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De l’incarnation de Jésus-Christ

Boehme : De la pure virginité

Jacob Boehme

mardi 26 août 2014, par Murilo Cardoso de Castro

Extrait de « De l’incarnation de Jésus-Christ ».

CHAPITRE XII. De la pure virginité ; comment nous, pauvres enfants d’Eve, nous devons, de la pure et virginale chasteté, être conçus dans l’incarnation de Christ et naître de nouveau en Dieu, autrement nous ne verrons pas Dieu.

1. Nous, pauvres enfants d’Eve, ne trouvons en nous aucune vraiment pure, chaste et virginale pensée , car la mère Eve qui était une femme, nous a tous fait mâle ou femelle : par Adam et Eve nous sommes tous devenus des hommes et des femmes, à moins que par notre volonté désirante nous n’entrions dans la céleste virginité en laquelle Dieu nous a réengendrés de Christ en vierges. Non selon la vie terrestre, dans laquelle il n’y a ni chasteté ni pureté, mais selon la vie de la céleste vierge en laquelle Christ devint homme, dont fut revêtue Marie par l’obombrement du Saint-Esprit ; qui est sans fond, sans limite ni fin, qui est en tous lieux devant la divinité et est un miroir et ressemblance de la divinité. Dans celte vierge, en laquelle habite la Sainte-Trinité, dans laquelle avant les temps de ce monde nous avons été vus par l’esprit de Dieu et reconnus dans le nom de Jésus, devons-nous entrer par notre esprit de volonté. Car notre vraie image, dans laquelle nous sommes la ressemblance de Dieu, s’est éclipsée pour nous en Adam et Eve et est devenue terrestre, ce qui eut lieu par le désir ou imagination : ainsi nous fut cachée la claire face de Dieu, car nous perdîmes la céleste chasteté.

2. Mais puisque, par grâce et par amour pour nous, Dieu nous a de nouveau découvert dans l’incarnation de Christ sa lumineuse face, il ne s’agit plus que de ceci, savoir, que tout comme en Adam nous avons porté notre imagination dans la passion terrestre et en sommes devenus terrestres, nous mettions maintenant de nouveau notre volonté désirante dans la céleste vierge et y placions notre amour ; alors notre image sort de la femme terrestre et reçoit l’essence et la propriété virginales, dans lesquelles Dieu habite et où l’image de l’âme peut de nouveau atteindre la face de Dieu.

3. La raison extérieure dit : Comment peut-il se faire que nous soyons réengendrés de la vierge de laquelle Christ naquit ? - Elle voit uniquement Marie. - Mais nous n’entendons pas Marie qui est une vierge créaturelle, telle que nous devenons dans l’immatériel régime virginal. - Nous serons réengendrés, si nous entrons dans l’incarnation de Christ, non selon la vie extérieure, dans les quatre éléments, mais selon l’intérieure, dans l’élément unique où le feu divin engloutit en soi les quatre éléments ; et si, dans sa lumière, savoir, dans l’autre principe, dans lequel l’homme et la femme extérieurs doivent, par la mort, entrer dans la résurrection de Christ, nous reverdissons (renaissons), dans la vraie virginale sagesse divine, une vierge dans l’élément unique, renfermant les quatre. Il nous faut mourir à l’homme et à la femme et crucifier l’Adam corrompu : il doit mourir avec Christ et être jeté dans la colère du Père, qui engloutit l’homme et la femme terrestres et donne à l’âme, par l’incarnation de Christ, une image virginale, où l’homme et la femme ne sont qu’une image, avec l’amour de soi-même. Maintenant l’homme place son amour dans la femme et la femme dans l’homme ; mais si les deux amours sont convertis en un seul, il n’y a plus, dans l’image unique, aucun désir pour le mélange, l’image s’aime soi-même.

4. Au commencement, l’image a donc été créée dans la virginale sagesse divine, soit de la substantialité divine, et comme la substantialité est devenue terrestre et est tombée dans la mort, le Verbe qui devint homme la réveilla ; alors la source terrestre demeure à la mort dans la colère, et ce qui a été réveillé demeure dans le Verbe de la vie, dans le régime virginal. Ainsi nous sommes sur cette terre un homme double en une personne ; savoir, une image virginale née de l’incarnation de Christ et une image terrestre, d’homme ou de femme, renfermée dans la mort et dans la colère de Dieu. La terrestre doit porter la croix, se laisser tourmenter, persécuter et mépriser dans la colère, enfin mourir ; alors la colère l’engloutit dans le feu divin inqualifiant (essentiel) ; mais si le Verbe de la vie, qui en Marie devint homme, se trouve dans l’image terrestre, Christ, qui apporta de Dieu la parole de vie, ressuscite, et conduit l’essence du feu inqualifiant, entendez l’essence humaine, hors de la mort, car il est ressuscité de la mort et vit en Dieu ; sa vie est devenue notre vie, sa mort notre mort ; nous sommes ensevelis dans sa mort ; mais nous reverdissons dans sa résurrection, dans sa victoire, dans sa vie.

5. Mais entendez bien le sens : Adam était l’image virginale, il avait le propre amour, car l’esprit de Dieu le lui avait insufflé. Quoi d’autre, en effet, peut souffler de soi l’esprit de Dieu que ce qu’il est lui-même ? Il est bien tout, mais non, cependant, de toute source, nommé Dieu : en toutes il n’y a qu’un seul esprit qui est Dieu, selon l’autre principe, dans la lumière, et cependant, il n’y a pas de lumière sans feu. Mais dans le feu il n’est pas l’esprit d’amour ou le Saint-Esprit, mais bien la fureur de la nature et une cause du Saint-Esprit, une colère et un feu dévorant ; car dans le feu, l’esprit de la nature devient libre, et le feu essentiel donne cependant aussi la nature, et est lui-même la nature.

6. Nous n’entendons cependant qu’un seul esprit saint dans la lumière, et quoique ce soit bien un tout, nous entendons néanmoins que la matière engendrée de la douceur de la lumière est comme impuissante et sombre, attirant à soi et engloutissant le feu ; mais donnant de la source matérielle, du feu, un esprit puissant qui là est libre de la matière et aussi du feu ; bien que le feu le retienne, il n’atteint cependant pas sa source ; comme nous voyons que la lumière demeure dans le feu et n’a cependant pas la source du feu, mais une douce source d’amour, ce qui n’aurait pas lieu non plus si la matière n’était pas morte dans le feu et n’avait pas été dévorée par lui.
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7. Nous considérons le premier Adam comme suit : Il avait été imaginé de l’essence et substantialité de la lumière ; mais parce qu’il devait devenir une créature et être une ressemblance parfaite de Dieu, selon tout son être, selon tous les trois principes, il fut saisi (rassemblé) par le Verbe fiât dans tout l’être des trois principes et formé en créature. Les trois principes étaient à la vérité libres en lui, reposant l’un dans l’autre, chacun dans son ordre ; c’était une entière, parfaite ressemblance de Dieu, selon et de l’être de tous les êtres ; mais il nous faut reconnaître que le troisième principe ou la source de ce monde était devenu, par l’embrasement de Lucifer, tout à fait furieux, altéré (soif) et mauvais, et que cette source a eu immédiatement soif en Adam de l’autre principe ou de la matière céleste, d’où naquit en Adam la passion. Car la source du pur amour, émanant du Saint-Esprit, avait défendu cela ; mais lorsque l’amour entra dans la source terrestre, pour étancher la soif de celle-ci, le pur, immatériel amour reçut la passion désireuse, terrestre et corrompue. Ici s’éteignit l’autre principe, non comme une mort, non qu’il soit devenu un rien ; mais il fut saisi par la furieuse soif, et comme Dieu est lumière, la pure source d’amour se trouva enfermée dans la mort, hors de la lumière divine : ici l’image l’ut altérée et prisonnière de la fureur de Dieu, le propre amour perdit sa puissance, car il fut enfermé dans la terrestréité corrompue et l’aima.

8. De cette image dut donc être fait une femme, et les deux teintures, savoir l’essence de feu et l’essence aqueuse de la matrice, divisées en un homme et une femme, afin que l’amour pût pourtant se mouvoir ainsi en deux sources différentes, qu’une teinture aimât et désirât l’autre, et qu’elle se mêlassent, pour la conservation et la multiplication de l’espèce.

9. Mais la race humaine, ainsi établie dans la source terrestre, ne pouvait ni connaître ni voir Dieu, car le pur amour sans tache était captif de la source terrestre altérée (soif) et se trouvait pris dans la soif de la fureur de l’éternelle nature que Lucifer avait allumée, la fureur ayant attiré à soi l’amour avec la terrestréité. Or, dans cet amour captif gisait la chasteté virginale de la sagesse divine, qui, avec l’autre principe, avec la céleste substantialité, plutôt l’esprit de leur douce substantialité, avait été incorporée à Adam par l’insufflation du Saint-Esprit.

10. Maintenant, il n’y avait plus aucun remède, si non que la divinité se mut dans la vierge divine, selon l’autre principe, dans la virginité renfermée dans la mort, et qu’une autre image sortit de la première. Il nous est connu et assez compréhensible que la première image devait être livrée à la fureur pour apaiser sa soif, et être détruite dans le feu essentiel, bien que l’essence ne passe ni ne meure, pour quelle cause Dieu a fixé un jour où l’essence du vieil et premier Adam sera par lui passée au travers du feu, pour qu’elle soit délivrée de la vanité, ainsi que de la passion du diable et de la colère de l’éternelle nature.

11. Nous comprenons en outre comment Dieu a ramené en nous la vie de son saint Être, savoir en se mouvant de son propre cour ou parole et puissance de la vie divine, dans la virginité enfermée dans la mort, c’est-à-dire dans le vrai pur amour ; en allumant de nouveau cet amour et en introduisant sa céleste substantialité, avec la pure virginité, dans la virginité renfermée dans la mort : de la céleste virginité et de celle renfermée dans la mort et la colère, il a engendré une nouvelle image.

12. Nous comprenons, en troisième lieu, que cette nouvelle image a dû, par la mort et la fureur du feu, être introduite de nouveau dans la céleste, divine substantialité, dans le Saint-Ternaire ; car la passion terrestre que le diable avait possédée, devait demeurer dans le feu de la colère et fut donnée au démon pour son aliment ; il doit être prince là-dedans, selon la source de la fureur de l’éternelle nature ; car Satan est l’aliment de la fureur, et la fureur celui de Satan.
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13. Puis donc que le Verbe de l’éternelle vie s’est de nouveau mu dans notre froid amour et dans notre virginité renfermée dans la mort, et a pris à lui notre virginité altérée, en devenant un homme selon l’intérieur et l’extérieur, et qu’il a introduit le centre ou notre feu d’âme dans son amour, nous reconnaissons son amour et sa virginité introduits en nous pour notre propre virginité ; car son amour et sa virginité se sont mariés et donnés à notre froid amour, à notre virginité, afin que Dieu et l’homme fassent éternellement une seule personne.

14. La raison dit ici : Cela s’est effectué en Marie soit dans une seule personne, mais moi, où demeure-je ? Christ n’est pas né aussi en moi.

15. Hélas ! ici se dévoile notre grande misère et aveuglement, nous ne voulons pas comprendre. Combien la passion matérielle nous a aveuglés et le démon séduits par et avec l’abominable antechrist en Babel, au point que nous ne voulions faire aucun usage de notre entendement ! Vois pourtant, misérable et déplorable raison ce que tu es ! Rien autre qu’une prostituée devant Dieu. Comment te nommerai-je autrement , puisqu’enfin tu es violatrice et parjure devant Dieu à la pure virginité ? N’as-tu pas la chair, l’âme et l’esprit d’Adam, n’es-tu pas provenue de lui ? N’es-tu pas issue de l’eau et du feu d’Adam ? Tu es bien son enfant. Fais ce que tu voudras, il faut que tu te tiennes coie ; tu nages dans le mystère d’Adam, soit dans la vie soit dans la mort.

16. Le Verbe divin (la virginité renfermée en Adam dans la mort) est bien devenu homme : le cour de Dieu s’est mu dans la virginité d’Adam, et de la mort, au travers du feu divin, l’a introduite, dans la source divine ; Christ est devenu Adam ; non l’Adam divisé, mais l’Adam virginal, tel qu’il était avant, son sommeil. Il a conduit l’Adam corrompu dans la mort, dans le feu divin, et a retiré de la mort l’Adam pur, virginal, par le feu. Tu es son fils, en tant que tu ne demeures pas étendu dans la mort comme un bois pourri qui ne peut inqualifier, qui dans le feu ne donne aucune essence, mais se réduit en cendre terreuse.

17. La raison dit encore : Comment se fait-il donc, puisque je suis un membre de Christ et l’enfant de Dieu, que je ne le sente ni ne l’aperçoive ? Réponse, oui, ici est le noeud, mon cher petit tronc souillé, fouille en ton sein, qu’appètes-tu ? la passion du diable, savoir : la volupté temporelle, l’avarice, les honneurs et la puissance. Écoute : c’est là le vêlement du diable ; dépouille-le et le jette ; place ton désir dans la vie de Christ, dans son esprit, sa chair et son sang ; porte ton imagination là-dedans, comme tu l’as portée dans la passion terrestre ; alors tu revêtiras Christ dans ton corps, ta chair et ton sang ; tu deviendras Christ ; son incarnation se mouvra aussitôt en toi, tu renaîtras en Christ.

18. Car la divinité ou le Verbe qui se mut en Marie et devint homme, le devint en même temps aussi dans tous les hommes morts dès Adam qui avaient remis et abandonné leur esprit à Dieu ou au Messie promis. Ce Verbe reposa aussi sur tous ceux qui devaient encore naître de l’Adam corrompu et se laisseraient seulement réveiller par lui ; car le premier homme comprend aussi le dernier. Adam est le tronc, nous tous sommes ses branches : Christ est devenu notre suc, notre force, notre vie. Si, maintenant, une branche sèche à l’arbre, qu’y peut la sève et la force de l’arbre ? La force se distribuant à toutes les branches, pourquoi la branche n’attire-t-elle pas à soi la sève et la force ? C’est la faute de l’homme s’il attire en lui le pouvoir et l’essence diaboliques au lieu de l’essence divine, et se laisse entraîner par le démon au désir et à la passion terrestres. Car Satan connaît la branche qui lui a poussé et pousse encore dans son ci-devant royaume. Puis, comme il a été un menteur et un meurtrier dès le commencement, il l’est encore, et infecte les hommes, parce qu’il sait que, par le régime extérieur des astres, ils sont tombés dans son attrait magique. 11 est donc un empoisonneur constant de la complexion et où il flaire une étincelle qui lui sert, il la présente sans cesse à l’homme ; si celui-ci y porte son imagination, il l’infecte aussitôt.
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19. C’est pourquoi il est dit : Veillez, priez, soyez sobres, menez une vie tempérante ; car Satan, votre adversaire, tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (I Pierre V : 8). Ne recherchez donc pas l’avarice, l’argent, le bien, la puissance et les honneurs, car en Christ nous ne sommes pas de ce monde. Christ alla au Père soit dans l’Être divin, afin que, de nos cours, de nos sens et de notre volonté, nous le suivissions ; alors il sera avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde (Math. XXVI11 : 20) ; mais non dans la source de ce monde. Nous devons sortir de la source de ce monde, de l’homme terrestre, et abandonner notre volonté à la volonté de Christ, introduire notre imagination et notre désir en lui ; alors nous devenons enceintes dans sa virginité qu’il a de nouveau animée en nous et recevons la parole qui se mut en lui, dans notre virginité enfermée dans la mort : nous naissons de nouveau en Christ en nous-mêmes. Car de même que la mort pénétra en nous tous par Adam, de même pénétra en nous tous, par Christ, le Verbe de la vie : la motion de la divinité dans l’incarnation de Christ subsiste encore et est ouverte à tous les hommes ; il ne manque que la volonté d’entrer, l’homme se laisse retenir par le démon. Christ ne peut avant quitter son siège et faire son entrée en nous, lorsque nous renaissons en lui, car l’Être divin, dans lequel il naquit, renferme en tout espace et en tout lieu l’autre principe. Partout où l’on peut dire Dieu est là présent, on peut dire de même là est aussi présente l’incarnation de Christ ; car elle s’est manifestée en Marie et inqualifie ainsi en arrière d’elle jusqu’à Adam, et devant soi jusqu’au dernier homme.

20. Maintenant, la raison dit : la foi l’atteint seule. Oui, certes, dans la vraie foi commence la grossesse, car la foi est esprit et désire la substance, et la substance est sans cela en tous les hommes ; il ne manque autre chose, sinon qu’elle saisisse l’esprit de la foi ; et s’il est saisi, le beau lys fleurit et croît ; non-seulement un esprit, mais encore l’image virginale passe de la mort à la vie. La verge d’Aaron, qui est sèche, verdit de l’aride mort et prend corps de cette mort : de la virginité demi-morte, la belle et nouvelle vie virginale. La verge sèche d’Aaron signifiait cela ; de même le vieux Zacharie, Abraham et sa vieille Sara ; lesquels, selon le monde extérieur, étaient tous comme demi-morts et stériles. Mais la promesse, dans la nouvelle naissance, devait le faire, la vie devait verdir de la mort. Non le vieil Adam qui était terrestre, doit être seigneur ; non plus Esaü, le premier né, auquel cependant l’héritage aurait appartenu si Adam avait subsisté ; mais l’autre Adam, Christ, qui verdit du premier par la mort, doit demeurer Seigneur. Non l’homme ou la femme doit posséder le royaume de Dieu, mais la vierge qui est engendrée de la mort de l’homme et de la femme, doit être reine des cieux. Un sexe, non deux, un arbre, non plusieurs. Christ fut le tronc, parce qu’il fut la racine du nouveau corps qui verdit de la mort ; qu’il tira de la mort, comme une belle branche, la vierge demi-tuée. Nous tous sommes les branches et reposons tous sur un tronc qui est Christ.

21. Ainsi, nous sommes les branches de Christ, ses rameaux, ses enfants, et Dieu est à nous tous et aussi le Père de Christ ; nous vivons, nous nous mouvons et nous reposons en lui ; mais en tant que nous naissons de nouveau ; car c’est dans l’esprit de Christ que nous renaissons. Lequel, en Marie, en l’humanité morte, devint un homme vivant, sans l’attouchement d’un homme. C’est lui aussi qui, en nous-mêmes, dans notre virginité morte, devint un nouvel homme. Il ne manque désormais qu’une chose, c’est que nous jetions le vieil Adam ou l’enveloppe dans la mort, que la source de la vie terrestre s’en aille de nous et qu’ainsi nous sortions du domaine du diable.

22. Et pas même cela, car le vieil Adam ne doit pas être ainsi totalement rejeté, mais seulement l’enveloppe, la couverture dans laquelle la semence est cachée ; l’homme nouveau doit, de la vieille essence, verdir dans la motion divine, comme une tige hors du grain, ainsi que nous l’enseigne Christ. C’est pourquoi l’essence doit être jetée dans la colère divine, être persécutée, tourmentée, méprisée et succomber sous la croix ; car c’est du feu de la colère divine que le nouvel homme doit, verdir ; il doit être éprouvé par le feu ; nous étions échus à l’essence de la colère, mais l’amour de Dieu se plaça dans la colère et l’éteignit dans le sang de la substantialité céleste dans la mort de Christ ; ainsi la colère retint l’enveloppe ou l’homme corrompu, entendez la source terrestre, et l’amour retint l’homme nouveau ; c’est pourquoi nul homme ne doit plus répandre de sang céleste, mais le terrestre, mortel seulement. Christ uniquement, conçu sans homme et femme, pouvait le faire ; car dans sa céleste substantialité ne se trouvait point de sang terrestre ; il répandit son sang céleste parmi le terrestre, afin de nous délivrer, nous autres pauvres hommes terrestres, de la fureur ; son sang céleste dut, lors de sa crucifixion, se mêler avec le terrestre pour que la turba, dans la terrestréité en nous, qui nous tenait captifs, fut noyée et la colère éteinte par l’amour du sang céleste. Il abandonna, pour nous, sa vie à la mort, alla pour nous en enfer, dans la source de feu du Père, et de l’enfer, de nouveau en Dieu, pour briser la mort, noyer la colère et nous frayer le chemin. Lorsque Christ fut suspendu à la croix et y mourut, nous y fûmes suspendus avec lui et en lui-, et mourûmes en lui ; nous ressuscitâmes aussi avec lui et vivons éternellement en lui, comme un membre au corps. C’est ainsi que la semence de la femme a écrasé la tête du serpent : Christ l’a fait en nous et nous en lui : l’essence divine et l’essence humaine l’ont fait.

23. Il ne s’agit plus maintenant, pour nous, que de le suivre : Christ a bien brisé la mort et éteint la colère ; mais si nous voulons devenir semblables à son image, nous devons le suivre aussi dans sa mort, charger sa croix sur nous, nous laisser persécuter, mépriser, moquer et tuer. Car la vieille enveloppe appartient à la colère de Dieu ; elle doit être balayée, parce que non le vieil homme, mais le nouveau doit vivre en nous ; l’ancien est abandonné à la colère ; car de la colère fleurit le nouveau, comme la lumière luit du feu. Le vieil Adam doit ainsi servir de bois pour le feu, afin que le nouveau verdisse dans la lumière du feu, car il faut qu’il subsiste dans le feu. Rien de ce qui ne peut résister au feu et qui n’en tire pas son origine n’est éternel.

24. Notre âme est née du feu divin et le corps du feu de la lumière ; entends cependant toujours, quant au corps, une substantialité passive, qui n’est pas esprit, mais un feu essentiel ; l’esprit est beaucoup plus élevé, car son origine est le feu de la fureur, de la source de la fureur, et sa vraie vie ou corps, qu’il a en lui, est la lumière de la douceur ; cela demeure dans le feu et donne au feu sa douce nourriture ou amour ; sans quoi, le feu ne subsisterait pas, il veut avoir à dévorer. Car Dieu le Père dit : je suis un Dieu colérique, jaloux, furieux, un feu dévorant (Deut., IV : 24) ; et se nomme pourtant aussi un Dieu miséricordieux, aimant (I, Job, IV : 8), selon sa lumière, selon son cour. C’est pourquoi il dit : je suis miséricordieux, car dans la lumière naît l’eau d’éternelle vie qui éteint le feu et la fureur du Père.


Voir en ligne : Jacob Boehme

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