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PSYCHANODIA

Couliano : Hénoch

mardi 2 juin 2015, par Murilo Cardoso de Castro

Extraits de PSYCHANODIA, de Ioan Couliano

Les informations de la Genèse 5,18-24 sur Hénoch ont créé une riche série d’interprétations légendaires autour de la figure mystérieuse du patriarche ravi par Dieu. Il est capable de monter aux cieux pour apprendre les secrets astronomiques, pour contempler le monde divin et s’informer sur la venue du Sauveur et la fin des temps. Il est dépositaire de toutes les doctrines secrètes, instruit de tout ce qui se passe sur la terre et dans les cieux, dans le passé, le présent et l’avenir. Selon les Jubilés (4,23), Hénoch a été établi dans le jardin d’Éden comme écrivain-archiviste des jugements de Dieu. Il est le héros culturel qui a enseigné aux hommes l’écriture, les sciences et la sagesse — surtout l’astronomie et le calendrier. Grand visionnaire, connaisseur de tout ce qui arrive dans le visible et l’invisible, on lui attribue aussi la plainte contre les anges qui ont eu commerce avec les filles des hommes. Dans 2 Hénoch, il est promu par Dieu, à travers l’archange Vrevoël, au rang d’écrivain céleste. Il a été le premier à être initié par un ange (et ensuite par Dieu lui-même) aux secrets de la Création (ma’aseh bereshîth) et du Cosmos (ma’aseh merkâbâh). Selon le Testament d’Abraham, il est l’ange-écrivain dont les Cherubim transportent les livres où sont inscrits les péchés des hommes. Il transmet à Dieu les prières des anges et des hommes, il porte même le titre mystérieux de « Fils de l’Homme ». Il est aussi le centre, le chef des Justes aux cieux.

Dans les textes tardifs, provenant de la Babylonie amoraïque, Hénoch est identifié à l’ange Métatron : « Hénoch... a été emporté par le Verbe de Dieu et a été établi aux cieux et s’est appelé dorénavant Métatron, le Grand Écrivain ». Cette tradition forme un des noyaux du récit du livre hébreu d’Hénoch (après 250). Hénoch-Métatron y apparaît au début comme angelus interpres qui dévoile les secrets du septième ciel, ’Araboth, au R. Yishmael b. Elisha. Il y a été délégué par Dieu (3 H en. 1,4-6) et il reçoit le titre de sar ha-panim, « Prince du Visage » ou « de la Présence » de Dieu. En réalité, il est Hénoch lui-même, qui a été élevé à cette dignité angélique contre les protestations des « vieux » anges Uzza, Azza et Azzaël. C’est pourquoi, à cause de sa fulgurante carrière, on l’appelle na’ar, « jeune ». Enfin, parce qu’il est le seul habitant des cieux qui soit né d’une femme, il est appelé « unique parmi les fils des cieux ». Appelé aussi YHWH HQTWN, « Petit Yahwé », il a 70 noms, qui correspondent aux 70 noms de Dieu et aux 70 peuples de la terre. Il est pourvu de 72 ailes, dont chacune a les dimensions du monde entier. Chacun de ses 365 yeux est grand comme le Soleil, son être est de feu, son trône ressemble à celui de Dieu, sa couronne a 49 pierres précieuses sur lesquelles sont inscrits les noms magiques de la Création du monde. En tant que Prince des anges, il est aussi chef des anges des peuples, qualité qui lui confère le titre de SR H’WLM, « Prince du Monde ». Le nom de Métatron est tout particulièrement lié à la légende de l’entrée des quatre au pardes. Elisha b. Abuya, surnommé Aher (« Autre »), devient, d’après ces récits, le champion de l’hérésie dithéiste, car en voyant le trône de Métatron et l’ange-écrivain qui l’occupe, il ne peut pas réprimer cette pensée : « Peut-être — Dieu pardonne ! — y a-t-il deux Puissances ». Métatron, qui a involontairement induit en erreur Aher pour ne pas s’être levé de son trône en présence du Seigneur, sera puni devant l’assemblée angélique.

Le récit concernant Métatron ne paraît qu’une addition tardive à la légende des quatre qui entrèrent au pardes. Cela n’empêche pas que la figure d’un lieutenant de Dieu soit beaucoup plus ancienne : le gardien céleste d’Israël, l’ange qui préside au Jugement, l’écrivain céleste ou l’ange psychopompe ont déjà une place spéciale dans le Livre éthiopien d’Hénoch, dans le Livre de Daniel et dans les Jubilés. Michaël surtout, l’archange du peuple juif, a une importance toute particulière dans la littérature apocalyptique et dans les spéculations rabbiniques. Dans l’Hénoch éthiopien, une place marquante est réservée à Uriel ; ailleurs, c’est Yahoël qui reçoit une attention spéciale. Mais ce sont surtout deux autres figures angéliques qui semblent avoir assumé un rôle de premier plan à l’époque qui nous intéresse : Melchisedek et (Ye)remiel.


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