Philosophia Perennis

Accueil > Tradition chrétienne > Origène (185-254) > Crouzel : Autres doctrines de Platon.

Origène et la philosophie

Crouzel : Autres doctrines de Platon.

Henri Crouzel

dimanche 3 août 2014

Extrait de « Origène et la philosophie »

Origène croit en ce qui concerne l’origine des noms à une relation réelle, de nature quasi-magique, entre le signifiant et le signifié : il l’utilise dans le Contre Celse pour expliquer aux païens à qui il s’adresse pourquoi les chrétiens n’acceptent pas, même sous la menace des supplices, de donner à Dieu des noms païens. Il s’appuie sur un passage du Philèbe, à vrai dire bien laconique, qu’il cite librement à deux reprises. Philèbe a appelé la volupté une déesse. Socrate ne veut pas qu’on attribue avec tant de désinvolture le nom divin et dit à son interlocuteur : « J’ai une grande révérence, Protarque, pour les noms des dieux. »

Platon croit comme Pythagore à l’immortalité de l’âme et à la vie bienheureuse. Il dit que certains ont vu autour des tombes les « fantômes ombreux » (skioeide phantasmata) des défunts : Origène oppose ce texte à l’incrédulité de Celse envers la résurrection du Christ. Mais la métensomatose rend la doctrine platonicienne bien inférieure à celle des chrétiens. Elle

’’... rabaisse la divinité, non seulement jusqu’aux mortels doués de raison, mais même jusqu’aux êtres déraisonnables, avec le mythe de la métensomatose, qui fait tomber l’âme des voûtes du ciel pour la ravaler au rang des animaux sans raison, non seulement de ceux qui sont apprivoisés, mais même des plus sauvages. Le mythe du Phèdre est ici visé. Lorsque Celse insinue que toutes les âmes sont de même nature, celles des fourmis et celles des hommes, Origène remarque : « En bien des passages Celse essaie de platoniser. » En effet « le platonicien qui croit à l’immortalité de l’âme et à tout ce qui est dit d’elle à propos de la métensomatose » est traité de fou par les autres écoles helléniques,

’’... par les Stoïciens qui raillent son acceptation de ces doctrines, par les Péripatéticiens qui parlent partout des fredonnements de Platon, par les Épicuriens qui dénoncent la superstition de ceux qui introduisent la Providence et mettent un Dieu sur l’univers.’’

Origène ne fait guère usage du tripartisme platonicien de l’âme, le raisonnable, l’irascible et le concupiscible, noûs, thymos, epithymia. Son tripartisme à lui, d’origine paulinienne, ne concerne pas l’âme seule, mais l’homme entier : c’est l’esprit, pneuma, l’âme, psyche, composée d’une partie supérieure, le noûs ou hegemonikon, et d’une partie inférieure, la zone des sensations, imaginations et impulsions, enfin la chair, sarx, ou le corps, soma. Dans le Péri Archon il rejette la division platonicienne, car il ne la voit pas confirmée par l’Écriture : il l’exprime ainsi :

’’Certains grecs ont émis l’opinion que notre âme, une par sa substance,
serait composée de plusieurs parties, une partie raisonnable et une partie
déraisonnable, cette dernière divisée elle-même en deux sentiments, la
cupidité et la colère.’’

Il l’utilise cependant incidemment, comme dans l’explication des Chérubins d’Ézéchiel, combinée à son propre tripartisme :

’’Par l’homme est indiquée la faculté raisonnable, par le lion la colère,
par le veau la concupiscence... L’aigle signifie l’esprit qui préside à l’âme,
l’esprit de l’homme qui est en lui.’’

Des fragments voient enfin dans l’irascible et le concupiscible la partie inférieure de l’âme, qui est ténèbres, sans distinguer les sentiments plus nobles des plus bas. Ils sont séparés du noûs, partie supérieure de la psyche, que le Seigneur éclaire et qui doit illuminer l’obscurité de la zone basse, sans se laisser enténébrer par elle.


Voir en ligne : Origène