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La Charité profanée

Borella : Animus

La tripartition anthropologique

lundi 1er décembre 2014, par Murilo Cardoso de Castro

Si nous représentons le psychisme par l’eau, on pourra figurer la conscience pensante comme une lumière reflétée dans l’eau et la pénétrant, au moins jusqu’à un certain degré de profondeur. Cette image a le mérite de montrer que la pensée est immanente au psychisme, et cependant qu’elle s’en distingue puisqu’elle n’est pas de l’eau. Cette lumière psychique nous semble correspondre au terme latin : animus, et nous l’appellerons : âme mentale. R. Guénon a souligné que le mot mental (du latin mens) comprend la racine indo-européenne men ou man, qui désigne l’homme. En effet, la conscience mentale caractérise l’homme comme tel, et le distingue de tous les autres êtres.

Il n’est pas aisé de définir l’âme mentale. Il s’agit de la modalité cognitive du psychisme. Nous utiliserons, pour la décrire, l’image du miroir, car la nature spécifique de cette connaissance nous paraît être son caractère indirect. Le mental « réfléchit » ce qu’il connaît, ou encore, connaître, pour lui, c’est réfléchir son objet de connaissance. Le mental (ou la pensée) ne pénètre pas l’objet dans son essence propre, mais c’est bien plutôt l’objet qui « pénètre » en lui, non en tant que tel, mais comme une abstraction. L’objet « informe » l’âme cognitive, mais, en recevant en elle cette information, l’âme la revêt de sa propre nature subtile. Entendons-nous bien : ce qui est connu, ce n’est pas l’abstraction, c’est l’objet ; mais cet objet est connu par mode d’abstraction. Si l’on veut, le mental est le « milieu de réfraction » que traverse l’objet pour être connu.

La connaissance s’effectue donc par « impression mentale » ; le mental est le miroir réfléchissant du monde. Ainsi que nous l’avions déjà observé à propos de la culture, ce caractère indirect ou réfléchissant de la connaissance humaine introduit entre l’homme et le monde ce que Ruyer appelle une « distance psychique » [1] qui fonde la possibilité du symbole. L’intelligible, ou plutôt, à ce niveau, faudrait-il dire le conceptible, n’existe pas seulement dans les choses, mais aussi en quelque sorte, « en lui-même », grâce à la connaissance humaine, dont on peut dire, d’une certaine manière, qu’elle actualise, à l’état séparé, la modalité intelligible des choses. Il ne s’agit pas seulement de « penser quelque chose », mais de penser à quelque chose, ou sur quelque chose. Cette possibilité du symbole se réalise essentiellement dans le langage, qui ne consiste pas principalement à exprimer quelque chose, ce que fait l’animal, mais à parler de quelque chose, ce dont aucun animal n’est capable [2]. Et, puisque parler de quelque chose, c’est parler de quelque chose qui est « absent » et que, pour cette raison, on représente, on voit que la connaissance mentale implique non seulement la pensée conceptuelle, mais encore la mémoire et l’imagination, fonction de l’absence dans le temps et dans l’espace. Tout cela, c’est animus.


Voir en ligne : Jean Borella


[1Cf. R. Ruyer, L’Animal, l’Homme et la Fonction symbolique, Gallimard, 1964.

[2Op. cit., p. 95. Toutes les discussions sur le langage animal repose soit sur un malentendu, soit sur le désir d’étonner les ignorants.