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Guénon : Atman - Atmâ

vendredi 23 février 2018

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Le « Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
 » ; considéré par rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
à un être comme nous venons de le faire, est proprement la personnalité ; on pourrait, il est vrai restreindre l’usage de ce dernier mot Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
au « Soi » comme principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
des états manifestés, de même que la « Personnalité Divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
 », Ishwara, est le principe de la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
universelle ; mais on peut aussi l’étendre analogiquement au « Soi » comme principe de tous les états de l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
sattva
sattā
, manifestés et non-manifestés. Cette personnalité est une détermination immédiate, primordiale et non particularisée, du Principe qui est appelé en sanskrit Atmâ ou Paramâtmâ, et que nous pouvons, faute Schuld
dette
faute
dívida
deuda
guilt
debt
culpabilité
d’un meilleur terme, désigner comme l’« Esprit esprit
espírito
spirit
mente
mind
manas
mental
Universel », mais, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
entendu, à la condition de ne voir dans cet emploi du mot « esprit » rien qui puisse rappeler les conceptions philosophiques occidentales, et, notamment, de ne pas en faire un corrélatif de « matière matière
matéria
matter
hyle
material
matériel
materialidade
matérialité
materiality
materialidad
 » comme il est presque toujours pour les modernes, qui subissent à cet égard, même inconsciemment, l’influence du dualisme cartésien [1]. La métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
véritable, redisons-le encore à ce propos, est bien au-delà de toutes les oppositions dont celle du « spiritualisme » et du « matérialisme » peut nous fournir le type, et elle n’a nullement à se préoccuper des questions plus ou moins spéciales, et souvent tout artificielles, que font surgir de semblables oppositions.

Atmâ pénètre toutes choses, qui sont comme ses modifications accidentelles, et qui, suivant l’expression de Râmânuja, « constituent en quelque sorte son fils
filho
hijo
son
corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
(ce mot ne devant être pris ici que dans un sens purement analogique), qu’elles soient d’ailleurs de nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
intelligente ou non-intelligente », c’est-à-dire, suivant les conceptions occidentales, « spirituelles » aussi bien que « matérielles », car cela, n’exprimant qu’une diversité de conditions dans la manifestation, ne fait aucune différence au regard du principe inconditionné et non-manifesté. Celui-ci, en effet, est le « Suprême Soi » (c’est la traduction littérale de Paramâtmâ) de tout ce qui existe, sous quelque mode que ce soit, et il demeure toujours « le même » à travers la multiplicité Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
múltiplo
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
indéfinie des degrés de l’Existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
, entendu au sens universel, aussi bien qu’au-delà de l’Existence, c’est-à-dire dans la non-manifestation principielle.

Le « Soi », même pour un être quelconque, est identique en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
à Atmâ, puisqu’il est essentiellement au-delà de toute distinction et de toute particularisation ; et c’est pourquoi, en sanskrit, le même mot âtman, aux cas autres que le nominatif, tient lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
du pronom réfléchi « soi-même ». Le « Soi » n’est donc point vraiment distinct d’Atmâ, si ce n’est lorsqu’on l’envisage particulièrement et « distinctivement » par rapport à un être, et même, plus précisément, par rapport à un certain état défini de cet être, tel que l’état humain Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
, et seulement en tant qu’on le considère sous ce point de vue Sicht
vue
visão
seeing
visión
opsis
spécialisé et restreint. Dans ce cas, d’ailleurs, ce n’est pas que le « Soi » devienne effectivement distinct d’Atmâ en quelque manière, car il ne peut être a autre que soi-même », comme nous le disions plus haut, et il ne saurait évidemment être affecté par le point le point
ponto
punto
center
centro
de vue dont on l’envisage, non plus que par aucune autre contingence. Ce qu’il faut dire, c’est que, dans la mesure même où l’on fait cette distinction, on s’écarte de la considération directe du a Soi » pour ne plus considérer véritablement que son reflet reflet
reflexo
reflex
dans l’individualité humaine, ou dans tout autre état de l’être, car il va sans dire que, vis-à-vis du « Soi », tous les états de manifestation sont rigoureusement équivalents et peuvent être envisagés semblablement ; mais présentement, c’est l’individualité humaine qui nous concerne d’une façon plus particulière. Ce reflet dont nous parlons détermine ce qu’on peut appeler le centre centre
centro
center
de cette individualité ; mais, si on l’isole de son principe, c’est-à-dire du « Soi » lui-même, il n’a qu’une existence purement illusoire, car c’est du principe qu’il tire toute sa réalité, et il ne possède effectivement cette réalité que par participation participation
participação
participación
metoche
métochè
à la nature du « Soi », c’est-à-dire en tant qu’il s’identifie à lui par universalisation. (René Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta)


Voir en ligne : RENÉ GUÉNON


[1Théologiquement, quand on dit que « Dieu est pur esprit », il est vraisemblable que cela ne doit pas s’entendre non plus dans le sens où « esprit » s’oppose à « matière » et où ces deux termes ne peuvent se comprendre que l’un par rapport à l’autre, car on en arriverait ainsi à une sorte de conception « démiurgique » plus ou moins voisine de celle qu’on attribue au Manichéisme ; il n’en est pas moins vrai qu’une telle expression est de celles qui peuvent facilement donner naissance à de fausses interprétations, aboutissant à substituer « un être » à l’Etre pur.