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Schuon : quelques références à Maître Eckhart

mardi 17 février 2015

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Il n’y a pas de sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
« accomodatice » chez les commentateurs inspirés ; un sens herméneutique Hermeneutik
hermenêutica
herméneutique
hermeneutics
hermeneutica
est toujours vrai ; si l’interprétation est fausse, il n’y a pas lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de l’appeler « accomodatice ». [1] D’après maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
Eckhart Meister Eckhart
Mestre Eckhart
Maître Eckhart
Eckhart
encore, les apôtres symbolisent respectivement les douze puissances de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
, à savoir Wissen
saber
savoir
cinq sens internes, cinq externes, la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
et la volonté voluntas
volonté
vontade
voluntad
volition
the will
icchā
 ; quand, par exemple, il est dit dans l’Ecriture que les apôtres Pierre et Jean « courent ensemble vers le tombeau » ( du Christ Jésus-Christ
Jesus Cristo
Jesus Christ
Jesús Cristo
Jesus
Jesús
Cristo
Christ
Ungido
Ointed
), cela signifie que la raison et la volonté ( ou la doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
et l’amour amour
eros
éros
amor
love
) se pénètrent réciproquement dans l’âme spirituelle afin d’atteindre l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
des choses. - Rappelons également ce passage de Dante Dante Dante Alighieri (Durante degli Alighieri), poète, homme politique et écrivain florentin (1265-1321).  : « Les Ecritures peuvent être comprises et doivent être exposées selon quatre quatre
quaternité
quaternidade
cuatro
cuaternidad
four
quaternity
fourfoldness
sens ( littéral, allégorique allégorie
allégorique
alegoria
alegórico
allegory
, moral, anagogique )... Le quatrième est appelé anagogique, c’est-à-dire qui surpasse le sens. C’est ce qui arrive lorsqu’on expose spirituellement une Ecriture qui, tout en étant vraie dans le sens littéral, signifie en outre les choses supérieures de la Gloire Alléluia
Alleluia
Hallelujah
haleluya
ἀλληλούϊα
αλληλούια
Aleluia
louvor
louange
praise
glória
gloire
glory
éternelle, ainsi qu’on peut le voir dans le psaume du Prophète prophétie
profecia
profecía
prophecy
prophète
profeta
prophet
où il est dit que lorsque le peuple d’Israël sortit d’Egypte, la Judée fut rendue sainte et libre. Bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
qu’il soit manifestement vrai qu’il en fut ainsi selon la lettre, ce qui s’entend spirituellement n’est pas moins vrai, à savoir que lorsque l’âme sort du péché péché
pecado
sin
hamartia
ἁμαρτία
égaremente
equívoco
, elle est rendue sainte et libre dans sa puissance acte
puissance
energeia
dynamis
. » [2] D’après Maïmonide, c’est l’obscurité même de nombreux passages scripturaux qui indique d’une manière providentielle la pluralité de sens dans l’Ecriture. « Malheur, dit le Zohar Zohar
Sepher ha-Zohar
Séfer ha-Zohar
Sefer ha-Zohar
Livro do Esplendor
, à l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
qui prétend que l’Ecriture ne nous apprend que de simples simplicité
simplicidade
spimplicidad
simplicity
simple
simples
histoires... S’il en était ainsi, nous pourrions, nous aussi, faire une Ecriture, qui serait même supérieure à l’Ecriture sainte, étant donné que les livres profanes peuvent renfermer des idées transcendantes. » - « C’est aussi une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de silence silence
silêncio
silencio
discrétion
sobriété
discrição
sobriedade
discretion
sobriety
sobriedad
dit saint sainteté
santidade
sainthood
saint
santo
Heiligkeit
holiness
santidad
Basile - que l’obscurité dont se sert l’Ecriture, pour rendre difficile à saisir l’intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
des doctrines darshana
doctrines
points de vue
, au profit des lecteurs. » PSFH : III - CONTOURS DE L’ESPRIT esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
1

Dans l’Eglse latine, le malheur est venu, non des Maures d’Espagne, mais de l’antiquité païenne mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
neutralisée, puis de l’esprit romain, et ensuite, par réaction contre celui-ci, de l’esprit germanique. L’esprit païen était trop naturaliste et trop rationaliste ; l’esprit romain, trop juridique et trop politique polis
cidade
πόλις
pólis
sítio
política
politique
politics
governo
gouvernement
government
gouvernance
governança
 ; l’esprit germain, trop imaginatif et trop simplificateur [3]. PSFH : III - CONTOURS DE L’ESPRIT 1

Quand on parle d’ « ésotérisme esoterismo
ésotérisme
esoterism
esotérique
esotérico
esotérica
esoteric
exoterismo
exotérisme
exotérico
exotérica
chrétien », cela ne peut avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
que ces trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
sens : ou bien l’on parle de la voie Tao
Dao
la Voie
The Way
d’amour qui prend son départ dans la forme générale du Christianisme, et qui met en valeur Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
les mystères mystère
mysterion
mystères
mistério
mistérios
mystery
mysteries
de la rédemption rédemption
redemptio
redimere
racheter
redemptor
rédempteur
apolutrôsis
apolytrosis
et des sacrements sacrement
sacramento
sacrements
sacramentos
puja
pūjā
pûjâ
 [4] ; ou bien l’on parle de la gnose connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jnāna
jnana
qui a priori est doctrinale, métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
, et qui transcende les formes par sa nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
même [5] ; ou bien encore, on parle des formes d’ésotérisme d origine Anfang
origine
começo
início
comienzo
origem
arche
Anfängnis
começar
iniciar
non chrétienne, mais christianisées, telles que l’hermétisme Hermetismo
Hermes
Hermétisme
Hermetism
Hermès
Corpus Hermeticum
Poimandres
Poimandrès
et les initiations artisanales. PSFH : III - CONTOURS DE L’ESPRIT 3

D’après Maître Eckhart, - qui était pourtant loin d’attribuer aux pratiques praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
ascétiques un rôle autre que celui de moyens richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
préparatoires très contingents, - il n’y a rien de plus noble que la souffrance douleur
dor
dolor
pain
lype
souffrance
sofrimento
sofrimiento
suffering
 ; c’est la doctrine des ascètes et des martyrs parce que c’est celle du Christ : « Celui qui ne prend pas sa croix croix
cruz
cross
et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. » [6] PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 1

La connaissance dont jouit ou peut jouir - l’homme est animale, humaine et divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
à la fois animale, en tant que l’homme connaît par les sens ; humaine, quand il connaît par la raison ; et divine dans l’activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
contemplative de l’intellect noûs
Vermeinen
notar
intellect
intelecto
νούς
buddhi
buddhih
VIDE intelligence
. Or, l’homme ne pourrait être divin sans être préalablement humain ; l’intellect, au sens direct et supérieur du mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
, - car la raison et les sens sont également de l’intellect, mais indirectement, - ne saurait s’actualiser chez un être dépourvu de ce qui, chez l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
humain, est la raison. De même, l’Intellect incréé dont parle Maître Eckhart ne saurait être accessible à l’homme sans, l’intellect créé qui, loin de s’identifier à la faculté rationnelle, en est comme le centre centre
centro
center
et le secret, la fine pointe tournée vers la Lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
infinie. PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 2

L’excellence arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de la gnose résulte de la nature même de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, qui est Lumière, et aussi de la nature primordiale - et essentielle - de l’homme : « La dignité de l’homme - dit saint Gregoire de Nysse - est dans l’intelligence. » [7] PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 3

Si la seule chose qui distingue l’homme - suprêmement béatifié - de Dieu est la « substance Substanz
substance
substância
substancia
Substanzialität
substancialité
substancialidade
substantiality
substancialidad
humaine », c’est-à-dire, si la « ressemblance ressemblance
homoiosis
semelhança
imitação
semblance
similitude
 » est telle que seule la « substance humaine » empêche que ce ne soit une « identité Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
reconnaissance
reconhecimento
 », l’homme a quelque chose de plus que Dieu, à savoir précisément cette substance ; il serait donc plus que Dieu. Or, comme « Dieu seul est bon », la dite substance est nécessairement privative. Mais si la substance humaine est moins que Dieu, elle ne saurait subsister, nous ne disons pas dans l’homme, mais dans la Réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
absolue [8]. Si le « contenu » est Dieu seul, qu’importe le « contenant » ? Si le « contenant » . est privatif, comment le « contenu » peut-il être Dieu ? Seule la doctrine des degrés de la Réalité peut rendre compte de ce mystère : PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 4

L’homme est fait « à l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
 » de Dieu. C’est ce qui lui permet de « devenir » ce qu’il « est » [9]. Le mot « devenir » est ici tout approximatif et provisoire, car il n’y a pas de continuité réelle entre « ce qui doit être » et « ce qui jamais n’a été ». PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 4

Maître Eckhart dit que l’humilité humilité
tapeinophrosyne
humble
humiliation
humildade
humilidad
Reconnaître la grandeur du Soi, du "Je Suis".
 [10] consiste à « être en bas » sans quoi Dieu est dans l’impossibilité de donner ; en sorte que le manque d’humilité, par exemple l’égoïsme, fait violence à la nature de Dieu, qui consiste à donner. PSFH : VI - DES VERTUS SPIRITUELLES 3

Il est deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
choses dont il faut se garder : premièrement, remplacer Dieu - en pratique sinon en théorie - par les fonctions et productions de l’intellect, ou ne le considérer qu’en connexion avec cette faculté ; deuxièmement, remplacer les valeurs humaines - les vertus par les facteurs « mécaniques » de la spiritualité spiritualité
espiritualidade
espiritualidad
spirituality
, ou ne considérer les vertus qu’en fonction Funktion
fonction
função
function
función
de leur utilité « technique techne
tékhnê
technique
técnica
 », non de leur beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
 [11]. PSFH : V - CONNAISSANCE ET AMOUR 2


Voir en ligne : Mestre Eckhart


[1« Le Saint-Esprit enseigne toute vérité ; il est vrai qu’il y a un, sens littéral que l’auteur avait en vue, mais comme Dieu est l’auteur de l’Ecriture sainte, tout sens vrai est en même temps sens littéral ; car tout ce qui est vrai provient de la Vérité elle-même, est contenu en elle, dérive d’elle et est voulu par elle. » ( Maître Eckhart )

[2Convivio, II, 1.

[3Ces défauts expriment en sens inverse des qualités intellectuelles qui, elles, se sont manifestées respectivement chez un Pythagore, un Thomas d’Aquin, un maître Eckhart : ce qui, dans la race germanique par exemple, est imaginativité et simplification, apparaît chez les spirituels de cette race comme une intelligence en quelque sorte concrète et symboliste, et un réalisme qui cherche sans détours la nature des choses ; ce génie germanique ne peut cependant rien, en fait, sans le concours du génie méditerranéen.

[4« A vous il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais aux autres ( on parle ) en paraboles, afin que regardant ils ne regardent pas ; écoutant ils ne comprennent pas. » ( Luc, IX, 10. ) Saint Basile dit dans son Traité du Saint-Esprit : « Car autre chose est une doctrine, autre chose une définition : celle-là on la tait, au contraire des définitions, qu’on proclame. » En parlant de la doctrine et des sacre ments, les Pères employaient volontiers la terminologie . des mystères grecs, ce qui ne saurait être une pure coïncidence.

[5C’est. à la connaissance, à la gnose, que fait allusion l’apôtre - d’après Clément d’Alexandrie - quand il dit aux Corinthiens : « J’espère que votre foi augmentera, afin que je puisse vous annoncer les choses qui sont au-dessus de vous. » Et Clément ajoute : « Par là il nous apprend que la gnose, qui est la perfection de la foi, s’étend au-delà de l’instruction ordinaire. » D’autre part, saint Clément - comme on appelait ce Père de l’Eglise avant que Benoît XIV ( au XVIIIe siècle ) le rayât du martyrologe romain - parle, dans ses Stromates, de « ces hommes heureux que j’ai eu le bonheur d’entendre... qui avaient conservé la vraie tradition de ; la bienheureuse doctrine, qu’ils avaient reçue immédiatement des saints apôtres, de Pierre, de Jacques, de Jean, et de Paul » ; et il dit aussi : « La gnose ayant été laissée par les apôtres à un petit nombre de fidèles, sans écriture, elle est parvenue à nous. » De même, saint Irénée - qui est aussi peu suspect de « gnosticisme » que possible - se réfère, comme Clément, Origène et d’autres, à une tradition orale et secrète émanant du Christ et transmise par les apôtres ; et de même encore, saint Denys parle de « deux théologies, l’une commune et l’autre mystique s, celle-ci ayant « ses traditions secrètes » et celle-là « sa tradition publique ». Selon Evagre le Pontique, la justice exige que l’on parle énigmatiquement des secrets de la vie mystique, « afin de ne pas jeter les perles aux pourceaux » ; pour lui comme pour ses prédécesseurs, les mystères concernent l’Intellect, sans qu’il faille admettre que la différence entre la gnose et les mystères de la voie d’amour se présente d’une manière systématique ; comme dans le Soufisme, les deux perspectives se combinent le plus souvent. - Maître Eckhart semble avoir été, au moyen âge, le représentant le plus explicite de la gnose ; un autre exemple, plus tardif, mais encore suffisamment représentatif, est sans doute Angélus Silésius.

[6« Car de même que les souffrances du Christ abondent en nous, de même aussi par le Christ abonde notre consolation. » ( II Cor., I. )

[7D’après saint Maxime le Confesseur, « c’est l’intuition qui unit l’homme à Dieu ». « Vous adorez dans le sanctuaire même ( non dans l’atrium de la connaissance sensible ni dans le temple de la raison ), - dit-il, - si vous vous livrez exclusivement à l’activité supra-naturelle de l’intelligence. » - Maître Eckhart dit de même qu’il abandonnerait plutôt Dieu que la vérité, et il ajoute : « Mais Dieu est la Vérité. » - De même encore, Râmakrishna a dit un jour qu’il pourrait, tout rendre à Kali, même l’amour, - tout, sauf la Vérité.

[8D’après saint Basile, l’homme « a reçu l’ordre de devenir Dieu ». - Saint Cyrille d’Alexandrie s’exprime ainsi : « Si Dieu est devenu homme, l’homme est devenu Dieu. » - D’après maître Eckhart, « nous sommes totalement transformés en Dieu et changés en lui, de la même manière que dans le sacrement, le pain est changé au corps du Christ. Ainsi je suis changé en lui parce qu’il me fait son Etre un et non pas simplement semblable. Par le Dieu vivant, il est vrai qu’il n’y a là plus aucune distinction ». - « L’homme n’a point la félicité parfaite - dit Angélus Silésius - avant que l’Unité ait avalé l’altérité. » Et encore : « L’âme bienheureuse ne connaît plus d’altérité ; elle est une seule Lumière avec Dieu et une seule Gloire. »

[9Maître Eckhart dit que l’image - le Fils exprime l’identité ( Gleichheit ) avec le Père.

[10Etymologiquement : la vertu d’être comme le sol ( humus ).

[11Selon la conception eckhartienne, la raison suffisante des vertus n’est pas en premier lieu leur utilité extrinsèque, mais leur beauté.