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La Bible, document chiffré

Raymond Abellio : Les Sephiroth - Introduction

Tome II : Les Sephiroth et les 5 premiers versets de la Genèse

jeudi 16 décembre 2010

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Raymond Abellio, La Bible, document chiffré

Tome II : Les Sephiroth et les 5 premiers versets de la Genèse genèse
genesis
génesis

INTRODUCTION

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

L’ouvrage que nous présentons constitue la deuxième partie de notre étude d’ensemble sur la Bible, document chiffré. La connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jnāna
jnana
du tome I, intitulé Clefs générales, est indispensable pour la lecture de cette seconde partie. Nous nous reporterons d’ailleurs fréquemment à cette étude antérieure, que nous désignerons sous le sigle CG.

Cette fois encore, nous avons cherché davantage à vérifier et à étendre l’emploi des clefs proposées qu’à bâtir un système. Il est bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
certain cependant que la science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
numérale n’est rien tant qu’elle n’éclaire pas une métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
, une ontologie et une cosmologie Kosmologie
cosmologie
cosmologia
cosmología
cosmology
cosmo
cosmos
kosmos
. Des théories comme celle de la gravitation des trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
personnes divines ou celle de l’incarnation incarnation
sárkosis
encarnação
encarnación
achevée constituent, dans ce second ouvrage, un premier essai d’exploration de ces superstructures. De même ce que nous disons sur la contiguïté et la fusion des extrêmes, l’asymétrie énantiomorphique de la Trinité et la fermeture du cycle théogonique. Mais nous présentons ces théories comme des hypothèses de travail travail
travaux
tâche
labeur
trabalho
labor
trabajo
tarefa
task
, et pas davantage, car malgré l’importance que nous devons et voulons accorder aux simples simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
relevés mathématiques et génétiques, toute étude de ce genre qui ne s’accompagnerait pas, à chaque étape, d’un minimum de réflexion métaphysique, même aventurée, serait d’intérêt spirituel négligeable.

Indépendamment des développements a priori qu’appelle inévitablement, au stade où nous sommes encore, un pareil travail, j’ai pris comme support trois textes traditionnels :

- d’abord des fragments de l’Idra Rabba Kadisha, extraits du Zohar Zohar
Sepher ha-Zohar
Séfer ha-Zohar
Sefer ha-Zohar
Livro do Esplendor
.

- ensuite le début du Siphra di-Tzéniutha ou Livre occulte, également extrait du Zohar.

Ces deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
textes sont, le second notamment, parmi les plus anciens de la Kabbale Kabbale
Cabala
Cábala
Kabbalah
Qabbala
Qabale
.

- enfin les cinq premiers versets de la Genèse genèse
genesis
génesis
, ouvrant ainsi l’étude de la Bible proprement dite.

L’extraordinaire accumulation des indices que fournit une étude même rapide de ces textes, fera naître, je le sais, des sentiments Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
bhava
contradictoires : d’abord un sentiment de certitude Gewißheit
Gewissheit
certitude
certeza
certainty
certus
— les clefs sont bonnes, incontestablement. Ensuite une déception : Nous avons beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
trouvé certains fils fils
filho
conducteurs de première importance qui relient l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
à l’autre, infailliblement, tous les mots Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
du texte, les stiques des versets et les versets entre eux, notre propre rythme vital a beau se trouver engagé et se reconnaître dans ces pulsations qui font osciller et avancer le texte, il y a trop de confirmations. Nous ne sommes plus en présence Anwesenheit
présence
parousia
presença
presence
parusía
d’un manque mais d’un excès d’éléments. La Bible nous offre un écheveau de faits, de rencontres, de coïncidences, de rappels, aussi touffu qu’aux premiers expérimentateurs du XVIe siècle la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
et avancer devient impossible si l’on se contente de répertorier des nombres Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
sans les rassembler en lois. Enfin le fatras allégorique allégorie
allégorique
alegoria
alegórico
allegory
du Zohar avec ses répétitions, ses retours, son insistance, ses interpolations, ajoute si bien à cette impression expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
désagréable que le besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
d’une synthèse immédiate s’impose à l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
.

Il n’est pas sûr qu’une étude purement analytique atteigne ici son but, le contraire est même très probable. Jamais n’apparut avec plus de force cette idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
que le tout Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
commande la partie, et que la connaissance du détail n’est concevable qu’en train de s’ordonner à une connaissance d’ensemble perpétuellement reportée dans l’avenir, et prenant sur toute connaissance partielle une hypothèque jamais levée. Le microcosme a beau répéter le macrocosme, le local contenir le global, les propriétés induites et les relations qu’un être, fût-il un nombre, soutient avec le milieu ambiant, se ramener à des propriétés intrinsèques et des caractères inhérents à l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
lui-même, il est désormais établi qu’un haut degré de pénétration mathématique Mathematik
mathématique
matemática
mathematics
dans le détail ne peut pas garantir une pleine découverte. Déjà les mathématiciens savent que la réduction des propriétés de situation aux propriétés de structure Struktur
structure
estrutura
struktural
structural
estrutural
, c’est-à-dire des propriétés extrinsèques aux propriétés intrinsèques, ne pourra jamais être achevée [1]. Si la topologie par exemple ne peut se développer qu’en donnant raison à Leibniz, c’est-à-dire en réduisant la structure d’ensemble des monades à la loi du devenir interne d’une seule d’entre elles, il n’en demeure pas moins que cette même topologie rencontre constamment des faits qui donnent raison à Kant Kant Emmanuel Kant (Immanuel en allemand), philosophe allemand , et par delà Kant aux platoniciens, en ce sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
que certaines propriétés des corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
ne se laissent pas décrire en termes de relations mutuelles dans une structure qui ne serait propre qu’à ces corps, mais s’inscrivent dans un système de références privilégié et universel comme celui qu’établissent dans l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
les distinctions fondamentales de la droite droite
direita
right
et de la gauche gauche
esquerda
izquierda
left
, du haut et du bas, etc. Ainsi la démarche de la science reste analytique dans un cadre qui échappe à l’analyse, non pour la rebuter mais pour l’obliger à avancer encore. C’est le même problème qu’a rencontré Husserl Husserl Edmund Husserl (1859 - 1938), philosophe allemand, fondateur de la phénoménologie transcendantale en poussant la phénoménologie phénoménologie
fenomenologia
phenomenology
jusqu’à cette réduction où la contradiction éclate et où l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
sent en elle-même quelque chose de plus qu’elle-même. Restons dans le cadre de notre étude. Des problèmes comme ceux de la création Création
Criação
criação
creation
creación
ex-nihilo et de la gravitation des nombres à l’intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
des cycles, même s’ils arrivent à prendre une formulation mathématique précise, relèvent finalement d’une conception begreifen 
concevoir
conceber
Begriff
conceito
concept
conception
concepção
concepción
métaphysique d’ensemble, et dont il reste même à savoir Wissen
saber
savoir
si elle est de nature discursive ou illuminative. Autre exemple : Nous avons introduit la notion d’équivalence. En tant que concept mathématique, elle n’a ici aucune rigueur. Comment pourrait-on dire, mathématiquement parlant, qu’un nombre et son retournement, par exemple, sont « équivalents » : 26 et 62, 127 et 721 ? Il ne peut s’agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
que d’un concept d’approche, et tout notre effort doit être d’y introduire cette rigueur encore absente. Mais même si nous y arrivons et si un tel problème met en cause causa
cause
aitia
aitía
aition
une catégorie proprement mathématique — l’élucidation de la fonction Funktion
fonction
função
function
función
du 9 en tant que facteur de périodicité, — il ressortit d’évidence evidência
évidence
evidence
evidente
evidencia
evident
et avant tout à l’interprétation métaphysique, et même cette interprétation finira pas achopper aux limites de la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
claire. Il ne suffit pas de noter de nouvelles catégories Kategorien
catégories
categorias
categorías
categories
kategoriai
phénoménologiques pour atteindre le cour des choses, même si cette démarche est indispensable. Précisons notre pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
 : en matière matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
de science numérale sacrée, deux voies s’offrent, toutes deux analytiques, et qui ne s’excluent nullement : celle d’une recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
mathématique pure finalement indépendante du support zoharique et biblique et s’appliquant à l’étude de l’ensemble infini Unendlichkeit
unendlich
Infinito
Infini
Infinite
Infinité
constitué par les valeurs Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
secrètes des nombres, à la détermination des règles générales qui commandent les structures et les changements de structures dans les groupes numéraux et les cycles, enfin à l’exploration du transfini ; — et celle d’une analyse littérale de plus en plus accrochée aux détails les plus infimes des textes, mais cherchant toujours à découvrir sous la traduction démotique ou vulgaire, et d’une façon plus ou moins hasardeuse, le prolongement ontologique et cosmologique. Que la première soit plus noble que la seconde, si celle-ci se contente d’un simple épouillage exégétique, cela va de soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
 : C’est la première qui est conforme au génie occidental, qui est de retrouver la Tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
, de l’expliciter, et de lui donner sa nouvelle forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
à la pointe des acquis de la connaissance claire, au moyen d’un langage Sprache
língua
langue
lengua
linguagem
language
langage
lenguaje
mathématique universel, et finalement en pleine objectivité subjectivité
objectivité
subjetividade
objetividade
subjectividad
objectividad
subjectivity
objectivity
Subjektivität
Objektivität
et absolue rigueur. Et ce sont d’ailleurs les mathématiciens et non pas les exégètes qui provoqueront la révolution métaphysique, personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
ne peut plus en douter depuis cinquante ans. Aujourd’hui, cette convergence des deux analyses n’est pas un fait acquis, mais probable. Cependant la Bible ne serait pas un livre sacré si sa compréhension n’exigeait pas, même sur ses lisières, la mise en jeu jeu
jogo
juego
play
lila
lîlâ
game
de certaines forces particulières, de nature synthétique, qu’on est accoutumé d’appeler non seulement intuitives mais illuminatives. Il reste bien entendu qu’à l’instant parfait de la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
l’illumination parfaite se confond avec la pleine conscience analytique, mais ce n’est que le fruit de la fin : une suprême réussite. D’ici là, l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
est pris dans sa propre contradiction vitale, qui est d’ailleurs le secret de son dynamisme, il est enfermé dans cette perpétuelle oscillation entre vertige et conscience où tous ses pouvoirs se dressent et où leur antagonisme même les exerce et les multiplie. Les résultats qu’une telle tension permet de dégager à un instant donné sont forcément aussi imparfaits et provisoires que l’état de l’homme lui-même à cet instant. Provisoires, révisables, plus ou moins communicables, toujours perfectibles.

Il est par conséquent indispensable que si les mathématiciens acceptent de voir dans la Bible un terrain d’exercice mathématique, ils acceptent aussi de reconnaître qu’elle est bien davantage : le support d’une expérience spirituelle. Les progrès actuels que la technique techne
tékhnê
technique
técnica
ne cesse de provoquer dans le maniement des nombres et notamment le perfectionnement récent des machines à calculer et à intégrer qui mettent en jeu, sans le savoir, les deux problèmes les plus occultes de l’arith-mosophie, à savoir les propriétés de périodicité inhérentes au nombre 9 et le problème des rapports du zéro et du un au sein de la numération binaire considérée comme numération universelle et primordiale, ces progrès sont le garant que les mathématiciens, lorsqu’ils s’y intéresseront, feront faire tout de suite un pas en avant décisif à la génétique biblique. Il devient pour nous presque certain que tout nombre, pour livrer son sens métaphysique et se situer au sein d’une structure, doit être d’abord traduit dans la numération binaire, qui rend le mieux compte des rapports du Même et de l’Autre, au sens platonicien, ou bien de l’Être et du Néant Nichts
néant
nada
nothing
VOIRE vide
. Une fois cette traduction effectuée, il restera à faire marcher du même pas la génétique et l’interprétation métaphysique, qui ne peut pas, elle, se contenter de recettes techniques. Mais l’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
de l’homme ne pose que les problèmes qu’elle peut résoudre. La métaphysique, l’ontologie et la cosmologie avanceront aussi : la fusion viendra. A lui seul le premier verset de la Genèse propose déjà entre ses sept sept
sete
seven
siete
nombres des centaines de relations. Si la capacité d’organisation des mathématiciens cybernétistes se consacrait à la mise en ordre de cet apparent chaos, nul doute que le terrain serait ensuite plus facile. Il faut souhaiter ce rapprochement, cette collaboration des disciplines, et l’on verra alors, puisque les extrêmes se touchent partout, que la superspécialisation des modernes était une étape nécessaire pour l’abolition finale de la spécialisation.

Faisons encore deux remarques :

Il m’a bien fallu, dans une matière aussi neuve, utiliser une terminologie particulière qui risque de se révéler inadéquate à un stade plus avancé de la connaissance. La juste désignation des choses ne peut jamais être antérieure à leur pleine compréhension. Pour désigner certaines gravitations ou certains cycles, je parle par exemple de « complexes énantiomorphes ». Il va de soi que ces « complexes » ne sont pas ceux dont s’occupe la topologie et auxquels se rapportent, en mathématiques, les nombres de Betti et le théorème de dualité d’Alexander. Qui peut dire cependant où se situe la frontière entre science sacrée et science profane ? Elle s’effacera un jour. Aussi, d’une façon plus générale, souhaiterai-je qu’un certain matérialisme (qui ne rend pas infirmes les seuls athées) cesse d’être l’attitude normale du savant. Le nombre synthétique de la genèse deux + Terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
se trouve être le nombre 48. Voilà un fait tiré de la science numérale. En voici un second : le premier mot de la même Genèse, qui est aussi le premier mot de la Bible, le fameux Bereschith (Dans le principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
), vaut 685, qui est égal à 137 X 5. Si nous essayons de signaler (sans arrière-pensée dogmatique, bien entendu) que le nombre 48 est aussi celui des chromosomes de la cellule humaine, et que le nombre 137, constamment rencontré dans la Bible, est aussi la constante cosmique d’Eddington, un des nombres importants de la haute physique moderne, ces rapprochements ne susciteront que sourires ou hostilité colère
orge
rancoeur
hostilité
animosité
inimitié
méchanceté
. Il nous faut bien les faire quand même, à tout hasard. Ce risque doit être pris, et il est faible : il n’engage en tout cas nullement une attitude spirituelle ou scientifique particulière. A moins de se confiner dans une phénoménologie dont je ne compte pas du tout nier l’actuel caractère révolutionnaire et contester les acquis définitifs, mais qui serait alors mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
comprise, il faudra reconnaître qu’on ne peut plus mener séparément métaphysique et mathématiques et qu’à chaque instant leur fusion doit être illuminative. Lautman et Cavaillès, pour ne parler que des morts, ont amorcé cette réconciliation. Reste à savoir si cette synthèse n’est pas déjà présente dans les textes sacrés, et si justement ils ne sont pas sacrés parce qu’ils la contiennent.


Il est généralement admis aujourd’hui qu’une période de restitution et de désoccultation des anciens textes est en train de s’ouvrir, en corrélation avec l’enrichissement constaté justement à l’autre pôle de la connaissance, c’est-à-dire dans les sciences profanes, et notamment en mathématiques. Le bouleversement des théories de la connaissance que provoque l’importance prise en mathématiques par la notion de structure trouve son corrélatif dans la transformation transformation
transformação
transformación
mutation
mutação
mutación
Wandlung
Überführung
transformateur
transfiguration
transfiguração
transfiguración
profonde de la science ou de la mystique mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
des nombres, cette hésitation dans le vocabulaire étant d’ailleurs significative à la fois des prétentions et de l’incertitude de cette « science ».

Aujourd’hui on ne dit pas grand’chose lorsqu’on déclare que tout nombre est un idéogramme, c’est-à-dire le support symbolique ou l’évocateur synthétique de plusieurs sens superposés. Un tel langage met même l’accent sur le caractère monadique du nombre, sa nature d’univers Univers
Universo
Universe
clos, sa spécificité. Or, aujourd’hui, partout, le point le point
ponto
punto
center
centro
de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
global dépasse en compréhension le point de vue local, ce qu’on peut exprimer en disant que la structure efface l’objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
. Un nombre doit nous apparaître bien plus comme un point de rencontre, d’ouverture ou de fermeture de cycles extrinsèques que comme un noud statique ne jouissant que de propriétés inhérentes, bien qu’un monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
de purs rapports soit finalement impensable. Tel est le paradoxe de l’idée-nombre : le problème de l’unicité du nombre se pose sur le champ d’une globalité qui la nie, de même que la conscience de chaque homme se tient en pleine autonomie Selbständigkeit
autonomie
estar-em-si-mesmo
self-constancy
autonomia
sur le champ indistinct de la conscience cosmique.

Rappelons ici quelques exemples fondamentaux :

Le nombre 111, en tant qu’opérateur de quantité, nous apparaît, en numération décimale, comme le total de cent-onze unités interchangeables. Au contraire, en tant que caractéristique de structure, il exprime la juxtaposition synthétique (mais insécable) de la tri-unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
primordiale dans son statisme. Et ses clivages sont alors 1-1-1 et 1-11, qui sont également interprétables en termes ontologiques ou métaphysiques : le premier clivage équilibre le triangle, le deuxième le déséquilibre et re-crée un haut et un bas, ou bien une droite et une gauche.

Le peu qui nous est parvenu du fonds traditionnel n’est justement valable que dans la mesure où il se réfère à des structures. On connaît la célèbre chaîne des doubles et des triples du Timée, où Platon Platon
Plato
Platão
Platón
Platon (en grec ancien Πλάτων) (427-348 aC)
enferme tous les rapports cosmiques. Cette chaîne s’écrit :

1 - 2 - 3 - 4 - 9 - 8 - 27

On sait aussi que traditionnellement les diverses cosmogonies des anciens peuples révèlent leur communauté d’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
en se fondant toutes sur une série de rapports : entre le ternaire et le quaternaire, le sénaire et le septénaire, le novénaire et le dénaire, et même le rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
encore plus difficilement interprétable entre l’octonaire et le novénaire. Les rapports du ternaire au quaternaire sont ceux du triangle au carré carré
quadrado
square
, de l’Esprit à la Matière, de l’invisible au visible. Les rapports du sénaire au septénaire sont ceux de la création accomplie dans le temps Zeit
le temps
o tempo
the time
el tiempo
chronos
kala
et parvenue à son état ultime d’organisation et de multiplicité spécifique à la création accomplie hors du temps et rentrée dans le repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
passividade
doçura
quietude
quiescence
recueillement
recolhimento
apaisement
hesychia
śānta
Śamah
divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
. Le sénaire exprime le dynamisme maximum, le paroxysme existentiel, le pour-soi. Le septénaire marque le retour au statisme intemporel, à l’indétermination essentielle au sein de l’Être absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
ou du Non-Être Nichtsein
non-être
não-ser
non-being
not-being
non-ser
non ser
me on
, la disparition dans l’en-soi. Mais tandis que ces rapports se situent dans l’archétype, ceux du novénaire et du dénaire prennent place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
dans une involution plus avancée et même terminale. Ce sont les rapports du Fils incarné et du Père, lorsque le Fils rentre dans le sein de l’Absolu. Le neuf est un facteur convertible universel entre l’existence et l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
et son ambivalence est fondamentale : il marque, dans le Fils, la suprême spécification, la pleine individualité, et annonce pourtant, dans sa néantisation par le dix, la plus intime participation participation
participação
participación
metoche
métochè
au Soi global.

Dans le premier tome de mon travail j’ai montré comment le septénaire platonicien du Timée, qui contient six intervalles, exprime la dialectique dialectique
dialegesthai
dialegein
dialética
dialéctica
dialectic
existentielle du retour à l’essence par le jeu des rapports réciproques et involuants du pour-soi et du pour-autrui. Ainsi les structures prennent-elles entre autres un sens ontologique. Dans cette même chaîne, le bouclage final et extra-mondain du 1 initial et du 27 final exprime l’octave, principe du recommencement sur un autre plan de manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
. J’ai d’ailleurs également signalé que toute jonction d’un nombre avec l’unité annonce une incarnation et toute séparation discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
une émanation emanação
émanation
emanación
emanation
. Ici l’incarnation recommencée s’exprime par l’apparition Erscheinung
apparition
manifestação
aparecimento
apariencia
appearance
Erscheinende
aparição
du nombre 28, valeur secrète de 7. Dans l’état intermédiaire et intemporel du bouclage proprement dit 1-27, nous obtenons un complexe résumant la totalité de l’Être à la fois en-soi et pour-soi, mais c’est un être brisé dont on ne peut dire ni qu’il existe, ni qu’il n’existe pas. Il implique ce que Sartre appelle un néant d’extériorité et il n’a de sens que considéré comme mode divin inconcevable en termes phénoméniques : c’est le complexe de la théogenèse, de la gravitation intérieure de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, de la sortie de l’Ungrund. En utilisant des clefs guématriques nouvelles, j’ai montré que le mot hébreu bara, qui est le deuxième mot de la Genèse et signifie créa tout en étant le moteur du Bereschith, vaut également 127. A titre de nombre brut, 127 nous renseigne mal : il faut le cliver selon 1-27. Les gravitations de ce complexe, c’est-à-dire les rapports en son sein du 1 et du 27 constituent d’ailleurs la trame de tout le début de la Genèse et probablement de celle-ci dans sa totalité. Rien que dans les cinq premiers versets, des dizaines de relations apparaissent comme des variations sur ce schéma. Le mystère mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
de la numération décimale veut que les nombres bruts in et 127 interviennent aussi d’une façon systématique par d’autres clivages posant ainsi comme en topologie le problème de la monade ou de l’opérateur quantitatif indépendamment des structures universelles, sans d’ailleurs qu’il soit jamais possible de réduire la structure d’ensemble des monades à la loi du devenir interne d’une seule d’entre elles. Ainsi le double caractère quantitatif et qualitatif du nombre pose-t-il le problème le plus mystérieux, celui de la synthèse vivante la plus difficilement réductible en concepts.

Ce deuxième tome de notre ouvrage comprend deux parties : la première consacrée à l’étude des séphiroth de la Kabbale, la deuxième aux cinq premiers versets de la Genèse. Nous y apportons deux nouvelles clefs qui s’ajoutent ainsi aux trois déjà fournies dans le tome I. Ce sont les clefs Solve et Coagula et Ajoutez et Multipliez, modes opératoires particuliers mais d’emploi constant sur les parties affinitives des valeurs secrètes. On remarquera que la troisième clef qui concerne la transmutation des éléments (tome I, ch. iv) n’est qu’un cas particulier de solve et coagula appliqué au groupement des lettres-mères. L’importance de ces dernières nous justifie d’examiner à part le problème qu’elles posent.

Dans le présent volume, nous poursuivons l’étude des deux nombres fondamentaux de la Genèse qui sont, on le sait, 29 et 38, respectivement principe de la vie Leben
vie
vida
life
zoe
christico-terrestre et de la vie intermédiaire (céleste ou cosmique). Mais nous y retrouvons aussi, et d’une manière qui apparaîtra de plus en plus systématique, le nombre 37, que nous avons appelé le nombre générateur, valeur des mots je suis (Ehïeh), dont le Zohar enseigne le caractère éminent. Ce nombre est l’incarnation de 1-27.

Mais une importante nouveauté de l’ouvrage réside dans l’apparition des nombres 47 ou 74 directement émanés de la valeur secrète de 38, qui est 741. Qu’est-ce que 74 ? C’est la duplication de 37, c’est-à-dire, au sein du ternaire fondamental 3 x 37 = m qui représente la Tri-unité statique la plus haute, le groupement particulier de deux personnes sur trois. Nous verrons que ce groupement joue un rôle considérable dans des domaines apparemment fort divers et bien que nous soyons encore sur la lisière d’une immense terre inconnue, nous n’hésiterons pas à proposer un embryon de système. Tout se passe comme si les deux personnes « inférieures » de la Trinité, ën se séparant de la première demeurée statique, se mettaient à graviter ensemble, et c’est cette gravitation qui crée la manifestation. Il nous semble dès maintenant acquis que le passage de la génétique à la symbolique des nombres ne pourra s’effectuer que par le moyen de cette théorie des trois personnes, qui est basée sur l’étude du complexe triangulaire 37 x 3. Nous retrouverons partout les nombres 74 et 47. C’est le complexe 37 x 2 qui anime la Schékinah, Présence réelle de Dieu dans les mondes inférieurs, ainsi que Malcouth, dernière séphirah, qui est le symbole symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
de la Mère mère
mãe
mother
madre
d’en bas, de la Vierge vierge
virginité
parthenía
parthenos
-Fiancée ou de l’Épouse du Cantique, la Vierge noire des diverses traditions. Les nombres bruts de la Schékinah et de Malcouth nous renseignent peu sur la nature profonde de ces entités. Mais l’un comme l’autre sont animés par 37 x 2 et facilement réductibles à ce couple. Ainsi se vérifie l’enseignement du Zohar qui voit dans Malcouth la figure de la Schékinah d’en bas. Mais c’est ce même couple qui, directement, est présent dans le tohu va-bohu, l’Abîme et la Nuit tenèbre
ténèbres
nuit
trevas
escuridão
darkness
noite
night
noche
des premiers versets de la Bible. Il apparaît ainsi, non seulement pour caractériser le pôle inférieur de la manifestation mais la dualité qui habite ce pôle et lui confère son caractère dynamique, écartèle la matière dans son ambivalence, et finalement s’associe dans le sens perpendiculaire à l’axe polaire Haut-Bas, pour crucifier l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
universelle sur le corps du monde. Cependant l’axe Haut-Bas est aussi l’axe Dieu-Homme. Une des plus solides confirmations métaphysiques de notre symbolisme cosmologique est apporté alors par le calcul du nombre d’Ha-Adam Adam
Adão
Adán
, l’homme universel, qui se trouve lui aussi égal à 47, retournement du nombre 74. Ainsi l’homme prend son sens ambigu, à la fois dans cette parenté glorieuse avec la Schékinah et cette compromettante connaturalité avec la Nuit. Mais le Jour qui vaut 57 sort de la Nuit justement par une incarnation qui fait passer 74 à l’état de 75 et un renversement épigénétique qui porte porte
porta
puerta
gate
door
l’homme de l’état de 47 (Mem final = 30) à l’état de 57 (Mem final — 40). Ainsi les temps sont-ils accomplis. A l’origine comme à la fin nous trouvons indistinctement le nombre 57 qui est la valeur de Ain (Néant) premier mot de l’Ain-Soph, mais aussi celle de Ani (Moi), affirmation de l’individu réunifié.

Il restera à savoir comment au sein du nombre 38, principe de la vie céleste ou cosmique et valeur du mot haïa. (être vivant) s’opèrent ces gravitations. Nous savons que vs 38 = 741. L’unité qui prépare l’incarnation finale au sein de 74 est donc déjà présente de façon immanente dans le sein de 38. Cependant nous savons aussi qu’il est équivalent de poser 74 = 37 x 2 et de poser 38 (CG, page 201). Ainsi, par le paradoxe de l’immanence immanence
imanência
inmanencia
immanent
imanente
inmanente
immanent
-transcendance, cette unité complémentaire qu’appellent le nombre de la Nuit et le nombre de l’Homme est-elle depuis toujours présente en eux tout en leur étant étrangère. Il restera à savoir comment s’opère Cette gravitation 47 <> 1 et comment le nombre synthétique 48 en rend compte, ainsi que de gravitations plus complexes. Peut-être le rapprochement avec la formule chromosomique de l’homme et ses différents jeux internes lors des générations de mâles et de femelles apparaîtra-t-elle alors comme beaucoup moins arbitraire, et on s’apercevra que les clivages-clefs de 48 selon la science numérale sont aussi les clivages-clefs dans la répartition des chromosomes ordinaires et des chromosomes sexuels.

Septembre 1949.

Cet ouvrage était terminé lorsque nous avons pu prendre connaissance du livre posthume de P. D. Ouspensky Ouspensky Piotr Demianovitch Ouspenski (1878-1947), philosophe russe et disciple de Gurdjieff , Fragments d’un enseignement inconnu (Stock, Paris 1950), qui résume l’enseignement du maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
caucasien G. Gurdjieff Gurdjieff Georges Ivanovitch Gurdjieff (1866 ? - 1949). récemment décédé à Paris. G. Gurdjieff n’a pas révélé les sources de sa connaissance, et, dans le travail d’Ouspensky, il n’est pas question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
d’exégèse biblique. Toutefois, l’application de ce qu’ils appellent la loi des Trois Forces (active, passive et neutralisante) sur la chaîne d’involution dont la Terre fait partie, et qui comprend successivement l’Absolu, Tous les mondes, Tous les soleils, le soleil, Toutes les planètes, la terre et la lune Lune
lua
luna
moon
(c’est un septénaire calqué sur l’algorithme général) les conduit à soumettre la terre à 48 forces. Le nombre 48 apparaît ici aussi comme caractéristique d’un certain état synthétique appelé Terre (qui ne comprend pas seulement la vie physique de la terre mais sa vie organique). On étudiera cette concordance Wachseinlassen
deixar-acordar
harmonia
harmonie
harmonía
harmony
accord
acordo
concordance
concordância
concórdia
agreement
et on la situera dans le cadre du septénaire platonicien et de la loi d’octave où s’inscrit toute l’involution.


Voir en ligne : Sophia Perennis


[1A. Lautman : Essai sur les Notions de structure et d’existence en mathématiques. Ch. II (Hermann éd., 1938).