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THE DOCTRINE OF VIBRATION

Dyczkowski : le réalisme du shivaïsme du Cachemire

Integral Monism of Kashmiri Shaivism

mardi 1er mai 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Français

L’approche du shivaïsme du Cachemire comprend le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
comme un symbole symbolon
symbolisme
symboles
symbole
simbolismo
símbolo
símbolos
symbol
symbolism
symbols
de l’absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
, c’est-à-dire comme la manière dont il se présente à nous. Encore une fois, nous pouvons opposer ce point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
à celui de l’Advaita non-dualité
não-dualidade
advaita
non-duality
non-dualidad
non-dualisme
Vedānta Vedānta
Vedanta
Vedânta
Védânta
. L’Advaita Vedānta comprend le monde comme une expression de l’absolu dans la mesure où il existe en vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de l’Être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
absolu. L’être est compris comme l’unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
réelle qui sous-tend la séparation discordance
discordância
desagreement
discordancia
inharmonie
desarmonia
divisão
separação
division
séparation
división
separación
esprit-divisé
split-mind
mente-dividida
eu-separado
conflit
conflito
conflict
neikos
impureté
souillure
mala
manifestement empirique et, en tant que telle, n’est jamais manifestée empiriquement. Ce n’est que transcendantalement réel Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
en tant qu’être-en-soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
. La position du shivaïsme du Cachemire représente, en un sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
, un renversement de ce point de vue. La nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
de l’absolu, et aussi celle de l’Etre, est conçue comme un devenir éternel (satatodita), un flux dynamique ou spanda Réverbération
réverbération
reverberação
reverberation
reverbaración
vibration
vibração
vibración
echo
eco
tremor
Spanda
, « l’agence de l’acte acte
puissance
energeia
dynamis
d’être » . Elle s’identifie à l’actualité concrète du fait d’apparaître, pas d’être passif Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
non manifesté. L’apparaître (ābhāsa) seule est réelle. L’apparition Erscheinung
apparition
manifestação
aparecimento
apariencia
appearance
Erscheinende
aparição
(prakāśamānatva) équivaut au fait d’être (astitva) . Kṣemarāja écrit dans son commentaire sur les Stances sur la Vibration :

En effet, toutes choses sont manifestes parce qu’elles ne sont rien d’autre que des manifestations. Le point le point
ponto
punto
center
centro
étant que rien n’est manifeste en dehors de la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
.

Le absolument non-manifesté, de ce point de vue, peut avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
aussi peu d’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
que l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
dans une fenêtre en treillis d’un palais-ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
ouranos
Khien
Thien
[sky-palace]. Même moins, car même cet espace peut apparaître comme une image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
imaginaire manifestée dans la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
. Tout est réel selon la manière dont il apparaît. Même une illusion Maya
maya
Mâyâ
Māyā
illusion
ilusão
ilusión
est en ce sens réelle, dans la mesure où elle apparaît et est connue dans la manière dont il apparaît. L’empirique et le réel sont des catégories Kategorien
catégories
categorias
categorías
categories
kategoriai
de pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
identiques. Comme le dit Abhinava Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
 :

Ainsi c’est la doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
suprême (upanisad), à savoir Wissen
saber
savoir
que, quand et sous quelque forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
que ce soit [une entité] apparaît, alors c’est sa nature particulière.

Peut-être qu’à ce stade, une brève comparaison avec les idées de Heidegger Heidegger Martin Heidegger (1889-1976), philosophe allemand pourrait s’avérer éclairante et pas tout à fait déplacée. Selon la phénoménologie phénoménologie
fenomenologia
phenomenology
de l’être de Heidegger, la réalité est intelligible intelligible
intelligibles
noeton
kosmos noetos
inteligível
inteligíveis
inteligible
inteligibles
de manière double, en tant que « phénomène phénomène
fenômeno
phenomenon
phainomenon
 » et « logos logos
λόγος
lógos
o Verbo
 ». Heidegger définit ce qu’il entend par « phénomène » comme : « ce qui se montre. Le manifeste. . . les phénomènes sont alors la collection de ce qui est ouvert en plein jour ou qui peut être porté au jour, ce que les Grecs ont parfois implicitement identifié comme « ta onta » (les choses qui sont) ». Heidegger abandonne le terme « phénomène » de préférence à la forme verbale « phainesthai » afin de souligner encore plus l’actualité ou la propriété de présentation de l’être. Expliquant cette nouvelle forme du terme, il écrit : « Se révélant aux anciens Grecs comme "physis". Les racines étymologiques "phy-" et "pha-" désignent la même chose : "phyein", le soulèvement ou la résurgence qui réside en soi sous le nom de "phainesthai", éclairant, se montrant, sortant, apparaissant. en avant. »

Heidegger opposait sa notion de phénomène à le semblant (Schein Scheinen
paraître
aparentar
parecer ser
aparência
seeming
Schein
apparence
semblance
) et à l’apparition (Erscheinung). Dans le cas du semblant, une chose peut se montrer comme ce qu’elle n’est pas, comme lorsque l’or du fou se montre or. Les anciens alliaient toujours le semblant au non-être Nichtsein
non-être
não-ser
non-being
not-being
non-ser
non ser
me on
. Heidegger souligne cependant que les semblants sont fondées sur des monstrations, tout comme Abhinava. Heidegger et Abhinava maintiennent par conséquent que tous les semblants ont une base réelle et doivent être traités comme des exemples de phénomènes avec la soi-disant manifestation réelle ou la manifestation d’objets non-trompeurs. Ainsi, Heidegger déclare que « de semblant il n’y a qu’autant qu’il y a d’être » . Ainsi, le fait de se manifester ou d’apparaître définit l’Être comme un phénomène, mais cette définition de l’Être est encore incomplète. L’être n’est pas seulement auto-montrant, mais « logos », comme l’explique Heidegger, signifie « discours Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
 » (Rede) dans le sens de « apophansis » : « laisser-être-vu ». La phénoménologie, qui selon Heidegger est la seule étude correcte de l’être, signifie « laisser-être-vu-ce-qui-se-montre ». Cela est également vrai pour Śaiva Paramādvaita.

La réalité du monde exige une reconnaissance Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
reconnaissance
reconhecimento
 ; nous sommes obligés d’accepter la présentation directe du fait de notre expérience expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
quotidienne. Comme le dit Abhinava : « si la vie Leben
vie
vida
life
zoe
pratique praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
, qui est utile à tout le monde en tout temps, lieux et conditions, n’était pas réelle, alors il ne resterait rien de réel ». Um millier de preuves ne peut pas faire le ’bleu’ autre que la couleur couleur
cor
color
bleue. La réalité de tout ce qui apparaît dans la conscience ne peut être niée. Les objets apparaissent ; ils ne cessent pas de le faire par un simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
refus emphatique. La manifestation d’une entité dans sa propre forme spécifique est un fait à un niveau de conscience ; c’est réel. L’apparition de la même entité sous la même forme, mais reconnue comme étant une représentation directe de l’absolu, est aussi un fait, mais à un autre niveau de conscience. Elle n’est pas plus ou moins réelle que la première. « Comme l’état de conscience, l’expérience l’est aussi », dit Abhinava. Bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que la nature de l’absolu soit découverte à un niveau plus élevé niveau de conscience, néanmoins il se présente à nous directement dans la forme spécifique dans laquelle nous percevons les choses ; autrement, il n’y aurait aucun moyen de pénétrer du niveau de l’apparition à celui de sa source et de sa base. Abhinava écrit :

Le réel est l’entité (vastu) qui apparaît dans le moment de la perception Wahrnehmung 
Vernehmen
perception
percepção
percepción
directe (sākṣātkāra), c’est-à-dire dans notre expérience de celle-ci. Une fois que sa propre forme spécifique a été clairement déterminée, il faut, avec effort, l’inciter à pénétrer dans sa pure nature consciente.

Toutes les choses sont connues comme elles se présentent. L’actualité concrète d’être connu (pramiti), quel que soit son contenu, est elle-même l’actualité vibrante (spanda) de l’absolu. La connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jnāna
jnana
libératrice est acquise non pas en allant au-delà des semblants, mais en y assistant de près. « Le secret, dit Maheśvararanda, est que la libération délivrance
libération
liberação
liberation
liberación
moksha
mokṣa
en vie (jīvanmukti) est la contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contemplación
profonde de la nature de Māyā. » Aucune distinction ontologique ne peut être établie entre l’absolu et ses manifestations parce que les deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
sont un apparaître (ābhāsa), le dernier de diversité e le premier de ’la vraie lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
de conscience qui é au-delà de Māyā et qui est de la catégorie de Māyā’.

« Ceux qui ont atteint la catégorie de la connaissance pure au-dessus de Māyā et qui sont ainsi allés au-delà de la catégorie de Māyā, voient l’univers Univers
Universo
Universe
entier comme la lumière de la conscience. . . De même que les marques [sur une plume] ne sont rien à part la plume, la plume n’est rien à côté d’elles, de même, lorsque la lumière de la conscience est manifeste, tout le groupe des phénomènes est manifesté comme la lumière de la conscience elle-même. »

Original

The Kashmiri Śaiva Śivaïsme du Kaśmïr
Shivaïsme du Cachemire
Xivaísmo de Caxemira
Shivaismo de Caxemira
Kashmir Shaivism
Kashmiri Śaiva
approach understands the world to be a symbol of the absolute, that is, as the manner in which it presents itself to us. Again we can contrast this view with that of the Advaita Vedānta. The Advaita Vedānta understands the world to be an expression of the absolute insofar as it exists by virtue of the absolute’s Being Seiende
Seiendes
Seienden
l'étant
étants
ente
entes
sendo
beings
being
. Being is understood to be the real unity which underlies empirically manifest separateness and as such is never empirically manifest. It is only transcendentally actual as ‘being-in-itself’. The Kashmiri Śaiva position represents, in a sense, a reversal of this point of view. The nature of the absolute, and also that of Being, is conceived as an eternal becoming (satatodita), a dynamic flux or Spanda, ‘the agency of the act action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
of being’. It is identified with the concrete actuality of the fact of appearing, not passive unmanifest Being. Appearance (ābhāsa) alone is real. Appearing (prakāśamānatva) is equivalent Gleichheit
égalité
igualdade
equivalence
gleich
igual
equivalente
equal
equivalent
to the fact of being (astitva). Kṣemarāja writes in his commentary on the Stanzas on Vibration :

Indeed, all things are manifest because they are nothing Nichts
néant
nada
nothing
VOIRE vide
but manifestation. The point being that nothing is manifest apart from manifestation.

The absolutely unmanifest, from this point of view, can have as little existence as the space in a lattice window of a sky-palace. Nay, even less, because even that space can appear as an imagined image manifest within consciousness. Everything is real according to the manner in which it appears. Even an illusion is in this sense real, insofar as it appears and is known in the manner in which it appears. The empirical and the real are identical categories of thought. As Abhinava says :

Thus this is the supreme doctrine (upanisad), namely that, whenever and in whatever form [an entity] appears, that then is its particular nature.

Perhaps at this stage a brief comparison with Heidegger’s ideas might prove to be enlightening and not altogether out of place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
. According to Heidegger’s phenomenology of Being, reality is intelligible in a two-fold [] manner as ‘phenomenon’ and ‘logos’. Heidegger defines what he means richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
by ‘phenomenon’ as : “that-which-shows-itself. The manifest . . . phenomena are then the collection of that which lies open in broad daylight or can be brought to the light of day—what the Greeks at times implicitly identified as ‘ta onta’ (the things-which-are)”. In his later writings Heidegger drops the term ‘phenomenon’ in preference for the verbal form ‘phainesthai’ in order to emphasize even more the actuality or presentational property of Being. Explaining this new form of the term he writes : “Being disclosed itself to the ancient Greeks as ‘physis’. The etymological roots ‘phy-’ and ‘pha-’ designate the same thing : ‘phyein’, the rising-up or upsurge which resides within itself as ‘phainesthai’, lighting-up, self-showing, coming-out, appearing-forth.”

Heidegger contrasted his notion of phenomenon with semblance ressemblance
homoiosis
semelhança
imitação
semblance
similitude
(iSchein) and with appearing (Erscheinung). In the case of semblance a thing can show itself as that which it is not, as when fool’s gold shows itself to be gold. The ancients always allied semblance with non-being. Heidegger points out, however, that semblances are grounded in showings, and so does Abhinava. Both Heidegger and Abhinava consequently maintain that all semblances have a real basis and are to be treated as instances of phenomena along with the so-called real showing or manifestation of non-deceptive objects. So Heidegger states that : ‘however much seeming, just that much being’. Thus self-showing or appearing defines Being as phenomenon, but this definition of Being is as yet incomplete. Being is not only self-showing but ‘logos’ which Heidegger explains means ‘discourse’ (Rede) in the sense of‘apophansis’ : ‘letting-be Sein-lassen
deixar-ser
letting-be
dejar-ser
-seen’. Phenomenology, which according to Heidegger is the only correct study of Being, means ‘letting-be-seen-that-which-shows-itself. This is true of Śaiva Paramādvaita as well.

The reality of the world demands recognition ; we are forced to accept the direct presentation of the fact of our daily experience. As Abhinava says : “if practical life, which is useful to all persons at all times, places and conditions were not real, then there would be nothing left gauche
esquerda
izquierda
left
which could be said to be real.” A thousand proofs could not make ‘blue’ other than the colour blue. The reality of whatever appears in consciousness cannot be denied. Objects appear ; they do not cease to do so by a mere emphatic denial. The manifestation of an entity in its own specific form is a fact at one level of consciousness ; it is real. The appearing of the same entity in the same form but recognised to be a direct representation vorstellen
représenter
representar
Vorstellung
représentation
representação
representation
representación
saṃkucita
of the absolute is also a fact, but at another level of consciousness. It is no more or less real than the first. ‘As is the state of consciousness, so is the experience,’ says Abhinava. Although the nature of the absolute is discovered at a higher level of consciousness, nonetheless it presents itself to us directly in the specific form in which we perceive things ; otherwise there would be no way Weg
chemin
caminho
way
camino
in which we could penetrate from the level of appearing to that of its source and basis. Abhinava writes :

Real is the entity (vastu) that appears in the moment of direct perception (sākṣātkāra), that is to say, within our experience of it. Once its own specific form has been clearly determined one should, with effort, induce it to penetrate into its pure conscious nature.

All things are known to be just as they present themselves. The concrete actuality of being known (pramiti), irrespective of content, is itself the vibrant (spanda) actuality of the absolute. Liberating knowledge is gained not by going beyond appearances but by attending closely to them. “The secret,” Maheśvarānanda says, “is that liberation while alive (jīvanmukti) is the profound contemplation of Māyā’s nature.” No ontological distinction can be drawn between the absolute and its manifestations because both are an appearing (ābhāsa), the latter of diversity and the former of ‘the true light of consciousness which is beyond Māyā and is the category Śiva Shiva
Śiva
le Seigneur
’.

Those who have attained the category of Pure Knowledge above Māyā and have thus gone beyond the category of Māyā, see the entire universe as the light of consciousness . . . Just as the markings [on a feather] are nothing apart from the feather, the feather [is nothing apart from] them, similarly, when the light of consciousness is manifest, the whole group of phenomena is manifest as the light of consciousness itself.


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