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Evola : La conscience samsârique

samedi 9 août 2014

Pour comprendre adéquatement l’enseignement bouddhique, il faut donc partir de l’idée qu’il a en vue la condition d’un homme, pour lequel parler de l’âtmâ-brâhman, de son Moi immortel, immuable, identique à la suprême essence de l’univers, ne serait pas un langage "conforme à la vérité" — yathâ-bhûtam — c’est-à-dire basé sur une donnée effective de l’expérience, mais bien une simple spéculation, un faire de la philosophie ou de la théologie. La doctrine de l’éveil veut être absolument réaliste. Du point de vue réaliste, la donnée immédiate — pour un tel homme — est la conscience samsârique. Le bouddhisme procède à l’analyse d’une telle conscience et à la détermination de la "vérité" qui lui correspond, en se résumant dans la théorie de l’impermanence universelle et de la non-substantialité (anattâ).

Là donc où, dans la spéculation précédente du binôme âtmâ-samsâra — c’est-à-dire Moi immuable, surnaturel, et courant du devenir — se trouvait au premier plan le premier terme, c’est-à-dire le sens de l’âtmâ, l’enseignement, qui sert de point de départ à l’ascèse bouddhique, met, au contraire, en relief, presque exclusivement, l’autre terme, le samsara et la conscience qui lui est liée. Toutefois, ce second terme est considéré dans tous les caractères de contingence, de relativité et d’irrationalité, qui ne peuvent lui venir que de la confrontation avec la réalité métaphysique, déjà directement perçue par intuition, réalité qui, par ceci même, reste tacitement présupposée, même si, pour des raisons pratiques, on s’abstient d’en faire l’objet du discours.

Comme vérité, pour ainsi dire, de premier degré, vaut donc pour le bouddhisme le monde du devenir. Ce devenir n’a, pour substrat, rien d’identique, de substantiel, ni de permanent. Il est le devenir de l’expérience même, et qui s’épuise dans les contenus et les moments particuliers de cette dernière. Privé d’arrêt et privé de limite, il finira par être également conçu comme une pure succession d’états qui donnent lieu l’un à l’autre, selon une loi impersonnelle, en un cercle éternel, que nous pouvons considérer l’équivalent de la conception hellénique du "cycle de la génération", kyklos tes geneseos, et de la "nécessité", kyklos tes heimarmenes.


Voir en ligne : Julius Evola