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L’Arc et la Massue

Evola : Otium

CHAPITRE V - L’AFFAIBLISSEMENT DES MOTS

mercredi 21 mars 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Baillet

Ce terme a subi le sort exactement contraire du précédent. Il a de nos jours, pratiquement sans exception, un sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
négatif. Est oisif, selon l’acception moderne, celui qui est inutile à lui-même et aux autres. Etre oisif et être indolent, distrait, inattentif, paresseux, enclin au “ dolce farniente ” de l’Italie des mandolines pour touristes, reviennent plus ou moins au même aujourd’hui. Le latin otium avait par contre le sens de temps libre, correspondant essentiellement à un état de recueillement repos
repouso
stillness
quietud
quietness
passividade
doçura
quietude
quiescence
recueillement
recolhimento
apaisement
hesychia
śānta
Śamah
, de calme, de contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contemplación
transparente. L’oisiveté au sens négatif - sens connu aussi de l’Antiquité - n’était que ce à quoi elle peut conduire quand elle est mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
employée : dans ce cas uniquement on put dire, par exemple, hebescere otio ou otio diffluere, s’abrutir ou se laisser aller par oisiveté. Mais ce n’est pas le sens courant. Cicéron, Sénèque et d’autres auteurs classiques comprirent l’otium comme la contrepartie, saine et normale, de tout ce qui est activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
, et même comme la condition nécessaire afin que l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
soit vraiment activité, non agitation, affairement (negotium), “ travail travail
travaux
tâche
labeur
trabalho
labor
trabajo
tarefa
task
”.

On peut aussi se référer aux Grecs puisque Cicéron écrivit : Graeci non solum ingenio atque doctrina, sed etiam otio studioque abundantes - “Les Grecs sont riches non seulement en dons innés et en doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
, mais aussi en oisiveté et en application ”. D’un personnage comme Scipion l’Ancien on avait l’habitude de dire : Nunquam se minus otiosum esse Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
quam cum otiosus esset, aut minus solum esse quam cum solus esset - “ II n’était jamais aussi peu oisif que lorsqu’il ne faisait rien, et jamais aussi peu seul que lorsqu’il jouissait de la solitude ”, ce qui met en évidence evidência
évidence
evidence
evidente
evidencia
evident
une variante “ active ”, au sens supérieur, de l’“ oisiveté ” et de la solitude. Et Salluste : “ Maius commodum ex otio meo quam ex aliorum negotiis reipublicae venturum ” - “ Mon oisiveté sera plus utile à l’État que l’affairement des autres ”. On doit à Sénèque un traité qui s’intitule justement De otio, dans lequel l’“ oisiveté ” est décrite comme menant progressivement à la contemplation pure. Certaines idées caractéristiques de ce traité valent la peine d’être rapportées ici. Selon Sénèque, il y a deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
États : l’un L'Un
hen
hén
Uno
the One
, grand et privé de limites extérieures et contingentes, contient à la fois les hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
et les dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
 ; l’autre est l’État particulier, terrestre, auquel on appartient par la naissance.

Or, dit Sénèque, il y a des hommes qui servent les deux États à la fois, d’autres qui ne servent que le plus grand, d’autres encore qui ne servent que l’État terrestre. L’État le plus grand, on peut le servir aussi par l’“ oisiveté ”, pour ne pas dire surtout par l’oisiveté - en cherchant donc en quoi consiste la virtus, la force et la dignité viriles : huis maiori rei publicae et in otio deservire possumus, imno vero nescio an in otium melius, ut quaeremus quid sit virtus. L’otium est étroitement lié à la tranquillité d’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
du sage sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
Sage
Sábio
, à ce calme intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
qui permet d’atteindre les sommets de la contemplation ; laquelle contemplation, pour peu qu’on la comprenne dans son sens juste, traditionnel, n’est ni évasion du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
ni divagation, mais approfondissement intérieur et élévation jusqu’à la perception Wahrnehmung 
Vernehmen
perception
percepção
percepción
de l’ordre métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
que tout homme véritable ne doit cesser de voir dans sa vie Leben
vie
vida
life
zoe
même et dans son combat combat
agon
lutte
agôn
au sein d’un État terrestre.

Du reste, dans le catholicisme lui-même (quand on n’avait pas encore pensé au Christ Jésus-Christ
Jesus Cristo
Jesus Christ
Jesús Cristo
Jesus
Jesús
Cristo
Christ
Ungido
Ointed
travailleur qu’il faut honorer le 18 mai et quand on ne pratiquait pas encore l’“ ouverture à gauche gauche
esquerda
izquierda
left
”) a figuré l’expression sacrum otium, “ oisiveté sacrée ”, en référence, précisément, à une activité contemplative. Mais dans une civilisation où l’action a fini par revêtir les aspects ternes, physiques, mécaniques et mercenaires d’un travail, même quand celui-ci doit tout à la tête (les “ travailleurs intellectuels ” qui ont naturellement leurs “ syndicats ” et qui font valoir, eux aussi, des “ revendications catégorielles ”), le sens positif et traditionnel de la contemplation devait inéluctablement disparaître. C’est pourquoi la civilisation moderne ne doit pas être considérée comme une civilisation “ active ”, mais comme une civilisation d’agités et de névropathes. Comme compensation du “ travail ” et de l’usure d’une vie qui s’abrutit dans une agitation et une production Herstellen
produire
produzir
production
producir
Herstellung
produção
production
poiesis
poiein
producteur
produtor
productor
vaines, l’homme moderne, en effet, ne connaît pas l’otium classique, le recueillement, le silence silence
silêncio
silencio
discrétion
sobriété
discrição
sobriedade
discretion
sobriety
sobriedad
, l’état de calme et de pause qui permettent de revenir à soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
et de se retrouver. Non : il ne connaît que la “ distraction ” (au sens littéral, distraction signifie “ dispersion ”) ; il cherche des sensations, de nouvelles tensions, de nouveaux excitants, comme autant de stupéfiants psychiques. Tout, pourvu qu’il échappe à lui-même, tout, pourvu qu’il ne se retrouve pas seul avec lui-même, isolé Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
du vacarme du monde extérieur et de la promiscuité avec son “ prochain ”. D’où radio, télévision, cinéma, croisières organisées, frénésie de meetings sportifs ou politiques dans un régime de masse, besoin Notwendigkeit
nécessité
necessidade
necesidad
necessity
besoin
need
ananke
d’écouter Hören 
l’entendre
escutar
escuta
oír
hearing
Hinhören
écoute
écouter
, chasse au fait nouveau et sensationnel, “ supporters ” en tout genre et ainsi de suite. Chaque expédient semble avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
été diaboliquement disposé pour que toute vie intérieure soit détruite, pour que toute défense interne de la personnalité soit interdite dès le départ, pour que, tel un être artificiellement galvanisé, l’individu se laisse porter par le courant collectif, lequel, évidemment, selon le fameux “ sens de l’histoire Geschichte
histoire
história
geschichtlich
historial
Geschichtlichkeit
historicité
historialité
Geschehen
aventure
provenir
geshehen
avoir lieu
se produire
advenir
advir
karman
”, avance vers un progrès illimité apeiron
indéterminé
indeterminado
ilimitado
illimité
undetermined
unlimited
. (EVOLA Evola Julius Evola (1898-1974), pérennialiste, philosophe, « métaphysicien », poète et peintre italien. - L’Arc et la Massue)

Original

Per questo termine è successo il contrario del precedente : esso oggi ha assunto quasi senza eccezione un significato negativo. È ozioso, secondo l’accezione moderna, chi è inutile a sé stesso e agli altri. Essere ozioso e essere indolente, svagato, inattivo, svogliato, incline al « dolce far niente » dell’Italia mandolinista per turisti oggi è, più o meno, lo stesso. Invece latinamente otium significava un tempo libero, corrispondente essenzialmente ad uno stato di raccoglimento, di calma, di trasparente contemplatività. L’ozio in senso cattivo - senso conosciuto anche nell’antichità - appariva soltanto come ciò a cui esso può condurre quando venga usato male : unicamente in questo caso si potè dire, ad esempio, hebe-scere odo o otio diffluere, ossia instupidirsi o disfarsi per ozio. Ma questo non è il significato prevalente. Da un Cicerone, da un Seneca e da vari altri classici Votium fu inteso soprattutto come la controparte, sana e normale, di tutto ciò che è attività, anzi come la condizione necessaria affinché il fare abbia davvero carattere di attività, non di agitazione, non di affaccendamento (negotium), non di « lavoro ».

Il riferimento va anche ai Greci, se Cicerone scrisse : Graeci non solum ingenio atque doctrina, sed etiam otio studioque abundantes, « I Greci sono ricchi non soltanto di doti congenite e di dottrina ma anche di ozio e applicazione ». Ma di una figura come Scipione il Vecchio si usò dire : nunquam se minus otiosum esse quarn cum otiosus esset, aut minus solum esse quam cum solus esset, « mai egli era meno ozioso di quando stava in ozio, e mai meno solo di quando era solo », il che mette in evidenza un tipo « attivo » in senso superiore di « ozio » e di solitudine. E Sallustio : Maius commodum ex otio meo quam ex aliorum negotiis reipublicae venturum, « il mio ozio sarà più utile allo Stato che non l’affaccendamento degli altri ». A Seneca si deve un trattato che s’intitola appunto De otio, nel quale l’« ozio » assume gradatamente i tratti della contemplazione pura.

Vale riportare alcune idee caratteristiche di questo trattato. Secondo Seneca vi sono due Stati : l’uno, grande e privo di limiti esteriori e contingenti, abbraccia ad un tempo gli uomini e gli dèi ; l’altro è quello particolare, terreno, al quale si appartiene attraverso la nascita.

Ora, dice Seneca, vi sono uomini che servono i due Stati ad un tempo, altri che servono soltanto quello più grande, altri ancora che servono unicamente quello terreno. Lo Stato più grande lo si può servire anche nell’« ozio », per non dire : meglio nell’ozio - nell’investigare in che consiste la virtus, la forza e la dignità virile : huis maiori rei publicae et in otio deservire possumus, imno vero nescio an in otium melius, ut quae-remus quid sit virtus. L’otium viene strettamente connesso alla tranquillità d’animo del saggio, a quella calma interiore che permette di raggiungere gli apici della contemplazione : la quale contemplazione, se intesa nel senso giusto, tradizionale, non significa evasione dal mondo e divagazione, bensì approfondimento interiore e elevazione fino alla percezione di quell’ordine metafisico che ogni vero uomo non deve cessare di avere in vista nel suo stesso vivere e lottare in uno Stato terreno.

[52] Del resto, nello stesso cattolicesimo (quando non si era ancora escogitato il Cristo lavoratore da onorare il 1 ° maggio e non ci si era ancora « aperti a sinistra ») ha figurato l’espressione sacrum otium, « ozio sacro », con riferimento, appunto, ad una attività contemplativa. Ma in una civiltà nella quale ogni azione ha finito con l’assumere i tratti grigi, fisici, meccanicistici e mercenari di un lavoro perfino quando viene svolta dalla mente esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
(i « lavoratori intellettuali », che hanno anche loro i « sindacati » e si battono per le « rivendicazioni di categoria ») il significato positivo e tradizionale della stessa contemplazione doveva andare perduto. Ed è così che nei riguardi di quella moderna è il caso di parlare non tanto di una « civiltà attiva » quanto di una civiltà di agitati e di nevropatici. Come compensazione al « lavoro » e reattivo al logorio di una vita abbrutentesi in un vano agire e produrre, l’uomo moderno non conosce, infatti, Votium classico, il raccoglimento, il silenzio, lo stato di calma e di pausa in cui si toma a sé stessi e si ritrova sé stessi. No : egli conosce soltanto la « distrazione » (nel senso letterale, distrazione vuol dire dispersione) : cerca sensazioni, cerca nuove tensioni, cerca nuovi eccitanti quasi in un quadro di stupefacenti psichici. Tutto, pur di sfuggire a sé stessi, pur di non trovarsi soli con sé stessi, isolati dal frastuono del mondo esterno e dalla promiscuità col proprio « prossimo ». Donde radio, televisione, cinema, crociere, frenesia di meetings sportivi o politici in un regime di massa, bisogno di udire, caccia al fatto nuovo o sensazionale, « tifi » d’ogni genere, e via dicendo. Ogni espediente sembra essere stato messo diabolicamente in opera a che qualsiasi vita veramente interiore sia distrutta, a che ogni difesa interna della personalità sia impedita d’anticipo, a che, quasi come un essere artificialmente galvanizzato, l’individuo si lasci portare dalla corrente collettiva la quale, naturalmente, secondo il cosidetto « senso della storia », va avanti in un illimitato progresso.


Voir en ligne : JULIUS EVOLA (œuvre en français)

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