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Silburn : la grâce et l’absortion

samedi 28 avril 2018

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

D’une part il est vrai que l’activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
parfaitement désintéressée conduit à la libération délivrance
libération
liberação
liberation
liberación
moksha
mokṣa
aussi bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
et l’élan d’amour amour
eros
éros
amor
love
. D’autre part, le cheminement est entièrement différent dans chacune des voies ; mais on peut passer de l’une à l’autre et accéder à la voie Tao
Dao
la Voie
The Way
supérieure si, en cours de route, la grâce intervient avec abondance richesse
abondance
riqueza
abundância
wealth
prospérité
Artha
moyens
means
meios
. Car tout dépend du degré de la grâce accordée. Ainsi, dans la voie inférieure, la grâce affleure par touches délicates ; déjà plus puissante dans la voie de l’énergie, elle éclaire l’intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
dont elle fait une raison intuitive et pénétrante. Dans la voie supérieure, la grâce, très intense, jaillit des profondeurs du Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, de l’intime de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
, l’ébranlement qu’elle y imprime est tel qu’il se répand dans la personne Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
entière qui s’en trouve divinisée. Mais dans l’Essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
exempte de voie (anupâya) il n’y a plus de grâce, la gloire Alléluia
Alleluia
Hallelujah
haleluya
ἀλληλούϊα
αλληλούια
Aleluia
louvor
louange
praise
glória
gloire
glory
est seule à régner.

D’après Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
, la grâce intense est due à la parole Wort
mot
palavra
palabra
word
Worte
rema
parole
mot
mots
vāk
vāc
du Maître guru
enseignant
professeur
maître
mestre
professor
, la grâce moyenne à cette parole associée à une série de raisons intuitives et à la foi
foi
faith
pistis
dans les Livres sacrés. A l’aide de ces trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
éléments , réunis ou séparés, « les nuages des doutes s’évanouissent et l’on touche les pieds du Tout-puissant pareil au soleil qui dissipe les ténèbres tenèbre
ténèbres
nuit
trevas
escuridão
darkness
noite
night
noche
et dont la glorieuse splendeur brille dans le firmament du Cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
hŗdaya
 ». (T.A.
T.Ā.
T.A.
Tantrāloka
Tantraloka
TANTRĀLOKA D’ABHINAVAGUPTA
II, 49.)

De la grâce procèdent donc les caractéristiques des cheminements : les initiations, la nature nature
physis
phusis
phúsis
natura
natureza
naturaleza
des pratiques praktike
prática
práticas
pratique
pratiques
, l’effort à fournir, les procédés à mettre en œuvre, la durée de la progression, la conquête plus ou moins définitive de l’objectivité subjectivité
objectivité
subjetividade
objetividade
subjectividad
objectividad
subjectivity
objectivity
Subjektivität
Objektivität
, la libération ou la liberté Freiheit
liberté
liberdade
freedom
liberdad
eleutheria
svātantrya
Atiguna
qui s’ensuit.

Ainsi, celui qui parcourt la voie individuelle ne parvient à la souveraineté qu’après la mort Tod
mort
morte
muerte
death
thanatos
mourir
morrer
die
morir
lorsqu’il a intégralement repoussé l’erreur. Auparavant il n’ignore pas sa puissance acte
puissance
energeia
dynamis
mais, par la faute Schuld
dette
faute
dívida
deuda
guilt
debt
culpabilité
de résidus de l’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
ajñāna
ajnana
tamas
, il lui arrive encore, au cours de ses activités — et non point durant le samādhi — de s’identifier à son corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
. Pourtant il n’est plus la proie de l’illusion Maya
maya
Mâyâ
Māyā
illusion
ilusão
ilusión
car il a reconnu sa propre essence, à l’image image
imagem
imagen
imaginação
imagination
kalpanā
de l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
état humain
estado humano
human state
qui, ayant percé le secret d’un tour de magie magie
magia
magic
magía
théurgie
teurgia
theurgy
theourgia
θεουργία
, n’en est plus dupe alors même qu’il assiste à ses manifestations [1].

Celui qui progresse dans la voie de l’énergie, par son application à la pratique mystique mysticisme
misticismo
mysticism
μυστικός
mystikos
místico
místicos
mystic
mystique
(bhavanâ) reconnaît l’identité Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
au Seigneur et de son propre corps et de tout ce qui existe. Il jouit des qualités divines en cette vie Leben
vie
vida
life
zoe
même mais il n’obtient pas la plénitude car il ne réalise totalement le Soi universel qu’à la dissolution du corps, dès que s’évanouissent les limites corporelles et celles du souffle pneuma
πνεῦμα
souffle
sopro
breath
prāna
prāṇa
prana
Vayu
 [2].


Voir en ligne : LILIAN SILBURN


[1Cf. I.P.v. Vol. II, p. 131-132, ou 11, 3, 17. Au sujet de l’intime saisie de Dieu qui remplace les efforts d’une imagination non encore dégagée de l’objectivité, H. Corbin cite un passage d’Ibn ’Arabî : « Lorsque les mystiques expérimentent enfin que Dieu est ce même être qu’auparavant ils imaginaient comme étant leur propre âme à eux, il en va comme dans le cas d’un mirage. Rien n’a été aboli dans l’être. Le mirage reste bien objet de vision, mais on sait ce qu’il est, on sait que ce n’est pas de l’eau. » (Fotûhât, II, 339, cité in L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ’Arabî. Par Henry Corbin, Flammarion, Paris, 1958. Rééd. 1976. p. 246, note 124.)

[2I.P.v. Vol. II, p. 131-132 ou II, 3. 17.