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LES PUISSANCES DU MOI

Lavelle : Le moi, être conscient

Livre I LA PUISSANCE DE CONNAÎTRE

mardi 9 août 2011

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Il n’y a pas de mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
qui soit pour nous plus mystérieux ni plus émouvant que le mot conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
. Nous l’employons tour à tour pour désigner cette lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
qui nous rend présent à nous-même et au monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
et aussi, en face d’une action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
que nous venons de faire ou que nous allons faire, ce sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
bhava
qu’elle est bonne ou qu’elle est mauvaise, en rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
avec un ordre qu’elle ne peut que respecter ou violer.

Mais la conscience sans laquelle nous ne pouvons rien connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
, ni la réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
, ni le bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
, semble se dérober elle-même à la connaissance. Peut-on parler d’une conscience de la conscience ? Et cette expression ne présente-t-elle pas une sorte de contradiction ? Car la conscience dont on a conscience devient alors une chose parmi beaucoup d’autres et perd tous les caractères qui la distinguent et qui l’authentifient. Et la conscience qui a conscience redouble son mystère mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
quand elle applique son opération à elle-même, et non plus à un objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
différent d’elle et qu’elle appréhende.

C’est vers l’objet, en effet, que la conscience tourne naturellement son activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
. Et elle se scinde alors en deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
grandes fonctions qui sont l’entendement et le vouloir : le propre de l’entendement, c’est d’appréhender, soit dans la perception Wahrnehmung 
Vernehmen
perception
percepção
percepción
, soit dans l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
,[8] un objet présent qui retient et qui capte toute son attention attention
atenção
atención
vigilance
vigilância
et dans lequel son acte acte
puissance
energeia
dynamis
même s’efface et s’abolit ; et le propre du vouloir, c’est de tendre, comme le désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
concupiscence
convoitise
, vers un objet absent qui, lorsque nous le possédons, occupe toute notre conscience et anéantit son indépendance. C’est seulement lorsqu’il nous manque que la conscience se révèle à nous, dans un sentiment de privation que la souffrance douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
accompagne toujours. De là sans doute ce pessimisme de tant de penseurs pour qui la conscience naît de notre insuffisance et de notre malheur et se trouve condamnée à périr dès que cette insuffisance se comble et que ce malheur se répare. Mais dans une telle conception begreifen 
concevoir
conceber
Begriff
conceito
concept
conception
concepção
concepción
, la conscience se nourrit encore de la pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
de cet objet qu’elle poursuit et qui se dérobe à elle ; même alors elle se fuit elle-même vers cet objet qu’elle n’a pas. On la voit qui s’abîme en lui aussi bien quand elle le convoite que quand elle le possède.

Cependant, l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
même de cette misère à laquelle on veut la réduire, c’est peut-être qu’en cherchant un objet dans lequel elle puisse s’anéantir, elle s’oublie elle-même, s’éloigne toujours davantage de sa source et tend à ruiner ainsi l’intimité de sa propre opération. C’est que l’objet est son instrument et non pas son but : en se subordonnant à lui, elle se matérialise. En le subordonnant à elle, elle le spiritualise. Elle lui donne un sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
que par lui-même il n’avait pas ; au lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de perdre en lui le sens qu’elle-même a toujours. Aussi ne faut-il pas s’étonner que le caractère propre de la philosophie Philosophie
philosophy
filosofia
filosofía
φιλοσοφία
philosophia
, ce soit précisément de résister à cet élan naturel par lequel la spontanéité spontanéité
espontaneidade
spontaneity
espontaneidad
nous emporte toujours vers l’objet, afin de retrouver par une réflexion sur soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
la conscience à l’état naissant, de nous rendre attentif à son pur exercice et d’en régler le cours. D’une manière générale, toutes les sciences théoriques, toutes les recherches pratiques praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
ont l’objet pour unique préoccupation. Mais c’est le propre de la [9] philosophie de se désintéresser de l’objet et de chercher à pénétrer l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
même de cette conscience sans laquelle l’objet ne serait rien pour nous et serait aussi incapable d’être représenté que d’être désiré.

Ce qui fait que nous donnons à la conscience une valeur Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
suprême, c’est que, si elle vient à disparaître, le moi ego
egoísmo
egoism
egoisme
le moi
le mien
« Je »
et le monde disparaissent également à nos yeux. Il n’y a d’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
, il n’y a de signification que par rapport à elle. Dès qu’elle commence à fléchir ou à s’obscurcir, comme dans la distraction ou dans la rêverie, il nous semble à la fois que l’univers Univers
Universo
Universe
s’éloigne de nous et que notre moi l’abandonne.


Voir en ligne : Les classiques des sciences sociales

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