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L’HOMME ET SON DEVENIR SELON LE VÊDÂNTA

Guénon : le Soi

Distinction fondamentale du « Soi » et du « moi »

jeudi 14 juin 2018, par Cardoso de Castro

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Original

Le « Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
 » est le principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
transcendant Transzendenz
transcendence
transcendência
transcendencia
trascendencia
transcendant
transcendente
et permanent dont l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
manifesté, l’être humain Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
par exemple, n’est qu’une modification anicca
impermanence
impermanência
changement
mudança
change
altération
alteração
modification
modificação
transitoire et contingente, modification qui ne saurait d’ailleurs aucunement affecter le principe, ainsi que nous l’expliquerons plus amplement par la suite. Le « Soi », en tant que tel, n’est jamais individualisé et ne peut pas l’être, car, devant être toujours envisagé sous l’aspect forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de l’éternité aion
aiôn
éon
éternité
eternidade
eternity
eternidad
et de l’immutabilité qui sont les attributs nécessaires de l’Être pur, il n’est évidemment susceptible d’aucune particularisation, qui le ferait être « autre que soi-même ». Immuable en sa nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
propre, il développe seulement les possibilités indéfinies qu’il comporte en soi-même, par le passage relatif de la puissance acte
puissance
energeia
dynamis
à l’acte à travers une indéfinité de degrés, et cela sans que sa permanence essentielle en soit affectée, précisément parce que ce passage n’est que relatif, et parce que ce développement n’en est un, à vrai dire, qu’autant qu’on l’envisage du côté de la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
, en dehors de laquelle il ne peut être question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
de succession quelconque, mais seulement d’une parfaite simultanéité, de sorte que cela même qui est virtuel sous un certain rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
ne s’en trouve pas moins réalisé dans l’« éternel présent ». À l’égard de la manifestation, on peut dire que le « Soi » développe ses possibilités dans toutes les modalités de réalisation, en multitude indéfinie, qui sont pour l’être intégral autant d’états différents, états dont un seul, soumis à des conditions d’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
très spéciales qui le définissent, constitue la portion ou plutôt la détermination particulière de cet être qui est l’individualité humaine. Le « Soi » est ainsi le principe par lequel existent, chacun dans son domaine propre, tous les états de l’être ; et ceci doit s’entendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
, non seulement des états manifestés dont nous venons de parler, individuels comme l’état humain ou supra-individuels, mais aussi, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que le mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
« exister » devienne alors impropre, de l’état non-manifesté, comprenant toutes les possibilités qui ne sont susceptibles d’aucune manifestation, en même temps que les possibilités de manifestation elles-mêmes en mode principiel ; mais ce « Soi » lui-même n’est que par soi, n’ayant et ne pouvant avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
, dans l’unité Einheit
unité
unidade
unidad
unity
totale et indivisible de sa nature intime, aucun principe qui lui soit extérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
 [1].

Le « Soi » ; considéré par rapport à un être comme nous venons de le faire, est proprement la personnalité ; on pourrait, il est vrai restreindre l’usage de ce dernier mot au « Soi » comme principe des états manifestés, de même que la « Personnalité Divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
 », Ishwara, est le principe de la manifestation universelle ; mais on peut aussi l’étendre analogiquement au « Soi » comme principe de tous les états de l’être, manifestés et non-manifestés. Cette personnalité est une détermination immédiate, primordiale et non particularisée, du Principe qui est appelé en sanskrit Atmâ âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
ou Paramâtmâ, et que nous pouvons, faute Schuld
dette
faute
dívida
deuda
guilt
debt
culpabilité
d’un meilleur terme, désigner comme l’« Esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
Universel », mais, bien entendu, à la condition de ne voir dans cet emploi du mot « esprit » rien qui puisse rappeler les conceptions philosophiques occidentales, et, notamment, de ne pas en faire un corrélatif de « matière matière
matéria
matter
ύλη
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
 » comme il est presque toujours pour les modernes, qui subissent à cet égard, même inconsciemment, l’influence du dualisme cartésien [2]. La métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
véritable, redisons-le encore à ce propos, est bien au-delà de toutes les oppositions dont celle du « spiritualisme » et du « matérialisme » peut nous fournir le type, et elle n’a nullement à se préoccuper des questions plus ou moins spéciales, et souvent tout artificielles, que font surgir de semblables oppositions.

Atmâ pénètre toutes choses, qui sont comme ses modifications accidentelles, et qui, suivant l’expression de Râmânuja, « constituent en quelque sorte son corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
(ce mot ne devant être pris ici que dans un sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
purement analogique), qu’elles soient d’ailleurs de nature intelligente ou non-intelligente », c’est-à-dire, suivant les conceptions occidentales, « spirituelles » aussi bien que « matérielles », car cela, n’exprimant qu’une diversité de conditions dans la manifestation, ne fait aucune différence au regard du principe inconditionné et non-manifesté. Celui-ci, en effet, est le « Suprême Soi » (c’est la traduction littérale de Paramâtmâ) de tout ce qui existe, sous quelque mode que ce soit, et il demeure toujours « le même » à travers la multiplicité Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
múltiplo
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
indéfinie des degrés de l’Existence, entendu au sens universel, aussi bien qu’au-delà de l’Existence, c’est-à-dire dans la non-manifestation principielle.

Le « Soi », même pour un être quelconque, est identique en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
à Atmâ, puisqu’il est essentiellement au-delà de toute distinction et de toute particularisation ; et c’est pourquoi, en sanskrit, le même mot âtman, aux cas autres que le nominatif, tient lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
du pronom réfléchi « soi-même ». Le « Soi » n’est donc point vraiment distinct d’Atmâ, si ce n’est lorsqu’on l’envisage particulièrement et « distinctivement » par rapport à un être, et même, plus précisément, par rapport à un certain état défini de cet être, tel que l’état humain, et seulement en tant qu’on le considère sous ce point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
spécialisé et restreint. Dans ce cas, d’ailleurs, ce n’est pas que le « Soi » devienne effectivement distinct d’Atmâ en quelque manière, car il ne peut être a autre que soi-même », comme nous le disions plus haut, et il ne saurait évidemment être affecté par le point le point
ponto
punto
center
centro
de vue dont on l’envisage, non plus que par aucune autre contingence. Ce qu’il faut dire, c’est que, dans la mesure même où l’on fait cette distinction, on s’écarte de la considération directe du a Soi » pour ne plus considérer véritablement que son reflet reflet
reflexo
reflex
dans l’individualité humaine, ou dans tout autre état de l’être, car il va sans dire que, vis-à-vis du « Soi », tous les états de manifestation sont rigoureusement équivalents et peuvent être envisagés semblablement ; mais présentement, c’est l’individualité humaine qui nous concerne d’une façon plus particulière. Ce reflet dont nous parlons détermine ce qu’on peut appeler le centre centre
centro
center
de cette individualité ; mais, si on l’isole de son principe, c’est-à-dire du « Soi » lui-même, il n’a qu’une existence purement illusoire, car c’est du principe qu’il tire toute sa réalité, et il ne possède effectivement cette réalité que par participation participation
participação
participación
metoche
métochè
à la nature du « Soi », c’est-à-dire en tant qu’il s’identifie à lui par universalisation.

Español

El « Sí mismo » es el principio trascendente y permanente del que el ser manifestado, el ser humano por ejemplo, no es más que una modificación transitoria y contingente, modificación que, por lo demás, no podría afectar de ninguna manera al principio, así como lo explicaremos más ampliamente después. En tanto que tal, el « Sí mismo » jamás se individualiza y no puede individualizarse, ya que, debiendo ser considerado siempre bajo el aspecto de la eternidad y de la inmutabilidad que son los atributos necesarios del Ser puro, evidentemente no es susceptible de ninguna particularización, que le haría ser « otro que sí mismo ». Inmutable en su naturaleza propia, solo desarrolla las posibilidades indefinidas que conlleva en sí mismo, por el paso relativo de la potencia al acto a través de una indefinidad de grados, y eso sin péché
pecado
sin
hamartia
ἁμαρτία
égaremente
equívoco
que su permanencia esencial sea afectada por ello, precisamente porque este paso no es más que relativo, y porque este desarrollo no es tal, a decir verdad aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
, sino en tanto que se considera del lado de la manifestación, fuera de la cual ya no puede tratarse de ninguna sucesión cualquiera que sea, sino solamente de una perfecta simultaneidad, de suerte que eso mismo que es virtual bajo una cierta relación por eso no se encuentra menos realizado en el « eterno presente ». Al respecto de la manifestación, se puede decir que el « Sí mismo » desarrolla sus posibilidades en todas las modalidades de realización, en multitud indefinida, que son para el ser integral otros tantos estados diferentes, estados de los que solo uno L'Un
hen
hén
Uno
the One
, sometido a unas condiciones de existencia muy especiales que le definen, constituye la porción o más bien la determinación particular de este ser que es la individualidad Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
humana. El « Sí mismo » es así el principio por el cual existen, cada uno en su dominio propio, todos los estados del ser ; y esto debe entenderse, no solo de los estados manifestados de los cuales acabamos de hablar, individuales como el estado humano o supraindividuales, sino también, aunque la palabra « existir » deviene entonces impropia, del estado no manifestado, que comprende todas las posibilidades que no son susceptibles de ninguna manifestación, al mismo tiempo que las posibilidades de manifestación mismas en modo principial ; pero este « Sí mismo » no es más que por sí mismo, puesto que no tiene y no puede tener, en la unidad total e indivisible de su naturaleza íntima, ningún principio que le sea exterior [3].

El « Sí mismo », considerado en relación a un ser como acabamos de hacerlo, es propiamente la personalidad ; ciertamente, se podría restringir el uso de esta última palabra al « Sí mismo » como principio de los estados manifestados, del mismo modo que la « Personalidad Divina », « Îshwara », es el principio de la manifestación universal ; pero también puede extenderse analógicamente al « Sí mismo » como principio de todos los estados del ser, manifestados y no manifestados. Esta personalidad es una determinación inmediata, primordial y no particularizada, del principio que en sánscrito es llamado Âtmâ o Paramâtmâ, y que podemos, a falta de un término mejor, designar como el « Espíritu Universal », pero, bien entendido, a condición de no ver en este empleo de la palabra « espíritu » nada Nichts
néant
nada
nothing
VOIRE vide
que pueda recordar las concepciones filosóficas occidentales, y, concretamente, de no hacer de él un correlativo de « materia » como lo hacen casi siempre los modernos, que sufren a este respecto, incluso inconscientemente, la influencia del dualismo cartesiano [4]. La metafísica verdadera, lo repetimos todavía a este propósito Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
, está mucho más allá de todas las oposiciones de las que la del « espiritualismo » y del « materialismo » puede proporcionarnos el tipo, y no tiene que preocuparse de ninguna manera de las cuestiones más o menos especiales, y frecuentemente completamente artificiales, que hacen surgir semejantes oposiciones.

Âtmâ penetra todas las cosas, que son como sus modificaciones accidentales, y que, según la expresión de Râmânuja, « constituyen en cierto modo su cuerpo (esta palabra no debe tomarse aquí más que en un sentido puramente analógico), ya sean por lo demás de naturaleza inteligente o no inteligente », es decir, según las concepciones occidentales, tanto « espirituales » como « materiales », ya que eso, que no expresa más que una diversidad de condiciones en la manifestación, no constituye ninguna diferencia al respecto del principio incondicionado y no manifestado. En efecto, éste es el « Supremo Sí mismo » (es la traducción literal del Paramâtmâ) de todo lo que existe, bajo cualquier modo que sea, y permanece siempre « el mismo » a través de la multiplicidad indefinida de los grados de la Existencia, entendida en el sentido universal, así como también más allá de la Existencia, es decir, en la no manifestación principial.

El « Sí mismo », incluso para un ser cualquiera, es idéntico en realidad a Âtmâ, puesto que está esencialmente más allá de toda distinción y de toda particularización ; y es por eso por lo que, en sánscrito, la misma palabra âtman, en los otros casos que el nominativo, ocupa el lugar del pronombre reflexivo « sí mismo ». El « Sí mismo » no es pues verdaderamente distinto de Âtmâ, excepto cuando se considera particular y « distintivamente » en relación a un ser, e incluso, más precisamente, en relación a un cierto estado definido de ese ser, tal como el estado humano, y solo mientras se le considera bajo este punto de vista especializado y restringido. En este caso, por lo demás, no es que el « Sí mismo » devenga de alguna manera efectivamente distinto de Âtmâ, ya que no puede ser « otro que sí mismo », como lo decíamos más atrás, y ya que evidentemente no podría ser afectado por el punto de vista bajo el cual se le considera, como tampoco por ninguna otra contingencia. Lo que es menester decir, es que, en la medida misma en que se hace esta distinción, uno se aparta de la consideración directa del « Sí mismo » para no considerar ya verdaderamente más que su reflejo en la individualidad humana, o en cualquier otro estado del ser, ya que no hay que decir que, frente al « Sí mismo », todos los estados de manifestación son rigurosamente equivalentes y pueden ser considerados de manera semejante ; pero al presente, es la individualidad humana la que nos concierne de una manera más particular. Este reflejo del que hablamos determina lo que se puede llamar el centro de esta individualidad ; pero, si se aísla de su principio, es decir, del « Sí mismo », no tiene más que una existencia puramente ilusoria, ya que es del principio de donde saca toda su realidad, y no posee efectivamente esta realidad más que por participación en la naturaleza del « Sí mismo », es decir, en tanto que se identifica a él por universalización.


Voir en ligne : L’HOMME ET SON DEVENIR SELON LE VÊDÂNTA


[1Nous exposerons plus complètement, dans d’autres études, la théorie métaphysique des états multiples de l’être ; nous n’en indiquons ici que ce qui est indispensable pour comprendre ce qui concerne la constitution de l’être humain.

[2Théologiquement, quand on dit que « Dieu est pur esprit », il est vraisemblable que cela ne doit pas s’entendre non plus dans le sens où « esprit » s’oppose à « matière » et où ces deux termes ne peuvent se comprendre que l’un par rapport à l’autre, car on en arriverait ainsi à une sorte de conception « démiurgique » plus ou moins voisine de celle qu’on attribue au Manichéisme ; il n’en est pas moins vrai qu’une telle expression est de celles qui peuvent facilement donner naissance à de fausses interprétations, aboutissant à substituer « un être » à l’Etre pur.

[3Expondremos más completamente, en otros estudios, la teoría metafísica de los estados múltiples del ser ; aquí no indicamos de ella más que lo que es indispensable para comprender lo que concierne a la constitución del ser humano.

[4Teológicamente, cuando se dice que « Dios es espíritu puro », es verosímil que eso no debe entenderse tampoco en el sentido en el que « espíritu » se opone a « materia » y en el que estos dos términos no pueden comprenderse sino el uno en relación al otro, ya que con ello se llegaría a una suerte de concepción « demiúrgica » más o menos vecina de la que se atribuye al maniqueísmo ; por eso no es menos verdad que una tal expresión es de las que pueden dar nacimiento fácilmente a falsas interpretaciones, que desembocan en la sustitución del Ser puro por « un ser ».

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