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Œuvres de Maître Eckhart

Jarczik & Labarrière : L’union dans l’âme au-delà de l’âme

Présentation de “L’Etincelle de l’âme : Sermons de I à XXX”

lundi 12 mars 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Extrait de la présentation de GWENDOLINE JARCZYK et PIERRE-JEAN LABARRIÈRE de “L’Etincelle de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
 : Sermons de I à XXX”

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Dans le Eckhart Meister Eckhart
Mestre Eckhart
Maître Eckhart
Eckhart
Sermon 53|Sermon 53, on l’a vu, Eckhart, en rappelant les thèmes centraux de sa prédication, dispose autour de l’attitude à tous égards centrale du détachement desapego
desprendimento
détachement
apatheia
apathy
detachment
dispassion
kaivalya
vairāgya
renoncement
renúncia
dépassionnement
vairāgyam
les deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
réalités que sont « la grande noblesse que Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
a mise dans l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
 » et « la limpidité de la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
 ». Deux réalités qui ne sont qu’une en leur essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
, même si le théologien que fut Maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
Eckhart sait apporter les nuances qui tiennent à ce que l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
a certes en lui une part « incréée et incréable » mais n’est point tel en sa totalité Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
. On peut dire en effet que l’union déification
theosis
deificação
deificación
union
união
unión
entre Dieu et l’homme les saisit l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
et l’autre dans l’ultime de ce qui constitue leur fond — la « déité », le « petit château fort » — mais selon une différence qui tient à ce que l’un est par soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
tandis que l’autre est ce qu’il est — pleinement égal à son origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
— sous la modalité de l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
. Cette égalité plénière dans la figure de la différence constitue l’essentiel de la doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
eckhar-tienne concernant l’union de l’homme et de Dieu. De cette doctrine, on verra que le Eckhart Sermon 16|Sermon 16 b, qui développe une réflexion sur le thème de l’image, présente à son propos une étude des plus fines, servie par des expressions aussi précises que paradoxales. Ainsi peut-on lire : « L’image n’est pas par elle-même ni n’est pour elle-même, mais elle est proprement par ce dont elle est l’image et est pleinement à lui, et c’est de lui qu’elle prend son être et est le même être. »

Un même être, par conséquent, mais dans la disparité qui existe entre ce qui procède et ce dont il procède. Pareille unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
substantielle détermine par conséquent un type de réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
qui est d’ordre véritablement ontologique. Maître Eckhart nomme le lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
où s’exprime cette unité d’origine : « Une puissance acte
puissance
energeia
dynamis
est dans l’âme qui sépare le plus grossier et se trouve unie à Dieu : c’est la petite étincelle de l’âme. Encore plus une avec Dieu devient mon âme que la nourriture avec mon corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
 ».

A propos de cette « petite étincelle », Eckhart ne craint pas d’articuler deux séries d’affirmations d’apparence Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
contradictoire et qu’il faut pourtant saisir dans leur conjonction. Elle est, dit-il, « de nature divine » — et il développe avec force ce point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
radical, allant jusqu’à corriger ses déclarations antérieures : « J’ai dit parfois qu’il est une puissance dans l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
qui seule est libre. Parfois j’ai dit que c’est un rempart de l’esprit ; parfois j’ai dit que c’est une lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
de l’esprit ; parfois j’ai dit que c’est une petite étincelle. Mais je dis maintenant : Ce n’est ni ceci ni cela ; pourtant c’est un quelque chose qui est plus élevé au-dessus de ceci et de cela que le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
au-dessus de la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
Khouen
prithvî
. C’est pourquoi je le nomme maintenant de plus noble manière que je ne l’ai jamais nommé, et il se rit de la noblesse et de la manière et est au-dessus de cela. Il est libre de tous noms et démuni de toutes formes, dépris et libre tout comme Dieu est dépris et libre en lui-même. Il est aussi pleinement un et simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
que Dieu est un et simple, de sorte que d’aucune manière l’on ne peut y jeter le regard. » Aussi pleinement un et simple que Dieu est un et simple : on se voit donc contraint, tout en ne cessant de dire que son siège est « dans l’âme », d’affirmer qu’elle « n’est pas une puissance de l’âme ». Voilà qui illustre ce que l’on a appelé plus haut la nature métaphysiquement complexe de l’homme : il est Dieu même, en Dieu et de par Dieu. Dans le même sermon où il a dit que la petite étincelle est « de nature divine », Eckhart ajoute en effet qu’elle est « créée par Dieu », « une lumière imprimée d’en haut » — et il conclut en rassemblant ces deux dimensions inséparables dans une formule paradoxale : cette petite étincelle est en l’homme « une image de nature divine ».

Penser denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
la conjonction de ces deux affirmations, c’est l’enjeu d’un éveil despertar
éveil
awake
awakening
despiertar
Bodhi
à la logique lógica
logique
logic
Logik
tarka-vidyā
nyāya
nyaya
eckhartienne. La différence n’y est jamais soustraite à la plénitude de l’unité, et celle-ci n’est pas l’autre de ces différences qui constituent sa richesse richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
sans jamais porter atteinte au principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
de son identité Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
à soi-même. Simplicité et multiplicité Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
múltiplo
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
vont donc ici de pair pour cette pensée de la différence réelle dans la non-hiérarchie. Dieu et l’homme sont un seul être et possèdent un seul fond, sans que pour autant le Un qui les rassemble (au-delà même de l’égalité) induise ce qu’il faudrait appeler la non-pensée d’une fusion. Car « amour amour
eros
éros
amor
love
a pour nature sienne de fluer et de jaillir à partir de deux en tant que un. Un en tant que un ne donne pas amour, deux en tant que deux ne donne pas amour ; deux en tant que un donne de nécessité Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
amour naturel, impérieux, ardent ».

Du côté de l’homme, cette division discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
de l’unité, en expression de sa richesse, se redouble dans une première articulation que Eckhart, le visionnaire et le poète, institue entre ce qu’il appelle « les deux visages de l’âme ». S’appuyant sur l’opinion doxa
opinion
opinião
opinión
Meinung
δόξα
des maîtres, il écrit en effet : « L’âme a deux visages, et le visage supérieur contemple Dieu en tout temps, et le visage inférieur regarde vers le bas et informe les sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
 ; et le visage supérieur, c’est ce qui de l’âme est le plus élevé, cela se tient dans l’éternité aion
aiôn
éon
éternité
eternidade
eternity
eternidad
et n’a rien à faire avec le temps Zeit
le temps
o tempo
the time
el tiempo
chronos
kala
, et ne sait rien du temps ni du corps ; et j’ai dit parfois qu’en cela se trouve cachée comme une origine de tout bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
et une lumière lumineuse qui luit en tout temps, et comme un brasier ardent qui arde en tout temps, et le brasier n’est rien d’autre que le Saint sainteté
santidade
sainthood
saint
santo
Heiligkeit
holiness
santidad
Esprit. »

Deux ordres hétérogènes ? Nullement. Le visage supérieur de l’âme, en tant que tel, ne saurait se commettre, certes, avec ce qui relève de la temporalité ou du corps dans la mesure où ces réalités seraient abordées et comprises, en prime instance, sur une ligne de fuite par rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
à l’origine — le rapport se spécifiant alors comme cette extériorité oppositive qui dispose la créature Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
face au créateur ; mais il est de la nature de la sensibilité de se ranger sous la tutelle des puissances supérieures de l’âme et de faire allégeance, à travers elles, à « la suprême vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
 » — selon « l’ordonnance d’une armée » où « l’écuyer est subordonné au chevalier et le chevalier au comte et le comte au duc ». Hiérarchie, cette fois ? Disons plutôt que là se dessine cette « ordonnance de l’âme » qui est une image exacte — au sens précisé plus haut — de l’ « ordonnance divine ».

Resserrant l’objectif, Eckhart montre alors comment le visage supérieur de l’âme est lui-même constitué par deux réalités, à la fois pleinement identiques et de capacité différente — l’une d’entre elles portant plus loin que l’autre dans ce que l’on pourrait appeler l’échelle de la gratuité. « Les maîtres disent, précise à ce propos Eckhart, que dans la part supérieure de l’âme fluent deux puissances. La première se nomme volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
icchā
, la seconde intellect noûs
Vermeinen
notar
intellect
intelecto
νούς
buddhi
buddhih
VIDE intelligence
. » La volonté aborde Dieu « en tant qu’il est bon, et si le nom de bonté faisait défaut vice
vices
vício
vícios
défaut
malice
malícia
kakíai
à Dieu, amour n’irait jamais plus loin. Amour prend Dieu sous un pelage, sous un vêtement vêtement
vestimenta
veste
roupa
vestido
clothes
clothing
 ». Ce n’est pas ainsi qu’agit l’intellect ; il « prend Dieu nu, tel qu’il est dévêtu de bonté et d’être » ; sans nul intérêt, par conséquent, que la simple reconnaissance de l’absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
de son être. Mettant à nouveau en regard l’une de l’autre la volonté et l’intellect, Eckhart affirme : « La perfection perfection
perfeição
perfección
entelecheia
de ces puissances tient à la puissance supérieure qui s’appelle intellect, qui jamais ne peut entrer en repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
passividade
doçura
quietude
quiescence
recueillement
recolhimento
apaisement
hesychia
śānta
Śamah
. Elle ne veut pas Dieu en tant qu’il est le Saint Esprit et en tant qu’il est le Fils fils
filho
, et fuit le Fils. Elle ne veut pas non plus Dieu en tant qu’il est Dieu. Pourquoi ? Là il possède un nom, et s’il y avait mille dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
elle fait d’autant plus sa percée, elle le veut là où il n’a pas de nom : elle veut quelque chose de plus noble, quelque chose de meilleur que Dieu en tant qu’il a nom. Que veut-elle donc ? Elle ne sait pas : elle le veut en tant qu’il est Père. C’est pourquoi saint Philippe dit : "Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit." Elle le veut en tant qu’il est une moelle d’où jaillit bonté ; elle le veut en tant qu’il est un noyau d’où flue bonté ; elle le veut en tant qu’il est une racine, une veine où s’origine bonté, et là il est uniquement Père. »

Tout semble donc clair : puissances inférieures et puissances supérieures, au titre de leur ordonnance réciproque et de l’unité que leur confère le mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
ascensionnel de la « percée en retour », trouvent dans l’intellect, sommet de l’âme, le lieu d’une union entre Dieu et l’homme qui excède toute modalité pour toucher à l’ultime de leur être. En de nombreux passages, Eckhart s’en tient à cette structure Struktur
structure
estrutura
struktural
structural
estrutural
métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
, qui justifie que l’on parle à son propos de mystique mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
spéculative : « Je ne suis pas bienheureux de ce que Dieu est bon. Je ne veux jamais désirer que Dieu me rende bienheureux par sa bonté, car cela il ne voudrait le faire. Je suis seulement bienheureux de ce que Dieu est doué d’intellect et que je connais cela. » Mais à côté de cette perspective qui met fort nettement la béatitude joie
alegria
alegría
happiness
satisfaction
satisfação
satisfacción
contentement
contentamento
contentamiento
euthymia
ananda
ānanda
béatitude
, c’est-à-dire l’accomplisse-

ment de l’homme dans la vérité de son être originel, sinon au pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de l’intellect, du moins à sa portée en l’instituant comme le lieu de l’union par delà toute image, un autre ensemble de textes, non moins explicites, affirment que cette union excède l’intellect autant que la volonté et qu’elle est à situer au-delà de l’un et de l’autre. Car s’il est vrai que l’intellect est capable de se rendre présent à Dieu dans la plénitude positive d’un « sans pourquoi », il ne peut pourtant jamais le saisir en lui-même « dans la mer de son insondabilité » ; et c’est pourquoi Eckhart ajoute avec quelque solennité : « Je dis : au-dessus de ces deux, connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
et amour, il y a miséricorde piété
piedade
piedad
piety
pietas
eleison
miséricorde
misericórdia
mercy
 ; là Dieu opère miséricorde, dans le plus élevé et le plus limpide que Dieu puisse opérer. » De cette unité entre l’homme et Dieu par delà tout multiple — Dieu dépouillant « ses noms divins et sa propriété personnelle » pour n’être plus que pure déité, et l’homme campant par delà ses puissances dans le petit château fort « élevé par-delà tout mode et toute puissance » — le Eckhart Sermon 2|Sermon 2 propose une vision flamboyante, aussi rigoureuse que pure. Mais il est bien d’autres déclarations qui vont dans ce sens, Eckhart multipliant à ce propos les expressions de nature symbolique : le petit château fort est aussi l’étincelle, le quelque chose ; ou encore, rejoignant ce qui est dit de ce Dieu au-delà de Dieu qui est origine et terme de cette union : le lieu de cette unité fondatrice par delà tout multiple est dite aussi moelle, noyau, racine, veine.

Ainsi donc, l’union entre Dieu et l’homme est-elle à la fois en l’âme et au-delà de l’âme. Car la « lumière divine », dont l’intellect procède à l’origine et à laquelle il se trouve essentiellement ordonné, n’a pas de prise immédiate sur les puissances en tant qu ’elles sont créées. Ainsi s’exprime en effet Eckhart : « Lumière divine est trop noble pour en venir à faire communauté avec les puissances ; car tout ce qui là touche et se trouve touché, de cela Dieu est loin et à cela étranger. Et c’est pourquoi lorsque les puissances se trouvent touchées et touchent, elles perdent leur virginité vierge
virginité
parthenía
parthenos
. » Ce qu’il faut entendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
ainsi : les puissances supérieures elles-mêmes, bien qu’intrinsèquement ordonnées à Dieu, ont nécessairement commerce avec les sens et avec le cosmos Kosmologie
cosmologie
cosmologia
cosmología
cosmology
cosmo
cosmos
kosmos
 ; comment pourrait-on parler autrement d’une unité de l’homme ? Mais cette finalité Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
double et une — volonté et intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
puisant dans le corps et dans le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
la matière matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
de leur mouvement ascensionnel — laisse ouverte la possibilité d’un détournement de finalité. C’est pourquoi l’on doit dire qu’un procès de déprise et de détachement est requis pour que la « percée en retour » des deux puissances supérieures puisse s’opérer. D’où la nuance capitale apportée par Eckhart aux propos que l’on vient de lire : « Lumière divine ne peut briller en elles ; mais en s’exerçant et en se dépouillant, elles peuvent devenir réceptives". » Ainsi les puissances supérieures — et singulièrement l’intellect — reçoivent-elles en partage « une lumière qui est égale à la (lumière) intérieure » ; mais cette lumière « n’est pas la lumière intérieure ». Une fois encore, il y a une différence (sans hiérarchie) entre ce qui est par soi et ce qui n’est pas tel. Disons alors qu’à ces puissances « advient une impression expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
, de sorte qu’elles se trouvent réceptives à la lumière intérieure ». Le dernier mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
est laissé à « un autre maître » : « Toutes les puissances de l’âme qui opèrent dans le corps meurent avec le corps, sauf connaissance et volonté : cela seulement demeure dans l’âme. Si meurent les puissances qui là opèrent dans le corps, elles demeurent pourtant dans la racine. » Cette racine de toutes les puissances — et en première instance, bien sûr, des puissances supérieures que sont la volonté et l’intellect — n’est autre cette fois que la lumière divine, laquelle se trouve alors dans l’âme comme ce qui est au-delà de l’âme, la constituant en vérité dans son ultime profondeur.

Tel est ce que l’on pourrait appeler le cadre général de la pensée eckhartienne quand sont en jeu jeu
jogo
juego
play
lila
lîlâ
game
, dans leurs derniers ressauts, l’ordonnance de l’âme et l’ordonnance divine. Sur ce canevas viendront se greffer bien des précisions ou des nuances ; elles feront l’objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
d’explications, chaque fois que cela paraîtra s’imposer, dans les notes qui accompagnent la lecture de ces trente premiers sermons.


Voir en ligne : MESTRE ECKHART

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