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La Charité profanée

Borella : La conviction du moi

La tripartition anthropologique

lundi 1er décembre 2014

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

L’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
affective constitue le domaine du « moi » ; mais on peut déjà comprendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
que le moi ego
egoísmo
egoism
egoisme
le moi
le mien
« Je »
est « engendré » par la conviction d’être affecté, ou, si l’on veut, « concerné » : ce qui est « moi », c’est ce qui est « touché ». Le moi surgit à la blessure de l’âme. En effet, lorsque quelque chose atteint l’âme, l’âme se découvre comme ce qui est visé, donc comme différente de ce qui vient vers elle, donc comme un centre centre
centro
center
d’intériorité face à un environnement d’extériorité. Telle est la « conviction du moi ». Une âme totalement inaffectée n’aurait aucune conviction du moi, et ne distinguerait aucunement entre un intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
et un extérieur. C’est probablement le cas de l’âme d’un arbre. Au contraire, si par exemple nous essuyons des moqueries, des sarcasmes ou des reproches, ou si quelque chose nous menace, alors un point dans notre poitrine devient soudain sensible, « nous recevons un coup au cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
 », le sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
du moi éclate douloureusement en nous, et notre main se porte porte
porta
puerta
gate
door
au centre de la poitrine pour nous étonner ou nous accuser [1].

Cependant, le simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
fait que l’âme soit « affectable » ne suffit pas à expliquer l’apparition Erscheinung
apparition
manifestação
aparecimento
apariencia
appearance
Erscheinende
aparição
du moi. Il y faut la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
de cette « affectabilité ». Cette connaissance est d’ailleurs présupposée dans tout le cours de la description précédente. L’affectivité n’est pas seulement ressentie, elle est aussi connue et pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
, sans quoi d’ailleurs nous ne pourrions même pas en parler. Une affectivité purement ressentie serait un simple fait, incapable d’engendrer la conviction du moi, et qui paraîtrait tout aussi « objectif et naturel qu’un processus chimique à l’intérieur d’une cellule. Il faut non seulement l’affectivité comme « matière matière
matéria
matter
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
 » du moi, mais encore Vidée de cette affectivité pour lui donner « forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
 ». Le moi, c’est l’affectivité pensée, c’est-à-dire, non plus un fait, mais une structure Struktur
structure
estrutura
struktural
structural
estrutural
. En effet, penser l’affectivité, c’est faire ce que nous avons fait tout à l’heure, c’est formuler la structure intelligible intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
(ou conceptible) qui est sous-jacente à l’expérience expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
affective : en pensant l’expérience affective, l’âme « se pense elle-même » comme centre intérieur opposé à un environnement extérieur, et voilà le moi. L’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
de centre d’intériorité ne vient pas de l’affectivité comme telle, mais de la pensée qui seule est vraiment « intérieure » relativement au monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
des énergies psychiques, parce que seule elle en est vraiment distincte, n’étant point une force, mais une lumière Licht
lumière
luz
light
phos
. C’est donc sa propre « situation » qu’elle projette en quelque sorte sur l’expérience qu’elle pense. Et pourtant la pensée pure, réduite à elle-même, n’engendrerait pas non plus la conviction du moi. Une telle pensée, en effet, n’est pas, en elle-même « subjective », elle ne se pose pas comme un sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
, elle est simplement conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
(ou connaissance), et, comme telle, elle est objective, transparente, neutre : la pensée d’un triangle ou la pensée d’un sentiment, ne recèle, par elle-même, aucune affirmation du moi. La conscience n’est rien d’autre, à ce niveau, que la propriété qu’a le psychisme humain de se connaître lui-même. Si bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que paradoxalement, c’est l’objet de la conscience, le psychisme affectif qui, sous la lumière de la conscience, apparaît comme une subjectivité subjectivité
objectivité
subjetividade
objetividade
subjectividad
objectividad
subjectivity
objectivity
Subjektivität
Objektivität
. Notre description met ainsi en évidence evidência
évidence
evidence
evidente
evidencia
evident
l’ambiguïté du moi ; la conscience ne pouvant se séparer de l’objet qu’elle connaît, le moi qui surgit de leur union déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
, se présente tantôt comme sujet pensant (la conscience), tantôt comme sujet existant (l’âme affective). La subjectivité est vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
à la fois comme le pôle conscience de notre être et comme le pôle être de notre conscience.


Voir en ligne : Jean Borella


[1Ce n’est pas sans raison que l’âme affective a été mise en rapport (chez Platon par exemple) avec la poitrine, et l’âme végétative avec le ventre.