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Silburn : La Conscience, l’Unique qui est le Tout

lundi 16 avril 2018

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Dès les premiers mots Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
de son Śrlkālikāstotra, hymne à la louange Alléluia
Alleluia
Hallelujah
haleluya
ἀλληλούϊα
αλληλούια
Aleluia
louvor
louange
praise
glória
gloire
glory
des énergies dénommées kālī shakti
kālī
kali
l'Énergie
, Śivānandanātha pose la non-dualité non-dualité
não-dualidade
advaita
non-duality
non-dualidad
non-dualisme
absolue [1], la Conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
totale qui embrasse forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
et sans forme, être et non-être Nichtsein
non-être
não-ser
non-being
not-being
non-ser
non ser
me on
(sadasad), bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
et mal Übel
Böse
mal
evil
maligno
malefic
the bad
kakos
, et hors de laquelle il n’y a rien, tout son système étant résumé par l’expression niruttarasahaja (si. 3), spontanéité spontanéité
espontaneidade
spontaneity
espontaneidad
du sans-égal ou du sans réplique, selon les divers sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
du terme : l’Unique qui est le Tout Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
, la Conscience incomparable apófase
apofático
apophasis
apophatique
théologie négative
apophatic
anuttara
insurpassable
incomparable
qui seule existe (verset 1-2) ; unique et prenant l’aspect du multiple Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
múltiplo
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
, on la qualifie de sans-second (advaya) du fait qu’elle exclut l’autre, d’incomparable (asama), de splendeur suprême (dhāman) (verset 7). Elle est la divinité divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
Godhead
dite niruttara, terme composé de nir, privatif et uttara le plus haut de deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
, d’où ‘ ce qui n’est pas le plus haut de deux ’ ceci non pas dans le sens d’inférieur à deux mais parce que la divinité étant seule et unique, elle n’a rien à transcender. Anuttara désigne ainsi l’ineffable domaine « où inférieur et supérieur n’ont plus cours » [2].

Et pour plus de sûreté, de peur Furcht
Furchtbar 
peur
redoutable
temor
medo
fear
miedo
frayeur
crainte
qu’on se méprenne malgré les éclaircissements, Śivānanda précise à la stance 18 ‘ nirullaratara ’, elle surpasse l’insurpassé, elle est donc par-delà ce qui n’a pas de supérieur, cette expression niant ainsi sa transcendance par rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
à quoi que ce soit ; en effet elle contient tout, sans aucune dualité de contenant à contenu, sans aucune différenciation d’intérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
-extérieur, car ‘ autre ’ qu’elle, c’est elle encore et [10] toujours. Nous verrons que la Conscience est tout : louange, loué et laudateur.

Kşemarāja, s’élevant contre la théorie qui soutient l’irréalité du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
manifesté, dit expressément que le Seigneur Shiva
Śiva
le Seigneur
se révèle en tant qu’anuttara du Trika sous forme de la triple énergie supérieure, intermédiaire et inférieure en manifestant simultanément la différenciation propre à la veille, au rêve sonho
rêve
dream
Morphée
songe
, et aussi sa propre indifférenciation à l’intérieur même de ces états variés [3]. Son maïtre, Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
, écrivit l’Anuttarāşţikā [4], huit stances en l’honneur de l’absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
où se trouve condensée sa doctrine doctrine
doutrina
canon
cânone
de la non-dualité ; l’anuttara y prend le sens de Réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
unique, indicible Conscience de Bhairava qui existe à jamais et se répand de façon spontanée en toute liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
. Il compare l’apparition Erscheinung
apparition
manifestação
aparecimento
apariencia
appearance
Erscheinende
aparição
de la Lumière Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
consciente au dépôt d’un fardeau et y voit « l’acquisition d’un trésor Wert
valeur
valor
value
Werte
valeurs
valores
values
valioso
valuable
tesouro
treasure
trésor
oublié : le royaume de l’universelle absence de dualité » [5].

Un autre mot parallèle à anuttara insiste sur l’aspect de sans-second, ekavīra, unique et qui ne tolère pas de second, sans analogue ni opposé, il est le seul. Rien ne lui est semblable, extérieur, indépendant, ni même subordonné. Unicité propre à la Conscience absolue, le Tout, c’est Paramaśiva doué de ses énergies entièrement déployées.

Un tel non-dualisme se montre aussi large qu’intransigeant puisqu’il n’y a rien d’autre que l’Un L'Un
hen
hén
Uno
the One
 [6]. Dès lors la dualité est sapée à la base, et pourtant l’advaya ainsi entendu n’est pas exclusif à la manière de celui de Śañkara Shankara
Shamkara
Sankara
Śañkara
Shankarasharya
Çankara
Śankara
Çamkara
qui considère liens et devenir comme une pure illusion Maya
maya
Mâyâ
Māyā
illusion
ilusão
ilusión
. Abhinavagupta par contre ne rejette rien hors de l’absolu, pas même les liens [7], l’illusion n’étant qu’une forme de l’énergie créatrice.


Voir en ligne : HYMNES AUX KĀLĪ LA ROUE DES ÉNERGIES DIVINES


[1Comme la plupart des grands mystiques de quelque tradition qu’ils relèvent. Au sujet de la nature propre de Dieu Maïtre Eckhart précise : « Il est l’Un absolu, sans aucun mélange fortuit de différenciation, même en pensée, car tout ce qui est en Lui est Dieu même. » F. Pfeiffer, Deutsche Mystiker des vierzehnten Jahrhunderts. Vol. 2 : Meister Eckhart, 1857. Traité ‘ de la consolation divine ’, p. 443.

[2P.T. v., p. 24.

[3Spandanirnaya, kārikā 3, p. 14.

[4Cf. ma traduction dans Hymnes de Abhinavagupta, I.C.I. 1970, pp. 56-58.

[5Id. strophe 4.

[6En fait c’est encore trop de le dire, car c’est lui attribuer un prédicat.

[7Cf. le Coran : « N’insultez pas au siècle, car il est Allah ».