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Un étrange pouvoir me fait apercevoir la suprême Conscience.

samedi 2 mai 2009

Un étrange pouvoir me fait apercevoir la suprême Conscience. (Ashtâvakra, II, 3)

Dans l’investigation méthodique du « Moi » de l’homme (le « Je », Aham), nulle violence ascétique, nul quiétisme béat. Tout dogme est une impasse ; toute effusion, un fantasme. Il n’existe que la présence immuable de l’Être, recouvert par l’humus des passions, des désirs, des concepts et des croyances. Mais ce « Moi » n’est l’objet d’aucun anathème, il est le lieu géographique où l’Infini prend forme, où, pourrait-on dire, il élit domicile.

Il n’entre pas dans le projet des penseurs indiens de promouvoir une doctrine du salut. Qui sauver ? De quoi sauver qui ? Si la vie n’est pas aussi la vraie vie, la musique métaphysique n’est que croassement de l’esprit, numéro de trapèze pour rêveurs oisifs, sorbet délicat pour bienpensants, et pourtant un travail respectable aura été fourni, un travail sans cesse menacé de ricocher sur la courbure de l’univers pour aller se désintégrer dans un néant d’abstractions.

Le « Moi » est juste le véhicule de l’Être, le véhicule sensitif qui nous permet d’appréhender que l’existence est mouvement ininterrompu, puisque fleuve nous sommes, courant parmi le flot régulier, invisible et majestueux, du Samsâra, l’écoulement perpétuel.

En vérité, on ne sait pas dire comment on passe dans cet état de plénitude, où l’idée d’une transcendance est absente, un état perçu comme une saveur d’être, et que l’on nomme Être (sat), que l’on se représente comme une conscience, et que l’on nomme Conscience (cit), et que la sensibilité expérimente comme une joie, ce qui la fait nommer béatitude (ânanda).

Il arrive que cet état d’Être-Conscience-Béatitude soit techniquement qualifié de « non-état », sèche tentative pour faire gagner au vocabulaire un petit arpent d’indicible. Mais les textes, restes des voix anonymes de chanteurs immémoriaux, sont silencieux sur la genèse de l’Être, sur l’éventuelle cuisson intérieure qui fait émerger l’Être dans l’homme, processus plus proche du barattage de l’océan de l’Ignorance que de l’observance scrupuleuse d’un plan de marche, espéré infaillible.

Il est toujours loisible de se tourner vers l’Art ou la Grâce, ces allégories spontanément soustraites à l’armada des critères que le souci de comprendre et d’apprivoiser fait foisonner dans les alcôves de la raison.


Voir en ligne : LES PAROLES DU HUIT-FOIS-DIFFORME