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Génies, anges et démons

L’Ange de la Mort

Toufy Fahd

lundi 4 août 2014, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait de « Génies, anges et démons »

La dernière grande figure angélique est celle de ’Izrâ’îl, « ange de la mort » (Cor. 32,11). C’est lui qui arrête le mouvement et sépare les âmes des corps. Selon Ka’b al-Ahbâr, il est dans le ciel inférieur ; mais ses pieds sont aux confins des terres et sa tête au ciel supérieur ; sa face est tournée vers la Tablette Conservée. Ses auxiliaires sont aussi nombreux que ceux qui meurent. Toutes les créatures sont devant ses yeux. Aucune âme n’est enlevée qu’après avoir joui de sa part dans l’existence et atteint le terme qui lui est fixé.

« Comment fais-tu, aurait demandé le patriarche Abraham à l’ange de la mort, quand une âme se trouve en Orient et une autre en Occident et quand une épidémie sévit dans une région et un tremblement de terre dans une autre ? — J’appelle les âmes, répondit-il, par l’autorisation de Dieu, et elles se présentent entre ces doigts-ci. »

Wahb b. Munabbih raconte que Salomon, fils de David, souhaita voir l’ange de la mort, afin de lier amitié avec lui. A peine eut-il exprimé ce souhait que l’ange se présenta à lui, sortant d’en dessous de son trône. « Qui es-tu, demanda Salomon ? L’ange de la mort », répondit-il. Salomon s’évanouit ; l’ange pria Dieu de lui donner la force de le voir. Dieu lui révéla de mettre la main sur sa poitrine. Sitôt fait, Salomon revint à lui-même et dit : « O ange de la mort, je vois que tu es d’une stature géante ; est-ce que tous les anges de Dieu te ressemblent ? — Mon pied, répondit l’ange, repose sur les épaules d’un ange dont la tête traverse les sept cieux et les dépasse d’une distance de mille ans de marche, alors que ses pieds traversent la couche inférieure de la terre et la dépassent d’une distance de cinq cents ans de marche. Il a la bouche ouverte, la voix élevée, les mains étendues ; si Dieu permettait qu’il rapprochât ses lèvres, sa bouche engloberait ce qui existerait entre le ciel et la terre. — Mais, tu décris là une chose énorme, dit Salomon ! — O Prophète de Dieu, continua l’ange, que dirais-tu si je te décrivais d’autres anges d’immense stature, ou plutôt, que dirais-tu si tu me voyais sous la forme que je revêts quand je viens me saisir des âmes des infidèles ? — Es-tu venu à moi comme visiteur ou comme ravisseur, demanda Salomon ? — Comme visiteur, dit l’ange. » Salomon devint l’ami de l’ange de la mort qui venait s’asseoir chez lui tous les jeudis jusqu’au coucher du soleil. Un jour Salomon lui dit : « Je vois que tu n’es pas équitable envers les gens ; tu prends celui-ci et tu laisses celui-là. » L’ange répondit : « Le questionné n’est pas plus informé que le questionneur ; en effet, il existe des livres où sont inscrits les noms de ceux qui sont à prendre. L’inscription sur ces livres a lieu chaque année à la Nuit de la Sentence58, tombant au milieu du mois de Sha’bân. Ceux qui professent l’unicité de Dieu, je saisis leur âme par ma main droite ; elle est recueillie dans une étoffe de soie trempée dans le musc, puis elle est élevée à ’Illiyyûn (cf. Cor. 83, 18-19.) Quant aux infidèles, je saisis leur âme par ma main gauche ; enveloppée de résine, elle descend à Sijjîn » (cf. ib. 7-8).

Un autre récit de la légende de Salomon illustre l’idée courante que l’on ne peut pas fuir son destin : Au cours de l’une de ses visites à Salomon, l’ange de la mort regardait fixement l’un de ses familiers. A son départ, l’homme s’informa de son identité ; ayant appris que c’était l’ange de la mort, il pensa qu’il le recherchait ; alors il demanda à Salomon de le délivrer de lui en ordonnant au vent de le transporter jusqu’aux extrémités de l’Inde ; ce fut fait. Quand l’ange de la mort retourna auprès de Salomon, ce dernier lui dit : « J’ai remarqué, la dernière fois, que tu regardais fixement l’un de mes familiers. — Oui, répondit l’ange ; j’étais étonné de le voir ici alors que j’avais reçu l’ordre de me saisir prochainement de son âme aux extrémités de l’Inde ! »

Exécuteur implacable des ordres divins, Izrâ’îl semble cependant se laisser toucher par la pitié. Wahb b. Munabbih raconte que les anges lui demandèrent, un jour qu’il revenait au ciel après avoir enlevé l’âme à un puissant de la terre : « De qui as-tu eu le plus pitié parmi ceux que tu as fait mourir ? » Il répondit : « Ordre me fut donné d’enlever l’âme à une femme se trouvant dans un lieu désert ; je me présente et je trouve qu’elle venait de donner le jour à un enfant ; j’ai eu pitié d’elle , en raison de son éloignement de son pays, et j’ai eu pitié de son fils, en raison de son jeune âge et du lieu où il se trouvait sans espoir de soutien. » Les anges lui dirent : « Ce puissant que tu viens d’arracher à la vie, c’est lui l’enfant dont tu as eu pitié ! » (Qazwînî, 58s.).


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