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Brochard : Démythologiser Platon ?

samedi 16 mai 2009

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

« Parmi les questions préjudicielles que doit nécessairement résoudre quiconque veut pénétrer un peu avant dans la philosophie Philosophie
philosophy
filosofia
filosofía
φιλοσοφία
philosophia
de Platon se trouve au premier rang celle de la valeur Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
des mythes. Il est certain que Platon a souvent présenté ses doctrines darshana
doctrines
points de vue
sous forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
poétique ou allégorique allégorie
allégorique
alegoria
alegórico
allegory
. Il s’est complu dans la fiction, et il n’est presque pas de dialogue où l’on ne puisse, en cherchant bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
, découvrir des mythes plus ou moins développés. Il semble que ce soit surtout sur les questions essentielles, celles de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
, de la vie Leben
vie
vida
life
zoe
future, que le philosophe ait pris plaisir plaisir
prazer
pleasure
hedone
kama
kāma
kâma
amour du plaisir
philedonía
à présenter sa pensée denken
pensar
penser
think
pensamento
pensée
pensamiento
thinking
sous la forme la plus opposée à sa méthode ordinaire qui est la dialectique dialectique
dialegesthai
dialegein
dialética
dialéctica
dialectic
. Certains dialogues, tels que le Timée, le plus considérable à la fois par l’étendue et l’importance des questions qu’il traite, puisqu’il s’agit de la formation du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
, de l’origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
des dieux Gotter
deuses
dieux
gods
dioses
et des âmes, paraissent mythiques d’un bout à l’autre. Que faut-il penser de cette intervention perpétuelle de l’imagination image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
dans l’exposé des doctrines platoniciennes ? Doit-on rejeter impitoyablement et considérer comme étranger à la philosophie de Platon ce qui est présenté sous forme poétique ou paraît entaché de mythologie mythe
mito
myth
mythos
mythologie
mitologia
mythology
mitología
 ? Peut-on, au contraire, admettre que les mythes renferment au moins une part de vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
verdade
Wahrheit
et que, à certains égards, et dans une mesure qui reste à déterminer, ils font partie intégrante de la philosophie platonicienne ?

 » La première solution, la plus simple simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
et la plus radicale... devait séduire beaucoup de bons esprits... Mais la question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
est de savoir Wissen
saber
savoir
si tout ce qui est mythique est par là même suspect et doit être rejeté. Il faudrait s’entendre verstehen
entendre
comprendre
entender
compreender
comprender
understand
sur la signification signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
exacte du mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
« mythe » et je suis porté à croire croyance
croire
crença
crer
belief
believe
que certains mythes expriment la pensée la plus intime de Platon, et que malgré leur forme mythique, la plupart des grandes théories qui viennent d’être nommées font partie intégrante du système, au même titre que la théorie des Idées.

 » Il est certain que Platon blâme souvent l’interprétation des poètes telle qu’elle était pratiquée par les sophistes sophistes
sofistas
sophists
sophiste
sofista
sophist
et qu’il se montre fort sévère pour certaines fictions poétiques. Mais, d’un autre côté, comment comprendre que lui-même se soit si souvent abandonné à sa fantaisie et qu’il ait introduit tant de fictions et de poésie dans son œuvre. Un philosophe ennemi absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
des mythes ne fait pas tant de mythes. Enfin, en lisant les mythes les plus considérables, notamment ceux du Gorgias, du Phédon, de la République, qui ont trait à la vie future, on a le sentiment Gefühle
sentiment
sentiments
sentimentos
feelings
sentimientos
emotion
emoção
emoción
emotions
emoções
emociones
bhava
très net qu’il ne s’agit pas là pour Platon d’un simple amusement. Il est impossible de n’être pas frappé du ton grave et presque religieux qu’il prend naturellement quand il s’explique sur ces grands sujets [1]. C’est surtout à propos du Timée que se pose la question de la valeur du mythe chez Platon. S’il ne se rattachait pas étroitement à sa philosophie, comment comprendre que le philosophe ait écrit par amusement un travail travail
travaux
tâche
labeur
trabalho
labor
trabajo
tarefa
task
de cette étendue. Le badinage serait un peu long dragon
dragão
dragón
long
nāga
. Il est aisé de voir d’ailleurs que dans ce dialogue écrit vraisemblablement dans sa vieillesse, Platon a consigné les résultats de très longues et très nombreuses recherches. Le Timée marque un progrès notable sur tous les traités antérieurs de la « Nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
 ». C’est une œuvre dans la pensée de l’auteur, non de fantaisie mais de science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
. C’est bien ainsi que l’entend Aristote Aristote Aristote (Ἀριστοτέλης) qui le discute fort sérieusement ; et dans la suite le Timée est resté un des ouvrages qui ont exercé le plus d’influence sur les destinées de l’esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
humain : il a été considéré jusqu’au moyen âge comme le bréviaire de la science physique. Il doit y avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
un lien étroit entre la physique qu’il expose et la théorie des Idées. Ce lien existe et il n’est pas difficile de le montrer. » V. Brochard, Études de Philosophie ancienne, Vrin, 1926, p. 50.


Voir en ligne : PLATÃO


[1« C’était l’usage au temps de Platon, d’invoquer les anciens poètes et principalement Homère, Hésiode ou Simonide en toute circonstance et à tout propos Les ouvrages d’Homère et d’Hésiode étaient pour l’antiquité ce que les livres saints ont été longtemps pour les modernes, et il faut se souvenir qu’alors on n’avait guère d’autres livres. C’est là qu’on allait chercher de beaux exemples, des préceptes et des règles de conduite » (ibid., 47). C’était en effet un exercice favori des sophistes de choisir quelques pensées dans un vieux poète, de la développer et d’en tirer souvent les conséquences les plus singulières et les applications les plus inattendues — comme feront les Talmuds de l’Écriture. Contre ces jeux d’esprit Platon s’élève avec la plus grande énergie ; il fait plus, il montre par son exemple que l’abus ne condamne pas le juste usage.

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