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Lumières bouddhiques

Pallis : L’enfer bouddhiste

Marco Pallis

samedi 2 août 2014, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait de « Lumières bouddhiques »

Les deux secteurs infernaux de notre symbolisme, le pays des ombres affamées (prêtas) et les enfers, sont des lieux d’où la joie et la consolation sont entièrement bannies. Le premier est un domaine où règnent un sentiment intense de privation, une faim et une soif insatiables. Les prêtas sont représentés avec d’énormes ventres gonflés et des bouches minuscules : jamais ce petit orifice ne pourrait laisser pénétrer assez de nourriture pour suffire aux appétits démesurés du ventre ; ainsi l’être demeure dans un état perpétuel de tourment et seul un changement d’état pourrait éventuellement le soulager, si seulement il était conscient de cette possibilité. Quant à l’explication des enfers, elle va de soi : ce sont des lieux d’expiation, chauds ou froids selon la nature des péchés commis (ou des possibilités négligées) au cours d’une vie antérieure. A cet égard ils ne diffèrent guère de la conception que se font d’eux les religions sémitiques, sauf sur quelques points de détail et plus particulièrement l’absence de toute attribution d’« éternité » dont la notion ne figure nulle part dans la Ronde.

Ce dernier point est le plus important à saisir. La notion clé du samsara est l’impermanence, thème premier de méditation pour tout bouddhiste. Tout ce qui est créé par le flux du monde est instable. Cela est vrai des paradis et des enfers, des états de bonheur aussi bien que ceux de malheur ; les premiers n’admettent aucune suffisance, les derniers ne sont jamais totalement sans espoir. Car toute chose, dans la plénitude du devenir, doit se transformer en quelque autre chose lorsque ses possibilités particulières ont été épuisées. Telle est la loi universelle d’existence dans la Ronde.

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[...] l’ « homme économique » moderne oscille entre le type animal et le type prêta, ce dernier étant celui qui est le plus en harmonie avec l’idéal qu’il professe d’une production en expansion indéfinie et d’un prétendu niveau de vie élevé. Une vaste machine de propagande a été installée, dont la raison d’être est de stimuler le besoin de possessions, sous réserve, cependant, que jamais le bonheur qu’elles sont censées procurer ne soit réellement atteint, car si l’homme arrivait à se sentir satisfait de quelque manière, les roues cesseraient de tourner, ce qui conduirait à la ruine économique, tant les deux motifs ont été inextricablement embrayés dans un même engrenage. C’est pourquoi l’homme doit être sans cesse soumis au tourment de nouveaux désirs : nous voici bien loin du Bouddhisme.

Si cela n’est pas une image du pays des prêtas, c’est ce qui lui ressemble le plus. A quelle nouvelle naissance peuvent prétendre des hommes élevés de cette manière ? Peut-être renaîtront-ils comme prêtas, qui sait ?

Quant aux enfers, ils sont sûrement à découvrir dans ces sombres profondeurs situées au-dessous du niveau de la conscience humaine et que nos psychologues aiment tant à explorer. Parfois aussi leur contenu déborde : un type nettement infrahumain n’est pas rare parmi nous, sans parler de ce qu’on appelle parfois « art » et qui est un dispositif diabolique en son genre. Naturellement nous avons parlé des cas extrêmes. Les types purs sont relativement rares ; on a le plus souvent affaire à des mélanges et à des croisements divers.


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