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Sermons de Maître Eckhart

Ancelet-Hustache : Eckhart - Sermon III

Jeanne Ancelet-Hustache

samedi 2 août 2014, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait de « Sermons de Maître Eckhart ». Trad. et notes de Jeanne Ancelet-Hustache.

Dans le sermon ci-dessous, il est encore question de la connaissance et de la volonté qui unissent l’âme à Dieu.

Ainsi que le fait remarquer Josef Quint, Eckhart emploie habituellement l’un des termes verstantnisse (bekantnisse), verniinf-ticheit (vernunft), de sens proche, quand il veut les mettre en opposition à la volonté. Au début du sermon 3, au contraire, il assigne un rôle différent à la bekantnisse (connaissance) et à la vernünfticheit (intellect). La connaissance fait la percée, court en avant, fait entrer l’intellect dans l’être pur, c’est-à-dire dans le Dieu sans voile, la Déité. La connaissance (bekantnisse) est une princesse, dira un peu plus loin le prédicateur, semblant bien l’identifier à l’intellect puisqu’il attribue ici à la seule connaissance (bekantnisse) les rôles qu’il avait précédemment partagés entre la connaissance (faire la percée) et l’intellect (trouver Dieu sans voile). Et comme s’il éprouvait un regret d’avoir donné à la volonté une trop petite place, Eckhart ajoute : « ... elle (la connaissance) dit alors à sa compagne la volonté ce dont elle a pris possession, bien qu’elle ait eu déjà auparavant la volonté, car ce que je veux, je le cherche... »

Malgré quelque flottement dans les termes, la pensée d’Eckhart reste lisible : c’est la connaissance qui s’empare de l’unité de Dieu, non la volonté.

Les maîtres enseignent que l’ange est le plus proche de Dieu (ange signifie celui qui porte un message), c’est pourquoi il est envoyé à l’âme afin de la ramener à la « première image », l’image originelle, Dieu, où toutes choses ne sont qu’un.

Quelques lignes plus loin, Eckhart insiste sur cette union : l’âme est établie dans la pureté première, dans l’impression de la pure essence, où elle goûte Dieu avant qu’il revête vérité ou cognoscibilité..., c’est-à-dire sans ses attributs : Sagesse, Justice, Bonté et autres, mais là où il est « diû gotheit », la Déité.

Un paragraphe du sermon établit une sorte de controverse entre « les maîtres » qui pensent que les connaissances acquises ici-bas demeureront dans l’éternité, et saint Paul qui le nie ; mais, pense Eckhart, même si cette connaissance demeure, elle sera comme une insensée (torinne), comparée à la pure vérité qui sera donnée là-haut, car tout ce que nous voyons ici soumis au changement sera là immuable et proche, présent et hors du temps.

Une phrase de Nunc scio vere... a attiré les foudres des censeurs de Cologne (Deuxième acte d’accusation). Ils ont traduit ainsi une phrase qui se trouve deux fois dans notre sermon : Omne quod est, hoc est deus (tout ce qui est est Dieu), ce qui rend un son nettement panthéiste, alors que l’original - swaz in gote ist, daz ist got - (tout ce qui est en Dieu est Dieu) ne propose qu’un lieu commun de la scolastique. Et, dit Josef Quint, la tradition manuscrite est unanime quant aux deux citations. Nous avons ici une preuve de plus de la façon dont les attaques contre Maître Eckhart ont été menées.


Voir en ligne : Mestre Eckhart