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De l’incarnation de Jésus-Christ

Boehme : De la vierge Marie et de l’incarnation de Jésus-Christ, fils de Dieu.

Jacob Boehme

vendredi 1er août 2014, par Murilo Cardoso de Castro

1. Beaucoup de gens ont entrepris d’écrire de la vierge Marie et prétendu qu’elle n’était pas une fille terrestre. - Ils ont bien reçu un reflet de l’éternelle virginité, mais non saisi le vrai but ; car quelques-uns ont, sans autre, prétendu qu’elle n’était pas la fille de Joachim et d’Anne, attendu que Christ est nommé la semence de la femme et l’est aussi ; que lui-même témoigne être venu d’en haut sur la terre, être venu du ciel ; - que dès lors, il devait être né aussi d’une vierge entièrement céleste. Mais cela nous aiderait peu à nous autres pauvres enfants d’Eve, qui sommes devenus terrestres et avons nos âmes dans un vaisseau terrestre. On demeurerait notre pauvre âme si le Verbe de la vie éternelle ne l’avait pas prise en soi ? Si Christ avait apporte une âme du ciel, où demeurerait notre âme et l’alliance avec Adam et Eve, en vertu de laquelle la semence de la femme devait briser la tête du serpent ? Si Christ avait voulu provenir entièrement du ciel et en naître, il n’eut pas eu besoin de naître homme sur la terre. Mais où demeurerait l’alliance, puisque le nom de Jésus s’incorpora, en paradis déjà, lors de la chute d’Adam, oui, avant la création d’Adam, à la promesse, dans la lumière de la vie ou dans la teinture de l’âme, comme le dit Pierre (I, Pierre 1 : 30) : nous sommes pourvus en Christ dès avant la fondation du monde ? Car Dieu reconnut, dans sa sagesse, la chute ; c’est pourquoi le nom de Jésus s’incorpora là, aussitôt, dans le Verbe de la vie, enveloppé de la vierge de la sagesse et avec la croix, dans l’image d’Adam. Car l’âme aussi est un engendrement crucial, puis quand le feu de l’âme s’allume, il se produit une croix dans l’éclair, c’est-à-dire un oil avec une croix et trois principes ayant le caractère de la Sainte-Trinité, comme cela a été développé dans le troisième livre de la Triple vie, et encore plus dans la quatrième partie, sur les quarante questions touchant l’âme.

2. Marie, dans laquelle Christ devint homme, fut la vraie fille selon la chair de Joachim et d’Anne, et engendrée de leur semence scion l’homme extérieur ; mais selon la volonté, elle a été fille de l’alliance de la promesse, car elle était le but que découvre l’alliance ; en elle reposait le centre de l’alliance, et pour cette raison, elle fut hautement reconnue par le Saint-Esprit dans l’alliance et hautemeut bénie devant et entre toutes les femmes dès Eve, car l’alliance se manifesta en elle.

3. Entendez-nous bien précieusement et profondément : la parole enveloppée de la promesse qui chez les Juifs était en figure, comme dans un miroir, dans lequel Dieu, le Père colérique, portait son imagination et apaisait par là sa colère, se mut alors d’une manière essentielle, ce qui n’était jamais arrivé dès l’éternité. Car lorsque le prince Gabriel lui apporta le message qu’elle serait enceinte, qu’elle y consentit et dit : qu’il me soit fait comme tu l’as dit : le centre de la Sainte-Trinité se mut et découvrit l’alliance ; c’est-à-dire découvrit en elle, dans le Verbe de la vie, l’éternelle virginité qu’Adam avait perdue ; car la vierge de la sagesse divine entoura le Verbe de la vie, comme le centre de la Sainte-Trinité ; ainsi le centre fut remué et le céleste Vulcain alluma le feu de l’amour, ce qui engendra le principe des flammes d’amour.

Comprends bien : dans l’essence de Marie, dans l’essence virginale, altérée en Adam et de laquelle il devait engendrer une image virginale selon la sagesse de Dieu, le feu divin fut allumé, et en même temps le principe de l’amour ; entends, dans la semence de Marie, alors qu’elle devint enceinte de l’esprit de l’âme ou de la teinture de Vénus ; car dans cette teinture, comme dans la source de l’amour, fut allumé le premier feu d’Adam dans le Verbe de la vie, et les deux teintures étaient entièrement dans l’enfant Jésus comme en Adam ; le Verbe de la vie clans l’alliance, comprends, la Sainte-Trinité, fut le centre, et le principe apparut dans la propriété du Père : Christ devint homme en Dieu et aussi en Marie, clans tous les trois principes, et en même temps dans le monde terrestre ; il prit une forme de serviteur pour triompher de la mort et de Satan, car il devait être un prince dans le lieu de ce monde, dans le trône princier angélique, établi sur le trône et dans la puissance du ci-devant ange et prince Lucifer, sur tous les trois principes. Si donc il devait : 1° être un dominateur de ce monde externe, il devait aussi demeurer clans ce même monde, avoir son essence et sa propriété ; de même si, 2° il devait être Fils de Dieu, il devait aussi naître de Dieu ; devait-il, 3° éteindre la colère de Dieu, il fallait bien aussi qu’il fut dans le Père ; devait-il, enfin, 4° être fils de l’homme, il lui fallait bien aussi être de l’essence et de l’être de l’homme, avoir une âme et un corps humains, comme nous avons tous.
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5. Et il est reconnaissais que, tant Marie sa mère, que Christ de sa mère, tous deux ont été d’essence humaine, en corps, âme et esprit, et que Christ a reçu une âme de l’essence de Marie, mais sans semence d’homme. Le grand mystère de Dieu fut là manifesté ; le premier homme dans sa profondeur, celui qui mourut, ressuscita ici, entendez dans le principe divin ; car la divinité se mut à cette fin et alluma le feu dans le principe du Père ; ainsi, le sulphur mort en Adam, ressuscita ; car le Verbe était revêtu de la substantialité céleste et se manifesta en céleste substantialité dans l’image virginale de la divinité. C’est là la pure, chaste vierge dans laquelle le Verbe de la vie devint homme, et ainsi, la Marie extérieure fut ornée de la céleste, hautement bénie vierge, et bénie entre toutes les femmes de ce monde : en elle fut revivifiée la partie morte et prisonnière de l’humanité ; ainsi, elle fut élevée en gloire comme le premier homme avant la chute ; elle fut la mère du prince royal. Ce ne fui pas le fait de son pouvoir, mais du pouvoir divin ; si le centre divin ne s’était pas mu en elle, elle n’eût pas été autre que toutes les filles d’Eve ; mais le Verbe de la vie avait arrêté le but ici, par l’alliance de la promesse ; c’est pourquoi elle est bénie entre toutes les femmes et pardessus tous les enfants d’Eve. Non qu’elle soit une déesse qu’on doive honorer à la place de Dieu, car elle n’est pas le but, - et elle le dit aussi : « Comment cela arrivera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » - Mais le Verbe de la vie, dans le centre du Père, qui, par la motion de la divinité se donna à l’humanité et se manifesta en essence humaine, est le but : c’est la fin (pie nous devons ardemment poursuivre par la nouvelle naissance.

6. C’est là une plus grande merveille que celle de la création du premier Adam ; car celui-ci fut créé de trois principes et son esprit lui fut introduit par l’esprit divin ; le cour de Dieu ne dut pas se mouvoir à l’extraordinaire, son esprit seul se mut, de son cour : ici, se mut le centre ou le cour de Dieu, qui était demeuré en repos dés l’éternité ; le feu divin fut allumé ou si l’on veut réveillé.

La chère porte :

7. Saisissons donc bien l’incarnation de Christ, le Fils de Dieu : Il n’est pas devenu homme dans la vierge Marie seulement, comme si sa divinité ou son être divin eussent été là enfermés ou livrés. Non, ô homme, il en est tout autrement, ne te laisse point égarer par la raison, nous connaissons ce qui en est. Aussi peu que Dieu est circonscrit en un lieu, tandis (qu’il remplit tout, aussi peu s’est-il mu dans une parcelle seulement, car il n’est pas divisible, mais entier partout : là où il se manifeste, il est entièrement en évidence. Il n’est pas non plus mensurable : il n’a ni lieu ni place ; donc, il se fit une place dans une créature et par conséquent, il reste entier à côté et hors de la créature.

8. Lorsque le Verbe se mut pour la manifestation de la vie, il se manifesta dans la substantialité divine soit dans l’eau de l’éternelle vie ; il y entra et devint sulphur, c’est-à-dire chair et sang ; il fit la céleste teinture qui environne et remplit la divinité, dans laquelle la sagesse divine demeure éternellement, avec la magie divine. Entends bien : la divinité a désiré de devenir chair et sang, et bien que la pure et claire divinité demeure esprit, encore est-elle devenue l’esprit et la vie de la chair et opère-t-elle dans la chair ; en sorte que lorsque nous portons notre imagination en Dieu et nous abandonnons entièrement à lui, nous pouvons dire « que nous entrons dans la chair et le » sang divins, que nous vivons en Dieu, » car le Verbe est devenu homme et Dieu est le Verbe.

9. Nous n’élevons pas toutefois la créature de Christ comme s’il n’en eût pas été une. Prenant pour comparaison le soleil et sa lumière nous vous dirons : nous comparons le soleil à la créature de Christ et le soleil est bien un corps ; puis, d’autre part, toute la profondeur de ce monde au Verbe éternel dans le Père. Nous voyons bien que le soleil luit dans toute la profondeur et lui donne chaleur et force ; mais nous ne pouvons pas dire que dans la profondeur, la force et l’éclat du soleil n’existent pas (ne s’y trouvent pas), indépendamment du corps du soleil. Si cette force et cet éclat no s’y trouvaient pas, la profondeur ne saisirait pas non plus la force et l’éclat du soleil, car une force, un éclat seulement saisit l’autre. La profondeur et son éclat sont cachés. Si Dieu le voulait, toute la profondeur serait un pur soleil ; il ne s’agirait que de l’allumer pour engloutir l’eau et la convertir en esprit, l’éclat du soleil se répandrait alors partout ; mais il faudrait pour cela que le centre du feu s’allumât, comme dans le lieu du soleil.
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10. Sachez encore ceci : Nous comprenons que le cour de Dieu est demeuré en repos dès l’éternité ; niais par le mouvement et l’entrée dans la substantialité, il est devenu manifeste partout, bien que cependant en Dieu il n’y ait ni espace ni limite, sinon dans la créature de Christ seulement ; là s’est manifestée toute la Sainte-Trinité en une créature, et ainsi, par la créature, aussi dans toute l’étendue du ciel. Il est allé (Christ), et nous a préparé le lieu où nous devons voir par sa lumière, habiter dans sa substantialité et manger de sa céleste substantialité ; sa substantialité remplit le ciel et le paradis. Si, dans l’origine, nous avons été créés de la divine’ substantialité, pourquoi ne pourrions-nous pas aussi habiter en elle ? Tout comme l’air et l’eau remplissent ce monde et que nous en jouissons tous, ainsi existe dans le mystère la substantialité divine, dont nous jouissons si nous portons sérieusement notre imagination en elle et lui abandonnons notre volonté. C’est là la chair et le sang de Christ dans la puissance divine ; car la chair et le sang de la créature de Christ se trouvent là ; c’est un être, une puissance, un esprit, un Dieu, une plénitude, sans nulle circonscription en aucun lieu, mais dans son principe. Un homme-porc dira bien : hé ! comment le mangerons-nous donc ? 0 âne, arrive d’abord là, afin que tu puisses l’atteindre, car tu ne le mangeras pas avec la bouche extérieure ; il est d’un principe plus profond et cependant l’extérieur. Il a été dans la vierge Marie et aussi, après sa naissance, dans ce monde ; au dernier jour, il apparaîtra, dans les trois principes, à tous les hommes et à tous les démons.

11. Il s’est vraiment revêtu de la source terrestre ; mais à sa mort, lorsqu’il vainquit la mort, la source divine engloutit la source terrestre et lui enleva le régime, non comme si Christ eût déposé quelque chose, car la source externe fut vaincue et comme engloutie, en sorte que sa vie actuelle est une vie en Dieu. Ainsi devait être Adam, mais il ne résista pas. Le Verbe dut donc devenir homme et s’incorporer dans la substance, afin que nous reçussions de la force, que nous pussions vivre en Dieu.

12. Christ a donc rapporté ce qu’Adam avait perdu et bien au delà, car le Verbe est devenu homme partout ; entends : il est manifeste partout dans la substantialité divine, dans laquelle gît notre éternelle humanité ; car dans l’éternité nous devons vivre dans cette même substance corporelle dans laquelle existe la vierge divine : nous devons revêtir cette vierge, car Christ l’a revêtue. Il est devenu homme dans la vierge céleste et aussi dans la vierge terrestre, bien que celle-ci ne fût pas une vraie vierge. Mais la vierge céleste, divine, la rendit vierge lors de la bénédiction, c’est-à-dire lors de la manifestation du Verbe et de l’alliance ; car en Marie, la portion de substantialité qu’elle avait héritée d’Adam et qu’Adam avait rendue terrestre, fut bénie ; ainsi le terrestre seulement mourut en elle, l’autre portion vécut éternellement et redevint chaste et pure vierge, non dans la mort, mais dans la bénédiction ; lorsque Dieu se manifesta en elle, elle revêtit la belle image divine et devint une vierge virile selon la partie céleste.

13. Christ naquit donc d’une vierge vraiment pure, chaste et céleste, car elle reçut, lors de la bénédiction, le limbe divin dans sa matrice, dans sa semence ; rien d’étranger cependant, mais le limbe divin s’ouvrit en elle, dans la puissance divine : ce limbe qui en Adam était mort, redevint vivant par la motion divine : l’essence divine dans le Verbe de la vie entra dans son limbe et dans ce limbe fut ouvert le centre de l’âme, en sorte que Marie devint enceinte d’une âme et aussi d’un esprit, à la fois célestement et terrestrement ; ce fut là une vraie image de Dieu, une ressemblance selon et de la Sainte-Trinité dans tous les trois principes.


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