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Esotérisme guénonien et mystère chrétien

Borella : HOMOOUSIOS

Jean Borella

lundi 4 août 2014

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Il y a cependant un mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
qui apparaît pour la première fois dans ce texte particulièrement solennel de l’Église (le credo de Nicée), mot qui deviendra peu à peu le signe semeion
signe
miracle
sinal
milagre
signal
miracle
de reconnaissance et de ralliement de l’orthodoxie catholique : c’est homoousios, ordinairement traduit par « consubstantiel », et que l’on pourrait rendre également par « coessentiel » (de homo = même, et ousia essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
= substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
ou essence) [1]. Ce fut Constantin qui recommanda l’adoption de ce terme — d’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
non-scripturaire — dans une intention irénique et sans doute à l’instigation d’un Occidental, son fils
filho
hijo
son
conseiller Ossius, évêque de Cordoue, homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
d’une grande réputation de sainteté sainteté
santidade
sainthood
saint
santo
Heiligkeit
holiness
santidad
. Cette adoption, pourtant, n’alla pas sans réticence, ce qui s’explique aisément quand on considère l’origine d’un terme qui pouvait sembler suspect, quoique pour des raisons diverses, à certains Pères nicéens [2].


Voir en ligne : Jean Borella


[1Guénon distingue clairement « essence » et « substance ». Mais cet usage terminologique, justifié dans sa doctrine, n’est pas celui de la tradition occidentale. Force est de constater, en effet, que les mots essentia et substantia sont deux néologismes forgés par les écrivains latins pour traduire un seul et même mot grec : ousia, lequel signifie littéralement : « étance », « étantité », donc la « qualité de réalité » de quelque chose. Essentia (fabriqué par Cicéron ?) sur le modèle & ousia (par substantivation du participe présent — absent en latin classique — du verbe esse = être) n’a pas eu de succès et ne sera vraiment employé qu’à partir de Boèce (Ve-VIe siècle). D’où la nécessité pour la philosophie latine de proposer un autre équivalent : ce fut sub-stantia (Sénèque, Epist., 113 § 4) probablement forgé sur le modèle du grec hypostasis, synonyme à’ousia (Ep. ad Haebr. I, 3). A la suite de Nicée, on fut amené en Orient à distinguer entre ousia pour désigner la réalité absolue (de l’Essence divine) et hypostasis pour désigner les Personnes. Ce fut la cause de nombreux malentendus pour les Latins qui en étaient restés à l’équivalence : ousia = hypostasis = substantia. Voir cette question dans La Charité profanée, D.M.M., pp. 133-146.

[2Sur les occurrences pré-nicéennes du terme homoousios, on pourra consulter l’article « Consubstantiel » (Henri Quilliet) du Dictionnaire de Théologie Catholique, Letouzey et Ané, t. III, col. 1610-1614, qui fournit toutes les références désirables. L’étude la plus complète que nous avons lue sur l’origine du mot est celle d’Ephrem Boularand, S.J. dans L’Hérésie d’Arius et la « foi » de Nicée, t. II, Letouzey et Ané, 1972, pp. 331-353. On y trouvera les références des textes que nous allons citer.