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LA DOCTRINE SECRÈTE DE LA DÉESSE TRIPURA

Hulin : la signification « en dehors de »

Chapitre XIV - La relativité universelle

jeudi 8 mars 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

« Ecoute, prince : ce qui se manifeste au plan des phénomènes comme pure extériorité forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
le point le point
ponto
punto
center
centro
de départ de tous les mondes, la toile sur laquelle les univers Univers
Universo
Universe
sont peints. Cependant, la signification signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
« en dehors de » a elle-même besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
d’être définie à partir d’un terme de référence (apādāna) fixe. Seul, le corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
pourrait constituer ce lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
à l’extérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
duquel le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
se déploie. Mais lui-même apparaît comme extérieur ; comment pourrait-il jouer le rôle de terme de référence (absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
) ? Dire « à l’extérieur de la montagne », ce n’est évidemment pas poser la montagne elle-même comme extérieure. Or, il est certain que le corps est vu comme un objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
extérieur, au même titre qu’une jarre, etc. On ne peut même pas dire : « il est vu comme extérieur » (au principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
conscient Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
interne qui le manifeste) car ce qui se tient en dehors de la lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
, celle d’une lampe ou celle du soleil par exemple, n’est en aucune manière manifesté. Il convient donc de poser que toute chose manifestée l’est à l’intérieur même de ce qui la manifeste.

« Quant au principe manifestant, il ne peut être le corps car celui-ci, tout comme une colline, etc., est lui-même manifesté. Rien de ce qui est passivement manifesté ne peut en même temps jouer le rôle de principe manifestant ; sinon, nous déboucherions sur une régression à l’infini Unendlichkeit
unendlich
Infinito
Infini
Infinite
Infinité
(anavasthā). Une chose passivement manifestée ne peut se manifester activement elle-même. Le principe de la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
doit donc être la pure action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
de manifester en sa plénitude indivise. C’est pourquoi la plénitude englobe l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
de l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
et du temps qui ne sont manifestés que par elle. Tout ce qui est manifesté, intérieurement ou extérieurement, est inclus d’avance dans cette essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
même de la manifestation. Pas plus que le pic qui se « détache » de la masse de la montagne ne lui est réellement extérieur, le monde n’est extérieur à cette essence consciente, prise comme « dedans » absolu. Cette pure essence de la lumière, en laquelle le monde entier est comme résorbé, se manifeste librement à l’intérieur d’elle-même, partout et toujours.

« Elle est la suprême conscience, la Grande Déesse Tripurā. C’est elle que les Vedântins appellent Brahman Brahman , les Vishnouites Vishnu Viṣṇu
Vishnu
Vichnou
Vishnu
Hari
Vichnouisme
, les Çivaïtes Shiva Shiva
Śiva
le Seigneur
, les Çâktas la Puissance acte
puissance
energeia
dynamis
(shakti shakti
kālī
kali
l'Énergie
). Quant aux éléments dogmatiques que les uns et les autres surajoutent à cette pure essence, ils sont de peu d’importance. Tout ce qu’elle manifeste demeure contenu en elle, comme les reflets dans le miroir miroir
espelho
espejo
glass
reflexo
reflexão
reflex
refléxion
.

Pour elle, l’action de manifester une forme (particulière) quelconque est adventice. La forme manifestée, en revanche, est totalement immergée en elle et n’a pas, en dehors d’elle, davantage d’existence que la cité reflétée dans un miroir. De même que la diversité immense de la cité reflétée n’est possible que grâce à la pureté pureté
pureza
purity
clairté
clareza
clearness
, à la densité, à l’homogénéité de la surface réfléchissante, de même toute la diversité cosmique repose sur la pureté, la densité, l’homogénéité absolues de la suprême conscience.

L’espace a la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
d’un vide vide
vazio
void
vacuité
emptyness
empty
śūnyatā
shunyata
shûnya
shunya
śūnya
VOIR néant
. Aussi est-il capable de contenir autre chose que lui-même, à savoir Wissen
saber
savoir
le monde sensible. Mais la conscience absolue n’est partout et toujours que plénitude indivise. Comment tolérerait-elle en son sein Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
, ne serait-ce que l’ombre de la dualité dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
 ? Aussi est-ce de manière spontanée, par la surabondance même de sa liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
et sans avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
recours à un quelconque matériau, qu’elle fait apparaître dans le miroir de sa propre essence uniforme la prodigieuse variété des êtres mobiles et immobiles. De même que l’unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
du miroir n’est en rien compromise par la diversité de ce qui se reflète en lui, de même l’unité de cette puissance de récollection (anusamdhàna) qu’est la conscience n’est en rien compromise ou altérée par le foisonnement des apparences cosmiques. Examine, prince, le monde intérieur formé par les créatures de ton imagination image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
 : en dépit de leur infinie diversité elles se réduisent à des modalités de la pure conscience. Qu’elle suscite des formes éphémères ou qu’elle les dissolve en elle-même, la conscience demeure foncièrement libre de constructions mentales (nirvikalpa). Ainsi le miroir demeure-t-il essentiellement inchangé, qu’il accueille ou non des reflets.

« Quand la pure conscience indivise, semblable en cela au miroir qui reflète le vaste ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
, prend l’initiative de s’apparaître à elle-même comme extérieure à elle-même, cette première effusion (srsti) prend le nom d’« inscience » (avidya avidyā
avidya
avidyâ
). Cette manifestation à la faveur de laquelle la plénitude originelle semble se fissurer est appelée « le phénomène phénomène
fenômeno
phenomenon
phainomenon
de l’extériorité » (bāhyābhāsana). L’aspect de non-égoïté qu’il présente résulte d’un certain retranchement opéré sur la plénitude du Je absolu. On le nomme « le Non-développé » (avyakta) ou « la puissance de matérialité matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
 » (jadasakti). A son tour, la pure forme originelle de la conscience, lorsqu’on l’envisage comme déjà fragmentée et extra-vertie, constitue en elle-même le « Principe de Siva » (sivatattva) et, en tant que manifestation, le « Principe de la Puissance ou de l’Énergie » (saktitattva). Entre (cette conscience pure) et le grand vide extérieur imaginé par elle s’opère alors une identification partielle, de la forme : « C’est moi qui suis cela ». D’où le troisième (Principe), appelé « l’Éternel Siva » (sadāsiva). Lorsqu’à l’intérieur de ce Principe l’aspect d’objectivité subjectivité
objectivité
subjetividade
objetividade
subjectividad
objectividad
subjectivity
objectivity
Subjektivität
Objektivität
extérieure vient à l’emporter (sous la forme : « C’est cela que je suis »), il prend le nom de « Seigneur » (Îshvara). La prise de conscience parāmarśa
acte de conscience
prise de conscience
tomada de consciência
vimarśa
prise de conscience active
, enfin, de « l’identité Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
dans la différence » (bhedâbheda différence
bheda
diferença
difference
) des troisième et quatrième Principes constitue un cinquième Principe, appelé « le Pur Savoir » (suddhavidyà). Ces cinq Principes, cependant, sont tous purs en ce sens qu’à leur niveau les différences concrètes ne se sont pas encore manifestées.

Mais, à partir du moment où la pure conscience cède librement le pas à la « puissance de matérialité », celle-ci usurpe le rôle de substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
(dharmin) et relègue par là même la conscience dans celui d’attribut tendance
tendência
tendency
qualité
qualidade
calidad
quality
attribut
atributo
atribute
guna
gunas
(dharma dharma
dhamma
) La puissance de matérialité prend alors le nom de maya Maya
maya
Mâyâ
Māyā
illusion
ilusão
ilusión
. C’est cette dernière qui projette l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
de toutes les différences concrètes. Assaillie par la prédominance des différences, la pure conscience se recroqueville, pour ainsi dire, sur elle-même. Revêtant l’une par-dessus l’autre les cinq cuirasses qui ont nom kalā, vidyā, rāga Leidenschaft
passion
paixão
pathos
passión
rāga
rajas
, kola Qtniyati, elle endosse du même coup la condition de sujet fini (purusa). Kalā est l’activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
limitée, vidyā la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
limitée, rāga la passion. Kola est la limitation Endlichkeit
finitude
finitude
finitud
finite
limit
limite
limitação
limitación
limitation
dans le temps Zeit
le temps
o tempo
the time
el tiempo
chronos
kala
, niyati la soumission à une nécessité extérieure. Le sujet fini est en effet assujetti à ces espèces de limitation -.

« Ce qu’on appelle la « nature » (prakrti Prakriti
Prakŗti
Prakrti
Pradhâna
le pré-donné
le premier agent
) d’un être, c’est l’ensemble des dispositions acquises par lui à la suite des actions qu’il a accomplies au cours d’innombrables renaissances. Cette « nature » prend appui sur le principe de conscience présent dans le sujet fini. Et parce que le fruit des actes est triple, elle doit être elle-même d’essence triadique. Dans le sommeil sommeil
sleep
état de sommeil
estado de sono
sleep state
profond elle se présente sous sa forme pure mais au réveil verhüllen 
voiler
velar
ocultar
veil
conceal
voilemente
obnubilation
vilaya
tirodhana
elle prend l’aspect du psychisme (citta). On peut dire encore que le psychisme n’est autre que la conscience elle-même, mais recouverte par les traces des actes antérieurs. D’autre part, si le psychisme et ce qu’on appelle le « Non-développé » sont essentiellement la même chose, le psychisme diffère concrètement d’un individu Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
à l’autre. Dans le sommeil profond, là où tous les sujets finis se confondent, il perd cette forme individualisée et se résorbe dans la « nature » dont il émerge derechef au réveil. En vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
, on parle de « sujet fini » là où prédomine l’aspect de conscience et de « psychisme » là où prédomine l’aspect de « nature ». Ce psychisme se présente sous la forme du triple organe interne, eu égard aux trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
fonctions qu’il assume, celle de l’ego ego
egoísmo
egoism
egoisme
le moi
le mien
« Je »
(ahamkāra Ich-sagen 
dire-Je
Ich
"je"
"moi"
"eu"
mim-mesmo
"I"
faire je
faire-je
Ahamkara
Ahamkāra
Ahamkâra
ahaṃkāra
), celle de l’intellect noûs
Vermeinen
notar
intellect
intelecto
νούς
buddhi
buddhih
VIDE intelligence
(buddhi) et celle du sensorium commune (manas esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
). Ensuite viennent les cinq organes d’action et les cinq organes de connaissance d’où procèdent à leur tour les cinq éléments subtils, son, etc., et enfin les cinq éléments grossiers, espace,

« C’est ainsi que la suprême conscience, après avoir suscité le phénomène de l’extériorité, se prend au jeu jeu
jogo
juego
play
lila
lîlâ
game
de la création Création
Criação
criação
creation
creación
, etc., tout en restant le témoin spéctateur
espectador
spectator
témoin
testemunha
witness
de ses propres opérations. Au commencement, sous l’aspect de la Déesse Tripurâ, elle a produit l’embryon d’or, le Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
Brahmâ Brahmâ
Brama
. Celui-ci, à son tour, a créé mentalement notre univers. Mais la pure conscience du « Je » demeure l’énergie suprême de la conscience, celle qui jamais ne se divise. L’apparence Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
de sa démultiplication à travers les corps (des vivants) est due à des conditions adventices (upàdhi’) créées mentalement par Brahmâ. Elle s’évanouit dès que cesse la création mentale (de Brahmâ). Ta propre puissance de création mentale, prince, est obnubilée par la maya. Si tu parviens à écarter cet obstacle, tes créations mentales deviendront des réalités objectives. Un temps, un espace, une chose quelconque apparaissent tels qu’on les imagine, immenses ou infimes. Ce que mon imagination a projeté comme devant durer un jour n’a duré qu’un jour. Le même « temps » projeté par l’imagination de Brahmâ a duré douze millions d’années. D’où la relativité des notions de « lent » et de « rapide ». Dans ce rocher dont Brahmâ avait fixé la mesure à deux krosa de circonférence cercle
círculo
circle
circonférence
circunferência
mon imagination a projeté un espace infini et le rocher s’est bel et bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
dilaté à l’infini. Les deux (temps et les deux espaces) sont à la fois vrais et faux. Toi aussi, tu es capable de faire apparaître comme immenses un temps et un espace limités, à condition de t’obstiner à les imaginer tels. C’est ainsi, prince, que ce monde réputé « extérieur » est une pure création mentale projetée sur l’écran du Non-développé, lui-même essentiellement fait de conscience. Le monde n’est qu’un assemblage skandha
khandas
agrégat
amas
agregado
composto
assemblage
de couleurs jetées sur la toile du Non-développé. Il n’a pas de réalité en dehors de cette toile. Et celle-ci, à son tour, est tissée par la conscience à l’intérieur d’elle-même. Étonne-toi, après cela, qu’un yogin puisse, en un instant, accéder à des lieux très éloignés, qu’un homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
ordinaire mettrait très longtemps à atteindre, et y percevoir directement ce qui s’y trouve ! Le proche et le lointain, le long dragon
dragão
dragón
long
nāga
et le bref ne sont que pures créations mentales réfléchies dans le miroir intérieur de la conscience. Médite là-dessus et défais-toi de tes illusions en t’appliquant à réaliser mentalement la pure conscience. Tu deviendras alors aussi libre que je le suis. » (p. 125-130)


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