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Ramana Maharshi et l’Expérience de l’Être

Ramana : enseignement et méthode

Maria Burgi-Kyriazi

mercredi 14 février 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

En effet, il nous est impossible de vivre, de sentir ou d’agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
sans prononcer le mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
« je ». Chacun dit ‘je pense, je désire, je suis...’. Ce que le terme de « je » dénote est donc une existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
évidente par elle-même. Mais nous sommes-nous jamais demandé ce que ce mot renferme ? Le conseil invariable de Râmana Maharshi est que chacun doit se demander : ‘Qui est-ce « je » ?’ et arriver ainsi à découvrir par lui-même le « Je » réel Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
. Chacun dit ‘je vais, je viens’ etc. C’est une expérience expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
de tous les jours qui nous fait penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
facilement que la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
du « je » est le véritable sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
. Mais quelle est cette conscience et quel est le sujet ? Des actions telles que d’aller ou de venir concernent presque exclusivement le corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
et lorsque l’on dit ‘je vais’ ou ‘je viens’ cette assertion nous mène aisément à la pensée que c’est le corps qui est le « je ». Toutefois, le corps en lui-même [76] est inerte. Comment pourrait-il être en vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
le « je » ? Le corps n’existait pas avant d’être né, et il ne sera qu’un cadavre après la mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
. Il est donc assez facile de comprendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
que le corps n’est pas le « Je ». Qu’en est-il cependant de la conscience du « je » ? (Self Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
Inquiry, n° 2-3).

On pourrait alors se tourner vers le mental esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
, cette force mystérieuse qui réside dans le Soi et qui produit toutes les pensées, qui, d’autre part, est faite d’elles et donc de même nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
. (« Who am I », n° 8). Mais là encore, en contemplant l’activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
normale, quotidienne de l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, la première pensée à poindre sera celle du « je » (de l’égotisme). Il y a donc lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de chercher d’abord d’où provient celle-ci.

Abandonnez toutes les pensées touchant le corps ou l’univers Univers
Universo
Universe
phénoménal. Ne tâchez pas de découvrir pourquoi et comment ces phénomènes apparaissent. Cherchez toujours à ne dévoiler verhüllen 
voiler
velar
ocultar
veil
conceal
voilemente
obnubilation
vilaya
tirodhana
que la nature réelle de votre soi-même. Le Soi ou Conscience peut être réalisé par l’interrogation dans le mental : « Qui suis-je ? » Laissez le corps rester inerte comme un cadavre, sans même prononcer le mot « je ». C’est à ce moment qu’une illumination illumination
enlightenment
iluminação
iluminación
Brahma-vidyā
silencieuse de la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
d’un « Je-Je » pourrait briller dans le Cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
hŗdaya
. [1] C’est dire que, une fois disparues les pensées contingentes et bornées, la conscience pure, qui est Une et non limitée, peut briller de son propre éclat. (« Self Inquiry » n° 3).

En restant tranquille et sans abandonner cet exercice, qui doit se faire continuellement et sans interruption, l’égotisme, la pensée que je suis le corps, va se détruire complètement et, pour finir, même la pensée ‘qui suis-je’ va s’éteindre comme le camphre que le feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Agni
têjas
tejas
brûle sans laisser de cendres. C’est à ce moment que la réalisation du Soi aura lieu. (« Self Inquiry » n° 3). C’est par la recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
de ‘qui suis-je ?’ que la pensée même de ‘qui suis-je ?’ va détruire toutes les autres. Et à la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
elle va s’anéantir elle-même, comme le bâton qu’on emploie pour remuer le feu du bûcher brûlant. (« Who am I » n° 10).

[77] Le mental, tout en étant une force mystérieuse, n’est pas différent de l’égo. Il sort par les sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
et jouit des expériences. Il s’identifie par là avec le corps. C’est pourquoi il doit faire « retour en arrière », s’intérioriser, chercher sa nature et sa source, et cela doit être une investigation ferme et continuelle. Il est vrai que lorsqu’on explore l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
du « je », mille pensées inutiles, des doutes ou des questions vont se présenter à l’esprit et se dresser en autant d’obstacles. Ne tâchez pas de comprendre ces pensées ou d’éclaircir ces doutes, ne tâchez pas de donner une réponse. Demandez-vous simplement : ‘A qui ces pensées sont-elles adressées ?’ La réponse étant évidemment ‘à moi’, on revient tout de suite à la question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
‘qui suis-je ?’ et le mental fait « retour en arrière », « il rentre en sa source », et la pensée qui fut dressée en obstacle s’est évanouie. (« Who am I ? » n° 11). Ces pensées doivent être détruites sur-le-champ par la recherche, et à la place même où elles sont nées. (Cahier de S. Pillai et « Who am I » n° 19).

Ce qui se dresse dans le corps comme « je » c’est le mental. Si, d’autre part, on demande où, dans quelle partie du corps surgit la pensée du « je », on va découvrir que c’est dans le Cœur. C’est ici le lieu d’origine du mental, et même lorsque quelqu’un est arrivé à penser constamment « je-je », il sera amen Amen
Amém
Āmēn
Āmyn
é à cette place. De toutes les pensées qui surgissent dans le mental, la première est celle du « je ». C’est après elle seulement que toutes les autres surgissent. (« Who am I » n° 9). Il est toutefois nécessaire que le mental s’exerce à y rester jusqu’à destruction de la pensée « je » qui est en même temps la forme de l’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
ajñāna
ajnana
tamas
qui réside dans le Cœur. (« Self Inquiry » n° 36). Elle sera obtenue par des exercices répétés pour éliminer les obstacles qui s’interposent. Ainsi le mental développera sa capacité de rester dans sa source sans divaguer ni être pris dans le filet des pensées qu’il a créées lui-même. C’est alors qu’il pourra devenir fort et ‘ramassé dans la finesse d’une pointe’ et que la recherche du Soi deviendra facile. Par la recherche du ‘qui suis-je ?’ le mental s’établit dans son propre état pur et devient apaisé.


Voir en ligne : RAMANA MAHARSHI


[1Le terme de cœur est très souvent employé par Maharshi qui lui donne plusieurs interprétations. Le sens profond paraît en être qu’il symbolise le Soi, puisque le cœur est considéré comme le centre de l’homme.

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