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Qu’est-ce que l’Advaita Vedanta ?

Deutsch : la surimposition

Brahman et le Monde

mardi 29 mai 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Sylvie Girard

Dans les écrits de Śaṁkara, comme dans ceux des Advaitins qui lui sont postérieurs, les termes de « māyā Maya
maya
Mâyâ
Māyā
illusion
ilusão
ilusión
 » et d’« avidyā avidyā
avidya
avidyâ
 » deviennent interchangeables, avec en fait une prédominance de l’avidyā sur la māyā pour rendre compte des concepts d’aliénation et de liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
. A la question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
 : « Pourquoi sommes-nous aliénés et ne parvenons-nous pas à réaliser le Brahman Brahman  ? », la réponse la plus fréquente est celle d’avidyā, d’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
ajñāna
ajnana
tamas
 [1]. En décrivant le processus de l’avidyā, Śaṁkara expose l’une de ses idées les plus significatives et les plus originales, celle d’adhyāsa adhyāsa
surimposition
superimposition
sobreposição
(qui apparaît aussi ultérieurement sous le terme de adhyāropa), qui signifie « surimposition ».

[42] Dans l’Introduction à son commentaire des Brahma Brahmā
Brahma
Brama
-Sūtras, Śaṁkara définit la surimposition comme « la présentation (avabhāsa) (à la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
), au moyen de la mémoire mnemosyne
memória
mémoire
memory
(smṛtirūpah), de quelque chose de préalablement perçu (purvadṛṣṭa) sous la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de quelque chose d’autre (paratra) ». « C’est, poursuit-il, la supposition non réelle faite au sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
des attributs d’une chose comme étant les attributs d’une autre chose. » Ou encore, adhyasā « est la notion de cela dans quelque chose qui n’est pas cela ; exactement lorsque, par exemple, une personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
surimpose à son moi des attributs extérieurs à son propre moi... ». La surimposition se manifeste par conséquent lorsque les qualités d’une chose qui n’est pas immédiatement présente à la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
sont, par la mémoire, attribuées à ou projetées sur une autre chose, qui, elle, est présente à la conscience, et que ces qualités sont identifiées à cette chose. Dans l’exemple classique de la corde et du serpent serpent
serpente
snake
, la corde (chose immédiatement présente à la conscience) est prise pour un serpent parce qu’on lui attribue par erreur des qualités dont on se souvient à la faveur de perceptions antérieures (qui avaient le serpent pour objet). Le jugement qui exprime cette illusion, c’est-à-dire l’énoncé « C’est un serpent », est le résultat d’une identification positive entre ce dont on se souvient et ce qui est perçu [2].

L’application principale ou première de l’adhyāsa concerne le soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
. C’est la surimposition au Soi (Ātman, Brahman) de ce qui n’appartient pas en propre au Soi (finitude Endlichkeit
finitude
finitude
finitud
finite
limit
limite
limitação
limitación
limitation
, changement anicca
impermanence
impermanência
changement
mudança
change
altération
alteração
modification
modificação
) et la surimposition au non-soi de ce qui appartient en propre au Soi (infini Unendlichkeit
unendlich
Infinito
Infini
Infinite
Infinité
, éternité aion
aiôn
éon
éternité
eternidade
eternity
eternidad
) qui constituent l’avidyā. C’est en acceptant la surimposition réciproque du soi et du non-soi que « tout comportement dans le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
ainsi que l’ensemble des actions védiques rituelles... connaissent une progression », écrit Śaṁkara.

[43] Vidyārana, dans son Pancadasi, demande : « Quel est l’obstacle qui empêche la reconnaissance Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
du soi ? » Et la réponse est la suivante : « C’est la surimposition au Soi de ce qui n’existe pas réellement et de ce qui n’est pas évident en soi [3]... » Et encore : « Ceux qui ne voient pas clairement attribuent de la causalité causalidade
causalité
causalidad
causality
au Brahman et donnent les caractéristiques du Brahman, telle l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
réelle, à Isvara, le Créateur de l’Univers Univers
Universo
Universe
 [4]. »

Original

Both in the writings of Śaṁkara and in those of post-Śaṁkara Advaitins, the terms "māyā" and "avidyā" come to be used interchangeably, with avidyā actually taking precedence over māyā in the explanation of bondage and freedom. When asked, "What is the cause causa
cause
aitia
aitía
aition
of our bondage, of our not realizing Brahman ?" the answer most frequently given es gibt
« il y a »
dar-se
haver-se
Gegebenen
la donnée
o dado
dação
given
Gegebenheit
donation
datidade
givenness
gift
is avidyā, ignorance. [5] And in describing the process of avidyā, Śaṁkara introduces one of his most significant and interesting notions, that of adhyāsa (also later termed adhyāropa), which means richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
"superimposition."

In the Introduction to his commentary on the Brahma-sūtras, defines superimposition as the "apparent presentation (avabhāsa) [to consciousness] by way Weg
chemin
caminho
way
camino
of remembrance of something previously perceived in something else (paratra)." "It is," he goes onto say, "the unreal assumption about the attributes of one thing as being Seiende
Seiendes
Seienden
l'étant
étants
ente
entes
sendo
beings
being
the attributes of some other thing." And again, adhyāsa "is the notion of that in something which is not-that : just as it is, for example, when a person superimposes on his self attributes external to his own self . . . ." Superimposition takes place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
, then, when the qualities of one thing not immediately present to consciousness are, through memory, given to, or projected upon, another thing that is present to consciousness and are identified with it. In the stock example of the rope and the snake, the rope (the thing immediately present to consciousness) is taken as a snake through the erroneous attribution of qualities remembered from previous perceptions (of snakes). The judgment that expresses this illusion, i.e., the judgment, "this is a snake," is the result of a positive identification between what is remembered and what is perceived. [6]

The main or primary application of adhyāsa is made with respect to the self. It is the superimposition on the Self (Atman âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
, Brahman) of what does not properly belong to the Self (finitude, change) and the superimposition on the non-self of what does properly belong to the Self (infinitude, eternality) that constitute avidyā. "It is by adopting the reciprocal superimposition of the self and the non-self," writes Śaṁkara "that all world conduct and Vedic (ritualistic) actions ... are promoted." in his Pañcadasi asks : "What is the obstruction that prevents the recognition of the self ?" And answers : "It is the superimposition of what does not really exist and is not self-evident evidência
évidence
evidence
evidente
evidencia
evident
on the Self. . . ." [7] And : "Those who do not see clearly attribute causation to Brahman, and assign the characteristics of Brahman, such as existence, to Ishvara, the creator of the universe.’’ [8]


Voir en ligne : ADVAITA VEDANTA : A PHILOSOPHICAL RECONSTRUCTION


[1L’Advaita Vedānta distingue fréquemment deux formes d’avidyā : l’une dite mūla, ou primordiale, universelle, et l’autre dite tula, ou avidyā temporaire. Cette distinction permet à l’Advaitin de rendre compte d’un monde commun empirique (en termes de mūlāvidyā) et d’un monde individuel des illusions temporaires (en termes de tulāvidyā).

L’Advaita tardif pose également la question du lieu (āsraya) de l’avidyā. Est-ce le jīva, le soi individuel ? Ou bien Brahman, le soi universel ? L’école Bhāmati penche pour le jīva et l’école Vivarana pour le Brahman. Mais elles pensent néanmoins toutes deux que l’avidyā ne dure que tant que la vérité du Brahman n’a pas été réalisée et que dès que cette vérité est réalisée, toutes les questions d’espace et de temps au sujet de l’avidyā sont dénuées de sens.

[2Padmapāda, dans son premier commentaire sur l’œuvre de Śaṁkara, explique simplement que la « surimposition signifie la manifestation de la nature de quelque chose de différent dans autre chose qui n’est pas de la même nature. Comme dans (l’affirmation) « Je suis sourd », où la surdité est le propre de l’ouïe et non du Soi. » Pancapādikā, V, 12, et VII, 17, trad. D. Veṅkataramiah (« Gaekwad’s Oriental Series », Vol. CVII, Bangalore, 1948).

[3Panchadasi (Pāncadaśi), I, 13, trad. de Hari Prasad Shastri (Londres, 1956).

[4Ibid., VI, 192.

[5Two forms of avidyā are frequently distinguished in Advaita Vedanta : a mula or primeval, universal, and a tula or temporary avidyā. The distinction enables the Advaitin to account for a common empirical world (in terms of mulavidya) and an individual world of temporary illusions (in terms of tulavidya).
In later Advaita the question also is raised about the locus (asraya) of avidyā. Is it the jiva, the individual self, or Brahman, the universal self ? The Bhamati school argues for the jiva, and the Vivarana school, for Brahman. Both schools hold, though, that avidyā lasts just so long as the truth of Brahman has not been realized and that once this truth is realized, all spatio-temporal questions about avidyā are meaningless.

[6Padmapada, in his early commentary on Śaṁkara’s work, explains simply that "superimposition means the manifestation of the nature of something in another which is not of that nature." "As in [the statement] ’I am deaf.’ Deafness is the property of the organ of hearing and not of the self." Pancapadika, V, 12 and VII, 17, trans. by D. Venkataramiah ("Gaekwad’s Oriental Series," Vol. CVII [Bangalore : 1948]).

[7Panchadasi [Pañcadasi], I, 13, trans. by Hari Prasad Shastri (London : Shanti Sadan, 1956).

[8Ibid., VI, 192.

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