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NOTES SUR LES TRIGRAMMES

Jean-Louis Grison : Roue des Trigrammes

Études Traditionnelles

samedi 3 mars 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Considérons à présent les quatre quatre
quaternité
quaternidade
cuatro
cuaternidad
four
quaternity
fourfoldness
axes formés par les diamètres unissant deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
à deux les trigrammes trigrammes
trigramme
hexagrammes
hexagramme
trigrama
trigramas
hexagrama
hexagramas
trigrams
trigram
hexagrams
hexagram
 :

Bagua

l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
de ces axes a un rôle privilégié, celui de substitut « horizontal » de l’Axe du Monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
 : c’est l’axe Sud point cardinal
points carinales
ponto cardeal
pontos cardeais
cardinal direction
cardinal directions
punto cardinal
puntos cardinales
Nord
Norte
North
Sud
Sul
South
o Este
Leste
East
Ouest
Oeste
West
-Nord, k’ien-k’ouen, dans la disposition Befindlichkeit
disposibilité
disposição
encontrar-se
sentimento-de-situação
attunement
disposedness
disposition
entender-de
de Fou-hi que [220] nous envisageons seule présentement [1]. Cet axe peut être considéré comme issu de la projection sur l’horizon de l’axe des pôles célestes autour duquel évolue l’univers Univers
Universo
Universe
. Les deux koua qu’il joint sont en effet formés, l’un de trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
traits pleins (k’ien), l’autre de trois traits brisés (k’ouen). Ce sont les images sans mélange du Ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
et de la Terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
 ; ils sont en fait « en dehors » de la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
, au sein Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
de laquelle ils figurent néanmoins sous la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de « reflets » de la perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
active (k’ien) et de la perfection passive (k’ouen). Qu’on envisage d’ailleurs ces deux termes dans leur signification la plus haute, qui est celle de la première différenciation de la Perfection totale, ou qu’on les considère seulement comme l’expression, dans un domaine particulier, de celle détermination initiale, il reste que la Perfection doit se manifester de quelque manière dans l’univers, car l’imperfection pure identifierait ce dernier au néant Nichts
néant
nada
nothing
VOIRE vide
. En fait, on peut dire que les deux « perfections » témoignent de la Présence Anwesenheit
présence
parousia
presença
presence
parusía
de la Réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
absolue apparaissant dans le monde sous un aspect céleste et sous un aspect terrestre.

A cet égard, il convient de noter le rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
certain entre cet axe Sud-Nord et la Voie Tao
Dao
la Voie
The Way
(Tao), qui est proprement l’Absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
envisagé, à la fois en tant que Source de l’univers et Refuge de l’univers. Ce diamètre est l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
de l’Axe polaire qui mène à l’Etoile immuable. II est très remarquable aussi que Wen-wang ait rapproché du caractère k’ien son fils
filho
hijo
son
célèbre « tétragramme » (yuan, heng, li, tch’eng), que Matgioi traduit par « cause causa
cause
aitia
aitía
aition
initiale, liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
, perfection » [2], et qui évoque aussi sans aucun doute le cycle de la production Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
et de la réintégration de l’univers. Un symbolisme symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
tout à fait semblable doit d’ailleurs être attribué à la légende du Dragon dragon
dragão
dragón
long
nāga
, mis en relation avec les six traits de l’hexagramme de la Perfection [221] active : chacun correspond à un stade de la manifestation du Dragon, qui est l’emblème du Verbe se révélant dans l’univers et se résorbant dans l’état principiel.

Les autres diamètres sont déterminés par deux trigrammes traduisant également, mais à un degré moindre, le complémentarisme des deux pôles, Ciel et Terre, puisque deux koua opposés comportent ensemble, trois traits continus et trois traits brisés. Il est nécessaire en effet que l’Axe céleste se reflète dans tous les aspects de la manifestation, quoique d’une manière de plus en plus voilée à mesure qu’on s’éloigne de la perspective principielle. L’axe Ouest-Est forme, avec l’axe Sud-Nord, la croix croix
cruz
cross
la plus importante ; on peut dire que, si l’axe Sud-Nord est « relativement vertical » l’axe Est-Ouest est l’axe horizontal principal qui lui est lié, de sorte qu’il peut dans certains cas être considéré comme la « trace » du plan de manifestation. Or le trigramme de l’Est, li — qui est plus céleste que terrestre, encore qu’en lui la Terre soit centrale et comme « enveloppée » par le Ciel — symbolise la lumière Licht
lumière
luz
light
phos
, le soleil levant, et aussi l’éclair, figure du Rayon divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
« foudroyant » l’univers ; on le met aussi en rapport avec la lance, qui est un des symboles de l’Axe du Monde. On peut donc dire que ce koua est de prédominance yang Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
. Par contre, k’an, trigramme de l’Ouest, est plus terrestre que céleste : la perspective est inversée, c’est la Terre, cette fois, qui semble enfermer le Ciel en son sein. Cet emblème représente l’abîme, l’eau eau
água
water
hydro
, l’ombre, donc la puissance acte
puissance
energeia
dynamis
réceptrice. Il est de prédominance yin. La lumière et l’ombre, le printemps et l’automne, le matin et le soir sont respectivement yang et yin [3].

On peut admettre que la seconde croix, celle des axes intercardinaux, est obtenue par une rotation de quarante cinq degrés de la première, dont elle est en quelque sorte te dédoublement : nous constatons dès [222] à présent une première manifestation de cette rotation de la roue, qui est un symbole de la production Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
fazer
fazimento
doer
de l’univers [4]. La chose est évidente en ce qui concerne l’axe Sud-Ouest – Nord-Est, qui apparaît comme une spécification ou une manifestation secondaire de l’axe Ouest-Est. Le trigramme tch’en (Nord-Est) désigne en effet le tonnerre, qui correspond à l’ouïe comme l’éclair à la vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
, tandis que le trigramme siuan (Sud-Ouest) est le symbole du bois, produit par l’eau, mais image de l’Axe du Monde.

Effectuons une rotation identique dans le sens direct pour l’axe Sud-Nord : nous constatons que le kouan du Nord-Ouest, ken est mis en rapport avec la montagne, reflet reflet
reflexo
reflex
terrestre de l’Axe du Monde, tandis que le Sud-Est, touei, correspond à l’eau dormante, aspect particulièrement passif de cet élément. Dans cette nouvelle croix, qui est une « descente » de la croix mi-céleste, mi-terrestre Sud-Nord – Est-Ouest, l’axe Nord-Est – Sud-Ouest joue un rôle « relativement vertical », bien qu’engendre par l’axe Est-Ouest, parce qu’il existe un lien direct entre les koua voisins, Est et Nord-Est d’une part, Ouest et Sud-Ouest d’autre part. Au contraire, l’axe Sud-Est – Nord-Ouest tient lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
d’axe « relativement horizontal » parce que, par un nouvel effet de l’analogie analogia
analogie
analogy
analogía
inverse, le ciel produit l’eau et la terre la montagne. Et ceci s’explique fort bien, car le Nord et l’Est, directions direction
direção
dirección
directions
direções
direcciones
relativement polaire et solaire, présentent un aspect « faste », tandis que le Sud et l’Ouest ont une fonction Funktion
fonction
função
function
función
« néfaste ».

On saisit la complexité de ces jeux d’ombres et de [223] lumières, de réflexions et de dédoublements, de contrastes et de complémentarismes qui traduisent merveilleusement les apparences multiples et changeantes de l’univers. En résumé, on peut dire que l’Axe divin vertical se « projette » sur l’axe Sud-Nord, et se « reflète » dans l’axe Est-Ouest [5]. D’où une première croix « relativement verticale », donnant naissance, par mise en mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
de la roue cosmique, à une seconde croix, horizontale cette fois. Celle-ci est une spécification totalement manifestée de la première, quoique la polarisation Ciel-Terre s’y révèle encore, mais d’une manière plus confuse, dans les couples des trigrammes opposés.


Voir en ligne : TRIGRAMAS


[1La disposition de Fou-hi et celle de Wen-wang sont complémentaires, la seconde apparaissant toutefois comme un développement de la première : elle correspond en effet au passage du Ho-tou, croisée simple inscrite dans un cercle, au Lo-chou, « carré magique » ou swastika, « mise en mouvement » de la croix.

[2De Harlez : « origine, progrès, affermissement, achèvement ».

[3Les koua li et k’an rappellent de façon frappante la figure du Yin-Yang, généralement placée au centre des trigrammes, et qui évoque la production, à partir de l’Unité principielle de la dualité du yin et du yang, la manifestation de cette dernière dans l’univers, et le « retour » final au Principe. L’application de ce symbole à la destinée individuelle n’est qu’une adaptation particulière de ce sens général.

[4Granet (La Pensée chinoise) a montré comment la disposition des nombres du Lo-chou correspondait à un déplacement latéral ou rotatif des nombres précédemment placés aux extrémités de la croix du Ho-tou.

A propos de la seconde croix, notons que selon M. Jaques Lionnet (introduction au Tao Te King), les plus anciens pi « sont formés de quatre secteurs découpés selon les axes inter-cardinaux reliés sur leurs bords extérieurs, par des liens ». On peut évoquer aussi le disque (sudarshana) que tient Vishnou. Le cercle crucifère, a noté Guénon (Esotérisme de Dante, p. 63), symbole hermétique du règne végétal, représente l’union du Ciel et de la Terre, la croix étant un substitut « actif » du carré. Cette figure joue un rôle important dans la théorie des cycles cosmiques.

[5Il est remarquable que le blanc et le noir, affectés au Sud et au Nord, ne soient pas à proprement parler des couleurs, mais la lumière — ou sa réflexion parfaite sur un objet — et son absence ; le vert et le rouge par contre, mis en relation avec l’Est et l’Ouest, constituent un couple de complémentaires synthétisant toutes les couleurs, c’est-à-dire tontes les déterminations qualitatives de la lumière. On peut faire ici une remarque importante : le cycle des nuances, qui sont en nombre indéfini et figurent la qualité, c’est-à-dire l’essence, à l’état pur dans la manifestation corporelle, est produit à partir de trois couleurs fondamentales : bleu, jaune, rouge, et non pas à partir de deux principes, comme l’ensemble de l’univers, ou de quatre eléments, comme tout le domaine corporel ; c’est, que ces derniers participent simultanément au yin et au yang, et sont donc régis par un nombre pair.

Notons encore, à propos de cette croix, le symbolisme analogue des quatre bras (ou des dix bras de Shiva (Cf. Alain Daniélou, Le. Polythéisme hindou, p. 233). Les Régents des directions de l’espace sont également quatre, huit ou dix.

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