Devreesse. La onzième homélie porte porte
porta
puerta
gate
door
Sur le Pater. Elle précède les homélies sacramentaires, alors que chez Ambroise le commentaire du Pater les suivait. Puis viennent trois homélies sur le baptême et deux sur la messe, qui constituent la catéchèse mystagogique proprement dite. A la différence de l’usage des églises de Jérusalem et de Milan, l’explication des sacrements paraît avoir été donnée avant leur réception.

La symbolique sacramentaire de Théodore présente plusieurs aspects caractéristiques. Monseigneur Devreesse, dans son Introduction, parle à plusieurs reprises de « typologie ». En réalité ce qui frappe plutôt, si on compare Théodore à saint Cyrille de Jérusalem et surtout à saint Ambroise, c’est l’absence presque complète de toute typologie empruntée à l’Ancien Testament. Il y a toutefois une exception. Si Théodore ignore les figures baptismales du Déluge ou de la traversée de la Mer Rouge, le thème adamique apparaît à plusieurs reprises, en particulier à propos des rites préparatoires : examen Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
, exorcismes, etc... Le parallélisme de la situation d’Adam au jardin et de celle du catéchumène dans le baptistère domine la représentation de Théodore. Mais ceci est une exception. L’ensemble de sa symbolique sacramentaire est fondé sur le parallélisme de la liturgie visible et de la liturgie invisible. Nous sommes dans la ligne de l’Épitre aux Hébreux. On peut bien parler de typologie, mais en précisant qu’il s’agit davantage de la relation des choses visibles aux choses invisibles, que des choses passées aux choses futures, ce qui serait le vrai sens du mot. D’ailleurs Théodore se réfère à l’Épître aux Hébreux dès sa première catéchèse : « Tout sacrement est l’indication en signes et symboles des choses invisibles et ineffables » (XII, 2) et il cite Hebr., VIII, 5 et X, 1. Il développe cela en particulier à propos du sacrifice eucharistique, qui est pour lui participation participation
participação
participación
metoche
métochè
sacramentelle au sacrifice céleste. Et ceci nous amène à remarquer que le platonisme sacramentaire de Théodore est la conséquence même de son littéralisme exégétique. Dès lors qu’il se refuse à voir une correspondance entre les réalités historiques, en rejetant la typologie, il est amen Amen
Amém
Āmēn
Āmyn
é à interpréter la symbolique sacramentaire dans le sens vertical de la correspondance des choses visibles aux choses invisibles.

Cet aspect n’est toutefois pas le seul : symboles des réalités célestes, les sacrements sont aussi pour Théodore une imitation mimesis
imitatio
copie
imitation
cópia
copy
imitación
rituelle des actions historiques du Christ. Nous retrouvons un autre aspect fondamental de la théologie sacramentaire. Elle présente toutefois chez Théodore un caractère spécial. Au lieu de comparer seulement les ensembles, il s’efforce d’établir des correspondances entre les détails des rites et ceux des récits évangéliques : la procession de l’offertoire figure le Christ conduit à sa Passion, les offrandes placées sur l’autel figurent le Christ placé dans son tombeau (XV, 25), les nappes de l’autel sont les linges de l’ensevelissement, les diacres qui entourent l’autel sont la figure des anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
deva
devas
qui gardaient le tombeau (XV, 27). Nous sommes à l’origine d’un type d’interprétation qui connaîtra une trop grande fortune en Orient (on le retrouve chez Nicolas Cabasilas) et en Occident avec Amalaire. Il s’apparente à la typologie matthéenne. Il correspond bien à un des aspects du tempérament de Théodore, son souci Sorge 
souci
cura
preocupação
care
cuidado
merimna
sollicitudo
inquiétude
inquietude
inquietud
unquiet
unquietness
de s’en tenir aux réalités concrètes. Mais on en voit tout l’artificiel. Théodore lui-même se heurte à des absurdités, quand, par exemple, il est gêné pour établir une comparaison entre les diacres qui accompagnent la procession de l’offrande et les soldats romains qui accompagnent Jésus au Golgotha (XV, 25).

La Hiérarchie ecclésiastique du Pseudo-Denys ne nous éloigne pas du domaine syrien. Elle se situe seulement deux siècles plus tard. C’est en effet un des résultats de la découverte des Homélies de Théodore de Mopsueste que de nous permettre de déterminer de façon plus précise le milieu auquel se rattachent les écrits aréopagitiques. On sait les discussions auxquelles la recherche de leur origine à donné lieu. Si personne ne les rattache plus, comme le faisait encore Mgr Darboy, au converti de saint Paul, le P. Pera croyait pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
les rapprocher des écrits des Pères Cappadociens. Déjà pourtant le P. Stiglmayr, s’il avait tort de les attribuer à Sévère d’Antioche, avait bien vu que leur lieu d’origine était la Syrie. Or les rapprochements frappants, aussi bien dans l’ordre des rites que dans celui de leur symbolisme, qui existent entre les Homélies et la Hiérarchie, rendent aujourd’hui cette localisation certaine.

L’ouvre toutefois présente des caractères particuliers. En premier lieu, il ne s’agit pas d’une catéchèse élémentaire, adressée aux catéchumènes, comme celles dont nous avons parlé jusqu’à présent. Dans un passage en effet, après avoir rappelé les rites de la communion, l’auteur écrit : « Et maintenant, bel enfant, après ces images pieusement subordonnées à . la vérité divine de leur modèle, je vais parler pour l’instruction spirituelle des nouveaux initiés » (428 A). Suivent un certain nombre Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
d’explications, puis l’auteur continue : « Mais laissons aux imparfaits ces signes qui, comme je l’ai dit, sont peints magnifiquement sur les murs des sanctuaires ; ils suffiront à nourrir leur contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contemplación
. Pour nous, dans la sainte communion, remontons des effets aux causes » (428 C). Il paraît bien que le Pseudo-Denys distingue une catéchèse élémentaire, dans laquelle il se met à la portée des nouveaux baptisés et qu’il ne fait qu’effleurer en passant, et une théologie plus approfondie destinée à des âmes avancées et qui est proprement son objet.

Un autre caractère de la Hiérarchie est que sa symbolique se rattache à un état plus évolué de la liturgie. Déjà, en ce qui concerne les rites de l’Eucharistie, nous rencontrons des allusions à l’encensement de l’autel, à la procession autour de l’assemblée. Nous sommes dans la liturgie byzantine. Denys insiste longuement sur la confirmation et les saintes huiles, qui tiennent peu de place chez Ambroise ou Théodore. Surtout, après les trois sacrements de l’initiation, il parle de l’ordination sacerdotale, de la consécration des vierges, des rites des fiançailles. Or de tout ceci il n’était nullement question chez les auteurs précédents. Nous ne sommes plus en présence d’une initiation aux nouveaux baptisés pour qui ces allusions n’auraient pas eu de sens. Et par ailleurs l’état de la liturgie est beaucoup plus évolué.

L’orientation Ausrichtung 
orientation
orientación
direccionalidad
Orientierung
symbolique, qui apparaissait déjà chez Théodore, devient très accusée. Non seulement il n’est pas fait allusion aux figures de l’Ancien Testament, mais on y rencontre à peine de rappels du Nouveau. La typologie selon laquelle les sacrements apparaissent comme un moment de l’histoire sainte, préfigurés par l’Ancien Testament et figure du Royaume à venir, fait place à une symbolique mystique mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
, où les réalités sensibles sont l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
des réalités intelligibles intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
. A l’attente eschatologique des premiers siècles a fait place la contemplation du monde céleste. Et l’on comprend dès lors pourquoi l’auteur va chercher tout naturellement chez le néo-platonicien Proclus Proclus
Proclo
Proclos, en grec ancien Πρόκλος (412-485), surnommé "Proclos le Diadoque", philosophe néo-platonicien
les formes d’expression qui exprimeront sa vision du monde.

Les catéchèses mystagogiques sont les documents les plus importants pour la théologie du culte. Elles ne sont pas les seuls. En effet d’une part nous rencontrons dans des ouvrages divers des passages se rapportant à la symbolique sacramentaire. C’est ainsi, pour ne citer que deux exemples, que le De Trinitate, de Didyme l’aveugle, contient un passage sur les figures du baptême et le Traité du saint-Esprit Esprit-Saint
Saint-Esprit
Espírito Santo
Holy Ghost
Holy Spirit
Le Saint-Esprit représente, comme la Vierge, le mystère du divin Amour. [Frithjof Schuon]
, de saint Basile, un commentaire symbolique de tout un ensemble de rites, prière à l’orient, station debout de la prière, etc... Mais surtout les catéchèses mystagogiques ne concernent que les sacrements. Or le culte chrétien contient d’autres rites, qui sont chargés aussi de signification. Tel est en particulier le cycle liturgique des fêtes. Or ici encore nous sommes en possession de précieux documents qui sont les homélies prononcées à l’occasion des principales fêtes de l’année. Il est impossible d’en donner une énumération complète. Nous indiquerons seulement quelques textes.

En ce qui concerne le milieu oriental, un groupe surtout s’impose à notre attention attention
atenção
atención
vigilance
vigilância
, celui des Cappadociens. Nous possédons, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Grégoire de Nysse, des homélies liturgiques qui contiennent des éléments de grande valeur. Du premier il faut surtout citer les Homélies sur la Nativité, sur l’Epiphanie, sur la Pentecôte, sur la Pâque. Celles de Grégoire de Nysse, moins célèbres, sont aussi remarquables. Outre trois Homélies sur Pâque et une sur la Pentecôte, nous avons une brève homélie sur l’Ascension ascensão
ascension
anabasis
, qui apparaît alors comme fête distincte, une sur le Baptême du Christ, une enfin sur Noël. Tous ces textes sont remplis d’interprétations symboliques.

L’occident n’est pas moins riche en ce genre. Nous avons conservé de Zénon Zénon
Zenão
Zeno
Zenón
Zénon d’Élée (490-430 av. J.-C.), philosophe grec présocratique, disciple de Parménide.
, évêque de Vérone, au milieu du IVe siècle, une série de brefs tractatus sur Pâque, qui contiennent des données typologiques. Gaudence, évêque de Brescia au Ve siècle, a laissé aussi une série de Sermons sur le Temps pascal. L’oeuvre de saint Augustin contient plusieurs sermons portant sur les fêtes liturgiques, en particulier sur Pâque et la Pentecôte. Enfin, pour ne citer que les noms les plus importants, nous avons de saint Léon le Grand, une collection d’homélies qui commentent l’ensemble de l’année liturgique.

A côté des homélies, et seulement en ce qui concerne le temps pascal, nous avons à consulter aussi les Lettres festives que les évêques d’Alexandrie Alexandrie
Alexandria
L’École d’Alexandrie désigne le mouvement platonicien qui a fleuri à Alexandrie entre le IVe et le VIIe siècles apr. J.-C., dont l’initiateur avait été Ammonius Saccas, le maître de Plotin. (d’après Y. Lafrance)
avaient l’habitude d’envoyer à leurs ouailles au début du Carême et qui sont la forme primitive des mandements. Les plus anciennes sont celles de saint Athanase. Il en existe aussi un recueil de saint Cyrille d’Alexandrie.

Ce bref résumé peut nous donner une idée des sources principales de la symbolique liturgique dans les premiers siècles chrétiens. Il atteste aussi la place importante que tient cet enseignement mystagogique, aussi bien dans la catéchèse que dans la prédication. C’est qu’en effet la vie du christianisme ancien est centrée autour du culte. Celui-ci n’est pas considéré seulement comme un ensemble de rites destinés à sanctifier la vie profane. Les sacrements apparaissent comme les événements essentiels de l’existence chrétienne et de l’existence tout court, comme le prolongement des grandes ouvres de Dieu, dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau. En eux s’inaugure une création Création
Criação
criação
creation
creación
nouvelle qui introduit déjà le chrétien dans le Royaume de Dieu.


Voir en ligne : Sophia Perennis

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