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L’INCARNATION

Michel Henry : le corps et la chair

Introduction

dimanche 25 février 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Original

Un corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
inerte semblable à ceux qu’on trouve dans l’univers Univers
Universo
Universe
matériel matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
— ou encore qu’on peut construire en utilisant les processus matériels arrachés à celui-ci, en les organisant et en les combinant selon les lois de la physique -, un tel corps ne sent et n’éprouve rien. Il ne se sent pas et ne s’éprouve pas lui-même, il ne s’aime ni ne se désire. Encore moins sent-il ou éprouve-t-il, aime-t-il ou désire-t-il aucune des choses qui l’entourent. Selon la remarque profonde de Heidegger Heidegger Martin Heidegger (1889-1976), philosophe allemand , la table ne « touche » pas le mur contre lequel elle est placée. Le propre d’un corps comme le nôtre, au contraire, c’est qu’il sent chaque objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
proche de lui ; il perçoit chacune de ses qualités, il voit les couleurs, entend les sons, respire une odeur, mesure du pied la dureté d’un sol, de la main la douceur acceptation
aceitação
acceptación
douceur
mansidão
souplesse
mou
flexibilité
d’une étoffe. Et il ne sent tout cela, les qualités de tous ces objets qui composent son environnement, il n’éprouve le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
qui le presse de toute part, que parce qu’il s’éprouve d’abord lui-même, dans l’effort qu’il accomplit pour gravir la ruelle, dans l’impression expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
de plaisir plaisir
prazer
pleasure
hedone
kama
kāma
kâma
amour du plaisir
philedonía
en laquelle se résume la fraîcheur de l’eau eau
água
water
hydro
ou du vent.

Cette différence entre les deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
corps que nous venons de distinguer — le nôtre qui s’éprouve soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
en même temps qu’il sent ce qui l’entoure d’une part, un corps inerte de l’univers d’autre part, qu’il s’agisse d’une pierre sur le chemin Weg
chemin
caminho
way
camino
ou des particules micro-physiques censées la constituer -, nous la fixons dès maintenant dans une terminologie appropriée. Nous appellerons chair chair
sarx
carne
carnal
carnalidade
carnalidad
carnality
charnel
le premier, réservant l’usage du mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
corps au second. Car notre chair n’est rien d’autre que cela qui, s’éprouvant, se souffrant, se subissant et se supportant soi-même et ainsi jouissant de soi selon des impressions toujours renaissantes, se trouve, pour cette raison, susceptible de sentir le corps qui lui est extérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
, de le toucher aussi bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que d’être touché par lui. Cela donc dont le corps extérieur, le corps inerte de l’univers matériel, est par principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
incapable.

L’élucidation de la chair constituera le premier thème de notre recherche Untersuchen
rechercher
recherche
investigar
investigação
investigación
investigation
anvīksikī
anviksiki
anvesanā
observation
examen
. Nous voulons parler des êtres incarnés que nous sommes, nous les hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, de cette condition singulière qui est la nôtre. Mais cette condition, le fait d’être incarné, ce n’est rien d’autre que l’incarnation incarnation
sárkosis
encarnação
encarnación
. Seulement l’incarnation ne consiste pas à avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
un corps, à se proposer de la sorte comme un « être corporel » et à ce titre matériel, partie intégrante de l’univers auquel on décerne le même qualificatif. L’incarnation consiste dans le fait d’avoir une chair — davantage peut-être : d’être chair. Des êtres incarnés ne sont donc pas des corps inertes qui ne sentent et n’éprouvent rien, n’ayant conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
ni d’eux-mêmes ni des choses. Des êtres incarnés sont des êtres souffrants, traversés par le désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
concupiscence
convoitise
et la crainte Furcht
Furchtbar 
peur
redoutable
temor
medo
fear
miedo
frayeur
crainte
, ressentant toute la série des impressions liées à la chair parce que constitutives de sa substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
— une substance impressionnelle donc, commençant et finissant avec ce qu’elle éprouve.

Définie par tout ce dont un corps se trouve dépourvu, la chair ne saurait se confondre avec lui, elle en est bien plutôt, si l’on peut dire, l’exact contraire. Chair et corps s’opposent comme le sentir et le non-sentir — ce qui jouit de soi d’un côté ; la matière aveugle, opaque, inerte de l’autre. Si radicale est cette différence que, pour évidente qu’elle paraisse, il nous est très difficile, voire impossible, de la penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
véritablement. Et cela parce qu’elle s’établit entre deux termes, dont l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
, en fin de compte, nous échappe. S’il nous est aisé de connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jnāna
jnana
notre chair pour autant qu’elle ne nous quitte jamais et nous colle à la peau sous la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de ces multiples impressions de douleur douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
et de plaisir qui nous affectent sans cesse, en sorte que chacun en effet sait très bien, d’un savoir Wissen
saber
savoir
absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
et ininterrompu, ce qu’est sa chair — même s’il n’est pas capable d’exprimer ce savoir conceptuellement — tout autre est notre connaissance des corps inertes de la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
matérielle : elle vient se perdre et s’achever dans une ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
ajñāna
ajnana
tamas
complète.

Nougué

Um corpo inerte semelhante aos que se encontram no universo material — ou ainda os que se podem construir utilizando os processos materiais extraídos deste, organizando-os e combinando-os segundo as leis da física -, tal corpo não sente nem experimenta nada Nichts
néant
nada
nothing
VOIRE vide
. Ele não se sente nem se experimenta a si mesmo, não se ama nem se deseja. Nem, menos ainda, sente ou experimenta, ama ou deseja nenhuma das coisas que o cercam. Segundo a observação profunda de Heidegger, a mesa não “toca” a parede contra a qual está colocada. O próprio de um corpo como o nosso, ao contrário, é que ele sente cada objeto próximo de si ; percebe cada uma de suas qualidades, vê as cores, ouve os sons, inspira um odor, calcula com o pé a dureza de um chão, com a mão a suavidade de um tecido. E só sente tudo isso, as qualidades de todos esses objetos que compõem seu ambiente, só experimenta o mundo que o pressiona por todos dos lados, porque se experimenta antes de tudo a si mesmo, no esforço que faz para subir a ruela, na impressão de prazer em que se resume o frescor da água ou do vento.

Essa diferença entre os dois corpos que acabamos de distinguir — o nosso, que, por um lado, se experimenta a si mesmo ao mesmo tempo que sente o que o cerca e, por outro, um corpo inerte do universo, seja ele uma pedra no caminho ou as partículas microfísicas que se supõe a constituem —, nós a fixamos a partir de agora numa terminologia apropriada. Chamaremos carne ao primeiro, reservando o uso da palavra corpo para o segundo. Pois nossa carne não é senão isto que, experimentando-se, sofrendo-se, padecendo-se e suportando-se a si mesmo e, assim, desfrutando de si segundo impressões sempre renascentes, é, por essa mesma razão dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
, [12] suscetível de sentir o corpo que lhe é exterior, de tocá-lo, bem como de ser tocado por ele — coisa de que o corpo exterior, o corpo inerte do universo material, é, por princípio, incapaz.

A elucidação da carne constituirá o primeiro tema de nossa investigação. Queremos falar dos seres encarnados que somos nós, os homens, desta condição singular que é a nossa. Mas esta condição, o fato de ser encarnado, nada mais é que a encarnação. Sucede, porém, que a encarnação não consiste em ter um corpo, em se propor desse modo como um “ser corporal” e, portanto, material, parte integrante do universo a que se confere o mesmo qualificativo. A encarnação consiste no fato de ter uma carne ; mais, talvez : de ser carne. Seres encarnados não são, pois, corpos inertes que não sentem e não experimentam nada, sem consciência de si mesmos nem das coisas. Seres encarnados são seres padecentes, atravessados pelo desejo Wunsch
envie
querença
desejo
Wünschen
wishing
longing
ânsia
pleonexia
e pelo medo, e que sentem toda a série de impressões ligadas à carne porque estas são constitutivas de sua substância — uma substância impressionai, portanto, que começa e termina com o que experimenta.

Definida por tudo aquilo de que um corpo se acha desprovido, a carne não poderia confundir-se com ele ; ela é antes, por assim dizer, o exato contrário. Carne e corpo opõem-se como o sentir e o não sentir — o que desfruta de si, por um lado ; a matéria cega, opaca, inerte, por outro. Tão radical é essa diferença, que, por mais evidente evidência
évidence
evidence
evidente
evidencia
evident
que pareça, nos é muito difícil, e até impossível, pensá-la verdadeiramente. E isso porque ela se estabelece entre dois termos, um dos quais, afinal de contas, nos escapa. Se nos é fácil conhecer nossa carne porque ela não nos deixa nunca e se cola à nossa pele na forma dessas múltiplas impressões de dor e de prazer que nos afetam sem cessar de modo que cada um, com efeito, sabe muito bem, com um saber absoluto e ininterrupto, o que é sua carne — ainda que não seja capaz de exprimir conceptualmente esse Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
saber -, totalmente diverso é nosso conhecimento dos corpos inertes da natureza material : ele vem perder-se e terminar numa ignorância completa.


Voir en ligne : MICHEL HENRY

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