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Origène et la philosophie

Crouzel : QU’Y A-T-IL DE COMMUN ENTRE ABIMÉLECH ET ISAAC ? (II)

Divisions de la philosophie.

lundi 17 juin 2013, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait do Chapitre I d’ « Origène et la philosophie », par Henri Crouzel. Aubier, 1962

Abimélech et ses deux officiers, Ochozath et Phicol, représentent respectivement la logique ou philosophie rationnelle, la physique ou philosophie naturelle, l’éthique ou philosophie morale :

La philosophie rationnelle est celle qui confesse Dieu Père de l’univers, et qu’est Abimélech. La philosophie naturelle est celle qui est fixe et tient toutes choses, comme si elle s’appuyait sur les forces de la nature elle-même : elle est professée par Ochozath, qui signifie : Celui qui tient. La philosophie morale est celle qui est dans la bouche de tous, qui concerne tout le monde... à la manière des préceptes généraux : Phicol la représente qu’on peut interpréter : Bouche de tous.

La logique semble désigner ici à peu près notre métaphysique. Ce texte indique les divisions de la philosophie qu’Origène trouve autour de lui. En effet Abimélech et ses officiers « représentent à mon avis toute la philosophie qui est divisée chez eux (les philosophes) en trois parties, logique, physique et éthique ».

Légèrement différentes sont les divisions qu’Origène donne à la « divine philosophie » du Christianisme. A l’éthique et à la physique le Commentaire du Cantique ajoute l’énoptique que Rufin traduit par inspectiva. La logique ou philosophie rationnelle est citée en quatrième lieu d’après certains.

D’autres ne considèrent pas cette discipline séparément ; mais ils la disent étroitement liée aux trois précédentes et s’insérant dans tout le corps des doctrines. Cette logique ou philosophie rationnelle comprend les manières de parler, les termes propres et impropres, elle enseigne les espèces et les genres, ainsi que les figures des différents modes de langage : on ne peut la séparer des autres, car elle leur est intérieure. La morale nous prépare des mœurs honnêtes et des habitudes qui favorisent la vertu La philosophie naturelle discute la nature de chaque chose, pour qu’on ne fasse rien contre nature et qu’on se serve de tout selon l’intention du Créateur. La philosophie inspective nous fait dépasser les êtres visibles pour contempler le divin et le céleste et voir par le moyen de l’esprit seul ce qui dépasse nos regards corporels.

Salomon est l’origine de cette distinction : il a enseigné l’éthique dans ses Proverbes, la physique dans l’Ecclésiaste, l’énoptique dans le Cantique des Cantiques. Les trois branches sont encore figurées — exégèse d’inspiration philonienne — par les trois patriarches : la morale par Abraham et son obéissance ; la physique par Isaac qui « creuse des puits et fouille les profondeurs des choses », ce grand symbole origénien de la connaissance ; l’inspective par Jacob « qui fut appelé Israël parce qu’il contemplait les choses divines, voyait les camps du ciel, la maison de Dieu, les allées et venues des anges, et des échelles tendues entre terre et ciel ». Les explications données ensuite montrent que cette « divine philosophie » est principalement d’ordre mystique : la logique est la science du caractère allégorique de l’Écriture qui livre des mystères sous des images ; la morale est l’ascèse nécessaire à la contemplation ; la physique enseigne la vanité du sensible auquel il ne faut pas s’attacher, son rôle de symbole, de poteau indicateur, qui met dans la direction des réalités célestes ; l’énoptique est la science suprême de l’union divine, la perfection de la connaissance et de l’amour. Cette division, qui n’est pas sans analogue chez Clément, sera utilisée par Evagre le Pontique sous une terminologie différente et elle pourrait être à l’origine de la doctrine des trois voies, purgative, illuminative, unitive.

On la retrouve ailleurs chez Origène. Les différentes voies de la « Sion contemplative » sont les « doctrines mystiques, physiques et éthiques, peut-être aussi logiques ». Les « doctrines mystiques » correspondent à l’énoptique et la logique a le même caractère secondaire que dans le Commentaire du Cantique. La vigne des vignerons homicides est la physiologia selon l’Écriture, ce que la Bible apprend du monde ; ou bien le « royaume de Dieu et ses mystères dans la Loi et les prophètes et te alle physiologia », expression qui semble désigner la science du monde en dehors de l’Écriture. Le fruit de la vigne symbolise la vie selon cette vraie physiologia, dans la vertu et les bonnes œuvres, la morale. La haie est le logikos topos et la lettre de l’Écriture. Le pressoir représente le sens profond, la science des mystères.


Voir en ligne : Origène

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